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EAN : 9782825105498
328 pages
Éditeur : L'Age d'Homme (30/11/-1)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 14 notes)
Résumé :
"Les Circonstances de la vie", c'est "Madame Bovary" à Aubonne, a-t-on pu dire. Aubonne, petite ville vaudoise, au pied du Jura, où pendant quelques mois de 1902-1903, Ramuz enseigna.
1905-1910, ce sont les années naturalistes de Ramuz. "Aline", "Jean-Luc persécuté", "Aimé Pache". Ramuz s'est installé à Paris. Aubonne est reconstitué dans le 14e arrondissement. On voit mieux la Suisse depuis Paris, ne cessait de dire Ramuz. Et, de fait, la description de la ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
dourvach
  09 août 2018
Comment relater notre émerveillement à la découverte de ce fier roman composé dans une soupente parisienne, en 9 mois - de janvier à octobre 1906 – et publié pour la première fois à "La Semaine littéraire" de Genève (en "préoriginale", chapitre par chapitre et en quatre mois – de fin décembre 1906 à avril 1907) puis en coédition entre les éditeurs Payot (à Lausanne) et Perrin (à Paris) en mai 1907 ?
Emile Magnenat est un brave bourgeois de notaire. "Pas très fute-fute", comme on dirait aujourd'hui... Il aime sincèrement sa fiancée - jeune fille issue d'un "excellent milieu", et dont ses propres parents pensent évidemment le plus grand bien : Hélène deviendra donc sa femme. La pauvre, cependant, tombe peu à peu malade, de plus en plus malade... et – une cause de désespoir en plus pour lui ! – ne lui laissera pas d'enfant... Pendant ce temps, dans les affres d'une affliction bien authentique, l'époux de la pauvre Hélène s'entiche de Frieda, leur "fille-au-pair" alémanique malencontreusement embauchée quelques mois plus tôt "en vue d'aider" l'épouse à l'ensemble de ses tâches domestiques : un émoi réciproque entre Emile et Frieda aura lieu au cours d'un bal "des bords du Lac", bal qui finira sous l'orage. Hélène meurt quelque temps après. Scandale à Arsens (dont le modèle serait la petite ville lacustre d'Aubonne)... Emile Magnenat doit déménager ses pénates – et fermer son étude – en emmenant Frieda (par qui le scandale est arrivé) en chemin de fer à "la grande ville" (heum... évidemment pour lui et toutes proportions gardées) : Lausanne ! Mais Frieda est une sacrée roublarde : c'est qu'elle ne veut plus bosser - surtout à des travaux de domesticité - et se laisse entretenir, devenant une Mme Magnenat "naturellement" très dépensière... Pensant bien faire, Emile "rame" tout ce temps pour tenter de faire face à "sa nouvelle vie"... Frieda, bien sûr, s'en contrefiche et se trouve un amant... Que va devenir notre pauvre Emile ?
Voici tout l'argument. :-)
Un très beau drame existentialiste, tout en finesse et "ironie bienveillante"... nous offrant un très bon parallèle lacustre avec les deux premiers romans de Robert WALSER !
Car il y a tant d'éclairs poétiques dans cette oeuvre au joli "ton" flaubertien, qu'on peut la rapprocher de l'ambiance à la fois lyrique et dérisoire des six mois d' "inactions" quotidiennes du second roman quasi-contemporain de R. WALSER : "Le Commis" ("Der Gehülfe", écrit en quelques semaines et publié à Berlin en 1908) : "Monsieur l'ingénieur Tobler", l'inventeur irréaliste qui met peu à peu - en pure inconscience - toute sa famille en difficulté... Emile Magnenat, lui aussi, va au suicide social et ne le sait pas : le lecteur le sait et compatit, tout comme "le Commis" engagé par l'ingénieur petit-bourgeois observera - tel un enfant - les (somptueuses) grandeurs puis la (prévisible) décadence de la petite famille Tobler de la belle Villa des bords du Lac...
