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EAN : 9782070296484
182 pages
Gallimard (05/05/1977)
3.87/5   58 notes
Résumé :
Il ne se passe apparemment pas beaucoup de choses dans Un rude hiver : un réactionnaire plein de rancœurs va déjeuner chez son frère, se promène au bord de la mer avec une Anglaise en uniforme, et emmène au cinéma deux enfants qu'il a rencontrés dans un tramway.

La première fois, je me suis émerveillé de cette histoire tranquille en me demandant comment elle faisait pour m'émouvoir.
Depuis, à chaque relecture, je découvre un détail auquel je n'... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique

A première vue c'est un roman d'apparence classique, avec narration à la troisième personne et pour personnage central, Bernard Lehameau, presque un anti-héros. Il ne s'y passe pas grand-chose à part des réunions familiales chez des petits-bourgeois, une séance de cinéma, une promenade sur la jetée et quelques conversations entre la libraire de la ville et Bernard Lehameau. Il y a une ébauche d'histoire d'amour (ou plutôt de plusieurs) aussi. La première guerre est très présente mais on est bien loin du front. Au premier degré ce roman a le charme de la simplicité, de la peinture d'un quotidien aux tonalités mélancoliques, très calme. Tout cela est trompeur, c'est du Queneau, donc il est sûr qu'il n'est pas question de s'arrêter à cela. Je suis sûre que je n'ai pas repéré le quart des détails à repérer, il faut dire que Georges Perec dit de ce roman qu'il « s'achemine doucement vers l'inépuisable ». Perec nous donne d'ailleurs dans la quatrième de couverture quelques pistes. D'abord il y a du Hamlet dans ce Lehameau, la scène du cimetière avec le fossoyeur Ducouillon (Yorick), et puis Frédéric caché comme un rat (de bibliothèque) derrière une tenture (à l'arrière de la librairie) a quelque chose de Polonius, quand à Helena Weeds, elle tient d'Ophélie. Et puis tiens, Weeds en anglais c'est Chiendent ! Il ne faut pas pour autant y chercher un sens, c'est essentiellement un jeu de piste, et Queneau joue avec notre culture littéraire comme il joue avec les mots. Un peu plus sérieusement, le roman se passe au Havre où Queneau est né et a passé son enfance et son adolescence, où il était donc pendant la première guerre, époque où il a tenu un journal. L'origine du malheur de Bernard Lehameau, l'incendie d'un cinéma est un événement réel qui correspond à la date de l'anniversaire de l'auteur (21/02/1903). En fait tout le contexte historique est très précis, chaque événement cité permet de dater les événements du roman, rien n'est imaginaire ou inventé. On trouve aussi, bien sûr, mais peut-être en moins grande quantité que dans d'autres romans des jeux sur les mots : francisation graphique de mots ou de phrases en anglais, français massacré (ici surtout par le petit Polo), des expressions inattendues et des trouvailles verbales (« [il] se contenta d'épousseter sa voisine, la jeune, de propos badins »). Tout cela mis bout à bout fait de ce court roman sur les banales tribulations de personnages insignifiants bourrés de préjugés racistes, misogynes et sociaux un petit livre bien agréable.

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Un rude hiver est le premier roman paru dans la collection l'Imaginaire chez Gallimard ce qui est plutôt une bonne référence. Pourtant il ne s'y passe pas grand-chose à part des réunions familiales chez des petits-bourgeois entrecoupées d'une séance de cinéma, d'une promenade sur la jetée et de conversations plutôt décousues avec la libraire de la ville. Il y a une histoire d'amour aussi, ou peut-être plusieurs. On y parle parfois de la guerre, la première.

Nous sommes au Havre, un lieu que Queneau n'appréciait guère si l'on en juge par les propos de la libraire locale sur la ville et ses habitants (« elle avait toujours pris le Havrais pour une buse, un obtus, un grossier… »). Il y a du Roquentin chez Madame Dutertre.

Nous sommes en 1916 Et la ville grouille de troupes alliées, anglaises en particulier, d'où la présence de troublantes personnes pour lesquelles Lehameau éprouve une attirance certaine (prestige de l'uniforme ?). Mais les amours sont souvent contrariées. Il y a du Hamlet chez Lehameau, en plus réactionnaire toutefois (quoique !).

Un rude hiver fourmille d'inventions romanesques, stylistiques, lexicales et autres. C'est un roman profond sous un air léger, et finalement très drôle (« Drôle ou bizarre ? Plutôt drôle, singulier. »).

Un roman qui « s'achemine doucement vers l'inépuisable » disait Perec, qui s'y connaissait.

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Le roman d'un timide dans les frimas du Havre, pendant la Grande Guerre. Entre espions allemands et petits-bourgeois encombrants, ce soi-disant timide se révèle un grand séducteur, flirte avec des militaires anglaises et des Lolitas. Une éclaircie comme il y en a parfois sur la Manche conclut ce Rude Hiver dans la tonalité mélancolique un peu pincée de Queneau. Toute une France qui s'en est allée, dont cet observateur incomparable nous a conservé une image pince-sans-rire, proche de Michel Serrault ou Bernard Blier.

