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ISBN : 2367320802
Éditeur : Editions Chandeigne (22/05/2014)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 12 notes)
Résumé :
A l’intérieur du Brésil, dans les régions reculées du Nordeste, s’étend le sertão, désert où la pluie est rare et où seules les herbes épineuses de la catinga parviennent à s’épanouir. Dans ce « polygone de la sécheresse », rien ne prospère et souvent les familles nordestines doivent quitter leurs possessions afin de trouver de l’eau. Fabiano le vacher, sa femme Sinha Vitória, leurs deux fils et leur chien Baleine font partie de ces infortunés fuyant la famine et l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Jerry_Can
  09 janvier 2018
Le visage tanné par un soleil dont la rousseur a gagné la chevelure. Les traits ridés pareils à la terre craquelée, assoiffée de pluie. Et le ciel rendu pâle par l'astre incandescent, égaré dans un regard qui n'espère rien d'autre que le gîte et le couvert. Fabiano est à l' image du Brésil nordestin, sec et sauvage. Sa vie entière  est conditionnée par le sertão. Comme son père, il fait partie de ceux que la misère a choisi de soumettre à ses exigences. Exerçant la profession de vacher, il demeure sous les ordres des propriétaires terriens. Lui, c'est un autre homme qui l'exploite. Et s'ils appartiennent à la même espèce, son patron, contrairement à lui, a de l'instruction et la condition des gens bien-nés.  Fabiano n'est riche que de la sagesse des bêtes qui savent courber l'échine et passer leur rage sur le mors. Chef de famille, il entraîne son épouse, sinha Vitória, leurs deux garçons et Baleine, leur chienne famélique dans une indigence difficilement concevable. Ensemble, ils souffrent la soif lorsque la sécheresse décime le Nord du Brésil ou voit les inondations détruire le peu qu'ils parviennent à arracher à la terre à force de labeur. Ensemble, ils taisent leur douleur et pratiquent l'économie des mots. Peut-être parce qu'il y a des moments où même les mots sont insuffisants pour décrire la fatigue, les gorges asséchées, les corps meurtris et le vertige de la faim. Peut-être parce que ces mots, ils ne les connaissent pas, peut-être pour simplement pour économiser leurs forces ou dispenser les autres d'un verbiage inutile.
Roman publié en 1938, Vies arides, fait montre d'une modernité rare. L'écriture dépouillée et percutante s'allie à un découpage en courts chapitres apportant rythme et musicalité ; un effet contrastant fortement avec la vie des protagonistes englués dans une impitoyable pauvreté. A tour de rôle, chacun évoque son ressenti dans des introspections souvent poignantes.
L'auteur, Graciliano Ramos, qui s'est inspiré de son entourage pour créer ses personnages, excelle dans le registre réaliste. Sans fioritures, il exprime les pensées les plus secrètes de chacun des membres de cette famille -jusqu'à la chienne Baleine -  s'appropriant ainsi leur for intérieur avec grande justesse. Témoin impuissant, le lecteur se heurte de plein fouet aux drames successifs entraînant  Fabiano et sa famille dans une existence harassante. Soumis aux caprices de la nature et aux intransigeances des exploitants agricoles, Fabiano et les siens sont de la race des résignés, de ceux qui savent éteindre l' espoir d'une vie meilleure. Ils sont les forçats que la vie n'a pas épargnés,  pour lesquels chaque jour passé est un jour de moins à lutter. Ils sont des grains de poussière rejetés par les vents contraires, foulés et insignifiants. Ils incarnent ce Nordeste aride et sauvage; terre inclémente où les plantes épineuses blessent peaux et  âmes avec la même ardeur.
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Commenter  J’apprécie          379
gouelan
  05 juin 2014
Merci à Masse critique de babélio et aux Editions Chandeigne pour cet ouvrage.
