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EAN : 9782743654993
176 pages
Payot et Rivages (05/01/2022)
4.09/5   38 notes
Résumé :
Le baron d’Handrax existe, Bernard Quiriny l’a rencontré. Installé en famille dans son manoir de l’Allier, ce hobereau excentrique aux allures de géant barbu est débordant d’idées folles, qui font de lui le plus attachant des compagnons.
Collectionneur de maisons en ruines, organisateur de dîners de sosies, pourvoyeur intarissable d’anecdotes et de bons mots, spécialiste des langues inconnues, inventeur de génie, amateur de cimetières et de trains électrique... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
4,09

sur 38 notes
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ODP31
  11 février 2022
Un pensum pour mon 200ème billet ?
Ce n'est pas le genre de la maison. Je préfère les écrivains qui allument les incendies à ceux qui soufflent les bougies avant minuit. Rien de mieux qu'un baron excentrique pour trinquer à la santé de Babélio.
Dans le genre perché, d'Handrax n'a pas grand-chose à envier au baron de Calvino. Un bonhomme qui organise des diners de sosies, qui envoie des cartes postales de chez lui sur les lieux de vacances de ses proches, qui randonne à reculons quand une antenne ou un panneau gâche la balade, qui fait cohabiter sa femme et sa maîtresse dans les deux ailes de son manoir ou qui collectionne les anecdotes, les maisons en ruine et les trains électriques, mérite le détour par les routes sinueuses de l'esprit. le baron ne fuit que deux choses : le travail et le conformisme. Il y a pire comme allergies.
C'est en s'intéressant à un ancêtre du baron, un peintre méconnu dont les tableaux sortent rarement des réserves de musées de province que le narrateur fait la rencontre de sa vie et se transforme en scribe dévoué.
Bernard Quiriny devrait vérifier son ADN. A coup sûr, Marcel Aymé et Jules Renard ont fertilisé son arbre généalogique.
Ses récits ne tournent pas autour de son nombril ou d'autres recoins scabreux de son anatomie. Il préfère, comme ses aieux de plume, consacrer son oeuvre à l'ironie du monde.
Jusqu'ici, j'avais trouvé les nouvelles de cet auteur meilleures que ses romans. Son inspiration débridée s'exprimait mieux en quelques pages, ses histoires manquaient un peu d'endurance à mon goût. Je ne peux d'ailleurs que conseiller la lecture de ses "histoires assassines", de ses "contes carnivores" ou de sa "collection particulière".
Avec ce livre, Bernard Quiriny a trouvé la formule magique. Il parvient à greffer ce qui aurait pu constituer une farandole de nouvelles disparates, à un personnage farfelu, chainon manquant de son imagination.
Cette histoire, pleine comme la malle d'une famille de quintuplés dans le désordre, n'est pas seulement drôle : elle transpire d'amitié, la liberté en bandoulière et fuit la modernité dans la campagne de l'Allier. Faut y aller.
Comme il ne fait rien comme les autres, Bernard Quiriny publie en même temps les « Carnets Secrets » d'Archibald D'Handrax, ceux que le narrateur aurait trouvé chez le baron après sa mort, compilation d'aphorismes, de pensées décalées… du genre :
« Ecrivains. Il se forçait à écrire tous les jours, n'importe quoi, pour ne pas laisser la chance de faire un chef-d'oeuvre par accident. »
Si les personnages se mettent à écrire des livres en même temps que leurs auteurs, ma bibliothèque va rendre l'âme au diable.
Un plein d'idées folles.
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Kittiwake
  04 avril 2022
La réalité dépasse parfois la fiction et lorsqu'on découvre ce portrait élaboré par Bernard Quiriny, on ne peut que s'étonner de l'originalité de ce personnage hors norme, réellement côtoyé par l'auteur.
Sa fortune, ses demeures extravagantes , son goût pour les ruines, les trains électriques, les cimetières ou les langues rares en font une sorte de touche-à-tout excentrique et fascinant.
Chaque chapitre dévoile une de ses lubies, comme sa recherche continue de sosies qu'il convie ensuite à des dîners hauts en couleurs. Impossible de s'ennuyer avec ce personnage foisonnant.
On pense à Italo Calvino à la différence que l'auteur italien écrivait de la fiction fantastique. On imagine sans peine le baron d'Handrax traverser ses romans.
L'homme est également hors du temps, hors de la période contemporaine, qu'il connaît malgré tout, puisqu'il ne se prive pas d'exposer ses théories politiques ou philosophiques et de multiples anecdotes autour de ses rencontres de célébrités, hors sosies.
