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EAN : 9782221075364
224 pages
Éditeur : Robert Laffont (04/02/2006)
4.13/5   75 notes
Résumé :
Prospère et lumineuse autrefois, la Ville est presque abandonnée. Le télégraphe a été coupé. Plus aucun train n'arrive à la gare, ni plus aucun navire au port. La population s'est enfuie. Des bandes incontrôlées errent à travers le pays. Du monde extérieur aucune nouvelle ne parvient depuis déjà de nombreux mois. C'est la vie qui s'en est allée. Le souverain héréditaire ne règne plus que sur son château et sur une poignée de fidèles que l'ombre est sur le point d'ef... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Eric76
  10 juin 2021
Un pays, jadis fier et florissant, vidé de son âme et de son sang. Des foules hurlantes et sanguinaires qui tuent et massacrent avant de disparaître à jamais. Quelques survivants qui rasent les murs. Un Margrave, dernier d'une longue lignée, qui ne gouverne plus rien ni personne, et règne sur un peuple de fantômes. Une religion en train d'agoniser. Des hommes sans destinée et l'espérance qui fuit…
Sur ordre du Margrave, « sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l'Ouest qui n'était plus gardée… ».
Leur mission est de s'enfoncer dans les terres, d'aller le plus loin possible, afin d'y retrouver la vie, de comprendre la signification de cet effondrement soudain, de ce désastre. S'il y en a encore une !
L'aventure commence. Nos sept cavaliers iront aux confins du royaume pour ne rencontrer que ruines, haine, dégout. Un long voyage dans le néant… Une longue errance au milieu d'un désert d'hommes… le regard d'une femme, un rêve qui se dérobe, une prière oubliée, quelques poèmes de Wilhelm Kostroswitzky (patronyme de Guillaume Apollinaire) récités au crépuscule autour d'un feu improvisé… le constat désabusé de la fin de leur monde…
Et ces sept cavaliers paradant sur leurs beaux chevaux, emmitouflés dans leurs longues capes, qui accompagnent, fiers et dignes, tenaillés par un reste d'espérance, leur monde devenu trop vieux, trop fatigué, inutile, dans la longue nuit…
Un livre envoutant et d'une terrifiante actualité…
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migdal
  09 septembre 2020
Formidable hommage à Guillaume Apollinaire (ressuscité sous son patronyme Wilhelm Kostroswitzky) et à ses Cosaques Zaporogues, un peu oubliés de nos jours, qui défendent l'empire Russe sur ses frontières toujours fluctuantes car non dessinées par la géographie, j'aime relire régulièrement les « Sept cavaliers » et j'avoue me retrouver dans le personnage de Maxime Bazin du Bourg lisant Alcools d'Apollinaire encensant Rome et diabolisant le sultan de Constantinople « plus criminel que Barrabas ».
Lecture idéale, notamment pour les voyageurs du RER, ce roman se distingue profondément de Septentrion, autre oeuvre de Jean Raspail et se rapproche plutôt du Camp des Saints par son évocation de la chute d'une civilisation et de l'ensauvagement qui résulte du désordre consécutif à l'abdication d'un pouvoir doutant de sa légitimité. Publié en 1993, il apparait prémonitoire, hélas, à plus d'un titre en décrivant la violence découlant de ces périodes anarchiques où la loi du plus fort s'impose pour le plus grand malheur des femmes, des enfants et des vieillards. Raspail était visionnaire en devinant que les tchétchènes l'emporteront finalement … comme ils l'ont montré cet été à Dijon.
D'autres auteurs, comme Jean Rolin dans « les événements », reprennent ce thème de l'effondrement de l'état et du grand remplacement pour nous rappeler que les civilisations sont mortelles et que la démographie initie toujours les migrations.
Raspail, dans la lignée d'Apollinaire, espére qu'il n'est pas trop tard et proclame n'ayons pas peur de renouer avec nos racines culturelles et la vocation de nos nations.
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Wendat69
  08 décembre 2018
Sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l'Ouest qui n'était plus gardée...il est des livres qui ont une résonance toute particulière quand à leur lecture on se prend à faire le parallèle entre l'histoire romancée et celle qui se fait jour, sous nos yeux.
L'auteur du camp des Saints et de Sire tisse dans cette histoire une trame apocalyptique, qui paraîtrait presque visionnaire, celle d'un monde renversé, où les derniers représentant d'un ordre en phase de destruction cheminent vers un but dont la finalité leur est pour ainsi dire inconnue. Ils poursuivent leur route, aux confins de leur royaume détruit, parce que tel est leur devoir, leur nature, alors même qu'ils ont laissé sur le côté du chemin l'Espérance.
Dans ce chaos, tout a été renversé, les enfants -empreints d'une colère haineuse et viscérale, s'opposent aux aînés, aux parents, agissent et pensent de façon déshumanisée, empêtrés dans les horreurs que l'anarchie totale a généré. Tout a failli, pan par pan, les piliers de la société, ses garants, se sont affaissés, ont été tués ou ont plus simplement faillis...Il y a dans ce livre comme des réminiscences de l'univers de Tolkien et de sa Guilde, le même caractère prophétique sur la fragilité d'une civilisation, sur la possibilité de sa disparition.
C'est un terrible tableau que dresse Raspail dans les Sept cavaliers (écrit en 1993), dont les couleurs ont la tonalité de la cendre, on peut y voir -sans doute pas la dénonciation, mais plutôt la constatation désabusée- de la déliquescence d'un monde, de son écroulement, au caractère irréversible. Certains passages du livre sont d'une grande beauté, on est véritablement pris dans la chevauchée de ces sept cavaliers, derniers vestiges d'un monde finissant, ultimes représentants d'une certaine idée de l'Homme et de ses devoirs.
