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Pierre Michel (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253023493
Éditeur : Le Livre de Poche (01/07/1979)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 325 notes)
Résumé :
Rire est le propre de l'homme », disait Rabelais et, pour nous faire rire, il invente Pantagruel, le fils de Gargantua. Gargantua était le héros d'un livret de colporteur publié avec succès à Lyon : Les grandes et inestimables chroniques de l'énorme géant Gargantua. Pantagruel est, lui aussi, un géant, qui, par mégarde, comble une carie dentaire en avalant des soldats !
Il a pour ami Panurge, un fieffé voleur vivant de la vente des indulgences et du mariage d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  28 février 2018
Alors oui, oui, je sais, je sais, c'est très vilain, vraiment très vilain de dire du mal des précurseurs, des inventeurs, des originaux ; c'est très vilain de dire du mal de celui qui est le père légitime du roman français (voire mondial) ; et c'est très laid enfin, en ces heures de bien pensance reine, de s'en aller tacler le chef de file des malséants, des trublions. Oui, je sais, je sais… Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa…
Sincèrement, croyez-moi, du fond du coeur, j'aimerais m'enthousiasmer pour quelqu'un qui déborde tellement d'humour (je n'ai rien, bien au contraire, contre l'humour gras d'un Hurtaut ou grivois d'un Bukowski), qui ne se prend pas au sérieux, qui fait montre d'une culture ahurissante, qui parodie à qui mieux mieux, qui règle leur compte à bon nombre de grands messieurs ou dames persuadés d'être des gens très bien, etc., etc.
Mais qu'est-ce que c'est chiant à lire pour moi ! Putain de putain que c'est chiant à lire ! Ça me tombe des mains, ça n'en finit pas (alors même que le livre, de taille modeste, est découpé en plein de petits chapitres). Outre le fait qu'il faille parfois quasiment une traduction pour le lire — là n'est pas encore le principal problème en ce qui me concerne — mais les listes interminables avec des liens quasi infaisables (à moins d'être experte) avec ce qu'il parodie, l'outrance vraiment outrancière, les digressions sans queue ni tête, et puis, de façon générale, la caducité fréquente du propos.
Ce que j'aime, ce que j'adore, dans mes lectures d'oeuvres anciennes, c'est de débusquer ce qui n'a pas vieilli, ce qui touche à l'universel. En revanche les querelles de clocher d'il y a 500, 700 ans, qu'est-ce que je m'en fous. C'est ce qui me rebute chez Dante et c'est ce que je reproche beaucoup à notre François Rabelais national.
Finalement, ce qu'il me reste à admirer, ce n'est pas tellement le propos, ni la forme, ni quoi que ce soit ayant réellement trait au fonctionnement romanesque, c'est plutôt l'apport de Rabelais pour la langue française. Là je me délecte : on ne compte plus, dans ses livres, le nombre d'expressions qui sont désormais passées dans le langage courant. C'est en ce sens qu'il est géant et patrimonial : notre français et ses expressions lui doivent énormément et lire ces vieilles orthographes nous aide parfois à comprendre et retracer l'étymologie de bien des mots qui s'est évaporée au cours des siècles.
D'emblée, Rabelais nous dit que nous évoluons dans la fiction, qu'il ne faut pas lire ni comprendre au pied de la lettre. Soit, pourquoi pas. Très vite, il va dans l'outrance, la démesure, la matière fécale, les parties génitales, l'humour, les voyages improbables, les références à la pelle. Mais à quoi bon ? Pour nous délivrer son message ? Quel message ? Il se classe parmi les humanistes, proche d'Érasme, et donc ami du savoir vrai, pas des dogmes, pas de l'église telle qu'elle se conçoit à l'orée de la réforme.
Soit, soit tout ça. Mais en quoi la forme sert-elle le fond ? Là, je m'interroge et j'ai furieusement tendance à penser qu'elle dessert au contraire le propos. le lecteur inattentif peut tout à fait prendre les convictions véritables de l'auteur pour autant de dérisions, engluées comme elles le sont dans cette gangue de gauloiseries. Comment mieux ridiculiser le savoir véritable dont Rabelais était le dépositaire que de le pervertir comme il le fait constamment. Comment ne pas voir en lui un genre de pédant (exemple du chapitre IX et de la présentation de Panurge), lui qui raille constamment la pédanterie ?
