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EAN : 9782264040176
240 pages
Éditeur : 10-18 (01/09/2004)

Note moyenne : 3.53/5 (sur 58 notes)
Résumé :
En 1818, Joseph Jacotot, révolutionnaire exilé et lecteur de littérature française à l'université de Louvain, commença à semer la panique dans l'Europe savante. Non content d'avoir appris le français à des étudiants flamands sans leur donner aucune leçon, il se mit à enseigner ce qu'il ignorait et à proclamer le mot d'ordre de l'émancipation intellectuelle : tous les hommes ont une égale intelligence. Il ne s'agit pas de pédagogie amusante, mais de philosophie et de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Fabinou7
  17 mai 2020
Pourriez-vous enseigner sans avoir appris ?
L'auteur débute par le récit-socle de son ouvrage, l'expérience du français Joseph Jacotot qui, au tournant du XIXème siècle, parvint à enseigner le français à ses étudiants des Pays-Bas, tout en ignorant lui-même le flamand ! Ils ont appris sans comprendre autrement dit sans explications (Hartelijk gefeliciteerd !).
Nous sommes d'accord pour reconnaître que l'explication est nécessaire en pédagogie, la parole du maître, qui pourtant disparaît dans l'instant, l'emporte sur l'écrit indélébile du manuel donné par les parents par exemple. C'est par cet acte que la famille ne peut se substituer au maître, l'art de l'explication, l'art des raisonnements. Et le maître est seul juge du moment où l'élève a compris les explications.
Jacotot, et Rancière après lui, veulent torpiller ce postulat. Car pourtant chaque enfant, quelle que soit ses origines sociales, dans le monde, fait déjà un apprentissage conséquent sans maître : celui de la langue maternelle. Alors pourquoi décréter ensuite qu'il a besoin de maître pour apprendre ? C'est tout le postulat qui fait dire qu'il faut soi-même savoir pour transmettre et apprendre et qui divise le monde entre maîtres et élèves, entre intelligents et ignorants.
Pour Jacotot c'est un abrutissement. L'élève fait le deuil du fait qu'il ne peut pas comprendre sans explications. L'émancipation, est le but et le moyen de l'enseignement universel « il faut apprendre quelque chose et y rapporter tout le reste ».
Le maître ignorant n'est pas là pour corriger, pour permettre à l'élève de faire l'économie de quoi que ce soit mais pour juger de la radicalité de son effort et de sa vigilance : en d'autres termes de son attention, qui est la condition sine qua non de son apprentissage.
On comprend bien que l'émancipation est l'effort personnel de se croire à égalité et c'est ainsi le contraire de l'abrutissement. Ce dernier consistant à croire en des intelligences supérieures et inférieures et sans moyen pour l'intelligence supérieure de se faire comprendre et sans moyens pour l'inférieure de vérifier le raisonnement de l'intelligence supérieure qui débouche sur un dialogue « entre un aveugle et un chien ».
A la lecture de cet ouvrage on s'interroge : une société émancipée, si nous partons du principe qu'elle est faisable, repense entièrement l'organisation de l'instruction mais aussi du travail et de la vie en communauté. En fin de compte, la question n'est pas tant « est-ce faisable ? » mais « souhaite-t-on dans notre société des individus égaux, émancipés, en lieu et place des « abrutis » que la société produit actuellement ? (Le terme « abruti » a un sens qui lui est propre chez Jacques Rancière et n'est pas synonyme de bêtise, de sorte qu'on peut se lâcher sans culpabilité, absous de l'onction philosophique, un peu à la façon du « salaud » de l'existentialisme Sartrien).
Pour l'auteur c'est le mépris qui empêche les individus d'utiliser la raison et de se considérer comme des égaux. le mépris est la passion de l'inégalité : il se manifeste par une humilité qui n'est que paresse et qui cache en creux une supériorité latente (je ne peux pas faire ça moi, mais sous-entendu, je suis au-dessus de ça). L'auteur développe également une théorie sociale, sur le modèle scientifique : si chaque individu est intelligent, la société n'est pas pour autant une intelligence collective.
Jacques Rancière rend hommage à Jacotot, ce pédagogue singulier de l'émancipation intellectuelle qui déboulonne bien des postulats sociaux, que nous avons encore aujourd'hui dans l'organisation de l'éducation nationale, et qui participent, au-delà de l'éducation, à la hiérarchie sociale dans le travail, dans la vie citoyenne etc…Dommage que le philosophe et enseignant Rancière n'ait pas poussé la révérence jusqu'à essayer à son tour les méthodes de Jacotot.
Au sortir on a aussi envie de lire « Les Aventures de Télémaque » de Fénelon, comme ces jeunes néerlandais qui ont appris le français sur la seule base de cet ouvrage en édition bilingue.
Qu'en pensez-vous ?