Quand Emile se réveille, pour lui aussi il est trop tard : comme un enfant, il se sent "bien puni"...
Il y a de la compassion chez Ramuz pour la victime de cette lente déchéance sociale... ou, comme chez Walser, plutôt une belle empathie !
Il y a l'écriture impressionniste de Ramuz... qui "peint" comme il respire : avec ses "mots-matière" que lui seul sait assembler comme s'ils étaient surpris pour la première fois dans une phrase.
Ce deuxième roman (après "Aline", publié en 1905) avait été sélectionné dans la liste des prix Goncourt : un certain Émile Moselly en fut le lauréat pour son roman "Terres lorraines"...
Ramuz "marnait" seul dans ses meublés parisiens où il restera bravement jusqu'en 1914 : l'année où il reviendra – cinq romans plus tard – à son cher "Pays vaudois" natal (cette Suisse romande francophone "d'autour du Lac") qu'il décide de ne plus quitter...
Petit chef d'oeuvre dense à découvrir : vrai régal de l'âme et de l'esprit.
Lien : http://fleuvlitterature.cana..
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Williamine
  28 avril 2019
Émile, Hélène, Frieda, Émile … ou comment les circonstances de la vie peuvent nous jouer des tours et nous ramener au point de départ.
Émile, est notaire à Arsens, petite ville suisse de province. Ambitieux, il va faire un mariage de raison en épousant Hélène.
Si Hélène, jeune fille de bonne famille, pas très jolie et dotée d'une constitution fragile, a consenti à épouser Émile, c'est sans doute parce qu'elle pense qu'elle n'aura pas de meilleure proposition.
Les épousailles ont lieu et le jeune couple s'installe dans la maison familiale, sous l'oeil attentif et sévère de la mère d'Hélène, Madame Buttet.
Alors qu'Hélène croit être enceinte, afin de l'aider dans la tenue de la maison, Frieda, jeune allemande désireuse de perfectionner sa pratique du français, vient s'installer dans le foyer. Issue d'une famille de paysans pauvres, Frieda s'avère être une coquette, une ambitieuse, désireuse de sortir de son milieu d'origine.
Hélène se rend compte qu'elle n'est pas enceinte. Elle ne sera jamais mère. Sa santé périclite et elle finira par mourir.
Émile, jeune veuf, ne tardera pas à succomber aux charmes de Frieda la belle ambitieuse. Négligeant de respecter une durée décente de deuil, il part vivre avec Frieda à Montreux, s'attirant la réprobation de toute la ville d'Arsens.
Frieda dont Émile est très épris, exige qu'il lui offre les plus belles choses, meubles, robes, chapeaux, bijoux.
Émile sera ruiné par la belle aventurière qui finira par le laisser tomber pour partir avec un autre homme, plus riche.
Étienne regrettera d'avoir succombé aux charmes de Frieda, il se reprochera d'avoir fait souffrir Hélène et pensera avoir précipité sa mort.
Mais il se rendra compte qu'il est trop tard et finira rongé par le remords !
Roman de moeurs, roman social, Les circonstances de la vie dépeint avec une grande délicatesse le sort d'un homme qui a manqué sa vie car il a été le jouet de circonstances qu'il n'a pas su maîtriser.
Ramuz réussit dans ce roman triste à mettre le lecteur en totale empathie avec ce pauvre Émile. En effet, même si son égoïsme ne le rend pas très sympathique, Émile est un perdant, un pauvre type auquel on souhaiterait une meilleure fin. Mais les Circonstances de la vie et ses mauvais choix en ont décidé autrement …
Très beau roman, différent des autres oeuvres de Ramuz, mais tout aussi humaniste.
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marguerite18
  13 avril 2019
Lu ce beau roman de Ramuz écrit en 1906 et paru l'année suivante.
