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ISBN : 2290340995
Éditeur : Librio (01/02/2004)

Note moyenne : 3.58/5 (sur 1003 notes)
Résumé :
Tyran sanguinaire, empereur féroce, despote criminel : le seul nom de Néron provoque des frémissements d'horreur. C'est ce que Racine a bien compris : pour sa première tragédie romaine - terrain traditionnel de son vieux rival Corneille - Néron tombe à point nommé pour provoquer la crainte et la pitié. Il choisit donc d'en faire son héros maléfique, le double ignominieux de son frère Britannicus, innocent bientôt immolé à la formation machiavélique du jeune empereur... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (56) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  23 novembre 2015
Britannicus est probablement, des pièces de Jean Racine, ma favorite. Les ingrédients de cette recette de qualité : un somptueux méchant, deux beaux machiavéliques, un brave muselé, deux tourtereaux au nid le tout revenu dans un fond d'histoire antique.
Ajoutez à cela amour et politique, rythme et poétique et vous aurez l'exemple canonique d'une magnifique tragédie. Alors, bien sûr, tout comme on peut ne pas aimer le safran, l'ail ou le melon, on peut ne pas aimer du tout ce type de pièce, ce style d'écrit, mais dans ce type et dans ce style, avouons que c'est du grand art.
Et d'ailleurs, rendons à ces arts ce qui appartient à Racine : la dramaturgie et le lyrisme. Ce n'est pas un champion de la formule fracassante comme peut l'être Corneille, mais quel verbe mes aïeux ! quel niveau ! quel style ! quelle homogénéité d'ensemble ! quelle construction !
Britannicus peut être perçu comme le pendant français de MacBeth avec dans le rôle titre Néron. Comme pour la tragédie de Shakespeare, le point central en est le basculement du souverain de l'intérêt général vers l'intérêt particulier, la chute du statut de chef d'état, père de la nation à celui de vulgaire tyran ou dictateur.
Comme chez Shakespeare, même si les ferments du mal sont en germe et très présents chez Néron, il faut un catalyseur : c'était Lady Macbeth là-bas, c'est Narcisse ici, c'était le truchement des événements là-bas, c'est l'amour pour Junie ici. La mécanique est la même à la différence que le titre là-bas est MacBeth, c'est-à-dire qu'on s'intéresse plus particulièrement au héros maléfique, c'est Britannicus ici, c'est-à-dire la principale victime du souverain ayant basculé dans la tyrannie et l'horreur.
Britannicus est un personnage assez insipide et naïf mais vis-à-vis duquel l'auteur parvient à nous faire ressentir beaucoup d'empathie parce qu'on le sent fragile, parce qu'on constate qu'il a subi beaucoup d'injustices, parce qu'il ne pense pas à mal et qu'il se montre prêt à pardonner à ses oppresseurs. Dans le fond, il est un peu couillon, mais on l'aime bien, on le chérie, on a envie de le dorloter, un peu comme le chiot boiteux d'une portée qui se fait toujours avoir et qui regarde les autres manger dans sa gamelle, la larme à l'œil.
L'autre personnage fantastique de Britannicus c'est bien évidemment Agrippine, la terrible mère de Néron ; celle-là même qui par ruse et vilenie s'est glissé dans les bras de l'empereur Claude et l'a manipulé, l'a usurpé, l'a plus ou moins castré et finalement, l'a assassiné. Le tout dans le dessein de placer son propre fiston, Néron, à la tête de l'empire, en lieu et place du légitime prétendant, Britannicus.
Elle espère qu'elle pourra castrer son fils comme elle a castré son mari, mais…, mais…, les chiens ne faisant pas toujours des chats, Néron tient bien plus d'elle qu'elle ne le souhaiterait.
Il faut certainement dire quelques mots encore de Burrhus et de Narcisse, respectivement gouverneurs de Néron et de Britannicus. Racine aime bien les compositions symétriques inversées. Il avait déjà fait le coup dans Andromaque ; il récidive ici.
En deux mots et très schématiquement cela donne : Néron (illégitime, immoral, fort, méchant, etc.) vs. Britannicus (légitime, moral, faible, gentil, etc.) et Burrhus (fidèle, honnête, soucieux du peuple, etc.) vs. Narcisse (traître, hypocrite, impitoyable, etc.) et l'on obtient dans la balance l'inéquation suivante :
NÉRON + BURRHUS > BRITANNICUS + NARCISSE, d'où le résultat final. Les 2 B sont BattUS et les 2 N sont les Nantis (ou les Nababs).
Cependant, vous conviendrez avec moi que j'ai commencé en vous parlant de poésie, de lyrisme et que j'en suis arrivée à de la mathématique ; c'est désolant, désespérant et je m'en excuse. Il me faudrait encore dire deux ou trois mots de Junie, expliquer le rôle purement fonctionnel d'Albine, méditer sur l'ambition d'Agrippine mais c'est comme d'expliquer la composition et la construction musicales : ça casse l'émotion qu'on éprouvait pour le morceau et en fin de compte, ça gâche un peu le plaisir.
