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Nathalie Quintane (Autre)
EAN : 9782358722094
144 pages
Éditeur : La Fabrique éditions (14/01/2021)
4.24/5   19 notes
Résumé :
34 ans… non… si je compte la fac, 5 ans de plus… et le secondaire, 7 ans… et l’école, 5 ans… et la maternelle : + 2… 53 ans que, élève, étudiante, enseignante, je suis dans l’Éducation nationale.

De la disparition de l’estrade à l’arrivée du numérique, des concours aux cantines, des mutations insidieuses aux réformes à marche forcée, ce livre tente une traversée de l’institution — sans se retenir d’en rire, et en tâchant de ne pas trop en pleurer.
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
lucia-lilas
  17 février 2021
Je crois que je suis « mal placée » pour chroniquer « Un hamster à l'école ». Ou trop bien, tout dépend du point de vue. Je vous explique : je n'ai pas fait d'études de sociologie, mais il me semble que, lorsqu'on a le même âge, le même sexe, la même origine géographique, que l'on a fait les mêmes études et passé les mêmes concours pour faire le même boulot… il me semble que l'on risque fort de se trouver deux/trois points en commun, ce qui évidemment est le cas ! Alors, inutile de vous dire que ces petits chapitres en vers libres (rien de tel que cette forme inattendue pour nous faire sortir de notre zone de confort et nous réveiller, nous secouer !) sur l'institution scolaire, qui me renvoient à mon quotidien depuis plus de trente ans maintenant, m'ont ravie! Pas dépaysée mais ravie ! Évidemment, je m'y retrouve complètement et je n'ai pas résisté à cette écriture mordante et offensive, à l'humour pince-sans-rire et incisif de Nathalie Quintane. C'est bien simple, j'ai bassiné tous mes collègues pour qu'ils écoutent ma lecture de tel ou tel passage de son livre : je profitais des longues minutes perdues à la photocopieuse pour en coincer un.e/des (collègue.s) : « Tiens, écoute ça… », tandis que d'autres ont retrouvé des photocopies-tracts dans leurs casiers et pour ceux qui pensaient avoir échappé aux vers quintaniens, ils n'avaient qu'à regarder les murs de la salle des profs, généreusement tapissés d'extraits du livre (à cause de moi, on n'aura peut-être pas notre label « éco-collège » cette année)...
Un délice. Un vrai délice. Les sujets abordés ? Ils sont nombreux ! Par quoi commencer ? Ah si, bien sûr, parlons par exemple des notes qu'il a fallu transformer en compétences - matérialisées par des codes-couleurs (ça allait tout changer…) : « il aura fallu que les mots de/ l'entreprise pénètrent bien profondément/ toute la société pour qu'elle nous les refile/ comme on refile la chtouille. »
D'ambitieux missionnaires se sont courageusement aventurés jusque dans nos bleds de fin fond de campagne pour nous transmettre la bonne parole institutionnelle… Je me souviens de nos incompréhensions (réelles surtout et feintes un peu aussi) au sujet de ces dites compétences (sont-ce « des savoirs identifiés » ou « des savoirs mobilisés » ou les deux à la fois?), des colères qui les accompagnaient et des fous rires aussi avec mon collègue de lettres classiques… Et les sigles, les sigles… une spécialité de l'EN (quoique…) Quand soudain, en réunion, tu ne sais même plus de quoi on parle ! Et avec ces compétences, les bulletins, tels des tableaux de Pollock, devinrent très vite illisibles : « j'y comprenais rien/ c'était écrit tout petit, y avait des couleurs partout/ quatre pages en tout. Il a fallu que je me penche/ sur la question un bon quart d'heure avant de / comprendre, moi qui remplissais des bulletins/ depuis trente ans »
Un autre point : les projets... « Projet de ceci, projet de cela ; j'ai/ jamais vraiment compris ce que ça recoupait sinon/ que quand t'as un projet, tu dois remplir des objectifs/ (c'est comme ça que ça se dit) » (au passage, je me souviens d'une inspection où l'on m'avait interrogée bille en tête sur le « projet académique »… j'avais fini par avouer à mon inspectrice que je ne comprenais pas la question. Je flottais dans un étrange univers kafkaïen - un cauchemar que cette inspection.)