Emile Magnenat, notaire à Arsens (petit bourg imaginaire évoquant Aubonne) d'origine campagnarde, âgé de trente-cinq ans, épouse Hélène Buttet, jeune fille de bonne famille montée en graine, peu jolie et de santé chancelante. le jeune couple vit avec la mère d'Hélène qui le régente. Hélène annonce à son mari une grossesse et celui-ci se rêve déjà père d'un fils, mais sa femme s'est trompée. Ayant renvoyé sa bonne, Mme Buttet engage par économie Frieda, belle et hardie volontaire venant du canton de Soleure et désireuse d'apprendre le français, qu'elle doit loger et nourrir sans avoir à la rémunérer. Frieda ne peut être traitée tout à fait comme une domestique et mange avec la famille de sorte qu'Emile la côtoie et subit l'attrait de son charme sensuel. Lors d'un bal organisé à l'occasion d'une fête des musiques vaudoises, il s'enhardit, malgré sa timidité et sa maladresse, à la faire danser. Hélène, atteinte de pleurésie, semble se remettre mais elle rechute et meurt. Peu de temps après ce décès, Emile noue une liaison avec Frieda, ce qui scandalise le voisinage, le contraignant ainsi à quitter Arsens pour s'établir à Lausanne où il épouse Frieda. Celle-ci se montre friande de jolies choses et fort dépensière. Les affaires du notaire, confronté à la concurrence d'autres praticiens, vont mal et la mésentente s'installe dans le couple, malgré la naissance d'un fils que Frieda s'entête à appeler Gottfried, ce qui n'est pas du goût de son conjoint. Emile participe à un projet d'exploitation d'une poudre énergétique tirée des substances laitières, qui s'avère un échec achevant sa ruine. Frieda le quitte au profit d'un français hâbleur, M. Lambelet qu'elle a pris pour amant.
On peut déceler une influence flaubertienne dans ce roman. Les noces d'Emile et Hélène sont décrites comme l'ont été celles de Charles et d'Emma dans Madame Bovary. A Lausanne, Frieda succombe comme Emma à l'ennui. Comme Emma, Frieda, très coquette, fait de grands frais de toilette à crédit. Emile partage la faiblesse de Charles et son épouse le tient pour un sot. Cependant l'amour qu'Emile porte à Frieda se distingue de celui de Charles pour Emma en ce sens que le premier se résume à une passion sensuelle, ce qui n'était pas le cas du second.
Ramuz oppose d'une manière un peu manichéenne la vie dans le petit bourg d'Arsens, paradis terrestre duquel Emile est en quelque sorte chassé par son inconduite à l'existence dans la ville de Lausanne où commencent ses tribulations. On devine l'auteur méfiant devant l'expansion urbaine et les entreprises commerciales, donnant une issue néfaste à l'initiative d'Emile qui, après tout, aurait pu réussir. A la fin de l'oeuvre, Emile repense avec nostalgie au temps de sa vie à Arsens, sans souci du lendemain, tous les jours alors se ressemblant. Il se souvient aussi de sa première épouse, Hélène, et se sent responsable de la mort de celle-ci, qui avait senti son détachement au profit de Frieda. Il s'estime puni. On sent la réticence, la crainte de l'auteur devant la sexualité. le magnétisme sensuel de Frieda - figure dénuée de toutes qualités morales et un peu caricaturée - a causé le dévoiement d'Emile qui n'aurait pas connu tous ses déboires s'il s'était contenté d'Hèlène, petite, maigre et sans attrait, mais douce et aimante. Avec Frieda, même la paternité est empoisonnée. La naissance du fils d'Emile ne le réjouit pas profondément comme l'aurait fait un enfant d'Hélène car il n'attendait rien d'autre d'elle tandis que le lien charnel avec sa deuxième épouse lui suffit. Après l'abandon de Frieda, la présence du petit Gottfried ne peut le consoler car il ressemble en tout point à sa mère et Emile en vient à douter de sa paternité, ce qui annonce un des thèmes du prochain ouvrage de Ramuz, "Jean-Luc persécuté".