Donc, jouissez sans théorème, vibrez sans connaître la formule, savourez sans chercher à trouver l'inconnue de l'équation car ceci n'est qu'un malheureux avis, sujet aux erreurs de calcul, c'est-à-dire, bien peu de chose face à l'émotion, d'un texte, d'une langue, d'une représentation.
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BazaR
  03 juin 2014
Néron est encore un jeune souverain frais émoulu sorti de l'école des Césars, une école probablement pas trop éloignée de Poudlard l'école des Sorciers chère à Potter, car ce brave jeune homme bien sous tous rapports va se faire contaminer par la mégalomanie paranoïaque de Voldemort.
Il gère donc son principat sans faire de vagues jusqu'au jour où il apprend que son demi-frérot Britannicus a craqué pour Junie, descendante d'Auguste en personne. Parano : cette situation risque de trop favoriser le frérot qui pourrait menacer son pouvoir. Donc il fait arrêter la jeune femme pour l'éloigner du frérot. Ironie du destin, il en tombe amoureux à son tour.
Là-dessus voilà que la mamma de Néron, Agrippine, s'en mêle. Si Junie approche trop prêt du fiston, elle risque fort de le libérer de son emprise de boa constrictor. Ni une ni deux elle se rapproche de Britannicus et lui promet de l'aider à retrouver Junie, façon de faire passer un message au fiston : « tu vois je t'ai fait roi, je peux te défaire aussi sec ».
La parano de Voldemort titille Néron. Il a tous les pouvoirs, il peut balayer large s'il veut. Mais il hésite car suivre les bons préceptes de Poudlard, honneur, dignité, compassion, etc. lui assurerait une place héroïque dans l'Histoire. Donc : place d'Infâme ou place de traitre. Il est conseillé dans un sens puis dans l'autre, change d'avis comme une girouette. Mais à la fin ce sera l'Infâme. Britannicus est empoisonné et Agrippine doit se tenir au garde-à-vous si elle veut sauver sa peau.
Bon j'ai résumé la pièce sur un ton badin mais c'est pour cacher mon admiration du style de Racine. Les vers sont pure musique sous l'oeil et l'auteur capte et restitue à merveille les affres, angoisses ou doutes des coeurs amoureux.
Même s'il connaît son Tacite, Racine s'accorde quelques licences poétiques. Selon Tacite (on pourra lire aussi le Néron de Roger Caratini) ce n'est pas Junie dont le jeune Néron tombe amoureux mais d'une affranchie nommée Actée. Britannicus prend deux ans de plus afin que son amour pour Junie soit vraisemblable. Narcisse, qui joue le rôle d'un agent double travaillant pour Britannicus mais en fait pour Néron, n'a rien à faire dans cette histoire selon l'historien romain. Bah ! du moment que l'on est averti dans les commentaires du livre (et dans les préfaces mêmes de l'auteur) il n'y a pas de mal.
Malgré tout, je ressens moins d'attrait pour cette pièce que pour Horace de Corneille. J'ai pour l'instant lu deux tragédies de chaque auteur et je préfère Corneille. Pourquoi ? Je pense que c'est parce que la romance (le style galant en vogue à son époque) de Racine prend trop le pas sur sa politique. L'équilibre passion-politique est mieux conservé chez Corneille, aboutissant aux situations qualifiées de cornéliennes. Chez Racine j'ai parfois l'impression de tomber dans le mélo.
Cela se joue sur un fil cependant.
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boudicca
  09 octobre 2012
Loin des grandes figures féminines issues des tragédies grecques telles qu'Andromaque, Iphigénie ou encore Phèdre, cette fois c'est dans la Rome de l'Antiquité que le célèbre Jean Racine est allé chercher l'inspiration pour son « Britannicus ». On reste bien évidemment dans le genre tragique avec cette pièce de 1669 relatant la triste fin du fils naturel de Claude, assassiné par son « demi-frère » Néron, qui commence alors tout juste à régner. Outre la figure de Britannicus c'est ainsi également à celle de l'empereur que s'intéresse l'auteur, et plus précisément au tournant qui révélera sa véritable nature : son amour pervers pour Junie, la femme de son demi-frère.
Généralement peu attirée par les auteurs dits « classiques » et encore moins par le théâtre, c'est pourtant avec toujours autant de plaisir que je me plonge dans les oeuvres de Racine. Comme à son habitude, l'écrivain excelle dans le genre tragique et nous offre avec « Britannicus » ce qui reste à mon sens l'une de ses meilleures pièces. Néron, empereur rendu fou par un désir qu'il ne peut assouvir, Agrippine, mère castratrice et ambitieuse, Britannicus, victime de manigances politiques qui le dépassent..., sous sa plume ce sont quelques-unes des plus grandes figures historiques de la Rome antique qui prennent vie et parviennent à nous émouvoir ou nous révolter. Une très belle oeuvre, à lire et relire, sans aucune modération.
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Rodin_Marcel
  13 octobre 2015
Racine Jean – "Britannicus" – Folio classique, 2015 (ISBN 978-2070466627)

