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Cécile Lignereux (Éditeur scientifique)
EAN : 9782035839091
175 pages
Éditeur : Larousse (23/01/2008)
3.74/5   596 notes
Résumé :
Iphigénie est innocente et vertueuse ; c'est pourtant elle que son père doit se résoudre à sacrifier. Iphigénie incarne la douceur et la tendresse ; c'est pourtant elle qui est au centre du déchaînement des fureurs familiales. Iphigénie exalte le dévouement et l'abnégation jusqu'au sublime ; c'est pourtant elle qui subit les lâchetés et les excès dévastateurs. Tels sont les tragiques paradoxes d'Iphigénie, où l'oracle divin ne semble rien d'autre que le révélateur d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (45) Voir plus Ajouter une critique
3,74

sur 596 notes

Nastasia-B
  09 septembre 2021
J'ai du mal à penser de cette Iphigénie
Qu'elle brille et, mieux, qu'elle touche au génie !
Oh ! Si vous saviez ce qu'elle me bassine
La molle tragédie de notre ami Racine !
Pourquoi ? Me direz-vous. Pourquoi ? Eh bien c'est là
Qu'il me faut confesser mon dégoût des mets plats,
Gentils, conciliants, irrévocablement
Moraux, probes et droits, si lisses, franchement
Qu'ils confinent, pour moi, au telenovela !
Une tragédie ? Ça ? Non, un soap opera.
Alors, voilà un roi, le Grec Agamemnon,
Qui voudrait guerroyer, faire entendre son nom
Jusqu'aux remparts de Troie. Il rameute en ce sens
Tous les rois d'alentour, sans soucis de dépense :
Ulysse, Achille… bref tous les grands noms sont là,
Armés jusqu'aux dents et même beaucoup plus bas
Ils sont là, ils sont prêts, c'est l'heure de partir,
Mais ni vent, ni Dieux, n'y veulent consentir.
Que faudrait-il alors pour qu'ils le tolérassent ?
Immoler une fille — et pas qu'une connasse —
Il faudrait qu'elle fût fille d'un roi du même nom
Que le boss des boss et qui, bien sûr, dira non.
Mais l'oracle est formel : « C'est ça ou rien, mon pote. »
« Quoi ? s'étrangle le roi, être pire que Pol Pot ?
Je ne peux, je ne dois. Tant pis, je renonce. »
Quand Ulysse apprend ça, vite il le semonce :
« Mais, vous n'y pensez pas, mon cher Agamemnon,
Que diront Achille et les gars du même nom
Quand ils apprendront que pour sauver la pucelle
Vous pliez les genoux et faites votre selle ! »
« C'est ma fille, c'est mon sang, aussi je m'ingénie
Si je peux éviter qu'on tue Iphigénie,
Je la retiens loin d'ici et j'attends. »
« Inutile, mon cher roi, car il n'est plus temps.
En effet, c'est elle que j'aperçois ici. »
« Ah ! Diable ! Satan ! Méchante prophétie ! »
La jouvencelle endimanchée, ignorant tout,
Se réjouit en Aulis de pouvoir prendre époux.
Et quel époux, vous dis-je, rien moins qu'Achille.
Auprès du prodige, elle se sent tranquille,
Et pourtant, oui, pourtant… Elle l'a vu dans les yeux
De son père chéri : un aveu périlleux.
Elle n'ose saisir, cherche des excuses
À celui que, pourtant, les indices accusent.
Achille aussi sent bien que se prépare un loup,
Or, lui aimerait bien pouvoir tirer son coup
Avec la demoiselle, alors il interroge
Son futur beau-père : « Je pense qu'on déroge
Aux élémentaires lois du respect moral
Et c'est donc pour cela qu'auprès de vous je râle :
Pensez-vous qu'on puisse ainsi du grand Achille
User et offenser sans se faire de bile ? »
C'est tendu, je vous dis, ça sent l'hémoglobine
Et c'est là que Jeannot nous sort de son chapeau
À la brave fillette, une horrible copine,
Sur le front de laquelle flotte comme un drapeau
Où l'on lit en grosses lettres : « Vile salope »
Sortez les violons et le pathos galope…
Pour moi, beurk, mais c'est le contrat tacite
À plus ou moins toutes les bonnes tragédies :
En effet, faut que ça saigne, décapite,
Trucide, lamente, chiale et expédie.
Faut que ce soit injuste et plutôt révoltant
Faut de l'innocent, qu'on trouve ça dégoûtant
Qu'on veuille se lever, se battre nous aussi…
Alors que reste-t-il si gagnent les gentils,
Si même on épargne la maman de Bambi ?