Le récit est très agréable à parcourir et complète la palette des talents d'écrivain de Bernard Quiriny, qui sait varier les styles et les thèmes avec brio.

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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hcdahlem
  23 mars 2022
Le baron d'Handrax se livre doublement
Bernard Quiriny nous offre un délicieux canular littéraire en cette rentrée 2022. Il signe sous son nom la fausse biographie du baron d'Handrax et des carnets secrets signés par son personnage principal. de quoi doubler notre plaisir!
Le Baron d'Handrax est un original. Lorsque le narrateur le rencontre, c'est parce qu'il a beaucoup apprécié les oeuvres de son aïeul, Henri Mouquin d'Handrax (1896-1960) qu'il a découvert dans un petit musée de province. Il a alors envie d'en savoir plus sur l'artiste. C'est ainsi qu'il a pu rentrer en contact avec cet homme aussi excentrique qu'attachant, qu'il a croisé en visitant l'une de ses nombreuses propriétés. Car l'une des lubies du baron est de racheter les anciennes propriétés dont personne ne veut, à condition qu'elles soient restées meublées comme à l'époque de leur construction. Ainsi, il peut s'offrir un voyage dans le temps. Invité au château, il a fait la connaissance de son épouse Hortense et de ses enfants Agathe, 7 ans, et Marcel, 11 ans. Ses deux autres enfants, Arthur, 15 ans et Corinne, 16 ans étant restés dans leur internat à Moulins. À l'issue de sa visite, il a droit à la découverte d'une salle particulière, plongée dans le noir et que l'on découvre de manière tactile, en tâtant la structure des matières exposées. Lors d'une autre visite, il découvrira son train électrique, installée dans une autre pièce, mais surtout la seconde famille du baron. Après que son épouse ait engagée Coralie, le baron l'a trouvé si séduisante qu'il l'a mise dans son lit avant de lui faire trois enfants, Amandine, Pierre-Yves et Antoine. Toute la communauté vivant en belle intelligence, sans vraiment se croiser pour autant.
Mais le sommet de ses excentricités consiste à organiser des dîners de sosies. Lorsqu'il croise quelqu'un ressemblant à une célébrité, il l'invite à condition qu'il accepte de passer au maquillage. C'est ainsi qu'un soir il s'est retrouvé à table avec Nietzsche, Samuel Johnson, Mme Récamier, le président Coty, Nikola Tesla, George Sand et Churchill. «Avec des personnalités venues d'époques différentes, on a l'impression de sortir du temps, d'avoir rejoint une quatrième dimension où les grands hommes de tous les âges et de tous les pays cohabitent.» Bien entendu, la conversation n'a rien n'a voir avec ce que les authentiques personnages pourraient dire, mais c'est ce qui plait au baron, tout comme la chasse aux sosies.
Et si vous pensiez en avoir fini avec les drôles d'idées, je dois vous décevoir. Les rendez-vous pour renifler les morts ou encore les promenades à reculons complètent le tableau. Mais laissons-là cette liste, même si vous en doutez bien, elle est loin d'être exhaustive et va convier aussi bien Eros que Thanatos, sans oublier la littérature, qui ne pouvait être absente ici. Parlons plutôt des trois grandes qualités de ce livre.
L'humour tout d'abord, omniprésent mais difficile à définir, entre ironie teintée de nostalgie et un peu d'autodérision qui font de cette fausse biographie un joyeux moment de lecture.
Ajoutons-y un style d'un agréable clacissisme, qui colle parfaitement au personnage vieille France de ce baron d'Handrax.
Enfin, et pour cela, chapeau bas Bernard Quiriny, ce roman pousse la supercherie littéraire au-delà de l'invention d'un lieu et d'une dynastie. Avec la complicité de son éditeur, voilà que paraît simultanément en poche un livre signé par le baron d'Handrax lui-même – et préfacé par Bernard Quiriny: «Je retrouve dans les pages de ces Carnets le Baron tel que je l'ai connu, avec ses traits de caractère, son ironie, son goût d'inventer, sa curiosité, son ton sarcastique, sa mélancolie, sa faculté d'émerveillement sa propension au dégoût, son conservatisme, son anarchisme, son pessimisme, son libéralisme son éclectisme et tous ses -ismes.
La baronne d'Handrax a bien voulu me permettre de le publier, et d'y ajouter cette préface; qu'elle en soit remerciée.» du coup, on peut se régaler de ces aphorismes, vraies et fausses citations et définitions, de ces phrases qui rapprochent Bernard Quiriny des premières pages du roman de Frédéric Beigbeder, Un barrage contre l'Atlantique. Voilà en tout cas un double barrage contre l'ennui!