Cette tragédie est axée sur un personnage historique, l'empereur romain Néron qui régna de 54 à 68 ap. J.C., resté dans la mémoire collective comme l'un des pires tyrans de l'histoire du monde occidental. Racine choisit de le montrer non pas à la fin de sa triste vie, mais au moment où, après un début de règne fort prometteur (période pendant laquelle il est encore sous l'influence de son précepteur Sénèque, son mentor Burrus et sa mère Agrippine), il s'empare réellement du pouvoir pour commencer à sombrer dans une folie sanguinaire. En effet, l'auteur n'a aucunement besoin de s'étendre sur les exactions les plus marquantes jalonnant cette fin de règne (comme par exemple les persécutions contre les chrétiens ou l'incendie de Rome), puisqu'à son époque, tout aristocrate (son public prioritaire) un tant soit peu éduqué connaît son histoire romaine sur le bout des ongles.

Le trait de génie de Racine consiste donc à illustrer le moment où le pouvoir bascule, en mettant en scène un affrontement entre deux monstres : Agrippine, la mère qui a probablement assassiné son mari, l'empereur Claude, pour écarter l'héritier légitime Britannicus et imposer ce Néron, qui va justement éliminer toutes celles et tous ceux qui l'ont porté au pouvoir, comme tout dictateur qui se respecte. Pour faire bonne mesure, il ajoute le fourbe Narcisse…

Je me limite ici au suivi de l'affrontement entre Agrippine et Néron, mais il convient aussi d'apprécier la subtilité des intrigues parallèles (la fourberie de Narcisse, le retournement de Burrhus, l'idylle entre Britannicus et Junie etc).

