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EAN : 9791092723274
130 pages
Éditeur : LOUISE BOTTU (25/03/2019)
4.5/5   1 notes
Résumé :
partition n.f.
1. notation d’une composition musicale
2. séparation

extraits
Parfois je mets la tête dans la cuvette. Ça a commencé un jour d’été, il y a un début à tout. C’est ce qu’on dit en tout cas, un début à tout. En fait c’était la nuit, une nuit chaotique, une nuit agitée. Il y a, il faut, on dit l’un ou l’autre indifféremment, ce n’est pas la même chose, pourtant, pas exactement, pas la même chose, non, j’y reviendrai. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
bardamul
  17 mars 2019
"Partition" est un livre pensé comme une partition musicale. Deux portées sont censées figurer, l'une la mélodie, l'autre l'accompagnement.
La première (portée 1), c'est le récit proprement dit. Il consiste en un monologue : Louise Ramier se met dans la peau d'un personnage masculin qui est tour à tour et simultanément adulte, enfant, un personnage qui « se mélange, se disloque ». Des bribes de souvenirs d'enfance remontent à partir d'une étrange pratique, mettre la tête « dans la cuvette des chiottes » et voir dans le reflet l'œil et le visage qui répondent à l'œil et au visage du narrateur. On pensera bien sûr à Caïn (on en parle à plusieurs reprises), à Narcisse aussi, bien que celui-ci ne soit jamais nommé, mais indirectement évoqué (une possible sœur du narrateur et ces fleurs près du puits). Des bribes d'enfance reviennent à l'esprit du narrateur malgré lui, malgré sa résistance, son peu de goût pour les souvenirs, les histoires en général.
La seconde portée (portée 2) vient accompagner le récit, l'appuyer ou le sous-tendre. Il s'agit de mots d'auteurs connus (voir les remerciements en fin de livre), ou d'anonymes, très certainement aussi de mots inventés par l'auteure. Leurs deux fonctions n'en font qu'une : montrer qu'un livre n'est pas l'œuvre de son auteur, pas exclusivement ; constituer plus qu'un appoint au récit – abstraits d'un récit avec lequel ils font corps, dans lequel ils sont en vérité contenus, même s'ils n'y apparaissent pas formellement, ces mots seraient plus ou moins inconsciemment dans la tête du narrateur (comme un arrière-fond qui déterminerait son récit), l'auteure en fait le fondement du récit du narrateur.


Vient ensuite un intermezzo loufoque, sous la forme d'un dialogue (excepté dans un cas). On ne saura rien des interlocuteurs, du lien qu'ils entretiennent avec les souvenirs. L'impératif « Coupez », qui revient à plusieurs reprises dans l'intermezzo, et ces allusions à des rôles et à des interprètes, tout cela laisse penser qu'il pourrait s'agir d'un film ou d'un spectacle dont on répète la mise en scène.

Le dispositif portées-intermezzo est reproduit cinq fois.
Il y est beaucoup question de l'œil et du regard. Des citations y font référence, des faits divers sur des enfants énucléés. Dans un intermezzo, le personnage voit ses yeux avalés par une "chose" sortie des toilettes.
Comme le rappelle la 4ème de couverture, le mot "partition" est à prendre dans ses deux sens, composition musicale et séparation.
Séparation ou dédoublement : le narrateur est à la fois lui-même et un autre, lui-même et son double ; ce dédoublement passe par le regard, le sien dans le reflet, celui des autres aussi.
« La tête dans la cuvette » ferait remonter des souvenirs d'enfance ? Le narrateur s'en défend. Ce ne sont pas des souvenirs, pour lui, ni même des rêves. Il a en horreur tout ce qui ressemble à une histoire. Une histoire n'est pour lui qu'une pâle copie d'une vie "saucissonnée", un "extrait", un bout de vie sans vie, momifié (il aimerait écrire sans histoire). Son aversion ressemble à une quête : à la recherche de l'absolu dans la cuvette des chiottes !
Ses mots n'échapperont pas à la règle, il le sait : de ces bribes sans queue ni tête « on bricolera une histoire, on ne pourra pas s'en empêcher ». « On » c'est le lecteur, c'est aussi lui-même, le narrateur (la grand-mère qui aime les histoires et les prix Goncourt incarne un archétype de ce lecteur qui partout voit une histoire – comme on voit un personnage, une figure, dans n'importe quelle ombre sans forme identifiable ou dans un tableau abstrait – un lecteur qui cherche à tout prix dans les mots cette histoire, l'invente au besoin en piochant dans les souvenirs de tous les livres lus).