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ATOS
  30 novembre 2015
Faut il apprendre pour s'émanciper ou faut il être émancipé pour apprendre ?…
Instruction, éducation, apprentissage… enseignement.
Chacun reste planté sur ses frontières et voilà le continent perdu…
Il ne s'agit pas là d'un traité exhaustif sur l'enseignement ou sur l'éducation .
Jacques Rancière nous expose dans ce livre cinq leçons sur l'émancipation intellectuelle.
Et cela nous concerne tous . Enfants et adultes. Enseignants et enseignés.
L' émancipation intellectuelle de tous concerne l'ensemble de la société.
Ce que la société, ou les sociétés d'humains qui composent notre ensemble, se fixe comme projet. Quel qualité, quel rôle, donne-t-elle à chacun de ses membres ? Quelle place ?

Faut il servir ou se rendre maître ? Voilà sans doute la base de toute la réflexion.
Émancipation.
Chacun reconnaîtra la portée de ce mot. Émanciper. Donner sa liberté. Rendre libre.
Quel est donc l'intérêt pour une société de rendre ses citoyens libres d'apprendre sans jougs, sans interdits, sans tabous, sans barrières, sans limites. Sans considération de son niveau social, de son âge, de son sexe, de ses origines ?
Quel intérêt pour une société de rendre ses membres « capables de », « maîtres de »  ?
De les rendre acteurs, actifs, créatifs, moteurs, mobiles, autonomes.
Bref quel est l'intérêt pour une société d'enseigner la base principale de toute liberté : celle de penser.
De penser par et de soi même, apprendre par et de soi même, et transmettre ce qu'on l'on connaît et cela sans forcément le monnayer.
Car comme le demandait le poète Leny Escudero «  Où en serrions nous où si celui qui avait inventé la roue avait gardé cette idée pour lui même ? »..
Ou pourrait se demander alors on en serait où si celui qui avait découvert un systeme d'exploitation informatique avait gardé ça pour lui ? Et bien on en serait où nous en sommes. C'est à dire face à un monopole, à une dictature économique qui a crée son empire et qui a engrangé des milliards de dollars. Et qui ne pouvant plus assumer « la charge » de sa bonne fortune redistribue avec «  bonté » ces milliards qui depuis le début aurait du être partagés entre tous...
Oui, où en serions nous si l'état français, qui était encore à cette époque un peu éclairé, n'avait pas décidé d'acquérir le brevet de la photographie et de le verser immédiatement dans le domaine public. On en serait où ? Aurions nous été capable d'aller au si vite aussi loin dans le développement de l'imagerie médicale ? Mais c'était le 19 e siècle me direz vous...
Le partage des connaissances, la mise en commun des expériences, voilà la théorie du monde libre.
Se libérer de la confiscation de la connaissance . Voilà l'enjeu.
De nos jours il ne s'agit plus seulement du savoir lire et du savoir écrire ( quoique là aussi les fissures soient apparentes) mais de la maîtrise de la connaissance technologique.
Car le monde est devenu technologique. L'exploration scientifique est technologique. L'agronomie est devenue technologique. L'exploration spatiale terrestre et maritime sont technologiques. La finance est technologique. Tout est devenu technologique..
Celui qui maîtrise la technologie et ses outils est le maître du monde et se rend maître de ses richesses et maître du devenir de la population.
L'émancipation intellectuelle n'est pas une énième méthode d'enseignement. Elle structure et propose une vision qui donnera son futur à notre humanité.
Alors la question est quels enseignements dispensent-on aujourd'hui dans nos écoles ?
Est il émancipateur ? Peut il l'être ? La question des reformes se situe le plus souvent pour ne pas dire tout le temps sur les temps de travail, sur les programmes enseignés.
Le quoi et le quand, jamais véritablement le comment et surtout jamais le pourquoi.
Comment définit on ces temps , ces programmes ? Par rapport au besoin. Au besoin d'un ordre économique. L'enfant va à l'école pour y apprendre un métier. Elle le forme pré-forme à un métier, elle n'a pas vocation à le former en tant qu'individu. Pas le temps, pas les moyens ? Surtout pas les compétences. Ce n'est pas la faute de l'école, pas la faute de l'enseignant, pas la faute de l'enseigné. C'est juste une vision de société. Les premières lettres de son projet.

L'enseignement dispensé doit correspondre à la réalité du marché.
Il existe bel et bien un formatage de l'enseignement par rapport à l'économie. L'humain dans l'école devient un élément économique. L'enseignant un partenaire. Les parents des financiers. Car force est de constater que l' école aujourd'hui n'est plus qu'un projet économique.