Bref, ne m'en veuillez pas si comme une idiote je crache sur une idole, d'ailleurs, ceci n'est qu'un bien misérable, bien insignifiant avis duquel Rabelais doit bien rigoler, lui qui n'a besoin de personne depuis cinq cents ans pour continuer d'être lu, critiqué et admiré un peu partout sur la Terre…
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chartel
  14 septembre 2012
Pas la peine d'insister sur le caractère éminemment savoureux de la langue rabelaisienne, ni sur le récit paillard et satirique de la société de son temps lorsqu'on évoque le Pantagruel. Peut-être rappeler l'extraordinaire richesse formelle de l'oeuvre, à faire pâlir d'envie les sombres copistes contemporains qui ont la naïveté de croire que la modernité est l'apanage des modes du temps présent. Rabelais pisse sur les conventions pour exhiber une littérature opulente et revigorante, mais, il est important de le souligner, avec art et intelligence.
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vincentf
  06 août 2012
Plongée raffraichissante dans le bon temps de jadis où les savants se dévergondaient dans de salaces et grasses cabrioles. Rabelais parle certes d'éducation humaniste et de recours aux anciens, mais l'essentiel du bouquin s'amuse à inventer des mots goûteux comme les repas - comment les qualifier autrement? - pantagruéliques de personnages prêts à tout pour que le public rigole. Pour que la rigolade s'affranchisse de la gêne des pudiques modernes, Rabelais y ajoute des situations rocambolesques, où sont mises en valeurs la sagesse et la démesure de Pantagruel, qui provoque des tremblements de terre en pétant et des sources thermales grâce à sa chaude-pisse, et de Panurge, qui empêtre de chiens en chaleur une dame récalcitrante en la saupoudrant de bidoche, et qui parle mille langue juste pour dire qu'il a soif. Bref, lire Rabelais, ça ne fait pas du bien qu'à l'esprit.
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Lutopie
  03 mai 2019
On passe à table en ouvrant Pantagruel, ou Gargantua, et on se voit proposer un os à ronger, de la chair de qualité aussi, la substantifique moelle, de la viande bien faisandée, bien salée, parce que l'écriture est osée : on fait preuve d'esprit (on s'exerce ès arts des traits d'esprit au XVIème siècle), on boit à outrance et le sel donne soif alors on boit d'autant plus.
Il ne manque pas de sel chez Rabelais. Le texte transpire du sel.
Rabelais, fin connaisseur du corps, nous propose (pour vérifier ses dires - sa théorie, selon laquelle la mer est salée parce qu'elle est pleine de sueur) de goûter notre sueur afin de vérifier sa teneur en sel, ou de goûter la sueur de quelqu'un qui a la vérole. Bonne idée !
Cependant, j'ai bien peur qu'il omette de parler des effets secondaires de la médecine qu'il inculque. Consulter Rabelais, c'est à nos risques et périls. En effet, on peut très bien choper la vérole ou une maladie contagieuse en lisant ce texte (sisi !) parce que le rire, c'est contagieux, déjà. J'ai goûté les pages de mon édition et c'est riche en sel, en tout cas.
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Epictete
  20 décembre 2013
L'édition que je possède est écrite avec l'orthographe originale (Peut être un peu expurgée) . Ça fatigue un peu à la lecture, mais c'est vraiment sympa car cela vous met tout de suite dans l'ambiance et le contexte. Merci pour le glossaire de fin d'ouvrage, bien utile pour saisir le sens des mots ou des phrases.
En ce qui concerne le texte, quelle truculence, que d'invention.
Cela préfigure l'esprit carabin et positionne Rabelais à un niveau où il n'est rejoint que par peu d'auteurs ( Si ce n'est à une autre époque, le bon Alfred Jarry, voire Jonathan Swift )
Il fallait oser.
Osons le lire ou le relire.
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critiques presse (1)
NonFiction   02 juillet 2017
Une organisation des savoirs 2.0 pour affronter une question de politique culturelle qui pose, au fond, celle des mutations de la démocratie.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Citations et extraits (62) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   25 février 2018
— Voyant doncques, dist Baisecul, que la pragmatique sanction n'en faisoit nulle mention et que le pape donnoit liberté à chascun de péter à son aise, si les blanchetz n'estoyent rayez, quelque pauvreté que feust au monde, pourveu qu'on ne signast de ribaudaille.