Un jus de courge, une bouillie de salsifis…
En tout cas tout ce qui me gonfle et m'ennuie,
Rien à voir avec l'original d'Euripide :
Tous les héros ici, je les trouve insipides.
J'admets, c'est sûr, je ne suis pas hyper polie,
Je secoue l'idole et je beugle : « Remboursée ! »
Car, même en terme de langue, il me manque
Un quelque chose, et ce n'est pas la panacée
Si je la compare avec celles qui me marquent :
Point de ces envolées sublimes qui chantent
Encore à mes oreilles, ces vers qui me hantent,
Qui frappent les esprits, que dis-je, sont la vie…
Mais inutile que je vous indispose
Car vous savez que ce n'est là que mon avis
C'est-à-dire, comme toujours, pas grand-chose.
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JacobBenayoune
  18 septembre 2016
Dans la littérature, il y a deux types de beautés ; la beauté d'une oeuvre inachevée (comme les Pensées de Pascal, certaines oeuvres de Mallarmé …) et la splendeur d'une oeuvre qui a atteint un achèvement absolu comme les tragédies de Racine. Sa tragédie mythologique Iphigénie est un exemple de cette perfection.
Inutile de rappeler ici l'histoire, je suppose, très connue d'Iphigénie fille d'Agamemnon et fiancée d'Achille. Ce qu'il faut surtout mentionner c'est le plaisir de cette lecture que trouve un lecteur du XXIe siècle en l'abordant.
Différents types d'amours se battent ici dans cette pièce : l'amour filial d'Iphigénie envers son père et sa soumission volontaire (comme le fils du prophète Abraham), l'amour d'Achille et son dévouement pour sa fiancée, son amour pour la gloire, l'amour passion d'Eriphile, l'amour du devoir d'Agamemnon, l'amour maternel de Clytemnestre qui affronte son mari pour sauver sa fille.
La finesse de l'élaboration des caractères fait partie de cette perfection. On se trouve devant un roi pusillanime et indécis, une fille courageuse et forte, un fiancé brave et fidèle, des conseillers pleins de ruse.
Par ailleurs, cette pièce, dont le suspense est un élément essentiel dans sa trame, nous livre un dénouement qui bouleverse tout notre horizon d'attente et qui surprend plus d'un lecteur (surtout au siècle de Racine).
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iz43
  12 février 2021
Alors que les Grecs se préparent à attaquer les Troyens, plus une brise ne souffle. Les bateaux restent à quai et les troupes commencent à y voir un mauvais présage. Menelas est pressé de retrouver Hélène. Son frère Agamemnon ne demande qu à en découdre et Ulysse roi d Ithaque rêve de retrouver la douce Penelope.
Agamemnon consulte le devin Calchas comme il est coutume de faire. Celui ci lui révèle la terrible prédiction. Les bateaux resteront à quai tant qu Agamemnon n aura pas sacrifié aux Dieux sa fille Iphigénie, Agamemnon est torturé entre son devoir et l amour de sa fille. Il fait venir la jeune fille en prétextant d avancer ses noces avec le beau Achille.
Les intentions d Agamemnon sont révélées à la mère d Iphigénie, Clytemnestre par un serviteur. Contre toute attente la jeune fille accepte son sort pour l amour de son père.
L auteur fait intervenir une autre jeune fille, esclave ramenée par Achille et qui serait la fille cachée d Hélène.
Le texte est magnifique et m a bouleversée. Toutefois, je regrette que l auteur soit parti dans cette direction. J aurais aimé qu Agamemnon aille jusqu au bout et qu Iphigénie soit sauver par l intervention des Dieux.
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Cer45Rt
  24 mars 2019
Même si ce n'est pas ma pièce préférée de Racine, c'est une jolie pièce que cette Iphigénie.
