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EAN : 9782070437719
288 pages
Gallimard (10/03/2011)
3.75/5   55 notes
Résumé :

Juliette, jeune orpheline de dix-huit ans, débarque un jour dans un village vaudois, venant de son Cuba natal. Elle cherche refuge chez son oncle, aubergiste de son état, qui reste sa seule famille. Ce roman de Ramuz, paru en 1927, ne laisse pas d'étonner par son thème lui-même. Comment Ramuz a-t-il pu introduire cette fleur exotique dans une œuvre aussi fermée sur les paysages vaudois et valaisans qu'est la sienne ?

Qu'Aimé Pache pousse ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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Juliette, jeune orpheline de dix-neuf ans, débarque un jour dans un village suisse, dans le canton de Vaud, venant de ses Caraïbes natales, Santiago de Cuba précisément. Elle est la nièce de Milliquet, vous savez, celui qui tient l'auberge là-bas au milieu du village. Elle vient trouver refuge chez son oncle, qui reste sa seule famille et qui l'accueille. Un peu déstabilisés au départ, les Milliquet se disent qu'elle pourra aider à l'auberge. Mais dès les premiers jours, la jeune fille ne quitte pas sa chambre, et plus tard, lorsqu'elle la quitte, on sent bien ici que sa beauté à la fois étrange et innocente sème peu à peu le trouble parmi la clientèle des habitués et les habitants du village.

La beauté de Juliette finit par énerver, diviser les hommes qui la convoitent, rendre furieuses les femmes, même le couple Milliquet commence à se quereller. Elle décide alors de s'enfuir...

Elle s'en va un jour pour rejoindre en contrebas de la vallée, au bord du lac Léman, un hameau de pêcheurs dont l'un d'entre eux, plus âgé que les autres, qui s'appelle Rouge, la recueille dans sa cabane, il devient pour elle un peu comme un grand-père épris de tendresse. Là-bas la jeune fille est dans son élément. Elle se sent familière dans ce monde parmi les filets, l'odeur de poissons et les barques, elle devient presque un élément à part entière de ce paysage aquatique.

Ici elle vient réveiller l'eau, la pierre de la montagne, l'air minéral et le coeur si taiseux des hommes. C'est peut-être elle la lumière éperdue qui éclaire le paysage d'un éclat nouveau.

C'est presque encore un endroit sauvage, enfermé comme un vase clos depuis des générations.

Le dimanche, il y a l'accordéon de ce petit ouvrier cordonnier italien bossu, un peu de musique c'est comme un air de fête, c'est aussi comme une note différente dans l'éclat du jour. Ces deux-là sont d'ailleurs et se comprennent, se ressemblent peut-être à cela. Et puis ils ont le langage de la musique. Pourtant il n'y a peut-être pas de place ici pour eux.

Ici dans le commencement de juin, la lumière du paysage rebondit sans arrêt sur ses gestes, sur sa peau, dans sa façon de danser. Ses bras sont comme des ailes, ses yeux sont des chants d'oiseaux et la langue de Ramuz vient tourner autour de la danseuse, l'enlacer, effleurer l'innocence de son âme qui est loin de penser qu'elle jette un trouble aussi grand dans cette société figée dans les habitudes, égoïste, agacée par les désirs et les convoitises. Elle est comme un miroir où les eaux du lac viennent se refléter. Elle est simplement éprise de liberté.

Ici, au bord de ce lac, c'est là que tout est prêt à vaciller, à s'embraser, tandis que le vieux Rouge songe déjà à adopter Juliette.

Pourtant l'attitude de Juliette n'a rien de provocante et sa beauté n'a rien d'outrancière, mais il y a quelque chose qui se passe brusquement dans ce paysage de montagne et c'est peut-être cela la force de l'enchantement.

Juliette est simplement en harmonie avec les éléments du ciel, de l'eau et de la terre.

La Beauté sur la terre est le quatrième roman que je lis de Charles-Ferdinand Ramuz.

Ce roman n'a pas cessé de me surprendre, comme la beauté de cette jeune fille surprend la quiétude des hommes de ce village vaudois. Il surprend, il enchante, il envoûte. Je me suis demandé dans quelle histoire j'étais plongé, un récit champêtre ? Une scène pastorale en paysage vaudois ? Un conte onirique ? Sans doute tout cela un peu, mais certainement quelque chose de bien plus puissant encore...