Chapitre XI : Comment les seigneurs de Baisecul et Humevesne plaidoient devant Pantagruel sans advocatz.
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Nastasia-BNastasia-B   05 janvier 2018
En toutes compaignies il y a plus de folz que de saiges et la plus grande partie surmonte tousjours la meilleure.

Chapitre X : Comment Pantagruel équitablement jugea d'une controverse merveilleusement obscure et difficile, si justement que son jugement fut dict fort admirable.
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CielvariableCielvariable   07 avril 2013
Puis je descendis par les dents de derrière pour aller aux lèvres ; mais en passant je fus détroussé par des brigands dans une grande forêt, qui est vers les oreilles.

Puis je trouvai une petite bourgade en redescendant, dont j’ai oublié le nom, où je fis encore meilleure chère que jamais, et où je gagnai un peu d'argent pour vivre. Savez- vous comment ? À dormir ; car on loue les gens à la journée pour dormir, et ils gagnent cinq à six sous par jour ; mais ceux qui ronflent bien fort gagnent bien sept sous et demi. Je racontai aux sénateurs comment on m'avait détroussé dans la vallée ; ils me dirent qu'en vérité les gens qui vivaient au-delà, étaient méchants et brigands de nature ; à cela je vis que, de même que nous avons des contrées en deçà et au- delà des monts, de même ils en ont en deçà et au-delà dents ; mais il fait bien meilleur vivre en deçà et l'air y est meilleur.

Là je me mis à penser qu'il est bien vrai, comme on le dit, que la moitié du monde ne sait pas comment l'autre vit, vu que personne n'avait encore écrit sur ce pays-là, où il y a plus de vingt-cinq royaumes habités, sans compter les déserts et un gros bras de mer ; mais j'ai composé là-dessus un grand livre intitulé l'Histoire des Rengorgés ; je les ai nommés ainsi parce qu'ils demeurent dans la gorge de mon maître Pantagruel.

Finalement je voulus m'en retourner, et passant par sa barbe, je me jetai sur ses épaules, et de là je descendis à terre et tombai devant lui.

Quand il m'aperçut, il me demanda:

« D'où viens-tu, Alcofrybas ? »

Je lui réponds :

« De votre gorge, Messire.

- Et depuis quand y es-tu ? dit-il.

- Depuis, dis-je, que vous êtes allé contre les Almyrodes.

- Il y a, dit-il, plus de six mois. Et de quoi vivais-tu ? Que buvais-tu ? »

Je réponds :

« Seigneur, de même que vous, et sur les plus friands morceaux qui passaient dans votre gorge, je prélevais des droits de douane.

- Oui mais, dit-il, où chiais-tu ?

- Dans votre gorge, Messire, dis-je.

- Ha, ha, tu es un gentil compagnon, dit-il. Nous avons, avec l’ide de Dieu, conquis tout le pays des Dipsodes, et je te donne la châtellenie de Salmigondis.

- Merci beaucoup, dis-je, Messire. Vous me faites plus de bien que je n’ai mérité de votre part. »
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Nastasia-BNastasia-B   22 février 2018
Ces diables de roys icy ne sont que veaulx, et ne sçavent ny ne valent rien, sinon à faire des maulx ès pauvres subjectz, et à troubler tout le monde par guerre, pour leur inique et détestable plaisir.

Chapitre XXXI : Comment Pantagruel entra en la ville des Amaurotes, et comment Panurge maria le roy Anarche et le feist cryeur de saulce vert.
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gigi55gigi55   04 novembre 2018
Pantagruel - François Rabelais
Chapitre 8 « Lettre de Gargantua à Pantagruel » - 1532
Comment Pantagruel étant à Paris reçut des lettres de son père Gargantua, et la copie de celles-ci

Pantagruel étudiait fort bien, vous comprenez pourquoi, et profitait de même, car il avait de l'entendement à tour de bras et autant de mémoire que douze barriques et tonneaux d'huile. Et pendant qu'il demeurait en ces lieux, il reçut un jour des lettres de son Père de la manière suivante :