Alors définissons un autre projet. Faire de l'enseigné non pas un être passif que l'on soumet à certaines disciplines, et qui apprendra à se soumettre de lui même, mais le convaincre qu''il a en lui toutes les capacités afin d'apprendre par lui même, apprendre ce qu'il juge lui être utile, pertinent, mais surtout qui lui donnera le goût d'apprendre indéfiniment et cela toute sa vie et d'être capable de lui même d'enseigner et cela même si il ignore le sujet qu'il doit enseigner…
Projet étonnant ? Mais là se situe peut être le clé de certains de nos problèmes.
Utopie ? Je prends le risque. La vieille méthode sur moi n'a pas fonctionné. J'ai signe pour la nouvelle méthode. Et je sais quelle fonctionne.
Cela n'est ni une idée, ni une théorie nouvelle. Jacques Rancière développe , explique la méthode de l'enseignement universel que Joseph Jacotot a établi en 1818.
L'esprit des Lumières n'était pas loin ... la raison et l'expérience voilà ce qui nourrit la connaissance.
La connaissance devenant un outil accessible à tous et non plus un mobile pour certains, la liberté et l'égalité de l'enseignement doit conduire l'ensemble de la société à progresser vers un mieux vivre.
Nous avons perdu les Lumières. Voilà sans doute la source de l'échec de nos enseignements.

Sous les régimes soviétiques, l'état déterminait chaque année ses quotas : tant de plombier, tant instituteurs, tant de mécaniciens, tant de biologistes. L'état faisait sont marché.
Que faisons nous d'autre aujourd'hui ? Et avec égale cruauté. Car aujourd'hui les emplois ne sont plus là. Mais il faut coûte que coûte faire avancer la grande machine.
La diversité des emplois diminue. La spécialisation des emplois diminue. Commerce, management, gestion, informatique, marketing, finance . La théorie des Grands ensembles.
Voilà le choix. Les filières techniques se développent effectivement. Mais en accord avec les besoins économiques du pays. Aujourd'hui hostellerie, là "ascenseurisme", ici "logistique des transports".. . Et pour les autres ? Advienne ce qu'il pourra. Et cela mène à quoi ? A une société d'abrutissement.
« Avance, tais toi, et avance, va avance, toi tu ne sais pas, mais nous on sait, va avance, tais toi, marche, allez avance, circule, dégage, t'es pas tout seul, avance, t'inquiète pas nous on sait, tu ne peux pas savoir …. »
une société soumise au principe qu'on lui impose. Un principe qui n'enseigne pas aux citoyens d'être capables de développer une idée. Leur propre idée. Comment leur reprocher ?
Formater dès le jardin d'enfance, élever par des parents qui eux mêmes ont subi la grande machine, confiés à des enseignants qui eux mêmes sont broyés par la grande machine...
L'enseignant ne doit pas avoir d'idée, l'élève encore moins. Projet ? Si il est inscrit au programme ok. Sinon...attention circulaire, on va vous rappeler votre métier ! ..Avancez !
Donc voilà, l'ensemble s'abrutit…Nous sommes abrutis. Tous abrutis. Abrutis d'accepter.
Quelle innovation peut dans un système pareil avoir la chance de voir le jour ? Certains y arrivent. Mais si nous n'avions pas perdu les Lumières nous aurions pu gagner tellement de bienfaits.
Gaston Bachelard, dans la formation de l'esprit scientifique, estimait que celui « qui est enseigné doit enseigner. » C'est annoncer un évènement : par mon enseignement je te rend égal à moi même !
Égalité des intelligences. Voilà une condition impérative au bon développement de chacun . Avoir la conscience de l'intelligence de chacun. Rapport d'égalité, mais également rapport de confiance et de respect.
« ils ne peuvent pas comprendre » . Voilà une phrase humiliante. Qui humilie constamment celui qui n'a pas accès à la connaissance. Et pourquoi n'y a t il pas d'accès ? Alors que l'école est publique, alors que les bibliothèque sont gratuites, alors que nous sommes dans le siècle le plus informé qui soit et parait il le mieux renseigné..., comment alors expliquer que certains pensent que ce qui est écrit ici , ce qui se dit là, ce qui se joue là, ce qui est peint là, ce qui est filmer ici, comment expliquer que certains soient restés dans cette position humiliante d'exclusion. «  je ne sais pas. » «  Je ne comprends pas ». « Je ne peux pas » qui débouche invariablement sur un «  je ne veux pas ».
Triste projet de société. Vision réductrice d'humanité.
Et l'horizon s'obscurcit. Car comment ne pas être écoeuré par exemple, lorsqu'un ministre de l'économie d'une société dite développée répond sur un plateau de télévision à une adolescente qui lui demande si elle peut espérer un jour devenir ministre comme lui : « Statistiquement, non. ». Si on ne peut pas reprocher à ce ministre l'honnêteté de sa lecture comptable , on peut tout de même s'interroger quant à la vision qu'il a de notre vivre ensemble. Que doit répondre la République à cette enfant ? Que oui elle le peut. Mais que le chemin qui lui conviendra d'emprunter pour y arriver dépendra d'elle et plus largement de sa génération. Que ce qui est aujourd'hui, ne sera pas demain. Parce qu'ils ont eux, la nouvelle génération, toute l'intelligence de bâtir, d'inventer, un monde qui leur conviendra.