Agrippine ouvre le récit, ses lamentations et sa rage alimentent tout l'acte premier : elle connaît bien son fils (vers 35-38) :
« Il se déguise en vain. Je lis sur son visage
Des fiers Domitius l'humeur triste, et sauvage.
Il mêle avec l'orgueil, qu'il a pris dans leur sang,
La fierté des Nérons, qu'il puisa dans mon flanc. »
La césure des vers 37 et 38, juste à l'hémistiche, donne une force dramatique typiquement racinienne.
Le portrait d'Agrippine se précise aux vers 90-96 (voir citation). Elle décèle sa prochaine chute dans une anecdote narrée en douze lignes magistrales (vers 99-110) et démasque la manoeuvre de Néron (vers 249-250 puis 275-276)
« À ma confusion Néron veut faire voir / Qu'Agrippine promet par delà son pouvoir. »
« Et qui s'honorerait de l'appui d'Agrippine / Lorsque Néron lui-même annonce ma ruine ? »

Burrus esquisse la problématique de l'opposition entre la personne privée et la personne publique de l'empereur (vers177-182) puis de Junie (vers 239-244).

Néron, clé de voûte de la pièce, n'apparaît pas avant l'acte deux, scène deux. Et par quel biais ! Racine nous le présente sous le pire éclairage, celui du sadique tombant amoureux de sa victime, qu'il sait éprise d'un autre, qu'il persécute, qu'il aperçoit dans un moment où elle s'abandonne aux larmes et au désespoir qu'il a lui-même provoqués (vers 386-406 voir citation), le tout culminant dans le vers 402 :
« J'aimais jusqu'à ses pleurs que je faisais couler. »
et le désordre de la passion se reflétant dans le désordre rythmique des vers 405-406 :
« Voilà comme occupé de mon nouvel amour
Mes yeux sans se fermer ont attendu le jour. »
Encouragé par le fourbe Narcisse, Néron poursuit en évoquant la nécessité de répudier son épouse légitime Octavie (vers 462-482), mais avoue qu'il tremble encore lâchement devant sa mère Agrippine (vers 483-510 voir citation). Il se promet au moins de se venger sur Britannicus (vers 522) : « que je lui vendrai cher le plaisir de la voir ».

Pour couronner cette présentation du personnage en son intimité, Racine lui fait prononcer une déclaration d'amour, qui est d'une goujaterie abyssale (acte II, scène 3, vers 527-572), témoigne de son mépris de la parole donnée à Octavie (vers 595-598 puis 619) et ne peut qu'horrifier la vertueuse Junie (603-610) : à l'époque de Racine, la parole donnée ne se reprenait pas, et le divorce était totalement incompatible avec une noblesse fondée sur la lignée ; le mot revêt alors une force insoupçonnable aujourd'hui.

Au passage, l'auteur glisse une de ces remarques aussi cruelles que réalistes destinées à ses contemporains (vers 641-642) :
« Absente de la cour je n'ai pas dû penser,
Seigneur, qu'en l'art de feindre il fallût m'exercer. »
Ce deuxième acte se termine par une scène d'une cruauté psychologique confinant au sadisme, Néron intimant à Junie l'ordre d'éconduire Britannicus, sous peine de le tuer si elle n'obéit pas, d'ailleurs il écoutera leur entrevue en se dissimulant (vers 661-746). Après quoi il explose de rage et de fiel (vers 747-756 voir citation). Noter combien la similitude de rythme des vers 755-756 (sextolet, triolet, triolet) renforce leur puissance évocatrice.

C'est Agrippine qui ouvre l'acte trois, encore plus rageuse que dans l'acte premier à l'idée que Néron puisse élever Junie au rang d'impératrice en lieu et place de cette Octavie qu'elle avait choisi – avoue-t-elle – précisément pour la voir s'effacer devant elle (vers 879-892).
Suit une confrontation entre le couple Britannicus-Junie et Néron, qui exaspère encore le ressentiment de ce dernier envers sa mère. Fort habilement, les intrigues mêlées dans ce troisième acte (il faudrait les disséquer une à une) vont amener la confrontation directe entre Néron et Agrippine, qui ouvre le quatrième acte.