« Très cher fils, entre les dons, grâces et prérogatives dont le souverain Dieu formateur, tout puissant, a doué et orné l'humaine nature à son commencement, il y en a une qui me semble singulière et excellente, par laquelle elle peut en état mortel acquérir une espèce d'immortalité, et dans le cours d'une vie éphémère perpétuer son nom et sa semence. C'est ce qui est fait par la lignée issue de nous en mariage légitime. Par cette lignée nous n'est aucunement instauré ce qui nous fut apporté par le péché de nos premiers parents, dont il a été dit, parce qu'ils n'avaient pas été obéissants au commandement de Dieu le créateur, qu'ils mourraient et que par la mort serait réduite à néant cette magnifique forme sous laquelle l'homme avait été créé. Mais par ce moyen de propagation séminale il reste dans les enfants ce qui était perdu dans les parents, et dans les petits-enfants ce qui périssait dans les enfants, et de même successivement jusqu'à l'heure du jugement final, quand Jésus-Christ aura rendu à Dieu le père son Royaume pacifique hors de tout danger et contamination par le péché, car alors toutes les générations et corruptions cesseront, et les éléments cesseront le cycle de leurs transformations continues, puisque la paix tant désirée sera atteinte et accomplie, et que toutes les choses seront arrivées à leur point final. Ce n'est donc pas sans juste et équitable cause que je rends grâces à Dieu mon conservateur de ce qu'il m'a permis de voir mon antiquité chenue refleurir en ta jeunesse car, quand par le plaisir de Lui qui tout commande et modère, mon âme laissera cette habitation humaine, je ne me croirai pas totalement en train de mourir, c'est-à-dire de passer d'un lieu à un autre, vu que en toi et par toi je demeure visible sous tes traits dans ce monde, vivant, voyant et commerçant avec des gens d'honneur et mes amis comme je le désire. D'ailleurs cette conservation qui a été la mienne s'est passée, moyennant l'aide et la grâce divines, non sans péché, je le confesse (car nous péchons tous et nous avons continuellement besoin de Dieu pour qu'il efface nos péchés), mais sans reproches.
« Pour cette raison, puisqu'en toi demeure l'image de mon corps, si pareillement ne brillaient pas les mœurs de ton âme, l'on ne te jugerait pas être le gardien et le trésor de l'immortalité de notre nom, et le plaisir que je prendrais en voyant cela serait réduit, considérant que la partie de moi la moins importante demeurerait dans le corps, et que la meilleure qui est l'âme, et par laquelle notre nom garde la bénédiction des hommes, serait dégradée et abâtardie. Je ne dis pas ceci par défiance que j'ai de ta vertu (laquelle m'a été déjà prouvée par le passé) mais pour t'encourager plus fort à profiter bien et mieux. Et ce que présentement je t'écris est surtout pour que tu vives de cette façon vertueuse, que tu te réjouisses de vivre et d'avoir vécu ainsi, et que tu rafraîchisses ton courage pour vivre de même à l'avenir. Tu te rappelleras peut-être que je n'ai rien évité pour atteindre le but d'une telle vie : car c'est ainsi que j'ai vécu en ce monde pour te voir une fois dans ma vie absolu et parfait, tant en vertu, honnêteté et sagesse, qu'en toute science libéral et honnête, et pour te laisser comme tel, après ma mort, comme un miroir représentant la personne de moi ton père, et pour te voir sinon aussi excellent et ressemblant par les faits, comme je te souhaite, du moins bien tel par ton désir. Mais encore que mon feu père chéri Grandgousier a déployé tous ses efforts à ce que je profite en tout talent et savoir politique, et ce que mon labeur et mon étude correspondent bien avec ou même dépassent son désir, toutefois, comme tu peux bien le comprendre, les temps n'étaient pas aussi opportuns ni commodes pour étudier les lettres qu'ils le sont à présent, et il n'existait alors aucun précepteur qui puisse ressembler à ceux que tu as eus. Les temps étaient encore ténébreux, ils sentaient l'infélicité et la calamité des Goths, qui avaient mis toute bonne littérature à destruction. Mais par la bonté divine, la lumière et la dignité ont été à mon époque rendues aux lettres, et j'y vois de tels changements qu'il me serait aujourd'hui difficile d'être reçu dans la première classe des petits gamins, moi qui étais réputé (non à tort) comme le jeune homme le plus savant du siècle.
« Maintenant toutes les disciplines sont restituées, les langues instaurées, le grec sans lequel il est honteux qu'une personne se dise savante, l'hébreu, le chaldéen, le latin. Des impressions fort élégantes et correctes sont utilisées partout, qui ont été été inventées à mon époque par inspiration divine, comme inversement l'artillerie l'a été par suggestion du diable. Tout le monde est plein de gens savants, de précepteurs très doctes, de librairies très amples, tant et si bien que je crois que ni à l'époque de Platon, de Cicéron ou de Papinien, il n'y avait de telle commodité d'étude qu'il s'en rencontre aujourd'hui.
« Pour cette raison, mon fils, je te conjure d'employer ta jeunesse à bien profiter dans tes études et dans la vertu. Tu es à Paris, tu as ton précepteur Epistémon qui, d'une part par ses leçons vivantes, d'autre part par ses louables exemples, peut bien d'éduquer. Je veux que tu apprennes les langues parfaitement. Premièrement le grec, comme le veut Quintilien. Deuxièmement le latin. Et puis l'hébreu pour les lettres saintes, et le chaldéen et l'arabe pareillement. Qu'il n'y ait aucune histoire que tu n'aies en mémoire, ce à quoi t'aidera la cosmographie de ceux qui en ont écrit. Des arts libéraux, la géométrie, l'arithmétique et la musique, je t'ai donné un avant-goût quand tu étais encore petit, âgé de cinq à six ans : poursuis le reste et deviens savant dans tous les domaines de l'astronomie mais laisse-moi de côté l'astrologie divinatrice, et l'art de Lulle comme des excès et des inutilités. Du droit civil, je veux que tu saches par coeur tous les beaux textes, et que tu puisses en parler avec philosophie. Et quant à la connaissance des faits de la nature, je veux que tu t'y adonnes avec curiosité, qu'il n'y ait ni mer, ni rivière, ni fontaine dont tu ne connaisses les poissons, tous les oiseaux de l'air, tous les arbres, arbustes et fruits des forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés dans le ventre des abîmes, les pierreries de tout l'Orient et du midi. Que rien ne te soit inconnu. « Puis soigneusement revisite les livres des médecins grecs, arabes et latins, sans mépriser les talmudiques et cabbalistes. Et par de fréquentes anatomies acquière-toi une parfaite connaissance de cet autre monde qu'est l'homme. Et quelques heures par jour commence à visiter les saintes lettres. Premièrement en grec, le Nouveau Testament et les Epîtres des Apôtres, et puis en hébreu l'Ancien Testament. En somme, que je voie un abîme de science : car avant de devenir un homme et d'être grand, il te faudra sortir de cette tranquillité et du repos de l'étude et apprendre la chevalerie et les armes pour défendre ma maison et secourir nos amis dans toutes leurs affaires contre les assauts des malfaisants. Et je veux que rapidement tu mettes en application ce dont tu as profité, ce que tu ne pourras mieux faire qu'en discutant publiquement avec tous et contre tous les gens de savoir en fréquentant les gens lettrés, qui sont tant à Paris qu'ailleurs.