Lien : https://collectiondelivres.w..
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MaminouG
  11 avril 2022
C'est par hasard que j'ai rencontré Bernard Quiriny grâce à l'un de ses romans, attirée par le seul titre : "L'affaire Mayerling". Mais point de Marie Vetsera, ni d'Archiduc d'Autriche…Je m'y étais, cependant, plongée et en étais ressortie épatée. Même satisfaction pour ce roman "Portrait du Baron d'Handrax", drôle, fantasque, réjouissant.
Bernard Quiriny se joue de ses lecteurs, ses personnages semblent vrais mais ne le sont pas, ou l'inverse. Donc, voilà, l'auteur connaît bien ce fameux baron d'Handrax, ville située dans l'Allier…ou pas… D'ailleurs, il est fait allusion à plusieurs reprises – enfin, deux si je ne me trompe - à un certain Bernard… Ce fameux baron est une sorte de châtelain, grand et barbu, bizarre et toujours prêt aux pires fantaisies. Bon, cet énergumène, il faut bien le reconnaître permet surtout à l'auteur de nous raconter une somme de petites histoires toutes plus drôles les unes que les autres. Il se moque aussi, par la même occasion de lui-même et des autres.
Servi par une écriture aux allures désuètes, ne lésinant pas sur l'emploi du passé simple, ce roman composé d'anecdotes ressemble comme deux gouttes d'eau à un recueil de brèves nouvelles. Mais le baron est toujours là, en fil rouge : un baron bigame qui a trouvé le moyen de faire trois enfants à la cuisinière, qui organise des dîners de sosies, appartient au club des renifleurs "…personnes…[qui] ont le don de détecter la mort." ou encore marche à reculons pour éviter de voir certains détails du paysage qui l'indisposent.
J'ai beaucoup aimé ce récit souvent abracadabrantesque mais tellement drôle. Il est aussi, mine de rien, tendre et même parfois émouvant. Les sentiments sont abordés de manière toujours feutrée et délicate. Finalement, on ne sait jamais trop sur quel pied danser tant Bernard Quiriny se joue de nous.
Belle réussite.
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zazy
  18 juin 2022
Ce livre, nous le devons au narrateur, amateur du peintre Henri Mouquin d'Handrax (1896-1960) qui, pour satisfaire sa curiosité se rend à Handrax dans l'Allier, visiter le musée dédié au peintre. Là, il devient employé de ce même musée. Un métier qui lui laisse quelques loisirs et lui permet de rencontrer le baron d'Handrax. Venu chez lui pour reproduire les tableaux de Henri Mouquin d'Handrax, il se lie d'amitié avec le hobereau. Bernard Quiriny nous en narre sa vie avec beaucoup de talent, de tendresse, d'ironie, de petites moqueries
Cher Baron,
Entre pays, je me permets cette familiarité, malgré notre différence sociale. Hobereau bourbonnais, vous pourriez, à l'instar de nombre de vos comparses voguer du côté traditionaliste un peu réac, mais non, je vous découvre ouvert, voire très ouvert et, je dois l'avouer, j'adore vos folles idées, votre folle sagesse ou votre sagesse folle.
J'aime vos voyages quasi immobiles. Pour ce faire, vous rachetez les maisons délaissées par leurs propriétaires décédés et, surtout, vous les laissez dans leur jus. « Ces maisons sont un conservatoire du passé. ». Une maison achetée dans les années soixante reste donc inchangée. Visiter une maison rachetée dans les années soixante, permet un détour dans le passé et revenir à cette époque. « Quand j'ai envie de dépaysement, dit-il, je me rends dans l'une de mes maisons. J'y reste une heure ou deux, c'est comme si j'avais fait un long voyage. ».
J'aime votre façon de vous promener, ce qui n'a pas manqué d'étonner votre visiteur. Vous marchez de temps à autre à reculons , tournez la tête à droite ou à gauche… tout ceci pour ne pas voir ce qui abîme votre paysage.