Un adulte répond non à une enfant. « Non tu ne pourras pas. Parce que je te demande de te projeter dans un monde ancien, et parce que je ne t'ai pas appris, pas autoriser à imaginer demain. Je ne te rend pas autonome parce que je te juge illégitime ». Voilà en fait ce que contient ce «  statistiquement, non. » en 2015.
Voilà l'échec. la répétition de l'échec. le bug du 21e siècle.
Alors quittons le cuir tétanisé de l'éducation nationale et le champ réducteur des gouvernances.
Jacotot avait développé cette théorie lorsqu'il s' était aperçu qu'il avait pu transmettre un enseignement à d'autres et cela sans lui même maîtriser cet enseignement .
Sa base de travail ? un livre . Partant du principe que le savoir est dans le livre. Tout est dans le livre. le livre n'a pas besoin d'explicateur. le livre contient. le livre , c'est tous les livres. Partant du principe que tous les hommes ont la même intelligence , nous sommes tous capables de déchiffrer le livre. Il s'agit donc de traduction, de décryptage. L'apprentissage est naturel à l'homme. Dès sa naissance l'humain est un organisme qui ne cesse d'apprendre, à marcher, à parler, etc..Il traduit , il analyse, synthétise, il apprend, il parle, communique, partage et il sourit.
Même potentiel d'apprentissage, même intelligence.
Alors ?
L'enseignement est rationaliste écrivait Bachelard.
Explicatif, et toujours à priori. le maître explique ce qu'il y a dans le livre. L'élève retient et doit comprendre ce que comprend le maître. Dans la limite de ce que le maître doit ou choisit de lui apprendre, dans la limite de ce qu'il sait lui même, ou dans la limite de ce qu'on lui a autorisé à savoir.
«  la progression raisonnée du savoir est une mutilation indéfiniment reproduite ». «  le génie du système est de transformer la perte en profit, le petit monsieur avance, on lui a appris, donc il a appris, donc il peut oublier »...Car que reste il de toutes ces heures d'enseignement ? Concrètement, il conviendrait d'y réfléchir. Morceaux d'histoire, morceaux de textes, notions, morcellement des acquis, éparpillement du savoir, saupoudrage hâtif des connaissances, et frustration perpétuels des esprits, car ... « Sache le... je ne peux répondre maintenant à ta question car tu verras ça ...l'année prochaine ! »
L'apprentissage est empirique, toujours selon Bachelard parce qu'il est expérimental. D'où confrontation perpétuelle entre apprentissage et enseignement..
Alors ?
Alors il faut que l'ère des « explicateurs » se termine et que commence le temps des maîtres ignorants. Car le savoir est dans Les livres, et ce que contient les livres c'est à l'élève de l'apprendre, de le comparer, de le soupeser, d'en débattre. D'être capable de faire usage de la transversalité des connaissances, de ses apprentissages pour valider ou non une connaissance. Se nourrir ou pas selon sa volonté mais ne pas se laisser gaver ou se laisser affamer .
Avoir la volonté et faire obéir son intelligence.
Voilà ce qu'un bon maître doit exiger de son élève.
On comprend un peu en quoi cette vision peut être critiquée dans la société qui est notre depuis des siècles.
Le maître ignorant, qu'est ce que c'est ? C'est un guide, une répétiteur, un coach si on veut admettre ce terme. Celui qui questionne , et se questionne et non celui qui interroge. Celui qui vérifie. Son but ? Veiller à la concentration de l'élève, veiller à ce que l'élève n'erre pas, ne s'égare pas, ne se disperse pas dans les méandres de sa pensée. L'inviter, le solliciter, l'éveiller, le mener sans le diriger. L'accompagner et non le dresser.
Celui qui a été émancipé, qui a reçu cet enseignement, peut lui même devenir le maître ignorant d'un autre. Partage de l'enseignement, des enseignements dans le cadre d'un accès libre du savoir.
Car il ne suffit pas d'avoir accès au savoir pour avoir accès à la connaissance et en faire un usage.
Il faut être émancipé. Émancipé face au système éducatif actuel, émanciper de l'ordre économique, politique et spirituel.
Évidement cette théorie alarme les pouvoirs en place. Elle ébranle la hiérarchie pédagogique de l'ensemble. Elle fait sauter les barrières de la connaissance. Elle remet en cause la croissance future des devenirs économiques. « Je peux demain inventer quelque chose dont le système économique actuel n'a pas besoin et qui pourtant demain changera positivement la vie de millions d'être humain. ».Mon besoin n'obéit plus à l'intérêt d'un autre. D'un autre qui s'accroche à la vieille méthode parce qu'il sait qu'elle est la pouponnière de sa matière première qui utilisera pour satisfaire ses besoins personnels.