Il y a toujours là le vers de Racine, pas aussi beau que dans Andromaque, Esther, Phèdre, Britannicus ou Athalie, mais beau tout de même. C'est d'ailleurs la plus grande qualité de la pièce ; la construction de la pièce n'a rien d'exceptionnelle, il y a même des maladresses de ce côté-là, la fin est consternante ( mais ce n'est là que la fin, c'est-à-dire une petite portion de pièce ), les personnages manquent, pour la plupart de finesse psychologique ( je pense à Achille, à Clytemnestre, à Ulysse… ), et seul Agamemnon, magnifique en père déchiré entre l'amour de sa fille et son devoir de chef d'armée, est vraiment digne de figurer à côté des magnifiques figures de l'univers racinien.
Toutefois, si je m'en tiens à ce qu'il en est généralement, c'est une bonne pièce que cette Iphigénie, dans laquelle on sent bien la marque de Racine ( mais un peu trop celle du Racine maladroit de Phèdre, et pas assez celle du Racine de Bajazet et de Mithridate-le sujet d'Iphigénie est pourtant tellement approprié à ce Racine-là ! ).
Une jolie petite pièce du grand Jean Racine.
[...]
"Iphigénie" est une assez belle pièce de Jean Racine.
Ce n'est pas ma préférée, mais elle est bien plaisante. Et il faut admettre que, même si, d'autres pièces de Racine, me touche, un peu plus, "Iphigénie" est néanmoins une grande pièce, une pièce très bien construite, exceptionnellement bien construite, à vrai dire ; quelle progression !... Quelle progression vers le coup final !...
Le vers de Racine est un peu moins beau qu'il a pu l'être auparavant et qu'il le sera plus tard ( je place "Iphigénie" dans ce qu'on pourrait appeler le "coup de mou", de la création racinienne, avec cette pièce et "Phèdre" ), mais demeure très beau quand même.
L'intrigue, qui, à la base, est très intéressante aurait demandé, c'est vrai, à être travaillé davantage, et à ce qu'on y enlève tout ce qui est superflu.
Néanmoins, Racine conserve à cette pièce une force. Les personnages sont très riches, un peu moins que d'autres personnages raciniens, encore une fois, et, si il devait y avoir un personnage marquant dans cette pièce, ce serait Agamemnon, personnage tout de douleur, magnifique dans son dilemme tragique ( et, non pas, racinien ). Mais c'est vrai qu'Agamemnon n'est pas aussi beau, n'est pas aussi complexe psychologiquement, n'a pas des émotions ( et une situation ) aussi émouvante que celle du Néron, de "Britannicus", de l'Oreste d'"Andromaque", ou du Mithridate de la pièce éponyme. Il n'en demeure pas moins un grand personnage racinien. C'est une assez grave faiblesse, d'autant plus que, dans "Iphigénie", ce sont les personnages, qui ont la place essentielle.
Malgré cela, malgré ces défauts, "Iphigénie" demeure une belle pièce, et les personnages restent intéressants, un peu fade par endroits, c'est vrai, parfois un peu tout d'une pièce, mais néanmoins intéressants.
Racine nous dépeint tout une galerie de personnages, et cette galerie est passionnante.
J'ai également apprécié le vers, cette simplicité, cette sobriété, et pourtant, cette noblesse, ce côté relevé.
"La colère des dieux demande une victime"... N'est-ce pas l'un des vers les plus beaux du théâtre tragique français ?...
Mais ce que j'admire surtout, c'est la construction narrative. Tout va vers le coup final, tragique, et c'est magnifique, c'est beau, c'est magistral, c'est l'oeuvre d'un maître de la dramaturgie... Tout est organisé, pour mieux laisser passer l'émotion.
En somme, une bien belle pièce de Racine, dont le grand atout est la construction, qui, malgré certaines faiblesses, reste digne de figurer aux côtés des autres pièces de Jean Racine.
Je préfère l'"Iphigénie à Aulis", d'Euripide, sur la même thématique, mais l'"Iphigénie", de Racine, est néanmoins, très bonne.
Seconde critique collée par un administrateur.
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Lucilou
  24 février 2021
Dans mon panthéon racinien, il me manquait Iphigénie, classique entre les classiques pourtant.
Je n'avais eu, avant aujourd'hui, ni l'occasion, ni l'envie surtout de la lire (si on m'avait proposé de la voir, ça aurait été toute autre chose!). Il faut dire que j'ai longtemps renâclé face aux tragédies classiques et qu'il m'a fallu du temps pour apprendre à les aimer.
