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ISBN : 2070401286
Éditeur : Gallimard (24/06/1997)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 35 notes)
Résumé :
Reproduction intégrale des huit tomes parus chez Maeght en 1990 à un prix prohibitif. Il y a 56 petits traités très érudits sur des sujets pointus concernant l'Antiquité, l'écriture et la bibliothèque, la lecture (' sa temporalité, son risque, ses bonheurs', N. Piégay-Gros)
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Bouteyalamer
  10 septembre 2017
Ces traités rassemblent des textes d'une à 136 pages alternant réflexions, aphorismes, observations ponctuelles, dissertations savantes ou fictions. Ils sont rédigés dans la plus grande liberté, ou mieux dans un parti pris d'arbitraire créatif, sans volonté de séduire. A qui aime les commentaires érudits, ils offrent des monographies non conformistes sur l'écrit (forme des livres, forme des lettres, accents, ponctuation, orthographe, mise en page, supports, illustrations et dédicaces, voir le 17ème traité), sur le langage (en particulier le 20ème traité, qui ferait frémir les linguistes), ou sur la langue en tant qu'organe (« la langue connaît quatre principaux emplois très différenciés : nutrition, gustation, langage, baiser » (p 547). Ces thèses sont administrées sans pédagogie mais avec une pénétration saisissante : « Quel est ce texte le plus ancien qu'un homme a noté ? le fragment d'un poème comparable à celui de Dante ? le décompte d'un troupeau de vaches ? Une formule-talisman pour se défendre de la mort ? Liste des noms des rois ?, d'astres ?, de soldats morts ?, de céréales ?, des dieux ?, des parties d'un corps malade ? (Je penche pour le troupeau de vaches) » (p 326). A qui aime l'imaginaire, ces traités offrent aussi des portraits cachés (Spinoza dans le 2ème traité), des fictions historiques (7 pages puissantes sur mort du comte d'Orange dans le 4ème traité) ou un conte libre (Vie de Lu, 10ème traité).
Comme toujours chez Quignard, on y trouve des incises ou des images fulgurantes : « Il souffrait d'une insomnie chronique qu'il avait transformée en bonheur en lisant » (p 41) ; « Les enfants qui flottent dans l'eau obscure de leur mère, quand ils ouvrent la bouche, mangent. Ils sont sans l'air, qu'ils ignorent, et incapables de la voix, qu'ils entendent » (p 81) ; « L'image est proprement l'interdit du dire » (p 133). A propos de l'image, Quignard soutient qu'un livre ne peut être illustré sans trahir (« Toute image est à proscrire dans les livres qu'on ouvre et dans la lecture dans laquelle on se plonge » (p 132), et il cite Flaubert en appui (7ème traité). Cela surprend quand on connait le scénariste de Tous les matins du monde, l'extraordinaire illustration dans le sexe et l'effroi, et chez Flaubert, des monceaux d'images splendides (voir le travelling avant depuis Massada dans Hérodias). Quignard est, comme on sait, féru de latin et d'étymologie. Il cite de multiples textes et nous fait la bonté de les traduire (Hominem pagina nostra sapit « mon livre a la saveur de ce qui est humain » p 302). Il traduit les mots latins avec une grande liberté : « Que veut dire le mot « objet » ? un sein qu'une femme dénude » (p 221). On se rappelle que fascinus dans le sexe et l'effroi était le phallos et la fascinatio, le regard qui ne peut s'en détacher.
On trouve dans ce livre un raccourci de l'admiration et du doute qu'il inspire : « Les plus beaux livres font douter des intentions qui les ont animés » (p 282). Surprise : on n'y parle pas de musique.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
brigetounbrigetoun   08 novembre 2009
Quelque divers que soient les hommes, les civilisations, les époques, les langues, les oeuvres, il semble parfois jusqu'à l'hallucination qu'il monte d'eux une apparence de plainte terrifiée, générale, qui paraît toujours dépouillée et neuve, comme un fond sonore qui rend fou. Langue au-dessous des langues, qui est le son d'un fragment de peur commune, que chacun émet sans doute à sa façon, et plus ou moins, mais qui erre de lèvres en lèvres, sur la protrusion presque sexuelle et toujours dénudée des visages, au cours des millénaires. Terreur peut-être élémentaire que durant des ères entières des hommes tenant des morceaux de cailloux ont grommelée, qui est aussi l'enfance même où elle se renouvelle, et qui nous assemble. Ce son qui geint, rythmique, puis arythmique, puis rythmique, ce plaisir de plainte qui est la vraie clochette des "troupeaux qui parlent une langue"
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brigetounbrigetoun   08 novembre 2009
Vous étiez cette jaunasserie tour à tour un peu blanchâtre, ou grisâtre, ou un peu violacée dans le rare blanc des pages des versions du collège, l'obscurité brune, affamée et humide de la nuit commençante, l'odeur suffocante de fadeur que dégage le corps des morts, mêlée de cuir, d'urine, et de laine mouillée. Ce qui a vécu et qui, ayant cessé de vivre, n'est pas, n'était il pas, de quelque manière, moins encore qu'il n'était avant qu'il n'apparût ? Je ne pouvais mendier auprès de vous la moindre assurance, ni poser la moindre interrogation. Vous n'aviez plus d'avis sur rien. Vous n'étiez ni pour ni contre : vous n'étiez pas « contre » moi-même, vous n'étiez même pas « pour » vous-même. Presque de l'affection ! Au bout d'un si long temps je trouvais enfin quelqu'un qui n'affirmait ni ne niait, qui ne résolvait aucune contradiction. Qui laissait les choses les unes à côté des autres. Qui laissait tout à côté de tout et tout, le laissait enfin de côté !
(à propos des langues mortes)
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brigetounbrigetoun   16 janvier 2012
Pas de phrase qui ne se décompose d'abord en moi dans le goût qui me conduit à en analyser la figure (le rythme de destruction). D'où l'attention passionnée pour la ponctuation, la trace sacrificielle, annulatrice. La place des plaies. Si la phrase sur laquelle s'arrêtent mes yeux peut être transformée, ou si sa forme n'a pas épousé une construction intransposable : déception, ennui, quel que soit le sens. Quand je lis ma tête récrit tout, sacrifie tout, tue mieux, change. Les grands textes pour moi : où je ne déplace rien
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AlzieAlzie   23 décembre 2015
L'illustration est anti-littéraire. Vous voulez que le premier imbécile venu dessine ce que je me suis tué à ne pas montrer.
Gustave Flaubert à Gervais Charpentier, éditeur.
(Petits traités 1, VIIe traité, Sur les rapports que le texte et l'image n'entretiennent pas, p. 131)
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PiertyMPiertyM   01 octobre 2014
Sans cesse il n'y a pas de monde au lieu où nous vivons. Sans cesse la figure du monde est passée. Sans cesse le langage fait défaut. Sans cesse celle qu'on aime se réduit à un rêve. Sans cesse les souvenirs ne sont que des pierres.
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