Quant à vos dîners de sosies, ils me plaisent et je vous imagine discuter mortadelle avec Victor Hugo (charcutier de son état)
Quant à vos aphorismes… Vous en avez même fait un livre, le seul que vous ayez terminé. Votre ami l'a fait publier en même temps que votre biographie et, bien entendu, je l'ai commandé à mon libraire. Voici ce que vous en dites « C'est un art difficile, le livre d'aphorismes. Il faut qu'ils soient bons ; mais en même temps, il faut que certains soient en fait assez plats, pour que les meilleurs prennent du relief par contraste. Alors, paradoxalement, vous aurez dans les mains un meilleur recueil que si tous avaient culminé, car aucun ne serait ressorti, et le livre aurait paru moins bon »
Vous avez le bon goût d'écrire à votre ami, qui a épousé votre fille, des cartes postales qu'ils reçoivent dans tous leurs lieux de séjour lors de leur voyage de noce aux USA. « J'ai décidé d'inverser les choses… au lieu que vous m'envoyiez des cartes d'Amérique je vous enverrai des cartes d'ici, pour vous raconter mon non-voyage. »… Fulgurant, n'est-il pas ?
Dans notre Bourbonnais aux multiples châteaux, manoirs, castelets… Monsieur le Baron, vous faites preuve d'audace. Deux familles sous le même toit avec, pour chacune autant d'amour et de déférence… Voyons M'sieur le Baron, vos confrères engrossent mais ne reconnaissent pas !!
J'ai souri en lisant vos positions politiques à géométrie variable, mais toujours logique, enfin dans votre logique.
Cordialement
Bernard Quiriny, vous m'offrez,-là encore, un voyage dans un monde suranné où la lenteur, le rêve sont des vertus. J'ai aimé votre portrait, divisé en petits chapitres, comme des touches de peinture, ou comme des histoires courtes avec des chutes dont vous avez le secret. J'ai dégusté lentement votre livre par petites bouchées, par chapitre. J'ai trouvé plaisante votre écriture classique, teintée d'autodérision, d'humour, de nostalgie, mais le tout léger comme une plume.
Merci pour cette lecture…. Euh ! Je ne connais pas d'Handrax dans l'Allier que j'ai parcourue de long en large, mais j'aime bien ce village où la concorde et l'empathie règnent.
Un vrai coup de coeur
Déjà lu de cet auteur et beaucoup apprécié L'angoisse de la première phrase


Lien : https://zazymut.over-blog.co..
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critiques presse (3)
SudOuestPresse   05 mai 2022
L’auteur des « Contes carnivores » reste dans le registre du burlesque pour dresser le portrait d’un homme sage parce qu’attaché à donner vie à son imagination via ses sens.
Lire la critique sur le site : SudOuestPresse
LeMonde   05 mai 2022
Avec l'enchanteur Quiriny, faisons la connaissance d'Archibald d'Handrax, aristocrate fantasque, et de son œuvre, qui ne l'est pas moins.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaLibreBelgique   20 janvier 2022
Le portrait imaginaire d’un baron décalé. Délicieuse et jubilatoire lecture.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   23 mars 2022
PREMIÈRE VISITE AU CHÂTEAU
Le manoir, sur les hauteurs d’Handrax, était une élégante bâtisse du XVIIIe siècle, flanquée d’écuries (pas de chevaux – le Baron les détestait), avec un parc. Sitôt que je la découvris, je fus séduit ; le Baron avait de la chance d’habiter un si bel endroit et d’avoir les moyens de l’entretenir.
Il m’accueillit en personne et me conduisit dans son bureau, où il avait installé ses Mouquin, descendus spécialement du grenier où ils sommeillaient depuis des années. Je reconnus la patte de mon peintre dans ces petits formats représentant des paysages de l’Allier ; au regard des thèmes et de la manière, je les datai des années 1920 et 1930. Je fis quelques commentaires ; mon hôte m’écouta avec attention, en hochant la tête. Je demandai ensuite la permission de copier les toiles ; il accepta, et promit même de mettre à ma disposition une pièce du château.
Il m’invita ensuite à goûter au salon. Nous traversâmes d’innombrables pièces et couloirs – le manoir était vaste –, tous meublés fastueusement. « Je ne suis pour rien dans cette décoration, expliqua-t-il ; j’ai tout reçu de mon père, qui lui-même l’avait reçu du sien, etc. »
Il avait tout de même transformé certaines pièces en fonction de ses besoins (et de ceux de sa famille – il avait une femme et quatre enfants, dont je parlerai). »
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ODP31ODP31   11 février 2022
Le Baron se tut, puis ajouta, péremptoire: " Si la nature avait voulu que nous parlions et mangions tout à la fois, elle nous aurait donné deux bouches."
Sur quoi, il attaqua son steak.
