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Alain Gnaedig (Traducteur)
ISBN : 2070779572
Éditeur : Gallimard (04/09/2008)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 22 notes)
Résumé :
Asger Eriksson finira par savoir comment son grand-père Askild a traversé la guerre, et comment il a séduit sa grand-mère Bjork, malgré l'opposition des parents de la jeune fille, riches armateurs à Bergen, en Norvège. Il nous parlera des boîtes de conserve de Bjork, remplies de l'air de sa ville natale, dont elle aura besoin une fois loin de chez elle, et des grandes oreilles de son propre père Niels qui lui permettent d'entendre des choses inouïes...

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Critiques, Analyses & Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Woland
12 août 2014
Hundehoved
Traduction : Alain Gnaedig

ISBN : 9782070417780

Voici un roman comme il y en a peu. Tour à tour cocasse et cruel, "Tête de Chien" conte l'histoire de trois générations d'une famille norvégienne émigrée au Danemark, à grands coups de retours en arrière et de questions qui demeurent provisoirement en suspens et auxquelles on obtient enfin, quand on ne s'y attendait plus, des réponses pour le moins déstabilisatrices. le narrateur, Asger, celui-là même que hante la "Tête de Chien" qui donne son titre au livre, nous entraîne à la découverte des siens, depuis les années trente et son grand-père Askild, ingénieur diplômé et adorateur gravement anarchisant de la Dive Bouteille, jusqu'à notre époque et sa soeur Stinne qui, devenue adulte, épouse La Bonde, ancien associé de son père, que les séquelles d'un périple malencontreux dans l'Himalaya contraignent désormais à porter une prothèse à la place du nez.
La Bonde, c'est un surnom et, des surnoms, vous en rencontrerez à la pelle dans "Tête de Chien". Ainsi, Niels Junior, le père d'Asger, doit à une paire d'oreilles un peu trop remarquables et remarquées l'évocateur sobriquet de "Feuilles de Chou" qu'il traînera jusqu'à l'adolescence. le cousin de Niels - le personnage sans doute le plus jovial du livre, qui a cru bon, au temps où il avait pris la mer, de se faire tatouer le nom de sa bien-aimée en un endroit que ma mère m'a interdit, croyez bien que je le regrette, de nommer ici - restera toute sa vie "Tête de Pomme." Au hasard des chapitres, vous rencontrerez aussi une Grosse Tomate, un Knut le Marin, une Blonde ... et, dans les petits rôles de l'enfance, un certain "Tête de Lard", par ailleurs un gamin jamais à court de mauvais tours. Parmi tous ces surnoms, mérités ou non, bienveillants ou moqueurs, seul "Tête de Chien" ne correspond à aucune entité réelle. Derrière cette tête hideuse, se dissimulent en fait les angoisses et le malaise existentiel de notre narrateur. Rappelé au Danemark par l'état préoccupant de sa grand-mère moribonde, Asger trouvera finalement la force d'exorciser non seulement ses démons mais aussi ceux de la famille tout entière par la rédaction, que n'adoucira aucun fard si ce n'est celui de l'autodérision, de ce récit où de nombreux drames éclosent au milieu de personnages si loufoques, si déjantés, que le lecteur ne peut que rire et sourire alors même qu'il sait bien que la situation n'a rien de véritablement drôle, en tous cas pour ceux qui la vivent.
Le point de départ de "Tête de Chien", c'est le bon petit magot que Askild, le grand-père alors jeune homme, a caché dans son matelas, chez sa logeuse, avant que les Occupants allemands ne viennent l'arrêter pour des activités de marché noir. Seulement, quand il rentre du camp de concentration où on l'avait expédié, Askild ne veut plus rien savoir de ses activités illicites du passé. Ce qu'il a été contraint de faire pour survivre à la barbarie nazie l'a irrémédiablement changé et son caractère, déjà foncièrement anticonformiste, ne s'est guère arrangé au cours des années de soumission sous la botte allemande. Dans le temps, il buvait déjà, rien cependant comparé à ce qu'il va désormais absorber quotidiennement afin d'essayer d'oublier disons sa propre "Tête de Chien", le fait d'avoir, sous la contrainte des SS et pour avoir la vie sauve, battu à mort un camarade de camp avec qui il avait tenté de s'évader. Ce mutisme inexplicable, cette détermination à ne plus évoquer un passé devenu cauchemar, ne font pas l'affaire de Bjørk, fille d'excellente famille qui, après l'arrestation d'Askild, qu'elle fréquentait déjà malgré l'opposition de sa famille, a déniché le fameux magot et tout compris de la double vie que, sous ses allures d'étudiant bien sage en ingénierie, menait son amoureux ... Envers et contre tout, poussée par cette aberration biscornue et totalement incompréhensible que l'on nomme l'amour, Bjørk épouse tout de même Askild. Elle va mener auprès de lui une vie plutôt précaire, son mari perdant régulièrement ses emplois et échafaudant l'un après l'autre des rêves d'avenir tous plus irréalisables les uns que les autres tandis qu'elle se console en se plongeant dans des romans à l'eau de rose dont l'héroïne épouse en apothéose un médecin beau et intelligent - le rival d'Askild dans le coeur de Bjørk, au temps de leur jeunesse, était médecin. (Sachez d'ailleurs qu'ils se retrouvent, qu'elle lui amène très régulièrement ses enfants à soigner et qu'ils finissent par avoir une liaison. Je ne vous raconte pas la réaction d'Askild quand il se sait cocu et encore moins les circonstances, d'un très haut comique, dans lesquelles il le découvre parce que, vraiment, il faut que vous fassiez le détour pour constater par vous-même.)
Avec de telles prémices, certains diront que "Tête de Chien" n'a rien pour attirer. Et pourtant, croyez-moi, c'est un excellent roman, qui joue sur plusieurs registres parfaitement maîtrisés par son auteur, dont la nostalgie et la tendresse du souvenir, la cruauté sans complexes de l'existence et par dessus tout un humour féroce, réjouissant, jubilatoire et qui traverse sans efforts toutes les couleurs du spectre tout en s'attardant, ici et là, sur le noir, qui n'est peut-être pas une couleur, mais sans qui, convenons-en, on ne pourrait pas faire grand chose quand on a décidé de régler ses comptes avec son enfance, sa famille et tant d'autres choses. (Enfin si, on pourrait essayer mais on deviendrait complètement dingue.)
A lire. Et à relire. Avec délectation. Je signale, à toutes fins utiles , que "Tête de Chien" décrochera sans doute l'un de mes Nota Bene d'Or personnels pour l'année 2014 : si ce n'est pas un gage de qualité, ça ... ;o)
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maevedefrance
