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EAN : 9791025604304
Editions Thélème (17/01/2019)
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3.87/5   240 notes
Résumé :
Sasseneire est un pâturage de haute montagne que les gens du village délaissent depuis vingt ans à cause d'une histoire pas très claire dont tremblent encore les vieux. Mais faut-il perdre tant de bonne herbe par crainte d'un prétendu mauvais sort, alors que la commune est pauvre ? Le clan des jeunes finit par l'emporter : en été, le troupeau monte à l'alpage, à 2 300 mètres d'altitude, sous la garde du maître fromager, son neveu, quatre hommes et un jeune garçon. T... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (43) Voir plus Ajouter une critique
3,87

sur 240 notes

mesrives
  23 octobre 2017
Les belles nuits d'été étoilées sont terminées, dommage, cela aurait été l'occasion de vous imaginer dans un endroit retiré, à l'extérieur par exemple, autour d'un feu de camp ou , simplement allongé dans le foin d'un fenil à la lueur d'une lanterne pour découvrir La Grande Peur dans la montagne de Ramuz (1848-1947), l'histoire d'une petite communauté montagnarde qui, malgré les avis des anciens, décident de réhabiliter un alpage sur lequel plane une malédiction.
J'ai lu ce livre il y a déjà plusieurs mois et, j'avais été vraiment saisie par l'atmosphère, l'ambiance qui s'en dégage, ce glissement irrémédiable vers une grande frousse incontrôlable !
Depuis, j'ai eu l'occasion de séjourner dans la vallée du Ferrand, à Besse en Oisans, et là j'ai encore mieux ressenti la force de ce livre, les mots de Ramuz faisaient échos dans ma tête, tourbillonnaient.
Mon premier séjour dans les Alpes, dans le parc des Ecrins ! Une découverte. Et là, j'ai bien compris ce que voulait signifier Ramuz, la puissance des éléments, du minéral restent et resteront toujours indomptables même si l'homme a su au fil des années, des siècles, s'en approcher et l'utiliser.
Mais revenons au texte de Ramuz, nous sommes au mois de mai, et les troupeaux doivent monter aux alpages pour goûter une herbe plus grasse. Cette année ce sera le pâturage de Sasseneire : « Ce pâturage de Sasseneire est à deux mille trois cent mètres ; il est de beaucoup le plus élevé de ceux que possède la commune, c'est-à dire trois autres, mais qui sont sur les côtés de la vallée, tandis que Sasseneire est dans le fond, sous le glacier. Il arrive qu'à ces hauteurs-là il y ait encore, au mois de juin, des deux, des trois pieds de neige dans les parties mal exposées. »
Donc un décor grandiose, teinté de gris car le minéral y règne, la sente qui y mène est semée d'embûches, de dangers pour les protagonistes qui s'élèvent vers ses hauteurs. Ils franchissent successivement les différents paliers pour arriver au chalet faisant fi des gorges, abrupts, à-pics, éboulis , coulées de neige et du bruit assourdissant du torrent.
Qui dit hauteur dit lumière… mais pas avec Ramuz : le glacier personnifié menace de son ombre
ceux qui se sont installés là en contre-bas pour l'été, dans le chalet qu'il a fallu restauré pour l'occasion.
Et peut-être bien que les vieux avaient raison !
Les amulettes ou prières pourront ils repousser le malin avant que la folie ne s'installe ?
La communauté restée au village est pendu aux nouvelles du haut qu'un messager apporte faisant le lien entre les deux mondes, car pour eux ceux du bas, le temps est encore à la joie.
J'ai dévoré ce court récit et je me suis régalée.
Le lecteur participe au quotidien de cette communauté avec ses conflits, ses fêtes, ses drames, ses superstitions et assiste impuissant à la montée de la psychose collective. L'intrusion du fantastique, du fantasmagorique, la tension grandissante rendent palpable la menace qui plane sur les hommes.
Un récit qui monte crescendo.
Grâce à l'écriture de Ramuz qui interpelle le lecteur, le prend à partie , comme si nous l'avions devant nous, La grande peur dans la montagne devient aussi la nôtre, une histoire qu'on aimerait bien écouter.
Une belle rencontre : je n'avais rien lu de Ramuz et j'ai été séduite.