Quel intérêt une société aurait elle à tenter cette aventure, à expérimenter cette méthode ?
Que risque t elle a devenir maître ignorant ?
«  Les choses étaient donc claires : ce n'était pas une méthode pour instruire le peuple, c'était un bienfait à annoncer aux pauvres : ils pouvaient tout ce que peut un homme. Il suffisait de l'annoncer ».
«  On ne dira pas que 'on a acquis la science, que l'on connaît la vérité ou que l'on est devenu un génie. Mais on saura qu'on peut dans l'ordre intellectuel, tout ce que peut un homme ».
Une méthode, un projet.
«  Toute la pratique de l'enseignement universel se résume dans la question : Q'en penses-tu ? « 
Lisez le livre, faites vous votre propre idée, comparez, soupesez, racontez, opposez ou validez, tout est dans le livre, et ça on ne pas l'ignorer.
Astrid Shriqui Garain
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Apoapo
  30 décembre 2019
Quelle magnifique découverte que la pensée de Joseph Jacotot ! Tout enseignant, tout étudiant, mais aussi tout citoyen contemporain devrait absolument en prendre connaissance. L'histoire commence à la Restauration : Jacotot, jeune enseignant de rhétorique et officier d'artillerie dans les armées de la République s'exile aux Pays-Bas ; on lui offre un poste de professeur à demi-solde mais ses étudiants ne comprennent pas le français, pas plus qu'il ne parle le flamand. Cette année-là (1818), paraît à Bruxelles une édition bilingue du Télémaque de Fénelon ; il la leur remet et le prodige s'accomplit : les étudiants apprennent sa langue et s'avèrent capables de commenter et de discuter du livre, ils en écrivent de façon totalement correcte sans avoir reçu d'enseignement grammatical ou autre.
De là, commence la réflexion de Jacotot qui est d'abord pédagogique, sur le rôle de l'enseignant qui peut et doit être non pas un répétiteur, un « explicateur », mais un « émancipateur » pour l'élève :
« Il n'y a rien derrière la page écrite, pas de double fond qui nécessite le travail d'une intelligence autre, celle de l'explicateur ; pas de langue du maître, de langue de la langue dont les mots et les phrases aient pouvoir de dire la raison des mots et des phrases d'un texte. Les étudiants flamands en avaient administré la preuve : ils n'avaient à leur disposition pour parler de Télémaque que les mots de Télémaque. Il suffit donc des phrases de Fénelon pour comprendre les phrases de Fénelon et pour dire ce qu'on en a compris. Apprendre et comprendre sont deux manières d'exprimer le même acte de traduction. » (p. 20)
Mais la pédagogie se double d'une éthique de l'enseignement : lorsque l'enseignant n'est pas « émancipateur », lorsqu'il joue un jeu d'exercice de pouvoir vis-à-vis de l'intelligence de l'apprenant, il « l'abrutit », le rend dépendant, l'infériorise :
« Dans l'acte d'enseigner et d'apprendre il y a deux volontés et deux intelligences. On appellera "abrutissement" leur coïncidence. Dans la situation expérimentale créée par Jacotot, l'élève était lié à une volonté, celle de Jacotot, et à une intelligence, celle du livre, entièrement distinctes. On appellera "émancipation" la différence connue et maintenue des deux rapports, l'acte d'une intelligence qui n'obéit qu'à elle-même, lors même que la volonté obéit à une autre volonté. » (p. 26)
Voici un extrait qui, me semble-t-il, clarifie la démarche pédagogique de ce que Jacotot appellera « l'enseignement universel » :
« Le livre, c'est la fuite bloquée. On ne sait pas quelle route tracera l'élève. Mais on sait d'où il ne sortira pas – de l'exercice de sa liberté. On sait aussi que le maître n'aura pas le droit de se tenir ailleurs, seulement à la porte. L'élève doit tout voir par lui-même, comparer sans cesse et toujours répondre à la triple question : que vois-tu ? qu'en penses-tu ? qu'en fais-tu ? Et ainsi à l'infini.