Et j'ai compris brusquement que c'est cette écriture qui était un peu la fautive, celle qui m'avait fait vaciller dans le charme du récit, la magie de la langue poétique de Charles-Ferdinand Ramuz dans une non-concordance des temps surprenante, déstabilisante, mélangeant l'imparfait et le présent parfois presque dans la même phrase, cassant toutes les certitudes, tous les codes, toutes les habitudes figées dans ce paysage minéral depuis des siècles, ouvrant ainsi le paysage des pages pour y déverser des flots de lumière.

Parfois, l'écrivain nous invite même à entrer dans le récit en tant que narrateur comme si nous avions vécu un peu de cette histoire.

C'est une langue qui caresse, qui trébuche, qui cogne comme le fracas d'une barque sur l'eau, comme des forces obscures souterraines, à la fois invisibles et présentes, ce sont des cris d'oiseaux dans un ciel éventré.

Ce roman n'a pas cessé de me surprendre et de m'envoûter. Et Charles-Ferdinand Ramuz aussi.

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Comment faire quand on a trois critiques à  écrire sur trois livres époustouflants d'un  même auteur?

Un auteur, avouons-le,  qu'on vient juste de découvrir- qui est mort depuis plus de 70 ans-  et dont , avec le zèle du néophyte, on voudrait crier sur tous les tons et sur tous les toits que c'est un génie méconnu, oublié , qui mériterait cent fois qu'on abandonne séance tenante, pour lui, toutes les petites parutions alimentaires et accessoires qui font souvent notre pâture quand nous cédons à la facilité, à la paresse, à l'air du temps...

Tant pis pour le recul de la réflexion,  pour la chronologie de mes lectures,  je remets à plus tard, pour l'instant , ses deux plus grands succès, Derborence et La grande Peur sur la Montagne, pour vous parler, comme je pourrai, de la Beauté sur la terre que je viens de refermer.

Pour tenter de rendre un peu de  l'éblouissement qu'il m' a donné , pour partager , à chaud, la surprise, l'enchantement...

La Beauté débarque sur les bords d'un lac suisse : c'est la nièce orpheline de Milliquet, le cafetier du village; elle vient des îles,  du chaud, du soleil, de la musique et de la danse. Elle vient d'ailleurs. Elle s'appelle Juliette. 

Les hommes sont happés,  captivés, alléchés. Les femmes furieuses, jalouses, délaissées. Les choses, seulement elles, se mettent au diapason: les montagnes se font l'écrin de sa beauté, le lac son miroir,  les oiseaux la célèbrent. Mais seule la musique sait lui parler, la charmer, l'emmener. Même si le musicien est bossu. Et italien. Venu d'ailleurs lui aussi.

Dit comme cela, on a une sorte de conte, un peu convenu, à mi-chemin entre Blanche-Neige et les sept Nains- un des vieillards concupiscents, s'appelle Rouge... un petit frère de Timide ou de Grincheux?- et le Joueur de Flûte de Hamelin, à cause du maléfique effet de la Beauté sur la terre des hommes, et à cause de la musique qui sait si bien emporter avec elle ceux qui lui ressemblent, loin des miasmes et des désordres. ..

Mais ce ne serait alors qu'un récit faussement réaliste, vaguement régionaliste,  teinté de merveilleux. Un conte acclimaté en quelque sorte.

On est loin du ...conte!

Ramuz , de toute la force de sa plume,  y introduit le DOUTE , donnant au récit une dimension fantastique qui transforme le conte en fable mystérieuse,  en apologue crypté,  sans rien enlever au charme du récit,  ni à la tension qui monte pour culminer dans une scène finale extraordinaire,  sur fond d'orage et de fête foraine- j'ai pensé  aux nombreuses scènes de fête chez Louis- Ferdinand Céline, grand admirateur de Ramuz : même talent visionnaire même désordre organisé, même  poésie!-   une  scène finale, donc, où les ravisseurs de tout poil, embusqués qui sur le lac, qui sur la falaise, qui sur le pont de danse,  se préparent à être les dindons de la farce...

Ce doute, il est créé de toutes pièces par la seule magie de la langue qui fait éclater toute description de Juliette en mille fragments,  incapables de reconstituer un tout -la Beauté n'est pas de notre monde, de notre prise...- alors que tous les autres personnages sont dessinés à grands traits réalistes , campant des silhouettes  rustiques et solidement incarnées .

La langue joue avec les temps, présent - passé, faisant entre eux un va-et-vient incessant qui semble défier toute chronologie:   présent de narration ou reconstitution volontairement tâtonnante d'un fait ancien, marqué dans la mémoire collective? On doute...