Ah les réveils au son des sonnailles, nostalgique, me direz-vous ? Non, mais j'ai pas fini de penser à cette montagne grandiose et aux bergers, qui aujourd'hui les occupent toujours, que ce soit dans les Alpes, les Pyrénées ou autres massifs montagneux. Je leurs tire ma révérence et dit bravo à monsieur Ramuz !
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Eric76
  06 juillet 2021
La grande peur. Celle qui vient de très loin. Celle qui vient de la mémoire des hommes. Ces histoires qu'on voudrait bien taire, mais que le vent de la montagne chuchote durant les longues nuits. Ces malédictions dont on ne réchappe pas. Dont personne ne réchappe. Même les plus malins, même les plus jeunes qui se gaussent de toutes ces vieilles histoires sans queue ni tête. À dormir debout.
Pour une affaire de gros sous, il se sont mis dans la tête de réinvestirent le pâturage de Sasseneire. Ils iraient là-bas nourrir les bêtes. Il est très haut dans la montagne, ce pâturage ! Il est au fond de la vallée, à l'ombre d'un grand glacier.
Les vieux leur ont pourtant bien dit de ne pas y aller. de laisser ce pâturage à la montagne. À la montagne seule. Il y a là-haut des forces très anciennes qu'il ne faut surtout pas réveiller. Il y a Lui. Ils ont ri. Ils n'ont pas écouté. Pourtant, malgré leur fière assurance, quand ils sont montés sur les flancs de la grande et vieille montagne, ils n'étaient que des petits points noirs qui bougeaient à peine… Si fragiles. Si insignifiants…
La grande peur. Celle qui noue les tripes. On ne peut pas l'expliquer avec des mots raisonnables. Les pas sur le toit de la grange. Les coups sur la porte. Les meuglements apeurés des bêtes. Ce brouillard épais qui enveloppe les corps et les âmes. le vent qui s'infiltre sous la porte. Victorine qui part à la recherche de son amoureux et se perd. La nuit qui s'attarde. Clou et ses poches remplis de pierres. Joseph qui tire sur la brume et fuit sur le grand glacier… La maladie des bêtes, la folie des hommes… le torrent qui emporte tout… le Grand Vieux Malin qui s'esclaffe…
Quel roman ! Il nous fait frissonner, réveille en nous les peurs ancestrales. Et puis le style ! Un style baroque, puissant qui magnifie la souveraineté de la montagne. Les pas lourds sur la rocaille. Les pierres qui roulent. le soleil qui aveugle. La nuit qui tombe sur la vallée. Tous les bleus du glacier… Puis la petitesse de l'homme et son orgueil démesuré.
Un livre à lire absolument.
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Cannetille
  16 septembre 2021
Cela fait vingt ans, depuis une sombre et mystérieuse histoire dont les témoins refusent de parler, que plus personne ne monte à l'alpage maudit de Sasseneire, à 2300 mètres d'altitude et quatre heures de marche au-dessus du village. Pourtant, l'on manque de pâturages pour vivre convenablement. Alors, malgré les peurs et les avertissements des anciens, le maire réussit à rallier les plus jeunes à son projet d'emmener quelques vaches là-haut, à la prochaine estive. En juin, ils sont sept, six hommes et un jeune garçon, à s'installer pour l'été dans le chalet de Sasseneire, pour s'occuper du troupeau. le climat, pollué par les superstitions, est déjà à l'inquiétude. Il vire à une franche peur, lorsque la maladie se met à ravager le troupeau, semblant prouver la vieille malédiction, et coinçant le petit groupe en quarantaine, à la merci des diableries qu'abritent ce coin de montagne.

L'histoire est admirablement contée. Et c'est suspendu à ses mots que le lecteur se retrouve immergé dans le monde paysan et les montagnes du canton de Vaud, en Suisse, au début du siècle dernier. L'atmosphère restituée avec soin est prégnante, les personnages finement observés et criants de vérité, tandis que le style narratif, emprunté avec naturel aux protagonistes, restitue au plus près mentalités et réactions, dans une évocation des plus vivantes. le sentiment d'une menace, d'autant plus troublante qu'impalpable, imprègne le texte dès son incipit, et c'est avec la certitude d'un drame à venir que l'on avance avec angoisse dans ce récit habilement tendu jusqu'à son dénouement.