Mais cet infini, ce n'est plus le secret du maître, c'est la marche de l'élève. le livre, lui, est achevé. C'est un tout que l'élève tient dans la main, qu'il peut parcourir entièrement du regard. Il n'y a rien que le maître lui dérobe et rien qu'il puisse dérober au regard du maître. le cercle bannit la tricherie. Et d'abord, cette grande tricherie de l'incapacité : "je ne peux pas, je ne comprends pas..." Il n'y a rien à comprendre. Tout est dans le livre. Il n'y a qu'à raconter – la forme de chaque signe, les aventures de chaque phrase, la leçon de chaque livre. » (pp. 41-42)
Il y a deux corollaires à cette démarche : le premier est que l'émancipateur peut être un « maître ignorant », il peut n'en savoir que autant que l'élève ; le second, bien plus fondamental, est que tous les hommes possèdent une égale intelligence – notamment le peuple qui possède un savoir lié aux métiers manuels, jouissant d'une égalité intellectuelle avec le « savant » :
« Ce qui abrutit le peuple, ce n'est pas le défaut d'instruction mais la croyance en l'infériorité de son intelligence. Et ce qui abrutit les "inférieurs" abrutit du même coup les "supérieurs". Car seul vérifie son intelligence celui qui parle à un semblable capable de vérifier l'égalité des deux intelligences. Or l'esprit supérieur se condamne à n'être point entendu des inférieurs. Il ne s'assure de son intelligence qu'à disqualifier ceux qui pourraient lui en renvoyer la reconnaissance. » (p. 68)
À une époque où, a minima on attribue une inégalité intellectuelle aux conditions sociales, mais plus souvent on recherche dans le darwinisme social la cause des inégalités, mais compte tenu aussi de la situation actuelle des inégalités, il me semble intéressant d'insister sur cette notion contre-intuitive d'égalité absolue de l'intelligence :
« Il est inutile de discuter si leur [des hommes du peuple] "moindre" intelligence est effet de nature ou de société : ils développent l'intelligence que les besoins et les circonstances de leur existence exigent d'eux. Là où cesse le besoin, l'intelligence se repose, à moins que quelque volonté plus forte se fasse entendre et dise : continue ; vois ce que tu as fait et ce que tu peux faire si tu appliques la même intelligence que tu as employée déjà, en portant à toute chose la même attention, en ne te laissant pas distraire de ta voie. » (p. 88)
« Bref, n'en déplaise aux génies, le mode le plus fréquent d'exercice de l'intelligence, c'est la répétition. Et la répétition ennuie. le premier vice est de paresse. Il est plus aisé de s'absenter, de voir à demi, de dire ce qu'on ne voit pas, de dire ce qu'on croit voir. Ainsi se forment des phrases d'absence, des "donc" qui ne traduisent aucune aventure de l'esprit. "Je ne peux pas" est l'exemple de ces phrases d'absence. "Je ne peux pas" n'est le nom d'aucun fait. Rien ne se passe dans l'esprit qui corresponde à cette assertion. À proprement parler, elle ne "veut" rien dire. Ainsi la parole se remplit ou se vide selon que la volonté contraint ou relâche la démarche de l'intelligence. La signification est oeuvre de volonté. C'est là le secret de l'enseignement universel. » (p. 95)
Dans ces citations, un débat d'une grande actualité en ce début du XIXe siècle apparaît en filigrane : les « révolutionnaires » à l'instar de Jacotot sont partisans de l'idée que « L'homme est une volonté servie par une intelligence », primauté de l'individu oblige, alors que les réactionnaires proclament que « L'homme est une intelligence (divine-royale) servie par des organes (ou des sujets) ».
Mais de ce pas, nous sommes entrés dans la sphère de la philosophie politique, et en particulier dans le débat sur l'égalité et l'inégalité politique – autant qu'intellectuelle. Dorénavant, la fonction émancipatrice ou abrutissante devra s'entendre aussi dans l'optique de la domination voire même de ce que Bourdieu désignera comme le « capital symbolique » :
« La leçon émancipatrice de l'artiste, opposée terme à terme à la leçon abrutissante du professeur, est celle-ci : chacun de nous est artiste dans la mesure où il effectue une double démarche ; il ne se contente pas d'être homme de métier mais veut faire de tout travail un moyen d'expression ; il ne se contente pas de ressentir mais cherche à faire partager. L'artiste a besoin de l'égalité comme l'explicateur a besoin de l'inégalité. » (p. 120)
Voici un très bel extrait sur « la passion de l'inégalité » :