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SeelanddeTahiti
  20 octobre 2015
Un notaire de campagne fait un mariage arrangé avec une jeune femme de (plutôt) bonne famille. Histoire d'un naufrage marital annoncé quand la bonne s'emmêle et séduit le mari.
Ramuz en pleine veine naturaliste brosse un portrait sans fard des ambitions bien ternes d'un notaire de campagne. Un récit très fataliste, où l'auteur analyse scrupuleusement la déchéance de son personnage principal, Emile, le petit notaire d'Aubonne.
Pas le Ramuz que je préfère. Je trouve que l'auteur excelle quand il peint les superstitions des petites communautés montagnardes, et qu'il entremêle ses récits d'événements mystérieux. Là, c'est intelligent et bien écrit aussi, avec sa langue si particulière (qu'on aime ou pas), mais j'ai définitivement moins aimé que des livres comme la Grande peur dans la montagne ou Si le soleil ne revenait pas.
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Laureneb
  28 juillet 2018
Ce n'est pas le roman de Ramuz que j'ai préféré, peut-être parce qu'on n'y trouve pas cette analyse fine des moeurs des montagnards. Pas de lyrisme face à la beauté de la nature, mais le réalisme - voire le naturalisme - froid de la laideur de l'âme humaine dans une petite ville de province, entre ambition, bêtise, désir de paraître, adultère, hypocrisie et mensonges...
Emile n'est pas assez charismatique pour qu'on s'intéresse à lui, Hélène est tout de suite condamnée. Fredja est plus intrigante, cherchant à s'élever socialement tout en voulant son plaisir, y compris sexuel - ce qui est dit presque crument, notamment dans la scène de l'orage qui est assez bien tournée.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
WilliamineWilliamine   26 avril 2019
Cependant tout à coup il se dit : « Et moi ? - Moi, se dit-il, je suis ruiné ; je suis brouillé avec mon frère ; ma femme m'a trompé avec un autre ; et à présent elle est partie. » Il regarda devant lui. Il vit qu'il était triste, fatigué, brisé ; il vit qu'il n'avait plus rien à espérer nulle part ; il vit qu'il avait eu tout le bonheur qu'on peut avoir, et c'était bien peu de chose, mais que ce serait tout, parce qu'il est donné aux hommes en quantité variable ; et qu'ensuite les uns en jouissent plus tôt et les autres plus tard, mais que jamais personne ne va au-delà de sa part. Et qu'ainsi il allait vivre de nouveau, parce qu'il le fallait, non par goût, ni avec désir ou courage, et que vivre ainsi n'est pas vivre. On va longtemps dans une vallée, et marcher est peut-être dur ; toutefois il y a des pentes couvertes d'arbres, de la mousse, des sources fraîches, on peut se dire : « Ce sera plus beau de l'autre côté. » De sorte qu'il reste quand même un peu de joie au fond du cœur, laquelle excite à avancer. Mais on se trouve tout à coup devant une plaine de sel, et on sait qu'aussi loin qu'on pourra aller ce sera toujours cette même plaine, cette même stérilité ; qu'est-ce qui nous reste ? plus rien. 
Page 287, IIème partie, chapitre IX - Éditions de la Pléiade, tome 1.
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dourvachdourvach   21 août 2018
Lausanne, auprès d'Arsens, parut à Emile une grande ville. Elle n'a pourtant guère plus de cinquante mille habitants. C'est la capitale du canton de Vaud, le plus considérable de la Suisse romande. Il est limité à l'ouest par la Franche-Comté, au nord par le canton de Neuchâtel, à l'est par ceux de Fribourg, de Berne et du Valais ; enfin le lac Léman fait sa frontière sud, et de l'autre côté du lac se trouve le Chablais ; de sorte que nous sommes enfoncés dans le pays de France, séparés cependant de lui par des montagnes et des eaux, et une autre religion.