Au travers de cette narration, que l'on imagine sans peine faire trembler son auditoire dans la lumière dansante du feu à la veillée, Ramuz nous conte les peurs anciennes des hommes dans une nature aussi grandiose qu'écrasante, les croyances et les superstitions nées de l'ignorance et de l'impuissance, l'irrationalité des comportements face à la mort, au danger et à l'inconnu. La montagne, avec ses beautés et ses traîtrises, est la grande prêtresse de cette histoire dont elle a le dernier mot, semblant se gausser des petitesses humaines et jouer à plaisir avec les nerfs de ses habitants.

La puissance d'évocation de la nature, la justesse d'observation des personnages du cru, et la singularité de la langue, travaillée pour restituer l'essence du pays vaudois, font de ce roman un des plus grands classiques de Ramuz, sans doute pour ce canton suisse ce que Pagnol est à la Provence.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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berni_29
  07 août 2021
♬ Pourtant, que la montagne est belle,
Comment peut-on s'imaginer... ♬
J'ai découvert l'existence de Charles Ferdinand Ramuz tout récemment, en lisant un roman noir, La soustraction des possibles, dans lequel la matrone corse d'un gang de bandits, femme aussi cruelle qu'érudite, vouait une passion effrénée pour cet écrivain suisse romand peu connu, mort en 1947 à l'âge de 68 ans, et en particulier pour un de ses romans, La Grande Peur dans la montagne.
Vite, j'ai couru auprès de ma médiathèque préférée, elle disposait de deux ouvrages regroupant les oeuvres complètes de l'auteur dans la collection de la Pléiade, dans un desquels j'ai retrouvé le fameux roman en question.
Mais la Grande Peur dans la montagne, de quoi s'agit-il ? Quelle est cette peur ?
Une peur ancestrale, nourrie par les légendes, porte la trame de l'histoire.
L'histoire est en apparence toute simple. Nous sommes dans un petite village montagnard en Suisse romande. L'auteur met en scène des paysans dans leur élément, dans l'état le plus pur de la nature. Un immense glacier domine la vallée. Plus haut dans la très haute montagne, il y a un pâturage verdoyant où il pourrait être intéressant de monter les bêtes pour en faire un alpage. L'herbe est verte, riche à foison, mais l'endroit est maudit, prétendent les anciens. C'est pour cela sans doute qu'aucun troupeau n'est monté là-haut depuis vingt ans.
Il y a les anciens du village qui se souviennent et puis il y a les jeunes qui sourient de ses vieilles superstitions qui tiennent encore, deux générations qui n'ont pas le même point de vue. Une petite communauté du village, encouragée par le Président de la commune, propose de réhabiliter l'endroit. Malgré la désapprobation des plus anciens, le conseil de la commune vote en faveur de ce projet. Sept hommes sont volontaires pour monter là-haut avec les bêtes, six bergers accompagnés d'un personnage mystérieux, alcoolique et borgne. Ils vont partager la vie au chalet de là-haut durant les quelques mois d'alpage...
Victorine et Joseph amoureux éperdus à peine sortis de l'enfance, sont deux personnages qui m'ont particulièrement touché. Ils s'apprêtent à se marier, il est jeune berger et c'est pour elle qu'il fait le choix de monter là-haut... Leur histoire d'amour est en quelque sorte le fil conducteur de ce texte.
J'ai été troublé, envoûté par la manière dont l'auteur nous raconte cette histoire.
Charles Ferdinand Ramuz nous invite dans une saisissante description de la nature. C'est peu dire que la montagne incarne ici un personnage à part entière. Elle se révèle dans tous ses aspects multiples.
C'est une sorte de conte vertigineux, une tragédie antique où s'affronte la querelle des anciens et des jeunes, où naît l'aventure alpestre qui en surgit, où des hommes montent avec leurs bêtes dans la montagne comme dans une procession fatale, là où viendra l'enchaînement des malheurs...
L'atmosphère devient peu à peu pesante, le récit monte crescendo. Sans doute l'écriture de Ramuz y est pour quelque chose, par-delà l'intrigue. Ici, c'est le bruit d'une pierre qui dégringole d'une paroi rocheuse, plus loin c'est une crevasse qui appelle le regard dans un écho abyssal. Lorsque la nuit vient, des bruits se font entendre sur le toit du chalet comment si quelqu'un marchait.