Car qui parle? Qui est ce "nous", parfois ce " je" ? Là aussi, comme le musicien de Hamelin égarait les enfants de sa flûte,  Ramuz se plaît à égarer le lecteur: tantôt c'est un "on",  un "nous" rural et collectif, tantôt c'est un "nous"  clanique -ceux de l'eau contre ceux de la terre-  tantôt c'est la voix d'un prédateur en embuscade, tantôt même celle de la petite Emilie, délaissée par son Maurice, petite belle- de -la -terre dont son amant ne veut plus depuis qu'il cherche désespérément la Belle -sur -la -terre qui lui a dévoré les yeux et le coeur-  la petite Emilie si touchante sous son chapeau de paille trempé,  dans sa robe de mousseline mouillée par l'orage, avec ses deux mains jointes et son coeur en charpie, dernière image tragique de cet étonnant récit, figure désolée de ce qui reste quand la Beauté nous a quittés...

Dans ce doute, si magistralement,  si finement créé,  toute lecture devient nécessairement plurielle, tout fait signe et rien n'est signifié. 

Ramuz a inventé,  avec sa langue, un nouveau fantastique, largement ouvert sur toutes les significations que notre imagination, notre sensibilité,  notre sensualité, portées par elle, se plaisent à explorer,  à expérimenter.

Les "clés " ,  si  elles existent,  ont moins d'importance et d'attrait que le voyage auquel elles nous invitent.

"Un trait de diamant sur une vitre" disait Julien Gracq en parlant de la trace indélébile de la Route dans sa mémoire : j'aurais bien envie, pour ma part,  de reprendre cette expression pour ce livre-là.

Je crois même que je vais aller déranger mon panthéon babélien pour lui faire de la place..

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Décidément mes lectures de Ramuz (j'en suis au 5ème roman) ne sont, pour le moment que de belles découvertes.

Pourrais-je oser dire que j'ai été encore plus touché par ce dernier roman que par les précédents, peut être pas sur le fond, qui pour moi, le rapproche d'Aline, mais plus encore par la prodigieuse virtuosité de la mise en scène, qui, semble-t-il, déconcerte certains lecteurs.

Car c'est comme un film qui se déroule devant les yeux du lecteur, avec toutes ces images. Ici, plus encore que dans les autres romans, l'utilisation des « on » ou d'autres procédés, tels le découpage du texte, permettent de créer des points de vue différents, extérieur, intérieur aux personnages. Un exemple, la déambulation de l'ouvrier italien avec ses paquets, que le texte nous donne à voir de façon saisissante.

Et aussi, le rythme du récit change selon l'intensité de l'action. Ainsi en est il par exemple de ce rythme haletant lié à la poursuite de Juliette, l'héroïne, puis l'agression de celle ci par Ravinet, le Savoyard, de même de la fin du récit, de cette atmosphère d'orage, de la folie incendiaire du Savoyard, d'une fin où feu et eau se mêlent jusqu'à ce que que Juliette et le bossu, ce petit cordonnier italien, disparaissent dans le brouillard.

Il y a aussi cette façon saisissante, émouvante parfois, d'exprimer par touches impressionnistes, des sensations et des sentiments, par exemple ceux de la petite Émilie, la fiancée de Maurice Busset.

L'histoire en elle même est cruelle, et pessimiste, cette fois encore, comme elle l'était dans le récit d'Aline.

Milliquet, tenancier de boissons au bord du Lac Leman, reçoit de son frère, qui vient de décéder à Santiago de Cuba, et avec lequel il n'avait plus de liens, la demande de prise en charge de sa fille Juliette, âgée de 19 ans. Après en avoir discuté avec son ami Rouge, il accepte et voilà qu'arrive sa nièce, une jeune fille d'une extraordinaire beauté.

Alors, pour Juliette, c'est l'enchaînement des haines et des convoitises, voire même des tentatives d'agression sexuelle de la part du Savoyard, un homme brutal, ouvrier de chantier. Chassée de l'auberge par la femme de Milliquet, une marâtre agressive et jalouse, elle trouve un moment de bonheur chez Rouge qui accepte de l'héberger et qui la fait participer à son activité de pêcheur partagée avec Decosterd son employé. Bonheur amplifié par la venue de l'ouvrier cordonnier italien, un bossu virtuose de l'accordéon, dont la musique remplit de joie Juliette. Mais ce bonheur ne sera que de courte durée, la méchanceté et la manipulation séviront, au détriment aussi d'Emilie, la fiancée d'un Maurice Busset auquel la beauté de Juliette a fait tourner la tête. Je ne dévoilerai pas jusqu'où va cette folie, ni la fin en suspens.