30 mai 2010
Tête de chien, c'est le surnom du narrateur (Asger, de son vrai nom) qui raconte l'histoire de sa famille, transbahutée entre la Norvège et le Danemark.
Tout commence par le grand-père Askild, échappé d'un camp de concentration en Allemagne, en échange de la vie d'un autre. Un passé dont ce grand-père, alcoolique notoire et peintre cubiste à ses heures, ne se remettra jamais et engendrera une descendance haute en couleurs. de sa rencontre avec (Grand-mère) Bjork, qui, à l'époque avait pour marque de fabrique d'avoir les gencives qui saignent, naîtra Niels Junior, autrement nommé Feuille de chou (à cause d'une paire d'oreilles digne de Jumbo l'Elphant), tête de turcs des autres gamins jusqu'au jour où son cousin Tête de Pomme lui montre comment décocher des coups de pieds à l'endroit sensible masculin pour se faire respecter et dont la voix - imaginaire - de la Dent Dure lui révèle comment faire fortune au port de Bergen grâce à la chasse aux crabes géants. Feuille de Chou est le frère aîné d'Anne Katrine l'attardée mentale, dite La Merdeuse (qui deviendra une grosse tata au quintal gélatineux, moquée par Tête de chien, son neveu, et sa nièce, Stinne, qui passe leur temps à la traiter de "grosse tomate". Anne Katrine est la grande soeur de Knut, le petit frère qui a mis les voiles pour la mer le jour de ses 14 ans en lui promettant de revenir la chercher pour l'emmener avec lui en voyage en bateau où elle pourra boire des jus de fruits à longeur de journée.
Car fiche le camp est une spécialité des enfants de cette famille : Feuille de chou disparaît dans la forêt ensorcelée du Nordland, habitée par des personnages et animaux fantastiques. Il y entre adolescent boutonneux pour en ressortir une semaine plus tard, homme, ayant rencontré 2 jeunes filles féériques, une blonde et une brune ! Seulement voilà, il aurait mangé des champignons hallucinogènes...
Le cousin Tête de Pomme a pris le large à bord d'un bateau pour fuir ses responsabilités vis-à-vis d'une jeune fille. Mais c'est pour mieux revenir, transformé en héros des temps modernes, en mec, en vrai, tatoué et tout (je ne vous dirai pas où!) aux yeux de Knut qui suivra son exemple.
Tête de chien à son tour, fuit à Amsterdam pour ses études de peinture.
Des personnages qui passent leur temps à fuir une réalité économique et familiale un peu difficile : Askild se fait virer chez tous les employeurs à cause de son alcoolisme, les affaires de Tête de chou adulte péréclitent, les grand-parents sont trop envahissants. Etre ailleurs pour être "comme des coqs en pâte", selon l'expression d'Askild. Voici donc un petit aperçu de cette famille pas tout à fait comme les autres.
Un roman dense, très drôle et bourré de tendresse, parfois triste aussi. Un saga familiale danoise que je lâche difficilement. J'espère qu'un jour Morten Ramsland écrira la suite car franchement, c'est génial. Une narration vive et franche où un chat s'appelle un chat, sans fioriture, mais d'où la poésie n'est cependant pas absente.
Une belle découverte avec cet écrivain danois dont j'ignorais jusqu'à l'existence il y a peu.
Je remercie les Editions Gallimard et Babellio pour l'envoi du livre.
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chocobogirl
12 mai 2010
le récit débute en Allemagne. Askild, le grand-père du narrateur, fuit les allemands et leurs camps à toutes jambes. Puis nous voilà transporté en Norvège (et plus tard au Danemark) où on retrouve le même homme désormais grand-père. Un homme difficile qui rudoie ses petits-enfants et refuse de parler de son séjour en Allemagne qui l'a changé à tout jamais. Justement, c'est son petit fils Asger qui nous raconte son histoire. Son histoire mais aussi celle de la famille toute entière sur plusieurs générations. Sa grand-mère est mourrante et il décide de se pencher sur l'histoire familiale.
Dès lors va s'ouvrir devant nos yeux une histoire de famille complexe, douloureuse mais aussi extremement réjouissante !
Car si les premières pages laissent présager un contexte familial difficile et un roman plombant, le lecteur est très vite rassuré par la tournure ironique que prend une narration haute en couleur.
Alternant les époques, le récit nous plonge, de façon très fouillée, dans l'histoire de cette famille.
Asger mélange les temps, revient à son présent pour mieux repartir dans le passé. Si on est un peu perdu au début par l'abondonce de personnages, on finit par identifier chaque membre de la famille tant leurs portraits sont bien troussés.
Askild se prend de passion pour la peinture et le cubisme qu'il introduit dans ses plans d'ingénieur de chantier naval, au grand dam de ses employeurs déjà excédés par son alcoolisme. Sa femme Bjork accouche de son premier enfant au dessus de la cuvette des toilettes et il faut repêcher le gamin plein de merde en tirant sur le cordon ombilical. le dit fils ( "Feuilles de chou") a des oreilles surdimensionnés que les gamins du quartier bourrent de merde d'anguilles. Sa mère l'obligera alors à porter le "truc de merde", instrument coercitif qui l'empêche de bouger. Sa soeur Anne Katrine handicapé mentale ("grosse Tomate" ou "La merdeuse") excerce une affection un peu tendancieuse envers son neveu alors que son frère Knut balance tout par la fenêtre. L'oncle "Tête de pomme" s'engage sur un navire pour fuir la jeune fille qu'il a mis enceinte pour mieux revenir quelques années plus tard, tatoué de partout et même de la verge qui arbore le prénom de la demoiselle en question... C'est lui aussi qui enverra des boites de conserves bourrés d'air pur à sa grand-mère clouée au lit.
Il y aura aussi "La dent dure", "Madame Maman", "LA Bonde", et le fameux "Tete de chien", monstre caché dans la cave qui sera le déclencheur d'un autre drame dont Asger porte encore le poids...
Bref, j'en passe bien plus encore !
Doté d'un humour féroce qui n'épargne personne, l'auteur dresse un portrait jouissif, rien de moins, de cette famille un peu barrée qui passe son temps à déménager, tel le cirque ambulant pour lesquels on les prendra une fois.
Leur quotidien minable est enjolivé par des fulgurances langagières et des passages absolument extravagants qu'on prend plaisir à voir se dérouler sous nos yeux.
Distribuant les histoires des uns et des autres sans y toucher, Asger remonte le fil de sa famille, de ses traumatismes, des non-dits qui lui ont permis malgré tout de se former et de rester lié malgré les aléas. A la fois pathétiques et débridés, ces anecdoctes familiales sont le terreau fertile de sa propre identité construit sur la honte et la culpabilité.