Dans la même page, dans le même escarpement, le merveilleux côtoie l'angoisse du pas qui à chaque instant peut trébucher. Une entaille dans la roche devient une fenêtre. L'aurore incandescente se pose comme un oiseau sur le paysage qui se réveille, on pourrait alors presque toucher le ciel posé sur les arrêtes enneigées.
Ici le monde naturel semble côtoyer de près le monde surnaturel à tel point qu'on ne sait pas où s'identifie précisément la frontière entre les deux versants. Quel est ce chemin ténu qui couture les deux parties ?
Dans cette nature minérale et grandiose, il y a quelque chose qui tient du sacré, c'est-à-dire de plus grand que nous. La montagne, c'est un peu comme la mer que je connais mieux, mais peut-être est-ce pour cela qu'à chaque fois que je redécouvre les paysages montagnards, je m'en réjouis et je m'émeus de cette force si imposante et si respectueuse.
C'est un univers onirique, au bord du fantastique, qui nous est délivré dans les mots de l'auteur.
Le paysage alpin est dévoilé dans sa grandeur et son mystère, l'histoire aussi, dans une narration qui m'a emporté. Je ne saurai dire si c'est dans la manière d'agencer les mots, les phrases d'apparence toute simple, l'ambiguïté du paysage, la manière de révéler les sortilèges qu'un névé ou une sente peuvent cacher, la nuit qu'il faut traverser comme un tunnel, le froid et la peur qui viennent jusqu'au bord des pages. Et puis il y a ce glacier grandiose qui domine le texte de bout en bout...
Le style, parfois incantatoire, n'est pas sans m'évoquer la façon dont Jean Giono convoque la nature lui aussi dans ses romans, de la faire entrer de manière insidieuse ou théâtrale dans le récit, de lui donner un rôle crucial, un sens au récit. C'est un peu cela ici.
À chaque instant, l'auteur joue sur une forme d'ambiguïté, jusqu'à la manière de dérouler le récit. Il y a ce « on » qui décrit le paysage et les événements, et je me suis demandé d'où sortait ce mystérieux « on », comme une rumeur venue de la montagne ou de la vallée, une force étrange et mystérieuse qui nous observe, qui nous échappe, qui échappe aussi au destin des personnages.
J'ai senti qu'il appartenait à chaque lecteur de suivre son chemin dans les différents points de vue que propose l'auteur, dans la manière d'interpréter l'histoire, par-delà les faits qui sont narrés. C'est comme un endroit escarpé où brusquement il faut choisir entre plusieurs directions : coïncidence des faits, fatalité, emballement dû à la peur des hommes et des bêtes ou bien quelque chose de maléfique qui dépasse les hommes.
J'ai aimé cette montagne que propose Charles Ferdinand Ramuz, comme j'aime la mer... Comment ne pas être tenté de visiter ce texte vieux de près de cent ans avec nos yeux d'aujourd'hui ? D'y voir, non pas le signe d'une nature qui peut jeter sa malédiction, sceller le sort des hommes, mais plutôt attirer notre attention sur son propre sort. Un texte terriblement intemporel qui m'a donné une envie furieuse de poursuivre la découverte de cet auteur !
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michfred
  29 juillet 2018
Les Dix petits Nègres de cette bonne vieille Agatha peuvent aller se rhabiller.. devant les Sept petits Pâtres de  Charles- Ferdinand!
Du grand Ramuz,  et cette fois une oeuvre plutôt connue,  en France, du grand écrivain suisse.
Depuis 20 ans, une malédiction plane sur Sasseneire, on n'y mène plus les bêtes, pour les estives, et les hommes n'y vont plus...trop de noirs souvenirs...et pourtant l'herbe y est si belle...
Mais l'appât du gain l'emporte, et le président du village-le maire suisse- y envoie sept  hommes:
le maître du troupeau et son neveu
un muletier qui fera le ravitaillement,
un petit gars à tout faire -en Aubrac, on dirait le roule et, en mer, le mousse-, 
un étrange individu, mi-clochard, mi-filou appelé Clou,
un jeune amoureux séparé à grand tourment de sa mie, qui y va pour se faire un pécule de mariage,
et un vieux rescapé de l'expédition précédente qui veut bien y retourner, lui, puisqu'il a survécu et qu'il a "le papier", un gri-gri sensé le protéger des mauvais sorts..
Sept, le chiffre fatidique!
C'est bien une sorte de conte, fantastique et inquiétant, que Ramuz, de sa belle langue étrange et travaillée, se met en demeure de nous conter..