« Ce n'est pas l'amour de la richesse ni d'aucun bien qui pervertit la volonté, c'est le besoin de penser sous le signe de l'inégalité. Hobbes là-dessus a fait un poème plus attentif que celui de Rousseau : le mal social ne vient pas du premier qui s'est avisé de dire : "Ceci est à moi" ; il vient du premier qui s'est avisé de dire : "Tu n'es pas mon égal." L'inégalité n'est la conséquence de rien, elle est une passion primitive ; ou, plus exactement, elle n'a pas d'autre cause que l'égalité. La passion inégalitaire est le vertige de l'égalité, la paresse devant la tâche infinie qu'elle exige, la peur devant ce qu'un être raisonnable se doit à lui-même. Il est plus aisé de se "comparer", d'établir l'échange social comme ce troc de la gloire et du mépris où chacun reçoit une supériorité en contrepartie de l'infériorité qu'il confesse. » (p. 134)
Les trois extraits suivants ont pour but de montrer pourquoi l'enseignement universel ne put avoir de fortune dans le contexte politique de l'époque, pourtant traversé par un ferment de recherches de « méthodes pédagogiques innovantes » :
« [...] l'enseignement universel n'est pas et ne peut pas être une méthode "sociale". Il ne peut pas se répandre dans et par les institutions de la société. Sans doute les émancipés sont-ils respectueux de l'ordre social. Ils savent qu'il est, en tout état de cause, moins mauvais que le désordre. Mais c'est tout ce qu'ils lui accordent, et aucune institution ne peut se satisfaire de ce minimum. Il ne suffit pas à l'inégalité d'être respectée, elle veut être crue et aimée. Elle veut être expliquée. Toute institution est une explication en acte de la société, une mise en scène de l'inégalité. Son principe est et sera toujours antithétique à celui d'une méthode fondée sur l'opinion de l'égalité et le refus des explications. » (pp. 173-174)
« […] le général La Fayette n'a qu'à répandre l'enseignement universel dans la garde nationale. Et Casimir Perier, ancien enthousiaste de la doctrine et futur Premier ministre, est maintenant en mesure d'[en] annoncer largement le bienfait. M. Barthe, ministre de l'Instruction publique de M. Laffitte, est venu de lui-même consulter Joseph Jacotot : que faut-il faire pour organiser l'instruction que le gouvernement doit au peuple et qu'il entend lui donner selon les meilleures méthodes ? "Rien", a répondu le fondateur, le gouvernement ne doit pas l'instruction au peuple pour la simple raison que l'on de doit pas aux gens ce qu'ils peuvent prendre par eux-mêmes. Or l'instruction est comme la liberté : cela ne se donne pas, cela se prend. » (pp. 176-177)
« Le Progrès, c'est la fiction pédagogique érigée en fiction de la société tout entière. le coeur de la fiction pédagogique, c'est la représentation de l'inégalité comme "retard" : l'infériorité s'y laisse appréhender dans son innocence ; ni mensonge ni violence, elle n'est qu'un retard que l'on constate pour se mettre à même de le combler. Sans doute n'y arrive-t-on jamais : la nature elle-même y veille, il y aura toujours du retard, toujours de l'inégalité. » (pp. 197-198)
On comprend donc qu'il y a, à cet échec dû à la radicalité de la pensée, autant des raisons historiques – le mythe du progrès – que des raisons intemporelles – l'antinomie avec une société inégalitaire et hiérarchique. On aura noté aussi que la pensée politique de Jacotot n'est pas du tout insurrectionnelle : son « anarchisme » est à la fois plus « moderne » et plus radical : radicalement individualiste aussi, dans le refus de l'émancipé de cautionner tout système de pouvoir, tyrannique mais aussi représentatif.
Voici la conclusion de l'ouvrage :
« Le Fondateur, lui, était mort le 7 août 1840. Sur sa tombe, au Père-Lachaise, les disciples firent inscrire le credo de l'émancipation intellectuelle : Je crois que Dieu a créé l'âme humaine capable de s'instruire seule et sans maître. Ces choses-là décidément ne s'écrivent pas, même sur le marbre d'une tombe. Quelques mois plus tard, l'inscription était profanée.
[…]
Le Fondateur l'avait bien prédit : l'enseignement universel ne prendrait pas. Il avait ajouté, il est vrai, qu'il ne périrait pas. » (pp. 230-231 – excipit)
Dans cette note de lecture, délibérément, j'ai essayé de me tenir au plus près de l'esprit d'apprentissage de Jacotot : au plus près du texte de Jacques Rancière, sans la moindre prétention d'expliquer, convaincu de mon égalité intellectuelle avec les éventuels lecteurs de ces lignes mais aussi avec les deux auteurs : le philosophe contemporain et le philosophe-pédagogue qui fit sa découverte il y a deux siècles. Dans cet esprit, je me demande ce que ce dernier aurait pensé de notre monde actuel, dans lequel Internet a donné l'illusion – au moins pendant un certain temps – que l'on pourrait s'informer (sinon s'instruire) soi-même, où le pouvoir implique d'abord le contrôle de la vulgate et où la pensée critique est un enseignement méprisé voire réduit au silence, un monde enfin dans lequel les fake news, le bullshit (au sens de Sebastian Dieguez) et les théories du complot prolifèrent. Peut-être faudrait-il inverser le rapport entre émancipation intellectuelle et enseignement (de la pensée critique) aujourd'hui...
