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Jean-Christian Bouvier (Traducteur)
EAN : 9782877301800
142 pages
Editions Philippe Picquier (15/12/1998)
3.93/5   145 notes
Résumé :
Sous sa nuque, le col évasé de son kimono m'offrait une vue plongeante jusque dans le creux de ses reins : les violentes zébrures qui balafraient sa peau blanche et moite, se perdaient au plus profond de l'échancrure. Toute son élégance avait disparu et il émanait d'elle une étrange impression d'obscénité qui me subjuguait.
Dans ce roman très célèbre, subtil jeu de miroirs où le narrateur, Ranpo Edogawa lui-même, cherche à élucider un meurtre commis par un au... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
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Sans aucun doute à sa place dans cette bibliothèque idéale japonaise, tant pour sa modernité que pour sa sincérité, ce livre présente l'interêt principal de nous entrouvrir la mince cloison du shoji, dévoilant sans éclairer une part troublante et perverse de l'âme nationale.

Généralités ne veut dire généralisation, mais dans le cas du Japon, pays nationaliste par excellence (avec de nombreux points communs avec son cousin coréen), on peut se risquer à remarquer quelques faits bien établis, sans courir le risque de tomber sous des accusations de racisme, ce qui n'est pas toujours évident avec d'autres peuples… Armé de mes baguettes pour manipuler le cliché, flottant, brouillé qu'il est dans son odorant bain de miso…

De l'intrigue de la nouvelle « La proie et l'ombre », je n'en retiens qu'une impression capilo-tractée; son univers, ses à-côtés, seuls en constituent son charme moite et vénéneux. Son dispositif en double, voir triple mise en abîme, d'une opposition ying-yang / bien-mal évidente à être brouillée par la suite, avec l'histoire de ces deux écrivains, permet à l'auteur de questionner frontalement ce cloisonnement presqu'étanche, jusque dans la conscience des êtres, entre une morale rigide et de sombres pulsions… (les unes étant sûrement conséquence de l'autre).

L'ouverture au monde, puis la très rapide modernisation de la société japonaise, ainsi qu'un rapport étroit et privilégié avec la culture française, alimentent cette fascination réciproque… mais que penser de leurs rapports aux femmes ? Entrevue dans le film d'Assayas « Demonlover », confirmée par un frileux survol de leur pornographie, leur culture amoureuse et sexuelle semble en être un effrayant labyrinthe de glace déformante, où Leopold von Sacher-Masoch ne servirait que de guichetier…

Vous me direz : tout ça pour un « simple polar » ? Oui, car vous avez bien compris que son intérêt n'est pas à prendre au premier degré, beaucoup de « Série Noire » étant mieux troussés… le deuxième texte du livre, « Le test psychologique » ajoutant à cette habile interrogation sur le mensonge comme fait central de toute société…
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Si d'aventure on les interrogeait, sans doute que peu d'artistes japonais contemporains contesteraient l'impact qu'a eu Ranpo Edogawa (1894-1965) sur la production littéraire moderne, tant a été grande l'influence de ce grand écrivain nippon, considéré comme le père de la littérature policière japonaise et éminent fondateur, dans les années 1920, du courant « Ero guro », un mouvement artistique s'articulant autour d'un mélange d'érotisme et de macabre dont nombre d'auteurs de mangas, de dessins animés où de romans revendiquent aujourd'hui l'appartenance, rendant la littérature japonaise si attractive et singulière.

A l'heure où la production littéraire japonaise connaît un tel engouement auprès des lecteurs occidentaux, il serait dommage de passer à côté de cet auteur plein de subtilité dont les idéogrammes du patronyme - Ranpo Edogawa - composent l'anagramme de son écrivain fétiche, Edgar Allan Poe. Il y a d'ailleurs beaucoup du célèbre auteur des « Histoires extraordinaires » dans l'oeuvre du nippon : une narration riche centrée principalement sur la psychologie des personnages, une aura sombre et ténébreuse baignée d'étrangeté, une violence contenue, un certain attrait pour le morbide, une sensualité vénéneuse, le goût des énigmes et du bizarre…