[C. F. RAMUZ, "Les Circonstances de la vie", 1907 - Seconde partie, chapitre I - page 193 de l'édition "La Pléiade", "C.F. RAMUZ : Romans", Tome I, 2005]
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dourvachdourvach   09 août 2018
On se représente assez une petite ville de deux mille habitants. Outre le syndic, les municipaux, et les fonctionnaires de toute espèce, la "bonne société" se compose encore de quelques gros propriétaires. Les modes, quand elles arrivent, sont vieilles de deux ou trois mois. L'imprimeur qui imprime le journal de la ville, paraissant chaque samedi, est en même temps libraire-papetier et sa vitrine est pleine de cartes postales illustrées. Dans la boutique du tapissier, on commence à voir des meubles "de style moderne". Mais on trouve tout l'ancien temps à l'enseigne des deux auberges qui se font vis-à-vis, la Croix-Blanche et l'Ecu. Et dans les rues aussi où les maisons n'ont pas changé. Il ya bien un parti socialiste, mais peu nombreux encore et qui se dit socialiste plutôt qu'il ne l'est réellement. Les deux vrais partis sont les libéraux et les radicaux. Tout est encore bien à sa place ; on sait ce qu'on vaut et on est pesé ; les uns montent, les autres descendent, selon l'argent qui vient ou s'en va, l'intelligence, les relations, les principes de la morale.

[C. F. RAMUZ, "Les Circonstances de la vie", 1907]
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dourvachdourvach   21 août 2018
Emile était surpris de cette humeur variable ; il était surpris surtout de trouver Frieda si entreprenante ; ces choses-là lui faisaient peur. Mais il se disait qu'elle avait sans doute raison ; et précisément cette hardiesse lui donnait du respect pour elle.
La chambre à coucher était presque prête ; il n'y manquait rien que les draps.
" Tu vois si les lits sont jolis, disait Frieda, et j'ai bien fait de les prendre. Pourquoi voulais-tu garder le tien ?
– Parce que j'y tenais et puis j'aurais fait une économie. "
Elle haussait les épaules.
" Une économie ! Est-ce même une économie ? Ce n'est pas le plus cher qui est le plus coûteux. Est-ce que tu aurais un matelas comme celui-là ? Et ces ressorts, est-ce qu'ils sont doux ? "
Elle ajoutait en le regardant :
" On y sera bien. "
En même temps ses yeux se fermaient lentement, il n'y avait plus rien qu'une petite fente et, par cette petite fente, sortait une flamme noire qui s'élargissait sur lui, répandue sur tout son corps ; et dans ce moment-là elle lui aurait dit : " Donne-moi un collier de diamants ", il l'aurait fait. Et elle lui aurait dit : " Va voler pour le payer ", il l'aurait peut-être fait encore.

[C. F. RAMUZ, "Les Circonstances de la vie", 1907 - Deuxième partie, chapitre I - page 198 de l'édition "La Pléiade", "C.F. RAMUZ : Romans", Tome I, 2005]
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dourvachdourvach   21 août 2018
" Est-ce que cela vous conviendrait ? "
Frieda se penchait, examinait, faisait la moue.
" Non, disait-elle, montrez-moi autre chose. "
Elle était heureuse de se faire servir et d'avoir quelqu'un près d'elle, uniquement occupé à lui plaire. Tous ces tissus à dessins, des fleurs, des rayures, faisaient bientôt une montagne et les yeux trouvent du plaisir. Le rouge près du vert, le jaune près du bleu, les teintes douces, le mauve ou le rose, on passe d'une couleur à l'autre ; et tout à coup on dirait qu'elles se mettent à bouger.