Dès la scène deuxième, la confrontation éclate : Agrippine confesse sans vergogne ni repentir les crimes qu'elle a commis pour asseoir son fils Néron sur le trône impérial (vers 1115-1222), le plus dur résidant probablement dans la concession énoncée au vers 1129 :
« je fléchis mon orgueil »,
et le constat à la construction grammaticale sinueuse pendant trois vers aux sonorités sourdes, aboutit au quatrième vers d'une formulation nette et claire se terminant par un son «è» à la sonorité claironnante (vers 1197-1200)
« du fruit de tant de soins à peine jouissant
En avez-vous six mois paru reconnaissant,
Que lassé d'un respect, qui vous gênait peut-être,
Vous avez affecté de ne me plus connaître. »

Néron répond par une tirade moins longue (vers 1223-1257), mais d'emblée cinglante (vers 1227-1230) :
« Aussi bien ces soupçons, ces plaintes assidues
Ont fait croire à tous ceux qui les ont entendues,
Que jadis (j'ose ici vous le dire entre nous)
Vous n'aviez sous mon nom travaillé que pour vous. »
Avant de mettre habilement sa mère Agrippine dans la position d'accusée (vers 1254-1257) pour terminer en s'attribuant une posture magnanime (1295-1304) qu'Agrippine prend pour argent comptant.

Le spectateur est immédiatement informé de la fourberie de Néron, qui se confie à Burrhus : il veut éliminer son rival Britannicus, sans pitié aucune. Burrhus tente une dernière fois de le ramener à la raison, dans une tirade (vers 1337-1385) qui devait trouver une forte résonnance auprès du jeune Louis XIV encore fortement impressionné par la Fronde dont son père eut tant de peine à s'extirper. Hélas, Néron succombe aux flatteries du fourbe Narcisse.

L'acte cinquième s'ouvre sur la rencontre de Junie et Britannicus : ce dernier, naïvement, croit en une réconciliation avec Néron, tandis que Junie tente de le détromper en dressant un tableau féroce des courtisans, dans lequel bien des contemporains de Racine devaient se reconnaître (vers 1521-1526 voir citation).
Agrippine croit un instant avoir retrouvé sa place (vers 1583)
«Il suffit, j'ai parlé, tout a changé de face.»,
mais elle est immédiatement démentie : Néron a bel et bien fait empoisonner son rival.

La pièce pourrait se terminer par la tirade d'Agrippine (vers 1673-1692), dont les deux derniers créent un lien avec le spectateur sensé justement connaître le sinistre renom de Néron :
«Et ton nom paraîtra dans la race future
Aux plus cruels tyrans une cruelle injure.»