Cette image rendue un peu pieuse par le temps et l'histoire littéraire d'une jeune Iphigénie prête au sacrifice par amour pour son père, à la mode d'Abraham... Bof.
Et puis, je n'aime guère les Atrides, moi. J'exècre Agamemnon et ma mauvaise foi de troyenne défaite et moi-même n'avions absolument aucune envie d'éprouver ne serait-ce qu'une once de compassion (à la Racine donc!) pour ce détestable personnage.
Finalement pourtant, j'ai lu "Iphigénie" (versatile âme humaine!).
J'ai aimé "Iphigénie" qui précède la grande "Phèdre" de trois ans et dans laquelle Racine, alors à l'apogée de sa gloire et de son talent, renoue avec un sujet tiré de la mythologie et tente l'impossible réconciliation du coeur (du désir même) et de la raison. On sait bien, pourtant, que ça ne marche presque jamais.
Les turpitudes entraînées par le dilemme d'Agamemnon (Sacrifier ou ne pas sacrifier? Telle est la question…) véritable noeud de l'intrigue, sont toutes entières pétries de l'amour -filial, charnel, etc- mais l'affaire étant éminemment politique (du sacrifice dépend le destin des grecs et de ma belle Troie, Diantre!), à quoi bon laisser au coeur le droit de s'exprimer? C'est presque absurde. C'est presque de la vanité.
La pièce s'ouvre donc quelques dix ans avant la chute d'Illion. Les achéens sont coincés au port par des vents capricieux et perdent patience. Les dieux pourtant finissent pas s'exprimer à travers leur oracle: les vents se lèveront à condition qu'on leur sacrifie la douce Iphigénie, fille du chef. Agamemnon, dans un premier temps et conseillé par Ulysse (j'ai toujours pensé qu'il était perfide celui-là) accepte de verser le sang de sa fille et fait donc venir cette dernière, ainsi que sa mère Clytemnestre, sous un prétexte fallacieux. Il prétend vouloir la donner en mariage plus promptement que prévu au noble Achille (si tant est que puisse être noble l'Hectoricide, entendons-nous bien!) qui -ça tombe bien- est véritablement amoureux de la douce Iphigénie. L'Atride est pourtant pris de remords à l'idée de sacrifier le fruit de ses entrailles sur l'autel de sa victoire et envoie un autre messager auprès de son épouse et de la princesse pour différer leur venue: Achille, finalement, ne voudrait plus de sa promise et jetterait ainsi l'opprobre sur elle.
Oui, mais c'est trop tard: Clytemnestre et Iphigénie sont en route et la souveraine va exiger des explications.
Oui, mais Achille est ici, fou d'amour et prêt à se battre.
Oui, mais Eriphile est là aussi et brûle pour Achille, et brûle de haine aussi.
Oui, mais les grecs et la gloire attendent: les dieux ont soif et les vents ne se lèvent pas.
La tragédie peut s'ouvrir et elle sera grandiose.
Naturellement, on ne peut pas parler d'un texte de Racine sans évoquer la pureté et la beauté de sa langue qui tutoie le sublime et les étoiles, même si elle manque quand même parfois un peu de tempête et de tourments alors que -paradoxalement- c'est ce qu'elle raconte si bien.
C'est harmonieux, fluide comme le chant d'une rivière. Parfois, c'est ironique et cassant mais toujours avec élégance, panache.
Au delà de la langue et ses hauteurs sublimes, pour moi le point fort de la pièce, ce sont ses personnages: d'un côté les "adultes" Agamemnon, Clytemnestre et Ulysse et de l'autre les "jeunes": Iphigénie, Achille, Eriphile. Rien qu'à partir de là, il y aurait des choses à dire.