Alternant entre drame, ironie et récit d'initiation, Ramsland a su créer une grande saga familiale hors-norme qui loin du misérabilisme attendu plonge dans la drôlerie et l'inventivité.
Un grand roman ! Ne le ratez surtout pas !!!
Lien : http://legrenierdechoco.over..
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trust_me
17 octobre 2011
L'histoire des Eriksson est celle d'une famille norvégienne de la seconde moitié du 20ème siècle. La rencontre entre Askild et Bjork, les grands parents, scelle le destin familial pour plusieurs générations. Cela se passe à Bergen, à la fin des années 30. Pendant la guerre, Askild passe deux ans dans les camps allemands. Marqué à jamais par cette expérience il revient en Norvège méconnaissable. Bjork épouse malgré tout ce fantôme revenu d'entre les morts, et après avoir séjourné quelques temps chez la belle-mère paternelle, le couple part s'installer à Stavanger. Mais l'expérience est de courte durée et les Eriksson reviennent bien vite à Bergen où Askild achète un terrain pour construire une maison. Entre temps, leurs trois enfants sont nés. Il y a Niels junior, l'ainé, Anne Katrine et Knut, le petit dernier.
Viré des chantiers navals de Bergen pour cause d'alcoolisme aggravé, Askild emmène les siens au Danemark. C'est là que la tragi-comédie des Eriksson va prendre toute son ampleur…
Le narrateur se nomme Asger. C'est le petit fils d'Askild et Bjork, le fils de Niels junior. Il retrace la saga familiale avec le plus de détails possibles, n'omettant aucun des moments importants. de ses grands-parents à ses parents en passant par son oncle et sa tante il déroule le fil dévénements souvent hauts en couleurs. Askild est un alcoolique passionné de cubisme. Bjork, une grand-mère volage qui se prend de passion à la fin de sa vie pour les cercles de jeu. Niels junior, surnommé feuille de chou, va connaître une enfance difficile à cause de ses oreilles surdimensionnées. Anne Katrine accuse un retard mental qui fait d'elle « un gros légume pâle ». Quand à Knut, c'est un gamin perturbé qui va très vite fuir ses parents pour voyager au long cours. Et puis il y a Stinne, la soeur du narrateur, Leila sa mère et des figures secondaires importantes tels que Tête de pomme, La Bonde, Madame Maman ou encore Thor Gunnarsson, le médecin amant de Bjork. Cette pléthore de personnages rend la lecture exigeante. Il faut beaucoup d'attention pour ne pas se perdre dans le flot des événements racontés et s'y retrouver parmi tous les membres de la famille.
Mais quel plaisir de se plonger dans ce roman déjanté et cocasse. Cette famille d'allumés notoires fait parfois penser à une troupe de freaks en goguette qui passe son temps à déménager (notamment lors de l'arrivée à Stavanger quand la famille traverse la ville dans une carriole tirée par un vieux canasson). On passe en deux pages du rire aux larmes. le tableau dressé par l'auteur est bigarré à souhait. La palette des situations et des personnages présentés est d'une folle richesse. L'humour est aussi très présent, le langage est parfois très cru parfois onirique, l'intrigue vous surprend en permanence… Bref, voila tout simplement un grand roman.
A l'évidence, Morten Ramsland a lu Knut Hamsun (le plus célèbre écrivain norvégien du 20ème siècle) et son fabuleux roman La Faim. Il a sans doute aussi lu le Bandini de John Fante. On y retrouve la même truculence dans la description d'une famille vraiment pas comme les autres qui mérite que l'on s'attarde sur son cas avec la plus grande attention. Je ne pensais pas retrouver un jour une telle filiation chez un auteur européen. La surprise est d'autant plus belle et je ne peux que vous encourager à lire et à faire lire Tête de chien.
Comme quoi les écrivains scandinaves ne savent pas faire que des polars. Et c'est tant mieux !

Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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BMR
10 octobre 2008
On avait déjà eu droit à une saga norvégienne avec le demi-frère, de Lars Saabye Christensen.
Voici une autre saga familiale qui lui ressemble beaucoup.
Tête de chien, du danois (stop, j'évite les mauvais jeux de mots) Morten Ramsland.
Une famille de danois, mais de danois qui oscillent entre la Norvège et le Danemark.
La Norvège n'est pas le seul point commun avec le Demi-frère évoqué plus haut : on retrouve ici la peinture (il est d'ailleurs question de peinture) d'une famiile haute en couleurs (décidément) avec par exemple le grand-père, magouilleur collabo puis rescapé des camps allemands, ingénieur naval, qui dessine des plans de bateaux d'inspiration ... cubiste, ce qui lui vaut quelques déboires professionnels.
Ou la grand-mère vieillissante qui se fait expédier des boîtes de conserves emplies de l'air de sa bonne ville de Bergen que la vie et le grand-père l'auront obligée à quitter trop vite.
À travers les années et l'histoire de l'arrière-grand-père, du grand-père, du père et du fils, toute la famille défile sous nos yeux. Avec ses personnages attachants et leurs histoires.
Car Morten Ramsland (qui a écrit également des livres pour la jeunesse) possède l'art de raconter les histoires.
Quel talent ! Tout y est dit, l'air de rien.
L'art de raconter des histoires, mais pas n'importe lesquelles.
Des histoires de famille, des histoires qui touchent, qui touchent à tout au travers d'une galerie de personnages, tous prodondément humains et tous plus pittoresques les uns que les autres.
Lien : http://bmr-mam.over-blog.com..
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Citations & extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland12 août 2014
[...] ... - "Hé ! Feuilles de Chou ! Qu'est-ce qui se passe ? Vous allez où ?" demandèrent les gamins dans la rue.