À travers ce récit, on suit la vie misérable d'une famille de fermiers du Sertao nordestin. Ils ne possèdent rien, ils n'ont aucune instruction. Rien ne pourra modifier leur destin car ils ne sont même pas capables de révolte. Leurs rêves sont limités, ils se contentent de survivre. Leur absence d'instruction les condamne à subir l'oppression du propriétaire, du soldat jaune, du juge.
Ils ne peuvent pas se défendre car ils ne peuvent pas exprimer leurs sentiments, ils ne peuvent pas non plus prouver qu'ils sont volés par le propriétaire. Ils n'iront jamais au bout de leurs rêves ni de leur révolte, car ils sont emmurés dans leur destin.
J'ai aimé l'écriture simple, avec des phrases courtes , ce qui traduisait bien l'état d'esprit de la famille. Ce livre nous parle aussi du Brésil d'hier et d'aujourd'hui, de la pauvreté qui règne toujours dans certaines régions les plus pauvres du Brésil.
Commenter  J’apprécie          250
Persepolis
  14 juillet 2014
Avant de parler du contenu du livre, je souhaiterais m'attarder sur le "contenant". Je ne connaissais pas les éditions Chandeigne et j'avoue être sensible au livre en tant qu'objet. Cette maison d'éditions est une belle découverte: la couverture est sobre mais j'aime surtout la qualité du papier. J'ai pris plaisir à lire ce livre car le support était agréable et l'histoire intéressante.
Pour en venir au vif du sujet, nous voici donc plongés en plein coeur du Brésil dans un lieu aride. Cette sécheresse nous pèse à nous lecteurs et nous souffrons terriblement avec les personnages.
Tout est accablant: le paysage, la chaleur mais aussi et principalement les conditions de vie de cette famille qui survit à peine. le rêve de sinha Vitoria se résume à dormir dans un lit digne de ce nom et non sur de simples rondins de bois.
Le plus dur est la prise de conscience de Fabiano: " Mais est-ce qu'on ne voyait pas qu'il était fait de chair et de sang? Il était obligé de travailler pour les autres, bien sûr, il savait où était sa place. Bien. C'était son destin, il était né comme ça, personne n'est coupable d'être né avec un mauvais destin. Quoi faire? Est-ce qu'il pouvait changer son destin? [...]
Il était un malheureux, il était comme un chien, on ne lui jetait que les os. Pourquoi est-ce que les riches lui prenaient encore une partie des os?"
Cette fatalité est présente tout au long du livre et le lecteur ne peut que s'identifier au personnage.
Ce qui m'a beaucoup plu dans ce livre, c'est tout le vocabulaire de la faune et la flore qui nous fait voyager dans ce sertão: les préas, les mandacarus, les buissons de macambira, la caatinga, etc. Cela nous transporte immédiatement dans ce paysage aride.
L'écriture est simple et nous sommes plongés très rapidement au coeur de l'action. Une belle découverte faite grâce à masse critique et aux éditions Chandeigne (merci pour le marque-page!).
N'hésitez-pas à venir voyager dans ce coin du Brésil, vous découvrirez une famille certes en souffrance mais très unie, attachante, et qui poursuit son chemin, sans relâche, en quête d'une vie meilleure...
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camanel
  18 juin 2014
Treize courts récits écrits fin des années 1930 forment ce roman aride et poignant, tournant autour d'une famille, le père, la mère et les deux jeunes fils, fuyant la sécheresse d'une région du Brésil inhospitalière et désertique. Se réfugiant dans une ferme abandonnée, ils vont tenter de se reconstruire mais, exploités par un patron dénué d'humanité, l'espoir d'un avenir meilleur paraît bien compromis.
Tour à tour, l'auteur nous livre le point de vue intérieur de chacun des personnages, ainsi que celui du chien, Baleine, lien central de la famille.
Pas question ici de déclaration d'amour ni de sentiments, la communication se limite à des grognements, des jurons, des coups, à la limite de la bestialité.
A la rudesse du pays, se reflète la rudesse de ses habitants, la difficulté d'exprimer ses pensées et même le refus d'avoir des pensées.