Ainsi, j'ai trouvé les premiers (à l'exception d'Ulysse) bien versatiles, bien faibles malgré leurs éclats. Ils tentent de s'arranger, ils changent d'avis, en un mot ils font des compromis, là où celui et celles qui ont l'âge d'être leurs enfants ne sont qu'absolus, sans concessions. Si cela ne confère pas à Achille beaucoup de complexité -c'est un héros qui agit plus qu'il ne médite-, cela approfondit sensiblement Iphigénie et Eriphile. Je dois avouer cependant que la première m'a agacée: trop de docilité, trop de douceur, trop de résolution, de raison même dans ce qui la brûle et j'aurai voulu que Racine ne la sauve pas (mais pouvait-il faire autrement? La bienséance, tout ça). En revanche, j'ai adoré Eriphile, considéré à tort comme un second rôle: elle apparait peu sympathique malgré son statut de victime, son amour pour Achille est franchement malsain (coucou, syndrome de Stockolm!) mais quelle intelligence, quelle lucidité -elle est un peu un double d'Ulysse à cet égard, elle comprend comme lui l'insupportable nécessité du sacrifice - quelle volonté d'apprendre ce qu'on lui cache et de se battre. Quelle amour aussi et malgré tout!
Peut-être bien qu'au départ, cette mystérieuse captive n'était que le moyen de sauver la belle Iphigénie, peut-être que Racine n'avait pas conscience de la force de ce personnage mais quelle création! Elle annonce presque Phèdre... et je me dis que même en 1674, elle devait avoir son importance -même un peu ténébreuse- sinon pourquoi est-elle celle qui apparait la première des deux jeunes filles?
Tout comme je m'interroge encore sur la révélation d'Arcas: trahison ou fidélité?
Elle soulève beaucoup de questions cette tragédie et pas des moindres...
Et dire qu'elle m'aura aussi fait apprécier Agamemnon: le personnage est-il un double du poète qui aurait perdu sa fille peu avant d'écrire la pièce ou d'un roi soleil en perte de vitesse et de lumière comme l'ont écrit les exégètes?
On ne le saura sans doute jamais vraiment, mais le roi de Mycènes a enfin figure humaine et ça, c'est virtuose.
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Citations et extraits (70) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   25 juillet 2013
IPHIGÉNIE : Mon père,
Cessez de vous troubler, vous n'êtes point trahi.
Quand vous commanderez, vous serez obéi.
Ma vie est votre bien ; vous voulez le reprendre :
Vos ordres sans détour pouvaient se faire entendre.
D'un œil aussi content, d'un cœur aussi soumis
Que j'acceptais l'époux que vous m'aviez promis,
Je saurai, s'il le faut, victime obéissante,
Tendre au fer de Calchas une tête innocente,
Et respectant le coup par vous-même ordonné,
Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné.
Si pourtant ce respect, si cette obéissance
Paraît digne à vos yeux d'une autre récompense,
Si d'une mère en pleurs vous plaignez les ennuis,
J'ose vous dire ici qu'en l'état où je suis
Peut-être assez d'honneurs environnaient ma vie
Pour ne pas souhaiter qu'elle me fût ravie,
Ni qu'en me l'arrachant, un sévère destin,
Si près de ma naissance, en eût marqué la fin.
Fille d'Agamemnon, c'est moi qui la première,
Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père ;
C'est moi qui, si longtemps le plaisir de vos yeux,
Vous ai fait de ce nom remercier les dieux,
Et pour qui tant de fois prodiguant vos caresses,
Vous n'avez point du sang dédaigné les faiblesses.
Hélas ! avec plaisir je me faisais conter
Tous les noms des pays que vous allez dompter ;
Et déjà, d'Ilion présageant la conquête,
D'un triomphe si beau je préparais la fête.
Je ne m'attendais pas que pour le commencer,
Mon sang fût le premier que vous dussiez verser.
Non que la peur du coup dont je suis menacée
Me fasse rappeler votre bonté passée.
Ne craignez rien. Mon cœur, de votre honneur jaloux,
Ne fera point rougir un père tel que vous ;
Et si je n'avais eu que ma vie à défendre,
J'aurais su renfermer un souvenir si tendre.
Mais à mon triste sort, vous le savez, Seigneur,
Une mère, un amant, attachaient leur bonheur.
Un roi digne de vous a cru voir la journée
Qui devait éclairer notre illustre hyménée ;
Déjà, sûr de mon cœur à sa flamme promis,
Il s'estimait heureux ; vous me l'aviez permis.
Il sait votre dessein ; jugez de ses alarmes.
Ma mère est devant vous, et vous voyez ses larmes.
Pardonnez aux efforts que je viens de tenter
Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.

