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ISBN : 2907913786
Éditeur : Le Passeur (09/04/2001)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 8 notes)
Résumé :
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Monument de la littérature de gueuserie, voici, enfin rééditées, les aventures édifiantes de Don Pablo de Ségovie,
le "" Miroir des Filoux ", dans la savoureuse traduction de Restif de La Bretonne.

Préface de Frantz Olivé
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Herve-Lionel
  01 avril 2014

N°559 – Mars 2012
El BUSCÓN – Francisco de Quevedo – Éditions Sillage.
Traduction de Rétif de la Bretonne.
Le titre tout d'abord « el Buscón », vient du verbe espagnol buscar qui signifie chercher. On pourrait donc traduire ce nom par « celui qui cherche, le chercheur » mais il serait plus pertinent de lui préférer « le filou », bien plus dans l'esprit du roman picaresque car c'est bien dans ce courant et dans la continuité de « La vie de Lazarillo de Tormes » que s'inscrit cette oeuvre de jeunesse écrite probablement vers 1603. (sur ce récit et sur le roman picaresque en général, voir la Feuille Volante n°558).
Le sous-titre espagnol de ce roman est plus explicite puisque qu'il précise qu'il s'agit de « [l'] histoire de la vie du filou appelé Don Pablo, exemple de vagabond rusé ». Il s'agit de l'unique roman de Francisco de Quevedo y Villegas [1580-1645], écrivain baroque du « siècle d'or » espagnol, contemporain de Cervantès, érudit, homme d'action, polémiste et humaniste. L'auteur y raconte l'histoire de ce Don Pablo, fils d'un barbier dont l'honnêteté douteuse le fera mourir sur l'échafaud pour vol et d'une mère tout aussi peu recommandable emprisonnée pour sorcellerie. Très tôt il est mis au service de Don Diego, un fils de famille qui l'emmène avec lui à Alcalà de Hénarès pour y étudier. Pourtant, loin de profiter de cette occasion pour être plus instruit et devenir meilleur, il préfère la situation de voleur et d'escroc, ce qui fait de lui un fugitif particulièrement apte à duper ses contemporains, n'hésitant pas à se déguiser pour cela en mendiant, en comédien ou en homme d' Église, à se dire noble ou dévot, à changer de nom pour exercer sa vrai profession d'aigrefin itinérant. Il est vrai qu'au début de sa vie, il fut lui aussi abusé par ses professeurs et retint d'eux surtout cette leçon.
Au lieu d'étudier, il a choisi une vie d'errant qui lui convient parfaitement et la liste est longue des compagnons avec qui il s'acoquinera volontairement, chacun d'eux ayant sa spécialité pour extorquer de l'argent au pauvre monde, jouant alternativement sur l'hypocrisie, le mensonge, la charlatanerie, la séduction, le vol... Il donne lui-même à son lecteur des conseils avisés pour tricher au jeu. Bien sûr, à vivre ainsi, Don Pablo tâte des prisons du royaume mais trouve toujours le moyen d'en sortir par ruse.
Il s'agit donc d'un récit humoristique plaisant à lire parce que admirablement traduit par Rétif de la Bretonne. Bien qu'il s'inscrive dans le courant picaresque, l'auteur cherche moins à condamner des actes répréhensibles qui mériteraient une punition qu'à distraire et amuser ses lecteurs. D'ailleurs nombres d'actes condamnables, perpétrés par Don Pablo, restent impunis et on cherchera vainement une fin moralisatrice à ce récit. Pourtant, il n'échappera pas au lecteur attentif que Don Pablo tente quand même de s'évader de sa condition, notamment par un riche mariage, et, peut-être, de s'améliorer, mais il échoue dans toutes ces entreprises qui peuvent passer pour des tentatives avortées d'ascension sociale parce que la malchance le poursuit. Pourtant, si on en juge par la lettre qu'il laisse à son oncle, bourreau à Ségovie, il veut à la fois oublier sa famille et poursuivre son errance parasite et fructueuse. En tout état de cause un roturier ne pourra jamais devenir noble ce qui est bien dans l'esprit du roman picaresque. A la fin, il tente de partir pour l'Inde et ainsi de refaire sa vie mais l'auteur nous laisse à penser qu'il échoue également dans cette entreprise. Tout au plus conclue-t-il lui-même « qu'il ne suffit pas à l'homme de se transplanter pour que son état se bonifie; il faut encore qu'il change de vie et de moeurs, quand elles sont dépravées et changer est une chose presque impossible à l'homme familiarisé avec le crime, et qui s'y est endurci » sans qu'on sache très bien s'il s'agit là d'amères regrets, d'une leçon temporaire dont évidemment il ne tirera aucun profit ou une ultime pirouette...
Dans ce récit, Quevedo ne manque pas de faire des réflexions aigres sur le monde qui l'entoure, de se moquer de la société de son temps, les intellectuels comme les ecclésiastiques, les charlatans comme les gens du peuple et des nobles ruinés. C'est donc aussi une critique sociologique qui nous est offerte sous couvert d'une présentation résolument comique.
Le style de ce roman est baroque, notamment dans les descriptions qui sont faites où tout est poussé à l'extrême et caricaturé [notamment quand il nous livre avec force détails la description des artifices employés pour masquer la pauvreté de la vêture faite de pièces de vêtements mille fois ravaudés]. Les pérégrinations de Don Pablo sont, l'occasion pour le lecteur de connaître une société interlope où la pauvreté n'a d'égal que la débrouillardise pour la camoufler. D'autre part, l'auteur n'hésite pas à utiliser les jeux de mots et des expressions savoureuses [Don Pablo indique, non sans humour que son père sortit de prison « avec tant d'honneurs qu'il était accompagné de de deux cents cardinaux que l'on ne traitait cependant pas d'éminence », désignant ainsi les traces laissées sur sa peau par les coups de fouet qu'il avait reçus en prison et qui rappelaient par leur couleur la robe des cardinaux].
Cette oeuvre rencontrera un grand succès lors de sa publication et sera traduite dans différentes langues mais il semblerait que Quevedo ait nié sa paternité à cause sans doute de l'Inquisition.