Dans un réalisme total, les personnages sont tous soumis à la domination et leur sentiment d'infériorité et de culpabilité les empêchent constamment de s'élever ou de se rebeller. Mais malgré la grande détresse dont ils sont l'objet, alors qu'ils sont prêts à tout abandonner, prêts à tuer, prêts à sombrer, une étincelle les fait rebondir et entrevoir une petite lueur d'espoir, la lumière semble au bout du tunnel.
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claudeparis936
  22 juillet 2015
Peinture de la situation sociale du Brésil nordestin dans années 1930. Lutte des familles pauvres pour survivre dans une région de désolation et de sécheresse permanente. L'amour existe au sein de ces gens, mais il serait, semble-t-il, indécent de le manifester.
L'écriture de ce roman est aussi sèche et cassante que sont le climat et l'environnement. Ce livre est poignant.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Jerry_CanJerry_Can   09 janvier 2018
Il avait de la malchance, mais cette malchance, Fabiano voulait l’affronter, avoir les forces de l’affronter et de la vaincre. Il ne voulait pas mourir. Il était caché dans la brousse comme un tatou. Coriace, lourdaud comme le tatou. Mais un jour il sortirait de sa tanière, il marcherait la tête haute, il serait un homme.
Commenter  J’apprécie          90
PersepolisPersepolis   14 juillet 2014
Mais est-ce qu'on ne voyait pas qu'il était fait de chair et de sang? Il était obligé de travailler pour les autres, bien sûr, il savait où était sa place. Bien. C'était son destin, il était né comme ça, personne n'est coupable d'être né avec un mauvais destin. Quoi faire? Est-ce qu'il pouvait changer son destin? [...]
Il était un malheureux, il était comme un chien, on ne lui jetait que les os. Pourquoi est-ce que les riches lui prenaient encore une partie des os?
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gouelangouelan   05 juin 2014
Sans leurs noms les choses demeuraient distantes, mystérieuses. Elles n’avaient pas été faites par des gens. Et ceux qui les manipulaient commettaient une imprudence. Vues de loin, elles étaient belles. Émerveillés et craintifs, ils parlaient bas pour ne pas réveiller les forces étranges qu’elles tenaient peut-être enfermées
Commenter  J’apprécie          110
AliceWAliceW   21 juillet 2016
Immobile, patiente, Baleine regardait les braises et attendait que la famille aille se coucher. Le bruit que faisait Fabiano l’importunait. Dans la caatinga, lorsqu’il poursuivait un bœuf, il s’époumonait. C’était normal. Mais là, à côté du feu, pourquoi tant crier ? Fabiano se fatiguait inutilement. Baleine en avait assez, elle s’assoupissait sans pouvoir dormir. Il fallait que sinha Vitoria enlève les charbons et la cendre, balaye le sol et aille se coucher avec Fabiano sur le lit de rondins. Les enfants se coucheraient sur la natte, sous l’étagère, dans la salle. Elle avait envie d’être tranquille. Elle passait toute la journée à guetter le moindre de leurs gestes, essayant de deviner des choses incompréhensibles. Maintenant elle avait besoin de dormir, de se débarrasser de ses puces et de cet état d’alerte auquel on l’avait habituée. Quand le sol aurait été balayé, elle se faufilerait entre les pierres, se roulerait en boule et s’endormirait bien au chaud, dans l’odeur des chèvres mouillées et au milieu des bruits inconnus, comme le clapotis des gouttières, le chant des crapauds, la rumeur de la crue. Des petites bêtes libres, indomptées, viendraient lui rendre visite.
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gouelangouelan   05 juin 2014
Ce n'était pas à proprement parler une conversation : c'étaient des phrases isolées, avec des silences, des répétitions et des incohérences. Parfois, une interjection gutturale mettait de l'énergie dans ce discours incertain. À vrai dire, aucun des deux ne prêtait attention aux propos de l'autre : ils exposaient continuellement les images qui leur venaient à l'esprit, et les images se succédaient, se déformaient, étaient immaîtrisablse. Ils compensaient la pauvreté de leur vocabulaire en parlant fort.
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