Acte IV, Scène 4.
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CielvariableCielvariable   07 août 2013
IPHIGÉNIE

Seigneur, où courez-vous et quels empressements
Vous dérobent sitôt à nos embrassements ?
A qui dois-je imputer cette fuite soudaine ?
Mon respect a fait place aux transports de la Reine.
Un moment à mon tour ne vous puis-je arrêter ?
Et ma joie à vos yeux n'ose-t-elle éclater ?
Ne puis-je...



AGAMEMNON

Hé bien ! ma fille, embrassez votre père,
Il vous aime toujours.



IPHIGÉNIE

Que cette amour m'est chère !
Quel plaisir de vous voir et de vous contempler
Dans ce nouvel éclat dont je vous vois briller !
Quels honneurs ! Quel pouvoir ! Déjà la renommée
Par d'étonnants récits m'en avait informée,
Mais que voyant de près ce spectacle charmant,
Je sens croître ma joie et mon étonnement !
Dieux ! Avec quel amour la Grèce vous révère !
Quel bonheur de me voir la fille d'un tel père !



AGAMEMNON

Vous méritiez, ma fille, un père plus heureux.



IPHIGÉNIE

Quelle félicité peut manquer à vos voeux ?
A de plus grands honneurs un roi peut-il prétendre ?
J'ai cru n'avoir au ciel que des grâces à rendre.



AGAMEMNON, à part

Grands Dieux ! à son malheur dois-je la préparer ?



IPHIGÉNIE

Vous vous cachez, Seigneur, et semblez soupirer :
Tous vos regards sur moi ne tombent qu'avec peine.
Avons-nous sans votre ordre abandonné Mycènes ?



AGAMEMNON

Ma fille, je vous vois toujours des mêmes yeux.
Mais les temps sont changés, aussi bien que les lieux.
D'un soin cruel ma joie est ici combattue.



IPHIGÉNIE

Hé ! mon père, oubliez votre rang à ma vue.
Je prévois la rigueur d'un long éloignement.
N'osez-vous sans rougir être père un moment ?
Vous n'avez devant vous qu'une jeune Princesse
A qui j'avais pour moi vanté votre tendresse.
Cent fois lui promettant mes soins, votre bonté,
J'ai fait gloire à ses yeux de ma félicité.
Oue va-t-elle penser de votre indifférence ?
Ai-je flatté ses voeux d'une fausse espérance ?
N'éclaircirez-vous point ce front chargé d'ennuis ?



AGAMEMNON

Ah ! ma fille !



IPHIGÉNIE

Seigneur, poursuivez.



AGAMEMNON

Je ne puis.



IPHIGÉNIE

Périsse le Troyen auteur de nos alarmes !



AGAMEMNON

Sa perte à ses vainqueurs coûtera bien des larmes.



IPHIGÉNIE

Les dieux daignent surtout prendre soin de vos jours !



AGAMEMNON

Les Dieux depuis un temps me sont cruels et sourds.



IPHIGÉNIE

Calchas, dit-on, prépare un pompeux sacrifice.



AGAMEMNON

Puissé-je auparavant fléchir leur injustice !



IPHIGÉNIE

L'offrira-t-on bientôt ?



AGAMEMNON

Plus tôt que je ne veux.



IPHIGÉNIE

Me sera-t-il permis de me joindre à vos voeux ?
Verra-t-on à l'autel votre heureuse famille ?



AGAMEMNON

Hélas !