Auteur de nombreuses nouvelles et d'une bonne trentaine de romans - « le lézard noir », « La bête aveugle »… - Edogawa s'est également distingué par la création d'un héros récurrent, le détective Akechi Kogoro, personnage que nous rencontrons dans l'une des deux nouvelles composant le recueil proposé par les éditions Picquier.
Cette prenante histoire datant de 1925, intitulée « le test psychologique », fait s'affronter deux brillantes intelligences, celle d'un jeune assassin plein d'assurance persuadé d'avoir commis le crime parfait, et celle du fameux détective Kogoro, qui, à l'aide d'observation et de déductions va démonter un à un les arguments du jeune homme et, en démontrant que la perfection peut être aussi synonyme d'implication, va prouver la culpabilité du meurtrier en le prenant à son propre piège, celui de l'excellence…

Mais des deux histoires constituant le recueil, c'est sans nul doute la longue nouvelle éponyme « La proie et l'ombre » qui est la plus fascinante.
Le narrateur, auteur de romans policiers (Ranpo Edogawa lui-même ?), s'emploie à faire le récit d'un épisode douloureux survenu dans sa vie quelques mois auparavant, dont l'épreuve l'a irrévocablement plongé dans les abîmes du doute, de la culpabilité, du chagrin et des regrets.
Au centre du récit, Shundei Oe, concurrent direct du narrateur, un autre auteur de romans policiers, homme entouré de mystères et de secrets que nul n'a jamais rencontré.
Bien qu'écrivant tous deux des romans noirs, un gouffre littéraire sépare les deux hommes: chez Oe, des écrits cruels, une atmosphère malsaine et décadente, une satisfaction morbide à décrire les pulsions meurtrières des assassins ; chez l'autre, des récits centrés sur la moralité, les déductions et « la finesse de la démarche intellectuelle de l'enquêteur».
Lorsque le mari de la belle Shizuko, la femme dont il est épris, est assassiné, pour le narrateur, cela ne fait aucun doute, le crime est signé Shundei Oe. Shizuko a en effet connu intimement Oe par le passé. Trahi et abandonné, celui-ci aurait, selon toutes vraisemblances et après des années à fomenter ses représailles, décidé de se venger de cet amour déçu.
C'est du moins ce que s'emploie à démontrer le narrateur, dès lors entrainé dans une affaire dans laquelle, de façon quasi obsessionnelle, il plonge à corps perdu. Mais, peu à peu perdu dans le labyrinthe de ses déductions, de sa logique, de sa morale et de sentiments où se mêlent orgueil, amour et perversité, le romancier s'enlise de plus en plus profondément dans les affres du doute, de la méfiance et de la suspicion.

Ecrite en 1928 dans le style classique des romanciers occidentaux de la fin XIXème, « La proie et l'ombre » étonne et frappe d'emblée par sa modernité et la violence de son propos et de son approche. Ici, on est loin du bruissement des étoffes de kimonos dans la délicatesse d'un geste suspendu, des clairs de lune contemplatifs et des dérives méditatives qu'inspirent les fleurs de cerisier et autres feuilles d'érable, même si affleurent de manière tout aussi puissante la magie et la poésie troubles qu'exercent sur les consciences la littérature japonaise.
Un climat subtilement délétère et oppressant nous immerge sans retenue au coeur d'une histoire tortueuse dans laquelle Edogawa, avec cet esthétisme raffiné qui caractérise parfaitement l'univers nippon, fait s'affronter les sentiments et les agissements les plus corrompus : fétichisme, voyeurisme, masochisme, obsession…
« le monde visible est chimère » disait Edogawa…Il le prouve avec ce jeu de miroir machiavélique où « proie » et « ombre » finissent par se confondre dans la complexité nébuleuse des caractères.
A découvrir.
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Il n'est pas banal qu'un auteur de roman policier se retrouve en première ligne pour tenter d'élucider un meurtre alors qu'il ne connaît les protagonistes ni d'Ève, ni d'Adam.