Niels Junior répondit : "On s'en va", et retourna dans la maison pour disparaître dans les cartons, pour explorer l'intimité de la famille ainsi mise à nue : sous-vêtements, vieilles lettres, dont celles, nombreuses, d'un certain Thor, médecin de son état, et des photos jaunies. Il réussit à couvrir les caisses et les cartons de tant de monstres que cela déconcerta les déménageurs, au point que le déménagement tourna au chaos. Certes, le fait que Bjørk soit enceinte jusqu'aux yeux n'aida pas la situation. De plus, ces jours-là, Askild se montra complètement à côté de la plaque : il ne cessait pas de trinquer avec les déménageurs, il jouait au poker avec eux jusqu'au milieu de la nuit, et, à trois heures du matin, il se mettait en tête de faire découvrir à des déménageurs ivres morts toutes les joies et les finesses du jazz.

Quel spectacle ne fut pas offert aux voisins et aux enfants du quartier lorsque la famille débarqua dans Havnebakken, à Stavanger. A la gare, Askild s'était entiché d'un vieux canasson qui mâchonnait un bout de carton de l'autre côté du quai. Malgré les protestations des déménageurs et les faibles tentatives de Bjørk pour raisonner son mari, Askild décida que la vieille rosse allait tirer le chargement jusqu'à Havnebakken.

A l'arrière du chargement, qui tanguait dangereusement, trois déménageurs soûls comme des vaches s'étaient endormis et ronflaient comme des sonneurs. A l'avant, un homme aux cheveux et aux yeux noirs tenait sa canne dans une main et les rênes de l'autre, perché sur son épaule gauche, un perroquet criait : "Qui va là !" et "Bordel de Merde !" A ses côtés, une femme sur le point d'accoucher , et qui n'avait pas fermé l'oeil de la nuit. Et tout en haut, comme la cerise sur le gâteau : un petit gamin aux oreilles gigantesques, harnaché d'un attirail étrange qui l'empêchait de bouger les bras ...

Les voisins se précipitèrent sur le pas de leurs portes, les gamins derrière l'équipage. Certains furent fort dépités en comprenant que ce n'était pas un cirque qui venait de débarquer en ville. D'autres furent ravis, car la ressemblance avec un cirque était indéniable.