IPHIGÉNIE

Vous vous taisez ?



AGAMEMNON

Vous y serez, ma fille.
Adieu.

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CielvariableCielvariable   07 août 2013
AGAMEMNON

Tu vois mon trouble ; apprends ce qui le cause,
Et juge s'il est temps, ami, que je repose.
Tu te souviens du jour qu'en Aulide assemblés
Nos vaisseaux par les vents semblaient être appelés.
Nous partions. Et déjà par mille cris de joie,
Nous menacions de loin les rivages de Troie.
Un prodige étonnant fit taire ce transport.
Le vent qui nous flattait nous laissa dans le port.
Il fallut s'arrêter, et la rame inutile
Fatigua vainement une mer immobile.
Ce miracle inouï me fit tourner les yeux
Vers la divinité qu'on adore en ces lieux.
Suivi de Ménélas, de Nestor, et d'Ulysse,
J'offris sur ses autels un secret sacrifice.
Quelle fut sa réponse ! Et quel devins-je, Arcas,
Quand j'entendis ces mots prononcés par Calchas !
Vous armez contre Troie une puissance vaine,
Si, dans un sacrifice auguste et solennel,
Une fille du sang d'Hélène
De Diane en ces lieux n'ensanglante l'autel.
Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie,
Sacrifiez Iphigénie.

ARCAS

Votre fille !

AGAMEMNON

Surpris, comme tu peux penser,
Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer.
Je demeurai sans voix, et n'en repris l'usage
Que par mille sanglots qui se firent passage.
Je condamnai les Dieux, et sans plus rien ouïr,
Fis voeu sur leurs autels de leur désobéir.
Que n'en croyais-je alors ma tendresse alarmée ?
Je voulais sur-le-champ congédier l'armée.
Ulysse, en apparence approuvant mes discours,
De ce premier torrent laissa passer le cours.
Mais bientôt, rappelant sa cruelle industrie,
Il me représenta l'honneur et la patrie,
Tout ce peuple, ces rois à mes ordres soumis,
Et l'empire d'Asie à la Grèce promis :
De quel front immolant tout l'État à ma fille,
Roi sans gloire, j'irais vieillir dans ma famille !
Moi-même (je l'avoue avec quelque pudeur),
Charmé de mon pouvoir et plein de ma grandeur,
Ces noms de Roi des Rois et de chef de la Grèce
Chatouillaient de mon coeur l'orgueilleuse faiblesse.
Pour comble de malheur, les Dieux toutes les nuits,
Dès qu'un léger sommeil suspendait mes ennuis,
Vengeant de leurs autels le sanglant privilège,
Me venaient reprocher ma pitié sacrilège,
Et présentant la foudre à mon esprit confus,
Le bras déjà levé, menaçaient mes refus.
Je me rendis, Arcas ; et, vaincu par Ulysse,
De ma fille, en pleurant j'ordonnai le supplice.
Mais des bras d'une mère il fallait l'arracher.
Quel funeste artifice il me fallut chercher !
D'Achille, qui l'aimait, j'empruntai le langage.
J'écrivis en Argos, pour hâter ce voyage,
Que ce guerrier, pressé de partir avec nous,
Voulait revoir ma fille, et partir son époux.
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ANILIL21ANILIL21   10 juin 2017
ACHILLE