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gabb
  03 mars 2019
Imaginez un monde en déclin, proche de l'anéantissement final...
Un monde parallèle, crépusculaire, inspiré du nôtre, mais un monde fantasmé au cadre temporel flou. En fait une sorte de féodalité médiévale (citadelles, oriflammes et cathédrales) émaillée par endroit de curieux anachronismes, ici une voie ferrée et d'antiques machines à vapeur, là un câble télégraphique, plus loin un ouvrage d'art dessiné par Gustave Eiffel.
Imaginez ce monde, donc, qui fut jadis florissant et prospère, mais qui s'est effrité jusqu'à la décomposition. Quand, comment, pourquoi ? Nul ne le sait. Où sont passés les habitants de la Ville et les fidèles sujets de son seigneur, le grand Margrave héréditaire ? Aucune idée non plus.
Ne vous préoccupez pas de ça, prenez simplement part à la chevauchée.
Les septs cavaliers, emmenés par le compte Silve de Pikkendorff, vont arpenter des terres désolées sur lesquelles plane une atmostphère de fin du monde puissamment évocatrice, à la fois pleine de poésie et de désenchantement.
On pense par moment à la "Horde du Contrevent" (Alain Damasio), ou au "Général de l'armée morte" (Ismaïl Kadaré), mais l'on retrouve aussi les thèmes de prédilection et les "obsessions" souvent controversées de Jean Raspail (effrondrement d'une civilisation, opinions royalistes assumées, menace sourde et latente de hordes barbares qui rôdent aux frontières...).
Heureusement on peut aussi ne voir dans ces pages que le simple récit d'un voyage initiatique délicieusement absurde, dont la finalité nous échappe un peu, sans y chercher d'analogie particulière avec le monde que nous connaissons.
"La vie s'est presque retirée de nous. Elle est bien passée quelque part...", disait le Margrave héréditaire à la veille de l'expédition.
Les cavaliers ont donc pris la route, et moi avec eux, pour une mission à l'objectif incertain : traquer l'Espérance enfuie. Et au passage, tenter d'endiguer l'inexorable désordre ambiant en perpétuant coûte que côute des traditions militaires qui parfois confinent au ridicule. Tant pis si tout s'écroule, l'important est de garder le cap, de s'en tenir au protocole et d'empêcher les derniers rouages de l'appareil d'état de se gripper définitivement.
Qu'importe si l'Etat est exsangue, si Silve de Pikkendorff est un colonnel sans armée, et si la foi de l'évêque Osmond qui l'accompagne est des plus vacillantes : on fait comme si.
On avance, toujours un peu plus loin.
On s'enfonce dans un dans un monde qui déjà n'existe plus.
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Pchabannes
  17 octobre 2009
‘'Sept cavaliers quittèrent la Ville au crépuscule, face au soleil couchant, par la porte de l'Ouest qui n'était plus gardé. Tête haute, sans se cacher, au contraire de tous ceux qui avaient abandonné la Ville, car ils ne fuyaient pas, ils ne trahissaient rien, espéraient moins encore et se gardaient d'imaginer.[…] Celui qui les commandaient, colonel-major sans armée, Silve de Pikkendorff, avait été reçu durant la nuit précédente par le Prince.''
Relecture d'un des plus fameux ouvrages de Jean Raspail. 3 heures en compagnie de Silve de Pikkendorff et de ses compagnons au sein d'un monde en pleine décomposition morale. Les enfants se révoltent entraînant comme Platon l'avait prédit le début de la tyrannie. (Voir http://pikkendorff.kazeo.com/Citations-notees-de-mes-lectures/Platon-De-l-autorite,a233297.html)
Ce nouveau monde est aux portes de la Ville. Les Sept Cavaliers partent au-devant de cet ennemi intérieur et finiront par rencontrer cet autre nous-même que Tocqueville nous décrivait si justement (http://pikkendorff.kazeo.com/Citations-notees-de-mes-lectures/Tocqueville-Panem-circenses,a37061.html).
Quand ce monde nous aura tellement rabaissés, cet autre nous-mêmes regardant la vie s'enfuir pourrait reprendre ses paroles.
‘'L'homme abaissa le regard sur sa propre personne et se découvrit sale, petit, laid, transi et affamé. Il chercha dans le fond de son coeur un vieux reste de haine et l'ayant découvert bien recuit, encore prêt à servir, compris une seconde fois qu'avec ceux qui partait, c'était la vie qui s'en allait.''
Si vous avez trois heures, passez à la bibliothèque et découvrez notre monde avec l'oeil de cet autre vous-même, si il vit encore.
1993, édité chez Robert Laffont
Jean Raspail (http://jeanraspail.free.fr/)
Lectori salutem, Pikkendorff
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
migdalmigdal   08 septembre 2020
Ils n'avaient pas fait dix pas que leur mémoire, soudain, sombra, le temps d'écarter le voile comme on franchit un banc de brume qui étouffe les sons et les choses. Désormais, ils étaient plus seuls encore, perdus au milieu d’une foule qui piétinait au bord d’un quai tandis qu’une infinité de bruits nouveaux et discordants se précipitait à leur rencontre. Arriva un long train déjà surchargé, composé de wagons à deux étages dans lesquels s'entassait une humanité aux visages mornes et fermés. Une voix métallique tombée du ciel annonça toute une série de gares dont les noms leur semblaient peu à peu familiers. Le cornette Maxime Bazin du Bourg fit un au revoir de la main et grimpa dans un wagon. Bientôt la foule les sépara. La dernière pensée du colonel-major comte Silve de Pikkendorff avant de monter à son tour dans le train fut, bizarrement, de remarquer que la puissante locomotive ne produisait aucune fumée...


