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ISBN : 2881088910
Éditeur : Editions de l'Aire (01/08/2009)

Note moyenne : 4/5 (sur 6 notes)
Résumé :
" Alors les grandes paroles vinrent ; le grand message fut envoyé d'un continent à l'autre par-dessus l'océan. La grande nouvelle chemina cette nuit-là au-dessus des eaux par des questions et réponses. Pourtant, rien ne fut entendu. "

(Année de première parution : 1922)

" Présence de la Mort (1922) où la canicule s'abat sur le monde, dessèche les herbes, brûle les vignes de Lavaux, terrorise les populations lausannoises, engendre la rév... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Williamine
  13 août 2018
C'est le premier roman de C. F. Ramuz que je lis, conseillé par un ami babéliote, et ce fut un véritable choc littéraire.
Le titre 'Présence de la mort' surprend tout d'abord le lecteur, tellement plus radical et sans appel que ne l'aurait été 'Disparition (ou absence) de la vie'. Et toute la force du roman s'exprime dans ces quelques mots.
Présence de la mort est l'histoire d'une apocalypse moderne. Une catastrophe naturelle est en train d'anéantir la terre et tous ses occupants qui vont tous rapidement périr sous une chaleur infernale. Tout semble fondre, se consumer, s'évaporer. L'air change de couleur, de densité et devient opaque. La lumière devient blanche et crue. L'eau s'épaissit et bouillonne. Les arbres perdent leurs feuilles et sèchent sur pied. Les constructions gémissent avant de s'écrouler sur leurs habitants. La terre se fronce avant de se creuser et d'engloutir les chemins et les routes.
L'histoire se passe en Suisse, dans une région de montagne qu'on aurait pu croire à l'abri, pour un temps tout au moins. Et chaque chapitre est l'occasion pour le lecteur de vivre (ou mourir) la venue de l'apocalypse aux côtés d'un nouveau personnage. Toutes les catégories sociales, les métiers, les sexes, les âges sont touchés, pas de merci ! Et lorsque la mort approche, c'est chacun pour soi. Après un moment d'incrédulité, les hommes comprennent qu'ils vont mourir et font tout pour retarder l'échéance, même au prix de la vie des autres. Une guerre civile éclate qui déborde rapidement l'armée et les pouvoirs publics. Les classes les plus défavorisées voient dans cette période où les barrières tombent une autorisation de faire la révolution. Mais ce ne sera que de courte durée puisque les hommes seront aussi égaux dans la mort.
Cette histoire, qui sous la plume d'un autre écrivain aurait pu ressembler à un roman catastrophe et d'anticipation classique prend un tout autre relief dans l'univers littéraire extraordinaire de Ramuz.
En effet, l'écriture de Ramuz ne ressemble à rien de ce que j'avais lu jusqu'alors. Chaque événement, chaque description fait éclater une constellation d'images mentales, toutes très belles et poétiques, même s'il s'agit de scènes apocalyptiques. le lecteur est comme projeté dans une autre dimension aux côtés des différents personnages qui sont en train de vivre leurs derniers moments.
Le récit est sous-tendu par une réflexion constante sur la mort, le sens de la vie. A tout moment, le lecteur est conduit à se demander s'il a bien vécu, si sa vie valait la peine, s'il n'a pas perdu de temps et s'il ne doit pas se hâter de rattraper ce qu'il peut sur le temps qui lui reste.
Enfin bien sûr, Présence de la mort illustre l'incapacité de l'homme à savoir qu'il va mourir. La mort reste, presque jusqu'à ses derniers instants, une vague idée, une hypothèse à laquelle il ne croit pas vraiment, ou refuse de croire. Mais le titre du roman est là pour lui rappeler que la Mort est là …
Une lecture qui résonne longuement en nous et que je conseille vivement !
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dourvach
  05 octobre 2014
[Extrait d'une critique de "L'HEBDO, 13 octobre 2005] " Présence de la Mort (1922) où la canicule s'abat sur le monde, dessèche les herbes, brûle les vignes de Lavaux, terrorise les populations lausannoises, engendre la révolte nihiliste du «tout est permis», débouche enfin sur la mort vers laquelle on va à la fois ensemble et seul. "
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
WilliamineWilliamine   11 août 2018
La plupart des hommes sont ainsi faits qu'ils ne peuvent s'intéresser qu'à l'immédiat et au détail ; ils aiment à se laisser tromper. Peu lèvent les yeux jusqu'au ciel, peu le comprennent. Peu savent même qu'il existe, et là-haut le grand mécanisme, l'astre plus ou moins approche, l'astre se rapprochant toujours. 
(page 29, chapitre 11 - Tome 2 Editions de la Pléiade)
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dourvachdourvach   05 octobre 2014
Alors les grandes paroles vinrent ; le grand message fut envoyé d'un continent à l'autre par-dessus l'océan. La grande nouvelle chemina cette nuit-là au-dessus des eaux par des questions et réponses. Pourtant, rien ne fut entendu.

[C.F. RAMUZ, "Présence de la mort", 1922, chapitre I - incipit]
Commenter  J’apprécie          80
WilliamineWilliamine   11 août 2018
Il y a ces images, qui se sont formées au-dedans de vous : on ne peut déjà plus empêcher les dehors de se mettre à leur ressembler, ayant été influencés par elles. Une crainte est née en vous ; tout l'accroît. Voilà qu'elle vous fait tenir autrement la tête, avoir une autre couleur de visage ; elle est peinte sur votre visage, elle passe de votre visage au visage de la personne que vous venez de rencontrer.
(page 23, chapitre 8 - Tome 2 Editions de la Pléiade)
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WilliamineWilliamine   11 août 2018
Ici, dans ce repli entre les deux collines, où c'est la basse ville et c'est la basse vie ; dans ces dessous, ces régions d'en bas, ces prisons ; - ici, tout à coup, liberté !
Plus rien qui puisse nous empêcher de faire ce qu'on veut, vous entendez, vous autres, depuis aujourd'hui, plus rien … Mais dépêchons-nous !
(page 25, chapitre 9 - Tome 2 Editions de la Pléiade)
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AdrasteAdraste   29 novembre 2015
On va à la mort par peur de la mort. C'est tellement incompréhensible ! Voilà comment l'homme fait. L'homme, un homme: ce rien qui est tout, puis il n'est plus rien du tout. Celui-ci voit qu'il va ne plus rien être, et il a tellement peur de ne plus rien être, et il a tellement peur de ne plus être qu'il pense: « Plutôt n'être plus ! » Voilà comment les hommes sont faits. Ils vont à la mort par peur de la mort, ils la guient du mauvais côté. Croyant s'éloigner d'elle, ils vont à sa rencontre; ils sont attirés par le vide même, - comme dans les montagnes, devant un précipice, lorsque le pas qu'on fait pour y échapper vous y porte et la crainte d'y tomber est justement ce qui vous fait tomber.
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Videos de Charles Ferdinand Ramuz (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Charles Ferdinand Ramuz
Lecture d'un extrait du roman poétique Passage du poète (1923) de Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947).
Après avoir apporté une nouvelle manière de vivre ensemble, une osmose entre l'homme et le monde, Besson, le vannier, quitte le lieu qu'il venait de rejoindre, et s'efface dans la nuit.
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