La pièce se termine, sans se terminer, le spectateur sait la suite (tout au moins à l'époque de Racine)…
Je n'ai ici retracé que l'intrigue principale, à grands traits, mais il convient – pour faire pleinement ressortir le côté magistral de cette pièce – d'apprécier également le tissu des intrigues secondaires qui viennent judicieusement, subtilement, alimenter et renforcer cet axe.
Cette pièce se lit et se relit inlassablement, tant elle fait écho – aujourd'hui encore – aux moeurs des puissants de ce monde… Depuis Néron, combien de Staline, combien d'Hitler ???
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michfred
  08 mars 2015
Qu'être un fils-à-maman est une douce chose !
La grâce, dans ses bras, et l'amour se reposent !
Vous êtes le plus grand, vous êtes le plus beau !
A vous, tous les talents ! Vous êtes sans défaut !
Votre col est taurin, votre nez est trop rond ?
Vous êtes plein de force, vous êtes son Néron !
Vous êtes lunatique, vos rêves sont bizarres ?
Vous effrayez les filles, elles ont des cauchemars,
Vous aimez les surprendre souvent au saut du lit ?
Surtout quand il s'agit de la douce Junie,
Cette jeune captive, dans le simple appareil
D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil…
Ah, vous avez tôt fait d'en faire votre idole
Et ce n'est pas seulement dû à son baby doll !
Vous êtes un peu rebelle, alors votre Maman
Vous a doté de deux tuteurs fort compétents :
L'un est le grand Burrus, bourru et irritant,
Barbon que ses conseils ont rendu bien barbant,
L'autre a un nom de fleur, mais il sort du fumier,
On dit que de Maman il sut se faire aimer,
Mais là, c'est vous qu'il sert, ses intrigues il tisse,
Il espionne partout, le perfide Narcisse !
Mais depuis quelque temps Maman vous fait la tronche,
Se méfie de vous comme d'un cheval qui bronche :
Elle vous caresse moins, vous parle de travers,
Réserve ses câlins à votre demi-frère…
Ah quel ennui vraiment : mais qu'a donc ce minus ?
Qu'est-ce qu'on peut lui trouver, à ce Britannicus ?
Si Maman s'en entiche, adieu tous vos pouvoirs !
Car il est fils de Claude, allez donc vous faire voir !
Ce Claude, ce tonton, que Maman épousa
Et tua. Oui : Ad augusta per angusta,
Disait votre Maman. Avant, elle prit soin
De vous faire adopter, vous le bâtard taré
Et de déshériter le Britou , l' Octavie :
Vous étiez donc promis aux couronnes qui brillent…
Mais voici qu'elle change, cette mère redoutée,
Elle vous fuit, elle vous craint, que peut-elle mijoter ?
Si un fils- à -maman est une douce chose,
Si c'est pour un garçon une vallée de roses,
Il est un cas pourtant où l'on fait grise mine :
Quand on est le fiston de maman Agrippine !
Hauts les coeurs, point de peur, quand on est un Néron,
On se jette hardiment dans l'arène, voyons !
Demandez à Locuste, la savante en poisons
Qu'elle vous débarrasse du petit avorton,
Qui n'a qu'un seul atout, le pauvre rejeton,
C'est bien d'être orphelin : pas de mère crampon !
Et c'est votre Maman qui joue les chaperons !
Il lui en cuira donc : vous abattez la tour !
Britannicus se tord devant toute la cour,
Il a bien mal au ventre, il geint, il va mourir..
Maman a tout compris, mais elle sait se tenir :
Pas un mot, pas un geste, elle demeure sereine…
A vous de renverser après ça votre reine
Dans ce grand jeu d'échecs qui se joue entre vous :
Etre un fils-à-maman c'est dangereux comme tout !
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Citations et extraits (185) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   28 novembre 2015
BRITANNICUS : Rome met-elle au nombre de vos droits
Tout ce qu'a de cruel l'injustice et la force,
Les emprisonnements, le rapt et le divorce ?
NÉRON : Rome ne porte point ses regards curieux
Jusque dans des secrets que je cache à ses yeux.
Imitez son respect.
BRITANNICUS : On sait ce qu'elle en pense.
NÉRON : Elle se tait du moins : imitez son silence.
BRITANNICUS : Ainsi Néron commence à ne plus se forcer.
NÉRON : Néron de vos discours commence à se lasser.
BRITANNICUS : Chacun devait bénir le bonheur de son règne.
NÉRON : Heureux ou malheureux, il suffit qu'on me craigne.
BRITANNICUS : Je connais mal Junie ou de tels sentiments
Ne mériteront pas ses applaudissements.
NÉRON : Du moins, si je ne sais le secret de lui plaire,
Je sais l'art de punir un rival téméraire.