Lors d'une rencontre apparemment fortuite dans un musée désert, le maître-fondateur de la littérature policière japonaise Ranpo Edogawa fait la connaissance de Shizuko Oyamada, jeune femme à la beauté troublante et lectrice fidèle de ses romans à suspens.
Edogawa apprend lors d'un échange épistolaire avec Shizuko que cette dernière reçoit des lettres de menaces d'un amour de jeunesse éconduit, Ichiro Irata. Ce dernier est devenu sous le pseudonyme de Shundei Oe un auteur de romans policiers dont le succès va de pair avec un style particulièrement gore.
Edogawa n'a jamais rencontré ce confrère au style à l'opposé du sien et d'ailleurs Shundei Oe entretient un mystère sur sa vie privée, n'hésitant pas à changer constamment d'adresses pour brouiller la piste de ses adorateurs.

Lorsque le cadavre du mari de la belle Shizuko est retrouvé nu dans la rivière qui longe leur domicile, Edogawa comprend que la bataille qui s'installe entre lui et Shundei Oe va être autrement plus compliquée que les intrigues dans leurs romans respectifs.
Mais Shizuko a un tel besoin de réconfort et de si beaux yeux que le brave Edogawa va, « pour les besoin de l'enquête », dépasser sans trop de scrupules les interdits de son petit monde de célibataire bien comme il faut…

Je me faisais une joie de découvrir « La proie et l'ombre » et ce célèbre roman policier, encensé par les critiques, a comblé mes attentes.
La narration est fluide et précise dans les moindres détails, les surprises d'un chapitre à l'autre remettent constamment en cause les certitudes de Ranpo Edogawa le rapporteur de sa propre enquête.
A souligner un certain courage de la part de l'auteur de ce court roman, écrit il y a près d'un siècle, à relater ses relations intimes avec une jeune veuve qui n'a vraiment pas froid aux yeux.
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Un excellent roman policier japonais, écrit par le maitre Ranpo Edogawa, qui a importé le genre dans la péninsule nippone. Son oeuvre est fortement originale, elle s'éloigne des traditions, ose. Dans La proie et l'ombre, le lecteur ne suit pas les traces d'un inspecteur de police mais plutôt ceux d'un auteur de romans policiers. Edogawa lui-même ? Assez audacieux mais le résultat fonctionne à merveille.

Le narrateur tombe éperdument amoureux de Shizuko Omayada mais leur relation demeure platonique. C'est que la jolie dame est mariée et, en plus, est fort troublée par des lettres de menace qu'elle reçoit. Un ancien prétendant, Ichiro Irata, digère mal leur vieille rupture. Shizuko ne peut se confier à son mari car ce dernier la croyait chaste et pur à leur mariage. Mais l'ancien prétendant continue à la presser, à lui faire peur, même à lui faire savoir qu'il épie chacun de ses gestes. La jolie dame tremble mais Edogawa, en lisant attentivement les lettres de menace, y découvre un style qu'il a déjà vu quelque part : c'est la manière d'écrire d'un de ses confrères, le mystérieux et reclus Shundei Oe. Est-il possible que les deux ne fassent qu'un ?