Cependant, Stavanger ne fut pas la ville dont ils avaient rêvé et ils ne se retrouvèrent pas comme des coqs en pâte. Certes, les gamins du quartier se montrèrent plus que disposés à donner un coup de main au déchargement, ce qui était particulièrement nécessaire, car il était impossible de réveiller les déménageurs. En revanche, les voisins restèrent vissés sur le pas de leurs portes et, lorsqu'un brave voisin s'approcha pour saluer les nouveaux venus, il repartit en prenant ses jambes à son cou : "Et il se prétend ingénieur ! Non, mais, quel langage ! Ingénieur ! ... Un docker, oui, si vous voulez mon avis ..." ... [...]
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SZRAMOWOSZRAMOWO20 juin 2016
Ses oreilles ne sont pas seulement bien développées. Elles sont énormes (...)
Par la simple évocation de Tête de chien, Stinne avait eu un coup de génie.
(...)
Tête de chien dans le réduit sous l'escalier, les propos confus de grand-père sur les Allemands et les chiens de sang, sans oublier les êtres mythologiques de Maman (...) Papa en eut rapidement assez de ce tiers qui venait sans cesse se glisser entre lui et son épouse, un tiers qui, à moitié endormi, marmonnait des phrases incompréhensibles sur une tête de chien.
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WolandWoland12 août 2014
[...] ... Ca se gâte, songeait souvent [Feuilles de Chou] quand il traînait dans les rues de Bergen avec son père ivre, sur l'épaule duquel trônait Kaj, le perroquet, qui criait "Bordel de Merde !" Et l'oiseau, qui avait jadis contribué à rapprocher le père et le fils, commençait à lui taper sur les nerfs.

Toc, toc, toc, entendait-on à toute heure : "Nous savons que vous êtes là !"

Alors, Askild criait :

- "Niels ! La procédure habituelle ! Va ouvrir !"

Et mon grand-père disparaissait dans la chambre, puis se cachait sous le lit.

- "Non, il n'est pas à la maison," répondait Feuilles de Chou. "Non, repassez un autre jour ..."

Des têtes apparaissaient aux fenêtres, des lettres comminatoires s'empilaient avec des factures aux montants irréalistes. Les crabes, sur la tombe de Thorbjørn, se répandirent dans tout le cimetière et causèrent des frayeurs immenses aux visiteurs en rampant dans tous les sens dans les allées. Et quand M. Kramer [= l'instituteur responsable de la mort de Thorbjørn] finit par quitter la ville pour de bon, quand les journaux de Bergen finirent par oublier qu'il avait existé un garçon du nom de Thorbjørn, alors Askild en eut soudain assez des créditeurs importuns. ... [...]
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berouneberoune28 juin 2010
[...] Il y a tant d'autres destins qui s'entrecroisaient et se mêlaient à ma modeste petite histoire. Il y avait Anne Katrine, qui a été privée de l'amour de sa mère. Il y avait Leïla, qui a perdu ses parents. Il y avait Neils junior avec ses oreilles et son corset. Il y avait Knut et son nez cassé. Il y avait le chagrin accablant de Madame Maman, la maladie permanente de Grand-Mère Elisabeth et la tumeur galopante de Grand-Père Hans Carole. La faillite de l'arrière-grand-père Thorsten. Il y avait Grand-Mère et son alcoolique de mari, Grand-Père avec son undex sectionné et ses chiens de sang sur une plaine de l'est de l'Allemagne... Je me suis parfois demandé ce que représente mon histoire de Tête de Chien, à côté des histoires qui allaient se dérouler plus tard... (p.339)
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PickwickPickwick09 septembre 2010
Bjork commençait à être écoeurée par son époux alcoolique. Des rêves piochés dans toutes sortes de romans sentimentaux de médecins venaient la hanter la nuit, et, dans la journée, ces mêmes romans s'imposaient dans sa vie. Askild n'avait que du mépris pour le nouvel intérêt littéraire de son épouse et il a essayé, sans succès, de lui faire partager sa passion pour les livres d'art et le jazz. Il est indéniable que Bjork était assez mal disposée envers ces enthousiasmes : dans le cubisme, elle ne voyait que la folie de son mari, dans le jazz, elle n'entendait que sa dépendance bruyante à la bouteille. Oui, derrière la lutte sans fin entre les goûts soi-disant cultivés d'Askild et ceux soi-disant populaires de Bjork se cachait un condensé complet de leur relation, et ce combat connut seulement une espèce de trêve lorsque Bjork, sur ses vieux jours, développa un certain goût pour les finesses et les joies des tripots clandestins.
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