Une histoire a nécessairement un début et une fin, et cela n'est pas à son goût. La fin surtout. Un des intermezzos se termine ainsi :
« … on va interroger le bonhomme, l'histoire n'est pas claire, lui non plus, on va tout reprendre à zéro...
Tout reprendre au début ?
À zéro, je vous dis !

Coupez ! »
Toute histoire exprimerait-elle la seule angoisse possible, celle de la fin ? 
Pas de fin, donc : tout reprendre à zéro et recommencer.
"Da capo sine fine".
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
bardamulbardamul   17 mars 2019
Parfois je mets la tête dans la cuvette. Ça a commencé un jour d’été, il y a un début à tout. C’est ce qu’on dit en tout cas, un début à tout. En fait c’était la nuit, une nuit chaotique, une nuit agitée. Il y a, il faut, on dit l’un ou l’autre indifféremment, ce n’est pas la même chose, pourtant, pas exactement, pas la même chose, non, j’y reviendrai. Donc la nuit. Une nuit d’été, d’automne, je ne sais plus, les saisons se chevauchent et les dates changent tout le temps. Une nuit chaotique, une nuit agitée, tout qui tourne et l’envie de vomir mais ça ne vient pas, rien à faire ça ne vient pas. Le tournis s’éternise, et la position. À genoux, les avant-bras sur la lunette, les mains crispées, des mains qui agrippent l’abattant, la tête enfouie dans la cuvette je vois le visage et dans le visage l’œil, l’œil dans le reflet qui fixe mon œil.
[...]
… et puis les souvenirs, ils sont à la réalité ce que le beurre est à la vache, les souvenirs, ce mot Mme Cassiot le sert et le ressert, comprend qui veut elle ajoute et s’affaire, Mme Cassiot c’est la crémière, en beurre elle s’y connaît, que dire de plus, je ne sais pas grand chose des crémières.
[...]
Aux toilettes j’ai toujours passé trop de temps, beaucoup trop pour ma grand-mère, hier en-core elle en parlait avec Mme Cassiot qui ne s’est pas montrée surprise, pas surprise du tout, elle-même est confrontée à une situation du même tonneau, ce sont ses mots, son neveu c’est pareil, il passerait sa journée sous la douche si on le laissait faire, à croire que c’est une épidémie, aussitôt elle tempère, cela dit il faut bien le passer quelque part, son temps, moi par exemple je suis dans la boutique dix heures par jour alors vous voyez, tss tss tss vous n’allez tout de même pas comparer, objecte ma grand-mère et n’en démord pas, c’est décidé elle s’en ouvrira pas plus tard que demain au médecin, de ma marotte, elle a pris rendez-vous nous y sommes, je me retrouve assis à ses côtés. Tu es constipé ? le docteur me demande, il tripote le clavier et peste entre ses dents, je ne réponds pas.
[...]
… parce qu’ici, pas d’histoires, non, surtout pas, il y en a déjà trop partout, vulgaires, sans intérêt, plus débris que fragments, la nécrose fringante…
[...]
… ce n’est pas vrai qu’on colle à la réalité en disant ça raconte des histoires, ça se saurait si les mots collaient à la réalité, les mots collent à la langue et des lèvres au réel la distance n’est pas grande, elle est infranchissable…
[...]
récit blague ou roman
histoire dans tous les cas pour
un début une fin entre les deux l’incertitude
plus ou moins bien rendue et puis...

histoire pour
la part dérobée au hasard au temps
la mise en situation
l’insertion dans un contexte
– semblant d’ancrage à la réalité

histoire pour l’invention d’un lien
entre récit fictif/réel imaginé
de l’illusoire comme cadre de vie
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