Oui, le constat cruel, c'est qu'il n'y a pas de place pour la beauté sur la terre, comme cela est répété plusieurs fois dans le roman, pas de place pour la beauté féminine de Juliette, pas de place pour la beauté de la musique du bossu, pas de place pour la beauté de l'amour de la petite Émilie pour Maurice. « Il n'y a pas de place pour moi, ici » dira le bossu, puis, s'adressant à Juliette «il n'y a pas de place pour vous non plus ».

Enfin quelque mots pour dire la poésie des images de la montagne, du ciel, du lac, et aussi la beauté de la symbolique de l'eau, et d'une Juliette, créature associée au monde aquatique, ondine ou Vénus sortie des eaux?

Et aussi pour vous faire part de mon sentiment, qui vous paraîtra peut-être incongru, de la parenté de Ramuz avec Duras, enfin avec toutes ces romancières et romanciers « poétiques », qui disent sans vraiment dire, chez qui le discours est enveloppé de mystère.

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C'est le 2ème livre que j'ai la chance de savourer. Une plume poétique, délicate, tout en subtilité, c'est magnifique. En lisant, on se projette très facilement dans le décor, comme si le livre était un grand écran blanc, où se déroule le cours du récit. Tout est bien mis en avant, pour nos sens soient en alerte. Beaucoup de couleurs, c'est presque une peinture également. L'âme du poète se fait peintre pour notre plus grand bonheur.

Les personnages sont adorables, attentionnés pour certains mais bien évidemment, le contrepoids se compense par des gens malveillantes. Cette Juliette qui arrive au village, c'est comme une révolution dans bien des esprits. Comment elle va être accueillie, traitée puis recueillie etc… mais cela je vous laisse le découvrir.

Toute la beauté sur terre, est au sein de ces pages, l'auteur a su nous offrir un moment de plénitude, savoir se poser là et se dire : que c'est beau toute cette nature, ces instants présents, ce silence ou ce chant d'oiseau, ce petit vent, ce parfum, l'aube qui rayonne etc… c'est magnifique. Et tout à fait dans l'esprit d'un poète qui sait regarder avec son coeur plus qu'avec ses yeux.

Je ne peux que vous recommander d'aller découvrir ces auteurs d'une autre époque qui avaient un style qu'on a bien du mal à croiser de nos jours.

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Dernier roman sorti de ma bibliothèque avant le marathon de la rentrée littéraire 2021 : « La beauté sur la terre ». C. F. Ramuz est un auteur suisse encensé par la critique et les écrivains (ex : Joseph Incardona), d'où ma curiosité.

Le thème du livre est classique (lire : 37,2° le matin, L'été en pente douce ou L'été meurtrier) : une femme à la beauté incandescente débarque dans un village de péquenauds et y sème le trouble. Ici, elle s'appelle Juliette. Elle a du sang brésilien. Sa présence ensoleille les sombres versants de la montagne où les hommes se disputent sa candeur. « Est-ce qu'on sait que faire de la beauté parmi les hommes ? ». L'admirer ou la désirer ? La protéger ou à la chasser ? C'est à l'aune de ces alternatives que la vraie nature des habitants se révèle. Mais Juliette a jeté son dévolu sur un italien bossu qui joue de l'accordéon et la ramène, par sa différence, à sa propre identité (le clin d'oeil à V. Hugo est savoureux).

La langue est vernaculaire, surannée, ordonnée pour la contemplation, étrangement sensuelle (p170-172). À ce propos, le passage de la bête courant après la belle, au pied du lit de la rivière Bourdonnette (p180-190), est un modèle du genre qui, à lui seul, justifie la lecture de ce livre.

Comme le dit l'auteur, p319, souvent « quand on ne peut pas avoir, on détruit ». L'altérité dérange et fascine. La Suisse n'est pas réputée pour sa politique en faveur des Arabes en général et des musulmans en particulier. Pourtant, savez-vous quel est le premier mot clé utilisé par les Suisses quand ils regardent du porno ? « Beurette ». CQFD, je pose ça là.