Il y a eu aussi le parachutage du fameux « oral d'Histoire des Arts » (sans prof dédié) : qui faisait quoi ? Tout le monde. Ah oui, tout le monde ? Et le prof de physique, il allait parler de quoi ? Et le prof de maths ? Je me souviens d'un échange fastidieux autour du « nombre d'or » pour nous démontrer qu'on avait bien besoin des maths aussi pour commenter un tableau. Et les discussions interminables autour de cela. Les refus des uns, l'engouement un peu forcé des autres, les modalités de l'examen qu'il fallait aller chercher je ne sais où sur Internet… « du coup, pendant sept ans, on a préparé surtout/ à la tour Eiffel, à la Joconde, et aussi aux affiches de / Norman Rockwell, surtout celle de la petite fille noire/ parce que ça permettait de parler de la/ ségrégation raciale aux États-Unis qui était/ au programme de 3e. Vers la fin, j'ai remarqué/ qu'il y avait de plus en plus de peintres pompiers/ genre les gladiateurs de Jean-Léon Gérôme./ Des peintures vraiment bien peintes./ Ça devait pas être facile d'expliquer aux élèves/ que ces peintures tellement bien peintes/ en fait c'était de la merde. »
Et ces oraux du bac où les gamins, fiers d'eux, balancent à la tête de l'examinateur des noms de figures de style comme s'il s'agissait d'un Sésame ouvre-toi leur permettant d'obtenir un 19/20 haut la main, et ce sans penser une seule seconde qu'ils en oublient de mettre en évidence le sens même du texte : « les candidats te sortaient des noms de figures de style/que j'avais jamais rencontrées personnellement/ comme la polysyndète ou l'homéotéleute/ après ils recopiaient scrupuleusement/ tous les mots qui appartenaient au champ lexical/ (ça veut dire vocabulaire)/ de la navigation ou de la pâtisserie, puis c'était la/ liste de tous les verbes à l'imparfait du subjonctif/ et ainsi de suite ». Voilà comment l'école vide de son sens la notion même de « littérature » en dépiautant le texte à l'infini et en lui faisant dire parfois le contraire même de ce qu'il dit ! Et puis, le bac, pour l'examinateur, ça signifie une semaine loin de chez soi. le brevet, c'est mieux : « une journée à compter/ des points et demi sur des questions un peu floues/ de compréhension de textes de le Clézio. » Les « questions un peu floues », ah, ah, c'est exactement ça ! T'es obligé d'admettre toutes les réponses, du coup...
Il faut aussi que je vous parle des « îlots » (non, non, on ne part pas en voyage : il s'agit d'un concept dans l'air du temps qui consiste à regrouper quatre tables, les élèves sont donc face à face, bavardent -forcément- et souvent tournent le dos au tableau) : tiens, je me souviens d'une Principale qui m'avait demandé un jour pourquoi je ne mettais pas mes tables en îlots (les îlots, c'est tendance aussi bien dans les classes que dans les cuisines). Je lui avais répondu que mes élèves étaient là pour travailler, pas pour discuter. Et puis, j'avais fini par lui demander pourquoi elle insistait pour que je change. Sans ironie aucune et avec une franchise désarmante, elle m'avait répondu : « C'est la mode ». Outre les îlots, le prof devait (doit - c'est toujours d'actualité ce truc?) « quasi disparaître/ au moins de leur champ de vision, on leur donne une A4/ avec des phrases toutes prêtes, à compléter, à manipuler, à inventer, à chambouler, et vite vite/ on se carapate derrière notre ordi dont on ne bouge plus », oui, les gamins doivent tout trouver tout seuls. Ca prend du temps (mais paraît-il qu'on en a suffisamment !) Et parfois ils ne trouvent rien, forcément…
Je pense aussi aux interventions des uns, des autres parce que c'est l'école qui doit résoudre tous les problèmes de la société : prévention drogues, problèmes auditifs, réseaux sociaux et cyber harcèlement, éducation à la santé et à la sexualité, lutte contre l'homophobie, initiation à la nutrition, théâtres forum pour l'égalité des sexes, petits-déjeuners allemands, espagnols, anglais… Et les heures de cours qui partent en fumée… ( déjà que quatre heures de français hebdomadaire, c'est un peu juste, hein !)
Et le temps perdu à se connecter à l'ENT (qui bloque), aux codes (qui marchent pas)…
Un livre-critique vivant, vibrant, drôle, désespéré, sensible, touchant qui dénonce, dans une langue-torrent où se mêlent tous les registres de langue, un système scolaire souvent absurde, des réformes dénuées de bons sens qui s'accompagnent d'un verbiage abscons et incompréhensible. Un beau portrait en relief d'une institution en liquidation...
Et puis, au milieu de tout ça, il y a des profs usés, sonnés, désarçonnés, consternés et des élèves qui suivent comme ils peuvent, cahin-caha, s'accrochant aux branches, si les hasards de l'orientation ne les envoient pas valser là où ils n'ont jamais pensé mettre les pieds, des élèves dont l'un d'eux, un jour, à la fin d'un cours, lèvera la main pour demander, tandis que sa voix sera presque recouverte par une horrible sonnerie tonitruante « -Mais Madame, finalement, c'est quand qu'on va profiter de la vie ? »
Magnifique !