(page 113)
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KittiwakeKittiwake   04 avril 2022
L’inconvénient d’une dictature, poursuivit-il, c’est que vous êtes à la merci du dictateur, qui vous refuse en général le droit de vous exprimer, d’agir et de penser. Mais il faut voila contrepartie : vous êtres dispenser d’avoir à penser et à agir par vous même. Comme ce doit être reposant ! Nombre de nos contemporains, en secret, ne seraient pas hostiles à l’idée d’être ainsi déchargés de tout effet - décider, choisir, réfléchir ; ils éprouveraient, quoi qu’ils en disent, un grand soulagement, si on annonçait qu’on s’en chargerait désormais pour eux.
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hcdahlemhcdahlem   23 mars 2022
(Les premières pages du livre)
Henri Mouquin d’Handrax (1896-1960): peintre mineur, oublié de nos jours. Je m’en suis entiché par hasard, après avoir acheté une toile de lui chez un antiquaire, pour une bouchée de pain. J’ai commencé à me documenter sur sa vie, à chercher des études à son sujet. Je n’ai rien trouvé ; nul historien de l’art, nul érudit, ne s’est passionné pour son cas. J’ai voulu réparer cette injustice, en écrivant moi-même un livre. Ce livre sans doute n’intéresserait pas grand monde, mais qu’importe ! Et si les éditeurs n’en voulaient pas, je l’imprimerais à mes frais.
J’appris que le musée d’Handrax, dans l’Allier – berceau de la famille –, possédait des tableaux de Mouquin. Je décidai de m’y rendre, après m’être assuré par téléphone que l’établissement serait bien ouvert.
Dès mon arrivée, je tombai sous le charme d’Handrax. Mille cinq cents âmes, un clocher, de vieilles rues pavées ; une bourgade quiète et paisible, oubliée par la mondialisation. Hormis quelques enseignes criardes dans l’avenue principale, et de hideuses constructions modernes près de la gare et dans sa périphérie, rien n’y indiquait qu’on fût en 2020 ; on se serait attendu à croiser par les rues des fiacres, et des messieurs à chapeau haut de forme.
Installé dans un ancien couvent, le musée montrait des toiles d’artistes locaux – dont huit Mouquin –, et un certain nombre de pièces d’archéologie mises au jour à l’occasion de chantiers alentour ; la plus grande salle était consacrée aux objets d’autrefois : outils, faïences, balances à plateaux, fers à repasser en fonte, tout un stock légué par un collectionneur. Le musée avait récupéré aussi, à leur fermeture ou lors de rénovations, l’ameublement et la décoration des vieux commerces d’Handrax : la boulangerie, la pharmacie, etc. On avait reconstitué ces boutiques avec des mannequins déguisés, pour figurer les commerçants.
Lors de ma visite, le musée était désert. Je fis le tour, puis étudiai longuement les Mouquin. Le gardien, trouvant suspect mon intérêt pour eux, rôdait derrière moi.
Les tableaux, qui dataient des années 1950 – sa dernière époque, comme j’aimais à le dire –, n’étaient pas mal. Le plus beau, une nature morte, était la version aboutie d’une esquisse que je connaissais déjà. Enchanté, je décidai de revenir avec mon matériel de dessin, pour les recopier. (La loi l’autorise, pourvu que la copie soit d’un autre format que l’original.)
Par courtoisie, j’informai le gardien de mes projets. Il n’y vit aucune objection et demanda s’il pouvait m’être utile. Il était plus sympathique qu’il n’en avait l’air. Nous bavardâmes, et il m’apprit deux choses : que le petit-neveu de Mouquin habitait au village, et que la mairie cherchait pour le musée un second gardien.
Ainsi commença ma nouvelle vie.
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ChristlbouquineChristlbouquine   30 mars 2022
Souvent, le Baron m'énervait. Il avait tant de tics, de manies, de lubies ! Il me faisait tant de mystères, prenait un tel plaisir à me faire mariner et tourner en bourrique, se comportait si souvent avec moi comme un maître avec un élève, ou Socrate avec un disciple, ou encore un prestidigitateur avec son spectateur ! Or je ne voulais être ni son élève, ni son disciple, ni son spectateur. Je le lui disais, vivement, lorsqu'il me poussait à bout. Il prenait alors un air étonné, comme s'il ne comprenait pas ma colère ; il avait une manière bien à lui de jouer les innocents, qui me mettait au comble de l'exaspération. 
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Vidéo de Bernard Quiriny
Jean-Baptiste Andrea, romancier et membre du jury, nous présente "Le Portrait du baron d'Handrax" (Editions Rivages) de Bernard Quiriny, l'un des 5 romans finalistes du Prix Orange du Livre 2022. Le vote est ouvert jusqu'au 2 juin 2022, le nom du lauréat ou de la lauréate de cette 14e édition du Prix Orange du Livre sera annoncé le 9 juin.

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