Acte III, Scène 8 : (v. 1046-1060).
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Nastasia-BNastasia-B   23 octobre 2013
NARCISSE : Grâces aux dieux, Seigneur, Junie entre vos mains
Vous assure aujourd'hui le reste des Romains.
Vos ennemis, déchus de leur vaine espérance,
Sont allés chez Pallas pleurer leur impuissance.
Mais que vois-je ? Vous-même, inquiet, étonné,
Plus que Britannicus paraissez consterné.
Que présage à mes yeux cette tristesse obscure
Et ces sombres regards errant à l'aventure ?
Tout vous rit : la fortune obéit à vos vœux.
NÉRON : Narcisse, c'en est fait, Néron est amoureux.
NARCISSE : Vous ?
NÉRON : Depuis un moment, mais pour toute ma vie,
J'aime, que dis-je, aimer ? j'idolâtre Junie !
NARCISSE : Vous l'aimez ?
NÉRON : Excité d'un désir curieux,
Cette nuit je l'ai vue arriver en ces lieux,
Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes,
Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes,
Belle, sans ornements, dans le simple appareil
D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil.
Que veux-tu ? Je ne sais si cette négligence,
Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence,
Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs,
Relevaient de ses yeux les timides douceurs,
Quoi qu'il en soit, ravi d'une si belle vue,
J'ai voulu lui parler, et ma voix s'est perdue :
Immobile, saisi d'un long étonnement,
Je l'ai laissé passer dans son appartement.
J'ai passé dans le mien. C'est là que, solitaire,
De son image en vain j'ai voulu me distraire.
Trop présente à mes yeux je croyais lui parler,
J'aimais jusqu'à ses pleurs que je faisais couler.
Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce;
J'employais les soupirs, et même la menace.
Voilà comme, occupé de mon nouvel amour,
Mes yeux, sans se fermer, ont attendu le jour.
Mais je m'en fais peut-être une trop belle image,
Elle m'est apparue avec trop d'avantage:
Narcisse, qu'en dis-tu ?

Acte II, Scène 2.
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Nastasia-BNastasia-B   24 novembre 2015
BURRHUS : C'est à vous à choisir, vous êtes encor maître.
Vertueux jusqu'ici, vous pouvez toujours l'être :
Le chemin est tracé, rien ne vous retient plus ;
Vous n'avez qu'à marcher de vertus en vertus.
Mais si de vos flatteurs vous suivez la maxime,
Il vous faudra, Seigneur, courir de crime en crime,
Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautés,
Et laver dans le sang vos bras ensanglantés.

Acte IV, Scène 3 : (v. 1339-1346).
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Nastasia-BNastasia-B   03 décembre 2015
JUNIE : Hélas ! dans cette cour
Combien tout ce qu'on dit est loin de ce qu'on pense !
Que la bouche et le cœur sont peu d'intelligence !
Avec combien de joie on y trahit sa foi !
Quel séjour étranger et pour vous et pour moi !

Acte V, Scène 1 : (v. 1522-1526).
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Nastasia-BNastasia-B   30 novembre 2015
BURRHUS : Quoiqu'il soit votre fils, et même votre ouvrage,
Il est votre empereur. Vous êtes, comme nous,
Sujette à ce pouvoir qu'il a reçu de vous.
Selon qu'il vous menace, ou bien qu'il vous caresse,
La cour autour de vous ou s'écarte, ou s'empresse.

Acte IV, Scène 1 : (v. 1108-1112).
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Vidéo de Jean Racine
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LA PROTECTION DE LA PARTIE FAIBLE DANS L'ARBITRAGE OHADA
Martial Koffi Akakpo
Préface de Jean-Baptiste Racine
Logiques Juridiques
Soucieux d'améliorer leur attractivité juridique, les Etats membres de l'OHADA ont décidé d'adopter des règles souples visant à faciliter les échanges économiques. En conséquence qu'il s'agisse de la convention d'arbitrage ou du procès arbitral, le sort du faible n'a pas fait l'objet d'une attention particulière. L'auteur invite à pondérer le libéralisme du droit de l'OHADA sans pour autant fragiliser la justice arbitrale.
Martial Koffi Akakpo est avocat au barreau de Lomé. Il enseigne le droit du financement des grands projets en Afrique à l'université Paris II Panthéon Assas. Il est également membre de la cour internationale d'arbitrage de la chambre de commerce internationale de Paris
Broché - format : 15,5 x 24 cm ISBN : 978-2-343-13499-4 ? 1 février 2018 ? 462 pages
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