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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pilyen
  06 février 2021
Ne croyez pas en lisant ce titre que vous trouverez relaté quelque expérience déviante d'un prof féru d'expérimentation pédagogique, il y a longtemps que les hamsters sont interdits en classe because les allergies ! le hamster ici, c'est le prof dans sa cage de classe, moulinant sans fin de l'instruction, assommé par des réformes et un management de plus en plus ineptes de façon à lui faire accepter tout et n'importe quoi sans moufter.
Mais ce livre, loin de se résumer à cela, empoigne l'école par tous les bouts. En de courts chapitres, il dresse un portrait sensible de ce monde où tout un chacun est passé et que l'auteure n'a jamais quitté puisque prof de français ( agrégée) dans un collège du sud de la France. Les entrées prises par Nathalie Quintane pour décrire cette énorme machine qu'est l'école à la française sont multiples. du changement d'atmosphère d'un établissement à l'autre, même distants de quelques centaines de mètres, à la notation, au verbiage imposé aux profs aux devoirs à la maison en passant par à l'autorité voire à la solitude du prof après son travail, tout sera passé dans la moulinette littéraire de cette auteure inclassable.
"Un hamster à l'école" se démarque franchement de toute cette production éditoriale de profs racontant leurs expériences souvent de la même façon, soit sur le mode humoristique soit politique. Ici, il n'y aura pas à trancher, ce sera les deux modes qui seront employés mais avec plusieurs singularités.
Il y a d'abord, en plus de son regard critique jamais méchant, le style même de l'auteure, mélange subtil de langage parlé et de phraséologie plus complexe, dont les mots s'entrechoquent comme pour montrer la diversité de la langue actuelle ( et peut être la diversité des publics de certains établissements). A cela se rajoute, une autre originalité, celle qui fait apparaître le texte comme un poème, avec cette convention typographique du crochet en bout de ligne quand le ver est trop long. Ce n'est pas réellement un poème, ou alors des vers libres, de la poésie contemporaine ( ne pas oublier que Nathalie Quintane est poète également et surtout ne pas effrayer le lecteur potentiel qui pourrait croire à un ouvrage trop déviant surtout s'il est habitué à Delphine de Vigan). Cette mise en page attire l'oeil et oblige le cerveau à prendre de nouveaux repères de lecture, comme si, en utilisant ce procédé, on voulait également exhorter les enseignants à s'extraire un tant soit peu du cadre très strict de leur boulot, qui après la poste ou la SNCF est en train d'être soigneusement cassé.
Même s'il est certain que "Un hamster à l'école" trouvera plus facilement lecteur dans le milieu enseignant tant il connaît bien le milieu évoqué, le lecteur lambda lui prendra plaisir à sourire ( parfois jaune) à ce décapant portrait d'une enseignante qui montre combien ce métier, cette institution qu'est l'école, est diablement complexe ( et en danger). Et face à cette complexité, du recul et de l'humour permet de mieux l'appréhender, le comprendre et ...le défendre ?
Lien : https://sansconnivence.blogs..
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hhenry
  19 février 2021
Un écrit drôle et sarcastique qui pointe les dérives et parfois la complexité du monde du professorat. L𠆚uteure arrive avec justesse à décrire le métier, avec cette évaluation constante, la lourdeur du jargon administratif. La remise en question constante que l’on peu éprouver en étant face à une classe.
Un écrit percutant et qui soulève de réelles questions pour faire évoluer le métier.
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critiques presse (2)
NonFiction   15 mars 2021
L’éducation nationale, attrapée par le vers libre et l'humour de la poétesse Nathalie Quintane.
Lire la critique sur le site : NonFiction
LesInrocks   27 janvier 2021
Elle publie en cette rentrée" Un hamster à l’école" : un récit sarcastique de sa traversée de l’Education nationale comme élève, étudiante et enseignante.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (1) Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   31 décembre 2020
C'est là que d'un coup, à un moment, j'ai réalisé que mes meilleurs amis étaient nuls en orthographe et que je vivais avec un dyslexique qu'on avait pris pour un abruti pendant toute sa scolarité et qui finalement avait fait des études supérieures — tout comme mes amis nuls en orthographe. Mais alors, s'il y avait des gens nuls en orthographe et capables de développer une pensée et une appréhension sensibles du monde, ça impliquait a contrario qu'il y avait des gens à l'orthographe impeccable qui pensaient comme des pommes ou qui étaient vraiment cons. On connaît tous des cons qui font pas de fautes, non ?
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Videos de Nathalie Quintane (18) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nathalie Quintane
Nathalie Quintane révèle les paradoxes de son métier d'enseignante à la façon d'Un hamster à l'école (La Fabrique).
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