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chartel
  21 mai 2010
Ce petit essai de Jacques Rancière a réveillé, en quelque sorte, ma conscience endormie. Il a ouvert un nouveau champ visuel et intellectuel jusqu'alors impensable et inenvisageable, simplement par le simple fait de penser la notion d'égalité comme un présupposé (il n'y a pas d'inégalité à l'origine) au lieu de la comprendre habituellement comme un but à atteindre. Car tout prend de ce fait une autre tournure : aucune personne ne peut se déclarer détentrice d'un savoir ou d'un savoir faire supérieur et inatteignable et ainsi instaurer de facto une hiérarchie de l'intelligence. Ce constat provient de la découverte par Jacques Rancière d'un révolutionnaire français exilé à Louvain au début du XIXe siècle qui secoua les principes établis responsables de la soumission intellectuelle du plus grand nombre, au profit des plus instruits. Ce dénommé Joseph Jacotot se mit en effet à enseigner ce qu'il ignorait par un travail d'observations et de comparaisons, et obtint des résultats surprenants.
En jouant sur l'ambiguïté de l'énonciateur, j'ai comme eu la sensation d'entendre un Joseph Rancière/Jacques Jacotot clamer qu'il était temps et possible (que ce soit au début du XIXe ou à la fin du XXe siècle) pour chacun de prendre part aux décisions qui structurent nos communautés.
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LLebrown
  15 novembre 2019
Ce livre fait partie de mon petit panthéon. Il y a d'abord ce "ton", ce style qui illustre peut-être plus que tout autre cette citation de Victor Hugo : "la forme c'est le fond qui remonte à la surface". Rancière a cette capacité à raconter une histoire d'il y a deux siècles et de tirer à balles réelles dans l'idéologie de notre époque avec brio. En partant de cette histoire assez hallucinante de Maître Jacotot qui enseigne une langue qu'il ne connaît pas, il écrit un traité politique pour l'égalité des intelligences qui fait date.
A chaque fois que je l'ouvre pour en lire quelques pages, j'en extrait un nouveau grain à moudre, un nouvel os à ronger. En cela, le maître ignorant est moins une méthode pédagogique qu'une leçon de philosophie. Jacques Rancière se défend d'ailleurs de toute réappropriation pédagogique. Je me rappelle l'avoir entendu dire à la radio ne jamais s'y être intéressé. Pour lui, s'adapter au niveau de l'élève ou de l'apprenant, c'est reproduire et creuser les inégalités en matière de connaissance et donc accentuer les inégalités sociales. "Avec les premières années qui viennent de filières techniques, je commence par le plus dur." le raisonnement se tient. Si on fait plus facile pour les nuls et plus difficile pour les bons, on creuse un peu plus les écarts. Lorsqu'il enseigne, il explique se contenter de "dire des choses". le reste du boulot est à la charge de l'étudiant. La position est radicale certes, mais a le mérite de ne pas nous tirer vers le mou et le médiocre et de remettre la politique au centre de l'éducation. En cela, cet essai est salvateur.
A mettre entre les mains de tous les enseignants, formateurs et éducateurs. Et ce régulièrement pour s'assurer qu'ils n'ont pas oublié que l'éducation doit permettre l'émancipation et pas la normalisation.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
chartelchartel   22 mai 2010
Il faut choisir de faire une société inégale avec des hommes égaux ou une société égale avec des hommes inégaux. Qui a quelque goût pour l’égalité ne devrait pas hésiter : les individus sont des êtres réels et la société une fiction. C’est pour des êtres réels que l’égalité a du prix, non pour une fiction. Il suffirait d’apprendre à être des hommes égaux dans une société inégale. C’est ce que veut dire s’émanciper.
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chartelchartel   22 mai 2010
Il y a inégalité dans les manifestations de l’intelligence, selon l’énergie plus ou moins grande que la volonté communique à l’intelligence pour découvrir et combiner des rapports nouveaux, mais il n’y a pas de hiérarchie de capacité intellectuelle.
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chartelchartel   22 mai 2010
La routine n’est pas ignorance, elle est lâcheté et orgueil de gens qui renoncent à leur propre puissance pour le seul plaisir de constater l’impuissance du voisin.
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chartelchartel   22 mai 2010
Les sociétés d’hommes réunies en nations, depuis les Lapons jusqu’aux Patagons, ont besoin pour leur stabilité d’une forme, d’un ordre quelconque. Ceux qui sont chargés du maintien de cet ordre nécessaire doivent expliquer et faire expliquer que cet ordre est le meilleur de tous les ordres et empêcher toute explication contraire.
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chartelchartel   22 mai 2010
Qui enseigne sans émanciper abrutit. Et qui émancipe n’a pas à se préoccuper de ce que l’émancipé doit apprendre.
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Videos de Jacques Rancière (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jacques Rancière
Rencontre avec Jacques Rancière autour de son livre "Le temps du paysage : aux origines de la révolution esthétique", paru aux éditions la Fabrique. Entretien avec Jérémy Gadras.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2397395/jacques-ranciere-le-temps-du-paysage-aux-origines-de-la-revolution-esthetique
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