Bilan : 🌹🌹

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critiques presse (1)
Lexpress
07 juillet 2011
Dans la lignée d'Alineou de La grande peur dans la montagne, Charles-Ferdinand Ramuz a su trouver l'équilibre fragile entre la fable métaphysique et la description de la bassesse des hommes.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (50) Voir plus Ajouter une citation

D'ailleurs, elle était là, et c'est la grande chose. Elle, elle est là et elle est avec nous ; le reste compte peu. Il regarde encore si elle est vraiment bien là, puis peut-être qu'il n'y a plus qu'à se tenir tranquille, parce qu'il ne faut pas trop demander. Il s'est tenu parfaitement tranquille quelques jours ; il pleuvait. De nouveau, on voit pendre au-dessus du lac les averses comme des draps de lit tendus à leurs cordeaux. Le ciel s'était éteint. Elle s'était éteinte, elle aussi. Elle ne brillait plus. Elle était devenue toute grise. Un jour elle brille, puis elle ne brille plus. Elle s'est réfugiée dans sa petite robe noire, où elle reste sans mouvement, mettant son menton dans sa main, puis son coude sur son genou, devant la pluie. Le ciel s'est tellement caché avec toute sa belle couleur qu'on se demande s'il se retrouvera jamais plus, parce qu'il va falloir qu'il se réinvente lui-même. Et elle, peut-être bien aussi que c'est fini, parce qu'elle s'était inventée aussi (ou bien peut-être qu'on l'inventait).

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On a vu seulement encore ses épaules et ses bras, une fois que le châle avait été tombé, mais on le lui ramasse. Elle prend la rose. " L'électricité! L'électricité ! Hé, là-bas, l'électricité ", parce que les commutateurs étaient dans l'auberge... Elle s'était piqué la rose de papier dans les cheveux au-dessus de l'oreille.. ."L'électricité!" Un coup de tonnerre. On n'y voyait plus, on ne s'entendait plus. On se faisait un porte-voix avec les deux mains..."L'électricité !...Ah!..."On se poussait vers elle. Et c'étaient encore ces coups de tonnerre. Les éclairs perçaient jusqu'à vous malgré l'éclairage ; ils paraissaient tout éteindre par moments pendant qu'on recevait le coup dans la figure, dans le derrière la tête, sur le côté de l'épaule. On n'a plus bien su où on en était.

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On ne l'avait pas entendue ouvrir sa porte, on ne l'a pas entendue venir, tellement elle est légère. Ses pieds touchaient la terre comme sans s'y poser. Il n'y a eu que le frôlement de sa jupe comme quand un beau papillon vous effleure de l'aile, rien que ce froissement d'étoffe qui fait pourtant que Décosterd se retourne ; alors il reste là, son verre dans la main. Rouge, à ce même moment, se redresse ; les bras lui sont tombés le long du corps, pendant que la lumière venue par l'ouverture de la porte est sur lui, sur son beau costume de serge bleu marine, sa chemise à col blanc, sa cravate, sa grosse moustache.

C'est qu'elle était plus brillante que jamais, c'est qu'on ne la reconnaissait plus.

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Lui, là-haut, regarde toujours. Il a vu que les montagnes en ce moment avaient été atteintes sur leur côté par le soleil qui descendait, en même temps que sa lumière était moins blanche; il y avait comme du miel contre les parois de rocher. Plus bas, sur la pente des prés, c'était comme de la poudre d'or; au-dessus des bois, une cendre chaude. Tout se faisait beau, tout se faisait plus beau encore, comme dans une rivalité. Toutes les choses qui se font belles, toujours plus belles, l'eau, la montagne, le ciel, ce qui est liquide, ce qui est solide, ce qui n'est ni solide, ni liquide, mais tout tient ensemble; il y avait comme une entente, un continuel échange de l'une à l'autre chose, et entre toutes les choses qui sont. Et autour d'elle et à cause d'elle, comme il pense et se dit là-haut. Il y a une place pour la beauté...

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Ah ! comme elle est pourtant bien à sa place ! Le soleil n'a point fait de distinction entre et eux, quand il est venu. Le soleil l'aime autant que nous, ses vieux habitués, ses compagnons de chaque jour. Elle est frappée sur une joue, à une tempe ; elle est frappée sur une partie de ses cheveux où il y a des mèches plates qui brillent comme des lames d'acier. Le grain de sa peau sur son cou, sur le côté de son cou, et par-devant, à la naissance de la gorge, se marque. Elle s'accordait bien avec la lumière où ce qui est rond s'arrondit. elle se tournait en arrière vers le soleil montant tout rond au-dessus de la montagne qu'il quittait par secousses comme si la montagne le retenait et il lui disait : " Lâche-moi !". déjà l'air tiédit et déjà, à cause de cette tiédeur, une grande odeur de poisson se fait sentir autour de vous, pendant qu'elle a sur le côté de la jambe cette poussière de lumière et il y a des taches de lumière sur son épaule, le long de son corps.

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