Quoi, Madame, un barbare osera m'insulter ?
Il voit que de sa soeur je cours venger l'outrage.
Il sait que le premier lui donnant mon suffrage
Je le fis nommer chef de vingt rois ses rivaux.
Et pour fruit de mes soins, pour fruit de mes travaux,
Pour tout le prix enfin d'une illustre victoire,
Qui le doit enrichir, venger, combler de gloire ;
Content et glorieux du nom de votre époux
Je ne lui demandais que l'honneur d'être à vous.
Cependant aujourd'hui sanguinaire parjure,
C'est peu de violer l'amitié, la nature,
C'est peu que de vouloir sous un couteau mortel
Me montrer votre coeur fumant sur un autel.
D'un appareil d'hymen couvrant ce sacrifice,
Il veut que ce soit moi qui vous mène au supplice ?
Que ma crédule main conduise le couteau ?
Qu'au lieu de votre époux je sois votre bourreau ?
Et quel était pour vous ce sanglant hyménée,
Si je fusse arrivé plus tard d'une journée ?
Quoi donc à leur fureur livrée en ce moment
Vous iriez à l'autel me chercher vainement,
Et d'un fer imprévu vous tomberiez frappée,
En accusant mon nom qui vous aurait trompée ?
Il faut de ce péril, de cette trahison,
Aux yeux de tous les Grecs lui demander raison.
À l'honneur d'un époux vous-même intéressée,
Madame, vous devez approuver ma pensée.
Il faut que le cruel qui m'a pu mépriser
Apprenne de quel nom il osait abuser.
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Gwen21Gwen21   07 janvier 2021
ÉRIPHILE
Moi ! vous me soupçonnez de cette perfidie !
Moi, j’aimerais, madame, un vainqueur furieux,
Qui toujours tout sanglant se présente à mes yeux,
Qui, la flamme à la main, et de meurtres avide,
Mit en cendres Lesbos…

IPHIGÉNIE
Oui, vous l’aimez, perfide ;
Et ces mêmes fureurs que vous me dépeignez,
Ces bras que dans le sang vous avez vus baignés,
Ces morts, cette Lesbos, ces cendres, cette flamme,
Sont les traits dont l’amour l’a gravé dans votre âme ;
Et, loin d’en détester le cruel souvenir,
Vous vous plaisez encore à m’en entretenir.
Déjà plus d’une fois, dans vos plaintes forcées,
J’ai dû voir et j’ai vu le fond de vos pensées ;
Mais toujours sur mes yeux ma facile bonté
A remis le bandeau que j’avais écarté.
Vous l’aimez. Que faisais-je ! et quelle erreur fatale
M’a fait entre mes bras recevoir ma rivale !
Crédule, je l’aimais : mon cœur même aujourd’hui
De son parjure amant lui promettait l’appui.
Voilà donc le triomphe où j’étais amenée !
Moi-même à votre char je me suis enchaînée.
Je vous pardonne, hélas ! des vœux intéressés,
Et la perte d’un cœur que vous me ravissez :
Mais que, sans m’avertir du piège qu’on me dresse,
Vous me laissiez chercher jusqu’au fond de la Grèce
L’ingrat qui ne m’attend que pour m’abandonner,
Perfide, cet affront se peut-il pardonner ?

Acte II - Scène 5
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Vidéo de Jean Racine
Roland Barthes : Sur Racine lu par Françoise Fabian (1996 - Festival d’Avignon / France Culture). Photographie : Roland Barthes en 1975. Diffusion sur France Culture le 3 octobre 1996. Par Claude Santelli. Réalisation de Marie-France Nussbaum. Au Festival d'Avignon, en 1996, l’émission "Texte nu : Honneur et bonheur du théâtre" proposait une lecture par Françoise Fabian du texte de Roland Barthes, "Sur Racine". Une lecture en public présentée par le producteur de l’émission Claude Santelli. Présentation des éditions Points : « Ce que Racine exprime immédiatement, c’est donc l’aliénation, ce n’est pas le désir. Ceci est évident si l’on examine la sexualité racinienne, qui est de situation plus que de nature. Dans Racine, le sexe est lui-même soumis à la situation fondamentale des figures tragiques entre elles, qui est une relation de force. Le sexe est un privilège tragique dans la mesure où il est le premier attribut du conflit originel : ce ne sont pas les sexes qui font le conflit, c’est le conflit qui définit les sexes.
Roland Barthes (1915-1980) Écrivain, critique, essayiste, Roland Barthes a élaboré une pensée critique singulière en constant dialogue avec les discours théoriques de son temps et en rupture avec les discours institués. La formidable querelle entre Anciens et Modernes qui suivit la publication du "Sur Racine" en 1963 atteste le rôle fondamental qu’il joua au sein des grandes ruptures opérées par la pensée contemporaine. Il est notamment l’auteur du "Degré zéro de l’écriture" (1953) et de "Fragments d’un discours amoureux" (1977). »
Source : France Culture
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