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Atmosphère glauque au quotidien pour une famille de bourgeois dans la ville du Havre pendant la

2ème guerre mondiale . Le personnage principal n'est-il qu'un triste sire à la Céline , un collabo ,juste un homme seul cherchant l'amour auprès d'une anglaise et de l'affection avec deux enfants orphelins ? Difficile à dire et de sortir de ce livre dans la sérénité. Le style de Queneau m'a entourloupée.

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Un récit très calme, ça change de ses autres romans survoltés. Il y a peu de personnages, peu d'action. Il y a toujours ses jeux sur les mots et les structures, mais un peu moins. Il parle de la guerre, mais en l'abordant par un côté inattendu, axé sur la vie des gens. Ce n'est pourtant pas psychologique. J'ai bien aimé.

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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation

Un tramway l’emmena jusqu’à l’Eure, d’où il revint par les quais et les quartiers ouvriers, une longue promenade à travers un monde de travail et d’horreur. De toute part s’agitaient des machines et des esclaves, l’activité semblait démesurée, abominable. Partout l’espace, haletant et suant, gros de désespoir et de vice, paraissait prêt à sortir de sa cuisse des monstres des catastrophes. Et le temps n’engendrait que la honte. De rares et lourdes gouttes d’eau se mirent à tomber crevant l’empâtement du ciel et de leurs éclatement sur le sol ne germaient que des ombres perverses et accablées.

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Au coin d'une rue, une putain surgit de l'embrasure d'une porte. Elle tenait au-dessus de sa tête un parapluie déployé.

Elle lui dit :

- Tu viens, chéri ?

Il la regarda :

- Pourquoi faire ?

Elle fut assez surprise. Elle ne sut que reprendre :

- Tu viens, chéri ?

Il demanda de nouveau :

- Pourquoi faire ?

Elle continua sa mélopée :

- Pour toi ce ne sera que cent sous.

Il haussa les épaules :

- Cent sous, et vous ne pouvez même pas m'expliquer pourquoi faire.

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Il s'arrêta soudain pour mesurer le fracas des vagues, saisi par le tragique de l'Océan. Comme quoi la mer est tragique: elle l'avait tiré brusquement par le bras; en braillant. Mais il ne pouvait trouver en lui que de médiocres échos de ces déchaînements, quelques vulgaires traversées de moins d'un jour agrémentées de vomissures, quelques trempettes jusqu'aux genoux, car il ne savait pas nager. Ce n'est que dans les livres de son enfance qu'il avait rencontré tempêtes et naufrages, cyclones et orages, et le calme plat sous un ciel de plomb; et dans sa propre vie, l'incendie.

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[...] ils demeurèrent là tous trois muets pendant quelques secondes, mâchant péniblement cette durée qui leur collait aux dents comme du caramel, sans pouvoir l'avaler.

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- Dis donc, dit Sénateur, on m'a raconté une étrange histoire sur ton compte.

- Etait-ce une étrange histoire ou une drôle d'histoire ou une bizarre histoire ou une singulière histoire ?

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Videos de Raymond Queneau (56) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Raymond Queneau
« J'avais été amené quand j'avais seize ans, par un ami un peu plus vieux que moi, comme j'étais un peu littéraire, au cocktail Gallimard qui avait lieu dans le jardin Gallimard et qui rassemblait en juin, le Tout-Paris et, pour la première fois, un garçon littéraire comme je l'étais, mais quand même très jeune, voyait tous les auteurs qu'il lisait. Il y avait Simone de Beauvoir, il y avait, je me souviens, Malraux et il y avait Queneau, bien sûr. Et vraiment, il y avait quelque chose de magique et j'étais enchanté. Il faisait beau, je voyais mes héros. Et je me suis dit que c'était là qu'il fallait vivre et mourir. »
***
Résumé : Dans le second volet de ses mémoires, “Une étrange obstination”, l'historien Pierre Nora revient sur son parcours foisonnant. Il y mêle détails sur ses travaux, anecdotes et évocations des figures marquantes de la vie intellectuelle française qu'il a pu côtoyer.
Les mots de l'auteur : « Cinquante-sept ans chez Gallimard et trente-cinq ans d'enseignement et de recherche, plus de mille livres édités, sept volumes des “Lieux de mémoire”, quarante ans à la tête du “Débat”, en faut-il davantage pour justifier mon titre ?Je me suis souvent défini comme marginal central. Marginal, parce que je n'ai pas été un universitaire classique, ni un éditeur professionnel, ni un historien typique, ni un écrivain authentique. Encore qu'un peu tout cela.Central cependant, parce que beaucoup des auteurs, beaucoup des idées d'une des époques les plus effervescentes et créatrices de la France contemporaine sont passés par mon petit bureau du premier étage de la rue Sébastien-Bottin, devenue Gaston-Gallimard.C'est ce vu et vécu dont, avant de disparaître, j'ai voulu laisser la trace. Les auteurs, les idées, l'époque. En mémorialiste et en historien. »
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