Deux ou trois stations plus loin, le hasard des mouvements de voyageurs entrant ou sortant du wagon les rapprocha à nouveau l’un de l'autre. Ils se tenaient debout, épaule contre épaule, s'agrippant à la même barre d'appui plus graisseuse qu'une table de cantine.
⁃ On se connaît ?
⁃ On s'est vus.
⁃ Comment vous appelez-vous ? Moi, c'est Silve.
⁃ Moi, c'est Maxime.
⁃ Ça ne s'améliore pas, là-dedans.
⁃ Ah non! C'est de plus en plus dégueulasse.

De nombreuses banquettes avaient été lacérées. Le sol était recouvert de déchets, les parois maculées de peinture. Les voyageurs évitaient de regarder. Ils évitalent aussi de se regarder. Les femmes qui se croyaient jolies étaient laides et celles qui étaient belles s'enlaidissalent. Des mendiants passaient, se succédant, l’air agressif ou implorant, selon. Il y avait des pieds posés sur des sièges que lorgnaient de pauvres vieillards debout souffrant de leurs articulations.
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PchabannesPchabannes   17 octobre 2009
‘’Qu'avait donc écrit Osmond, l'évêque, à la première page de son calepin noir, à propos des sept cavaliers quittant la Ville au crépuscule, tête haute, sans se cacher, car ils ne fuyaient pas, ils ne trahissaient rien, espéraient moins encore...? C'était cela: l'espérance! Ils avaient cru tuer l'espérance, ils en avaient vidé leur âme comme on expulse un air vicié pour respirer enfin plus à l'aise, sans passé et sans avenir, sans mémoire, à l'exemple du chevalier de Dürer, éternel et inexpugnable, et voilà que l'espérance les avait ignoblement rattrapés, qu'elle était venue se rappeler à eux sous la forme de cette malheureuse fleur qui pourtant expirait sous leurs yeux et qu'ils en avaient célébré le symbole comme un assoiffé, dans le désert, découvrant une source et remerciant son créateur... Voilà ce qui leur était arrivé. Est-ce que cela ne leur suffisait pas qu'ils eussent chacun, au fond du cœur, une secrète espérance cachée ? Quel besoin avaient-ils ressenti, venu d'où, et de quelle façon, de s'en trouver une autre en commun à propos d'un détail infime, à propos de rien, c'est-à-dire à propos de tout, l'Espérance avec un grand E, l'insondable vertu d'espérance qui accompagne l'homme dès sa naissance et qui lui colle à la peau comme une illusoire cuirasse ? Elle les avait saisis par surprise. Peut-être ne les lâcherait-elle plus, à moins que la nuit ne l'emportât, comme elle emporte tant de choses. Silve pesta contre lui-même. Il s'était fait avoir comme un bleu... Il songea au cadet Vénier. Un bloc de pierre, ce garçon. A peine seize ans, et, déjà, d'une souveraine insensibilité. Au moins le plus jeune d'entre eux avait-il échappé au piège. Là-dessus Pikkendorff s'endormit.’’