[C. F. RAMUZ, "Les Circonstances de la vie", 1907 – Deuxième partie, chapitre I - pages 196-197 de l'édition "La Pléiade", "C.F. RAMUZ : Romans", Tome I, 2005]
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Vidéo de Charles Ferdinand Ramuz
Relecture : Charles-Ferdinand Ramuz (1978 / France Culture). Photographie : Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947) © Albert Harlingue/Roger-Viollet. Site internet : http://www.roger-viollet.fr/fr. Par Hubert Juin. Réalisation : Anne Lemaître. Interprétation : François Maistre et Henri Virlojeux. Avec Jacques Cellard, Bernard Voyenne, Claude Bonnefoy et la voix de Ramuz. Diffusion sur France Culture le 15 septembre 1978. Présentation des Nuits de France Culture : « Il avait toujours protesté avec vigueur contre la qualification d'écrivain “régionaliste”. Certes, il était - Ramuz était - vaudois et cela a joué un très grand rôle, nous dit-on. Mais Proust était parisien et cela a dû jouer aussi un très grand rôle. Donc, écrivain régionaliste ? Non : écrivain universel. À l'occasion du centenaire de sa naissance, Hubert Juin proposait, le 15 septembre 1978, une “Relecture” consacrée à Charles-Ferdinand Ramuz. » Charles Ferdinand Ramuz, né à Lausanne le 24 septembre 1878 et mort à Pully le 23 mai 1947, est un écrivain et poète suisse dont l'œuvre comprend des romans, des essais et des poèmes où figurent au premier plan les espoirs et les désirs de l'Homme. Ramuz puisa dans d'autres formes d'art (peinture, cinéma) pour contribuer à la redéfinition du roman. Dans sa “Lettre à Bernard Grasset” de 1929, Ramuz précise son rapport avec la Suisse romande : « Mon pays a toujours parlé français, et, si on veut, ce n’est que “son” français, mais il le parle de plein droit [...] parce c’est sa langue maternelle, qu’il n’a pas besoin de l’apprendre, qu’il le tire d’une chair vivante dans chacun de ceux qui y naissent à chaque heure, chaque jour. [...] Mais en même temps, étant séparé de la France politique par une frontière, il s’est trouvé demeurer étranger à un certain français commun qui s’y était constitué au cours du temps. Et mon pays a eu deux langues: une qu’il lui fallait apprendre, l’autre dont il se servait par droit de naissance; il a continué à parler sa langue en même temps qu’il s’efforçait d’écrire ce qu’on appelle chez nous, à l’école, le “bon français”, et ce qui est en effet le bon français pour elle, comme une marchandise dont elle a le monopole. » Ramuz écarte l’idée que son pays soit une province de France et dit le sens de son œuvre en français : « Je me rappelle l’inquiétude qui s’était emparée de moi en voyant combien ce fameux “bon français”, qui était notre langue écrite, était incapable de nous exprimer et de m’exprimer. Je voyais partout autour de moi que, parce qu’il était pour nous une langue apprise (et en définitive une langue morte), il y avait en lui comme un principe d’interruption, qui faisait que l’impression, au lieu de se transmettre telle quelle fidèlement jusqu’à sa forme extérieure, allait se déperdant en route, comme par manque de courant, finissant par se nier elle-même [...] Je me souviens que je m’étais dit timidement : peut-être qu’on pourrait essayer de ne plus traduire. L’homme qui s’exprime vraiment ne traduit pas. Il laisse le mouvement se faire en lui jusqu’à son terme, laissant ce même mouvement grouper les mots à sa façon. L’homme qui parle n’a pas le temps de traduire [...] Nous avions deux langues: une qui passait pour “la bonne”, mais dont nous nous servions mal parce qu’elle n’était pas à nous, l’autre qui était soi-disant pleine de fautes, mais dont nous nous servions bien parce qu’elle était à nous. Or, l’émotion que je ressens, je la dois aux choses d’ici... “Si j’écrivais ce langage parlé, si j’écrivais notre langage...” C’est ce que j’ai essayé de faire... » (“Lettre à Bernard Grasset” (citée dans sa version préoriginale parue en 1928 sous le titre “Lettre à un éditeur”) in “Six Cahiers”, no 2, Lausanne, novembre 1928).
Sources : France Culture et Wikipédia
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