Et nous sommes suspendus à sa plume.
Silences des grands prés sous le ciel, craquements de pas mystérieux sur le toit de bardeaux,  disparitions successives , violentes ou pernicieuses,  épidémie et folles galopades des bêtes malades et apeurées dans la nuit noire.
Escalade dangereuse des séracs, pierriers traîtres , ponts fragiles et embuscades fratricides- le village qui les a envoyés au casse-pipe traite bientôt les pâtres des estives en vrais pestiférés...
Le Malin - qui d'autre pourrait ourdir une telle calamité ? - aura-t-il le dernier mot?
A lire en apnée,  dans une borie ou un chalet, un soir d'orage.
Altitude obligatoire ! 
Frissons garantis.
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Citations et extraits (48) Voir plus Ajouter une citation
Eric76Eric76   27 juin 2021
On a commencé à cheminer entre ces tronçons de colonnes comme dans un corridor de cave, qui était fait par la lanterne, que la lanterne creusait, que la lanterne perçait devant vous à mesure qu'on avançait ; puis la lanterne l'ôtait de devant vous, alors tout le noir vous croulait dessus. On était pris dedans, on l'avait qui vous pesait sur les épaules, on l'avait sur la tête, sur les cuisses, autour des mains, le long des bras, empêchant vos mouvements, vous entrant dans la bouche ; et on le mâchait, on le crachait, on le mâchait encore, on le recrachait, comme la terre de la forêt. On se débattait ainsi un moment, comme quand on a été enterré vif, puis la lumière de la lanterne vous ressuscitait à nouveau...
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Eric76Eric76   03 juillet 2021
Le vieux Théodule était dans son pré, disent-ils ; tout à coup, il la voit qui vient. Elle venait comme sur une balançoire ; elle s'est arrêtée devant lui un petit moment... Il s'avance, mais elle repart ; alors il a marché à côté d'elle et, à mesure qu'elle avançait, il avançait... A ce moment, elle se trouvait être dans le beau milieu de la rivière, de sorte qu'elle venait sans empêchement, le menton en l'air. L'eau la soutenait bien, elle se laissait faire, elle montait et descendait comme sur une balançoire, pendant que sa jupe gonflée s'élevait plus haut que l'eau et son tablier était dessus... On n'a eu qu'à la laisser venir jusqu'au pont...
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berni_29berni_29   23 juillet 2021
Elle le cherchait, elle aussi, des yeux : lui, devait les baisser chaque fois un peu plus ; elle, elle devait les lever un peu plus chaque fois.
Elle descendait, il restait assis ; elle s'arrêtait, elle se tournait vers lui, elle agitait son mouchoir.
Elle est devenue toujours plus petite, puis elle est arrivée à un endroit où le chemin recommence à aller à plat pour s'enfoncer un peu plus loin derrière un avancement de la pente ; là, il l'a vue encore, puis il ne l'a plus vue.
Là, il l'a vue pour la dernière fois ; là, pour la dernière fois, elle s'était retournée ; après quoi, on n'a plus aperçu que la moitié d'en haut de son corps, puis ses épaules seulement ; puis seulement son bras et sa tête, avec une main qu'elle lève encore.
Et un petit point blanc marquait la place de sa main...
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Eric76Eric76   05 juillet 2021
Il faisait rose. Il faisait rose dans le ciel du côté du couchant. Quand on était au pied de l'église, on voyait que sa croix de fer était noire dans ce rose.
En haut du grand clocher de pierre, il y avait la croix de fer ; d'abord, elle a été noire dans le rose, ce qui faisait qu'on la voyait très bien, puis elle s'est mise à descendre.
On voyait la croix descendre, à mesure qu'on montait ; on l'a vue venir contre les rochers, le long desquels elle glissait de haut en bas ; elle est venue, ensuite, se mettre devant les forêts, noires comme elle, et elle n'a plus été vue.
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dourvachdourvach   25 octobre 2014
De son côté, il s'était mis en route ; c'était à son tour à lui de se remettre en route, pendant que la petite musique venait toujours, mais elle venait à présent pour lui entre les pins, dans se pensées, bougeant doucement derrière leurs troncs rouges, et par terre aussi c'était tout rouge, à cause des aiguilles tombées sur lesquelles Victorine glissait.