L'intrigue continue ainsi, incluant quelques rebondissements (la mort tragique du mari de Shizuko, les doutes du narrateur quant à la dame…) , jusqu'à son dénouement, qui est aussi surprenant que magistral. Edogawa manie très bien sa plume. Tout y est en subtilité, comme dans l'art japonais. Mais pas trop non plus, on est loin des fioritures inutiles. Il y a bien quelques moments attendrissant, dans lesquels Shizuko est mise de l'avant mais ils s'effacent devant la violence et la sexualité qui débordent de l'oeuvre. Par exemple, le voyeurisme qui transcende les lettres d'Ichiro, le masochisme de Shizuko… Mais, surtout, pas de longueur ! Une centaine de pages, voilà tout. On est loin de ces pavés de 500 pages que les Occidentaux se sentent obligés de pondre.
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Un régal ! Comment expliquer que La proie et l'ombre n'ait pas été publié en France avant les années 90 ? C'est un petit bijou dont les protagonistes sont deux célèbres auteurs de romans policiers (dont l'auteur et narrateur ?) ainsi qu'une très attirante jeune femme. C'est mis en scène comme un témoignage sur une affaire réelle avec des raisonnements impeccables qui s'effondrent soudain comme un château de cartes, des certitudes qui s'écroulent, et une analyse psychologique poussée de chaque personnage. En prime il y a toute une peinture de la société japonaise de l'époque, en particulier sur la condition d'écrivain et sur la condition féminine, sans compter qu'on entrevoit un peu de la vie nocturne dans le Tokyo des années 20. L'auteur joue un jeu subtil avec le narrateur et le lecteur, donne des avis sur le genre du roman policier. le tout est pimenté de voyeurisme et d'un peu de sado-masochisme. On peut aussi supposer tout ce que la relation du narrateur et de la jeune femme avait d'osé et de répréhensible pour l'époque. Et tout cela dans un très court roman d'un peu plus de cent pages !
Dans cette édition ce roman est suivi de la nouvelle le test psychologique qui met en scène le détective Kogoro Akechi (personnage récurent chez Edogawa Ranpo ) qui aide un juge à démasquer un coupable. le lecteur sait dès le début qui est le coupable et assiste à tous ses efforts pour ne pas se faire prendre. le récit est brillant mais somme toute assez classique, un peu comme un bon vieux Colombo.
A découvrir absolument !
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
Sais-tu à quel point j'ai souffert quand tu m'as abandonné? Non, tu es trop insensible pour comprendre ces choses-là. Sais-tu combien de fois je suis venu rôder la nuit autour de chez toi, fou de désespoir? Devant le feu de ma passion, ton indifférence n'a fait que redoubler : d'abord tu m'as évité, puis tu m'as craint et tu as fini par me haïr. Peux-tu imaginer ce qui se passe dans le coeur d'un homme qui se sent détesté après avoir été aimé? L'amour se fait douleur, la douleur se fait rancune et la rancune croît jusqu'à se transformer en désir de vengeance.
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Je m'interroge assez souvent sur la nature de mon métier.
Je crois qu'au fond, il existe deux types d'auteurs de romans policiers : ceux qui sont du côté du "criminel" et ceux qui sont du coté de "l’enquêteur". Les premiers, même s'ils sont capable de mener une intrigue serrée, ne trouvent leur bonheur que dans la description de la cruauté pathologique du criminel, tandis que le seconds, au contraire, n'y attachent aucune importance; seul compte à leurs yeux la finesse de la démarche intellectuelle de l’enquêteur.
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Je crois, qu'au fond, il existe deux types d'auteurs de romans policiers : ceux qui sont du côté du "criminel" et ceux qui sont du côté de l'enquêteur. Les premiers, même s'ils sont capables de mener une intrigue serrée, ne trouvent leur bonheur que dans la description de la cruauté pathologique du criminel, tandis que les seconds, au contraire, n'y attachent aucune importance : seule compte à leurs yeux la finesse de la démarche intellectuelle de l'enquêteur.
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Le jour viendrait où il ne pourrait plus se contenter de simples romans. Dégoûté du monde et de sa médiocrité, il avait trouvé dans l'écriture un refuge où déployer les fastes de son imagination. C'est pour cela qu'il était devenu romancier. Mais désormais, même les livres provoquaient en lui un profond ennui : par quel nouveau stimulant échapper au spleen ? Le crime, il ne restait que le crime. Devant ses yeux blasés, s'imposa la vision d'un monde où seul restait le frisson suave du crime.
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Le célèbre juge Ooka appliquait déjà au XVIII ème siècle, sans le savoir, les découvertes les plus récentes de la psychologie. "Prendre les criminels au piège, disait-il, ce n'est pas si compliqué. L'important est de savoir leur poser les bonnes questions".
Le test psychologique p143.
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Video de Edogawa Ranpo (1) Voir plusAjouter une vidéo
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La Chenille de Suehiro MARUO et Edogawa RANPO
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