« Mais parce que selon le sage Salomon la sagesse n'entre jamais dans les âmes mauvaises, et science sans conscience n'est que ruine de l'âme, il te faudra servir, aimer et craindre Dieu, et en Lui mettre toutes tes pensées et tout ton espoir, et par foi formée de charité être joint à Lui, si fort que jamais le péché ne t'en sépare. Prends garde des tromperies du monde, ne laisse pas la vanité entrer dans ton coeur car cette vie est passagère, mais la parole de Dieu demeure éternellement. Sois serviable envers tous tes prochains, et aime-les comme toi-même. Respecte tes précepteurs, fuis la compagnie des gens à qui tu ne veux pas ressembler, et ne gaspille pas les grâces que Dieu t'a données. Et quand tu t'apercevras que tu disposes de tout le savoir que tu peux acquérir là-bas, reviens vers moi, afin que je te voie une dernière fois et que je te donne ma bénédiction avant de mourir. Mon fils, que la paix et la grâce de notre Seigneur soient avec toi. Amen.

D'Utopie, le dix-septième jour du mois de mars.
Ton père, Gargantua. »
Ayant reçu et lu ces lettres, Pantagruel prit de nouveau courage et fut enflammé à profiter plus que jamais, de sorte que le voyant étudier et profiter, on aurait dit que son esprit était parmi les livres comme le feu parmi les charbons, tant il l'avait infatigable et avide.


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Vidéo de François Rabelais
Chino Rabelais Christian Prigent. « Chino Rabelais », lecture, avec Vanda Benes ; A la bibliothèque de la Sorbonne, 17 rue de la Sorbonne 75005 PARIS, Paris. Cycle « le livre en question ». mardi 16 avril 2016 avec la Maison des écrivains et de la Littérature et la Bibliothèque Interuniversitaire de la Sorbonne BIS MEL Avec Sylvie Gouttebaron, Ismaël Jude Fercak Nicolas Bourdais - musique Jean-Christophe Marti - production La Belle Inutile -
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