Pendant que la petite musique venait, et la petite musique venait d'en haut à leur rencontre, entre les pins ; tandis que Victorine glissait, parce qu'elle n'avait pas de clous à ses souliers.

(C. F. RAMUZ, "La Grande Peur dans la montagne", 1926)
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Vidéo de Charles Ferdinand Ramuz
Relecture : Charles-Ferdinand Ramuz (1978 / France Culture). Photographie : Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947) © Albert Harlingue/Roger-Viollet. Site internet : http://www.roger-viollet.fr/fr. Par Hubert Juin. Réalisation : Anne Lemaître. Interprétation : François Maistre et Henri Virlojeux. Avec Jacques Cellard, Bernard Voyenne, Claude Bonnefoy et la voix de Ramuz. Diffusion sur France Culture le 15 septembre 1978. Présentation des Nuits de France Culture : « Il avait toujours protesté avec vigueur contre la qualification d'écrivain “régionaliste”. Certes, il était - Ramuz était - vaudois et cela a joué un très grand rôle, nous dit-on. Mais Proust était parisien et cela a dû jouer aussi un très grand rôle. Donc, écrivain régionaliste ? Non : écrivain universel. À l'occasion du centenaire de sa naissance, Hubert Juin proposait, le 15 septembre 1978, une “Relecture” consacrée à Charles-Ferdinand Ramuz. » Charles Ferdinand Ramuz, né à Lausanne le 24 septembre 1878 et mort à Pully le 23 mai 1947, est un écrivain et poète suisse dont l'œuvre comprend des romans, des essais et des poèmes où figurent au premier plan les espoirs et les désirs de l'Homme. Ramuz puisa dans d'autres formes d'art (peinture, cinéma) pour contribuer à la redéfinition du roman. Dans sa “Lettre à Bernard Grasset” de 1929, Ramuz précise son rapport avec la Suisse romande : « Mon pays a toujours parlé français, et, si on veut, ce n’est que “son” français, mais il le parle de plein droit [...] parce c’est sa langue maternelle, qu’il n’a pas besoin de l’apprendre, qu’il le tire d’une chair vivante dans chacun de ceux qui y naissent à chaque heure, chaque jour. [...] Mais en même temps, étant séparé de la France politique par une frontière, il s’est trouvé demeurer étranger à un certain français commun qui s’y était constitué au cours du temps. Et mon pays a eu deux langues: une qu’il lui fallait apprendre, l’autre dont il se servait par droit de naissance; il a continué à parler sa langue en même temps qu’il s’efforçait d’écrire ce qu’on appelle chez nous, à l’école, le “bon français”, et ce qui est en effet le bon français pour elle, comme une marchandise dont elle a le monopole. » Ramuz écarte l’idée que son pays soit une province de France et dit le sens de son œuvre en français : « Je me rappelle l’inquiétude qui s’était emparée de moi en voyant combien ce fameux “bon français”, qui était notre langue écrite, était incapable de nous exprimer et de m’exprimer. Je voyais partout autour de moi que, parce qu’il était pour nous une langue apprise (et en définitive une langue morte), il y avait en lui comme un principe d’interruption, qui faisait que l’impression, au lieu de se transmettre telle quelle fidèlement jusqu’à sa forme extérieure, allait se déperdant en route, comme par manque de courant, finissant par se nier elle-même [...] Je me souviens que je m’étais dit timidement : peut-être qu’on pourrait essayer de ne plus traduire. L’homme qui s’exprime vraiment ne traduit pas. Il laisse le mouvement se faire en lui jusqu’à son terme, laissant ce même mouvement grouper les mots à sa façon. L’homme qui parle n’a pas le temps de traduire [...] Nous avions deux langues: une qui passait pour “la bonne”, mais dont nous nous servions mal parce qu’elle n’était pas à nous, l’autre qui était soi-disant pleine de fautes, mais dont nous nous servions bien parce qu’elle était à nous. Or, l’émotion que je ressens, je la dois aux choses d’ici... “Si j’écrivais ce langage parlé, si j’écrivais notre langage...” C’est ce que j’ai essayé de faire... » (“Lettre à Bernard Grasset” (citée dans sa version préoriginale parue en 1928 sous le titre “Lettre à un éditeur”) in “Six Cahiers”, no 2, Lausanne, novembre 1928).
Sources : France Culture et Wikipédia
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