© Hervé GAUTIER - Mars 2012.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   30 janvier 2015
Fais comme tu verras, dit le proverbe, et il dit très bien. À force de réfléchir sur ce conseil, je suis parvenu à prendre la résolution d’être vaurien avec les vauriens, et de l’être même plus que tous les autres, s’il m’était possible. Je ne sais si j’ai réussi, mais je puis protester que je n’ai rien épargné pour cela de tout ce qui a dépendu de moi. J’imposai d’abord la peine de mort aux cochons qui entreraient dans la maison et aux poulets qui pourraient venir de la basse-cour dans ma chambre.

Un jour que j’étais à jouer avec les autres domestiques, il entra chez nous deux cochons, les plus beaux que j’aie vus de ma vie. Je les entendis grogner et aussitôt je dis à un de mes camarades : « Va voir qui grogne ainsi dans notre maison. » Il y alla, et rapporta que c’étaient deux gros porcs. À cette nouvelle je feignis de devenir furieux, je courus à eux sur-le-champ et, en disant qu’il fallait être bien imprudent pour venir grogner dans la maison d’autrui, je leur enfonçai à chacun, jusqu’à la garde, portes closes, une épée dans la poitrine. Après quoi nous les égorgeâmes. Pour que l’on n’entendît pas le bruit qu’ils faisaient, nous criions tous ensemble de toutes nos forces, comme si nous chantions, et ils moururent ainsi entre nos mains. Nous les vidâmes, nous en recueillîmes tout le sang, et nous les grillâmes à moitié dans la basse-cour sur de simples lits de paille. Ainsi quand les maîtres arrivèrent, tout était déjà fait, quoique mal, à l’exception du boudin qui n’était pas encore achevé ; et cela n’était pas faute de nous presser, car pour aller plus vite, nous laissâmes dans les boyaux la moitié de ce qu’il y avait. Don Diégo et le majordome surent l’aventure et se fâchèrent fort contre moi, de sorte que les hôtes, qui ne pouvaient se contenir de rire, furent obligés de s’intéresser en ma faveur. Mon maître me demanda ce que je dirais si l’on m’accusait et si j’avais été arrêté par la justice. Je lui répondis que je me nommerais La Faim, parce que ce nom convient fort aux étudiants, et j’ajoutai que si cela ne suffisait pas, je dirais qu’à l’air de familiarité avec lequel ils étaient entrés, comme dans leur maison, sans frapper à la porte, j’avais cru qu’ils étaient à nous. Tout le monde éclata de rire en entendant mes excuses, et Don Diégo me dit : « Par ma foi, Pablo, tu t’aguerris bien ! » En effet, il était étonnant de voir mon maître tranquille et pieux, tandis que moi je devenais de jour en jour plus espiègle : nous étions le parfait contraste l’un de l’autre.

La gouvernante était au comble de la satisfaction, parce que nous étions tous deux d’accord. Nous nous étions ligués contre la dépense. C’était moi qui la faisais, et j’avais hérité du dépensier Judas je ne sais quel amour pour ce qu’on appelle, en termes de l’art, faire danser l’anse du panier. La viande, dans les mains de la gouvernante, ne suivait point l’ordre de la rhétorique, elle allait toujours du plus au moins. Quand cette femme pouvait servir de la chèvre ou de la brebis, elle ne donnait pas du mouton. S’il y avait des os, elle ne mettait avec eux rien de maigre, de sorte qu’elle faisait des pot-au-feu qui étaient phtisiques à force d’être faibles, et des bouillons si blancs qu’on aurait pu en faire, quand ils étaient refroidis, des colliers de cristal pour les deux Pâques. D’autres fois, pour différencier et rendre gras le pot-au-feu, elle y mettait des bouts de chandelle. Elle disait à mon maître, quand j’étais présent : « Il n’y a certainement pas de domestique comme Pablo… S’il n’était pas espiègle !… Mais gardez-le, Monsieur, car on peut bien lui passer ses espiègleries, en considération de sa fidélité. Il apporte du marché ce qu’il y a de meilleur. » J’en disais autant d’elle, et nous en imposions ainsi à toute la maison.
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Videos de Francisco de Quevedo (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Francisco de Quevedo
Un extrait de l’émission « Poésie sur parole », par André Velter, diffusée le 5 juillet 2003 sur France Culture. Invité : Bernard Pons, traducteur des sonnets chez José Corti.
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