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migdalmigdal   09 septembre 2020
- Je descends là. Et vous ?

- Un peu plus loin.

- On se revoit ?

- Je prends ce train presque tous les jours, le wagon de queue, de préférence. C'est le moins bondé, donc le moins sale, parce que le plus éloigné de la sortie.

- Je le prends aussi assez souvent. Sans indiscretion, qu'est-ce que vous faites, dans la vie ?

- J’ai quitté l'armée, dit Maxime. C'est bouché et ça ne sert plus à rien. Je bricole. Je vends de l'assurance. Je m'ennuie. Et vous ?

- Moi, j'écris. J'essaie d'écrire. C'est tout aussi bouché et ça ne sert tout autant à rien...

Ils se retrouvèrent de temps en temps, wagon de queue, ligne A, la main sur la barre d'appui poisseuse, isolés comme dans une bulle d'air pur au milieu de cette foule. Ils se disaient des tas de choses.
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migdalmigdal   07 septembre 2020
Le monde extérieur est muet, comme s'il était devenu soudain aussi vide que les salons de ce château. Les ambassadeurs ont filé dès qu'ils ont connu le départ de Myriam. Je ne peux le leur reprocher. Ils ont dû penser que j'allais la suivre. Aucun n’a pris le temps de prendre congé, à l’exception de mon vieil ami l'ambassadeur des Vallées qui m'a dit en partant cette phrase curieuse : « C'est la fin du monde rêvé... » J'imagine qu’il entendait par là que le monde n’attend plus rien de nous, même pas le rêve. Et, d ailleurs, a-t-il jamais attendu quelque chose de nous ? Ou bien est-ce nous qui l'avons rêvé ? C'est ce qu'on appelle le destin des nations. Elles se font des illusions...
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Eric76Eric76   31 mai 2021
Sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule, face au soleil couchant, par la porte de l'Ouest qui n'était plus gardée. Tête haute, sans se cacher, au contraire de ceux qui avaient abandonné la ville, car ils ne fuyaient pas, ils ne trahissaient rien, espéraient moins encore et se gardaient d'imaginer. Ainsi étaient-ils armés, le coeur et l'âme désencombrés scintillant froidement comme du cristal, pour le voyage qui les attendait. Sur l'ordre du margrave héréditaire, simplement, ils allaient, ils s'étaient mis en mouvement et le plus jeune d'entre eux, qui n'avait pas seize ans, fredonnait une chanson...
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Lecteurs ! Vous allez embarquer sur un navire étrange, un bâtiment littéraire. Il a largué les amarres il y a cinquante ans, à moins que ce ne fussent cinquante siècles (mais les faire-part de naissance importent-ils, en littérature ?). C'est un vaisseau de légende. L'équipage ? Des hommes inaptes à la vie moderne. Son port d'attache ? La mélancolie ou la lucidité, ce qui revient au même. Sa destination ? Tout horizon perdu. R. Laffont
https://www.laprocure.com/bas-loin-loin-jean-raspail/9782221157473.html
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