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EAN : 9782707317995
80 pages
Éditeur : Editions de Minuit (14/02/2003)

Note moyenne : 3.05/5 (sur 19 notes)
Résumé :

Après avoir respiré des vapeurs nocives dans l’imprimerie où il travaille, Monsieur Carossa tombe malade. Par crainte d’un licenciement, il demande au médecin le silence...

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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
oiseaulire
  30 août 2019
Dans ce court roman, Yves Ravey évoque la condition ouvrière des années 60 à 70 à travers la maladie professionnelle qui frappe le père du narrateur : combien d'hommes ont ainsi sacrifié leur santé et leur vie à leur sens viril du devoir ? rapporter un salaire, ne jamais se plaindre des conditions de travail, ne pas plier devant le mal, ne pas manquer à la parole donnée à l'employeur, ne pas se protéger des substances toxiques afin de montrer son invulnérabilité. Jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Ce livre m'a rappelé le livre d'Edouard Louis "Qui a tué mon père ?". Mais ici pas de réquisitoire, seulement un style descriptif, neutre, une écriture blanche et sans affect, en apparence.
Ce qui est mis en relief avec la même vigueur dans les deux oeuvres, c'est l'exploitation cynique par le capitalisme du sens de l'honneur et des responsabilités qu'entraîne le fait d'être un homme, un homme véritable dans la société patriarcale ouvrière : on attend de lui, et ça arrange bien tout le monde, qu'il serre les dents, ne pose pas de problème au patron et nourrisse sa famille. Fièrement, en silence. C'est son devoir, c'est sa raison d'être. En échange, il aura le droit de plastronner, c'est lui le chef de famille incontesté, on devra lui tolérer quelques mensonges. Déjà gravement atteint et incapable de travailler, le père du narrateur "demande (à son épouse) pourquoi elle cherche du travail, c'est à lui de nourrir la famille, pas à elle, c'est presqu'insultant."
Le personnage de la mère est sublime aussi de dignité. Elle ne gémit pas, ne pleure pas, parle à son mari mourant en repassant et en chantonnant. On la croirait insensible, alors qu'en fait "elle est partie avec lui. Elle est devenue une ombre. Sans parole, sans corps, quelque chose qui pense et qui erre."
Chez les petites gens, on fait face, toujours.
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Herve-Lionel
  30 juillet 2015
N°944– Août 2015
LE DRAP – Yves Ravey – Les éditions de Minuit.
Dans ce livre, le narrateur, bizarrement baptisé Lindbergh, comme l'aviateur, évoque les derniers mois de son père, Roger Carrosa. C'est le genre d'homme qui n'a jamais été malade, qui a toujours travaillé et qui ne connaît pas l'arrêt-maladie. Il laisse cela aux parasites qui se font embaucher pour profiter du protecteur système de santé. Pour lui le travail c'est une valeur. Il l'a pratiqué toute sa vie, d'abord comme serrurier, comme son père, où l'atmosphère d'atelier était nocive, puis plus tard à l’imprimerie où il s'était fait recruter et où il a respiré des vapeurs de plomb. C'était dangereux mais l'habitude lui tenait lieu de protection. Il en fallait d'autre pour le terrasser. Il avait même peint l'intérieur d'une cuve au pistolet sans masque, pour rendre service sans doute. C'est aussi pour cela qu'il a accepté de prendre le chien du directeur du personnel parti en vacances. Il ne sait pas dire non, il est toujours disponible. Et puis les copains c'est sacré quand ils lui doivent quelque chose, il attend leur bon vouloir, parfois longtemps et ne réclame jamais. On peut appeler cela de la naïveté ou peut-être autrement mais pour lui c'est normal. Il prend le médecin de haut qui parle d'analyses, de médicaments, d'hospitalisation. Pensez, c'est la première fois de sa vie ! C'est le genre d'homme à n'être jamais malade.
A son épouse qui a toujours vécu dans son ombre, il reproche de chercher du travail, on ne sait jamais, si les choses tournaient mal. De tout temps, un homme a toujours « fait vivre son épouse » comme on disait, et ce n'est pas maintenant que cela va changer. La tradition, toujours, et une femme, c'est fait pour rester à la maison ! Elle voudrait bien que tout cela change, mais elle se soumet. Elle a toujours obéi à son mari, surtout quand ce dernier a accepté, à la demande de son père, de reprendre la serrurerie familiale. II pouvait aller travailler à l'usine, ils auraient vécu en ville et cela aurait été autre chose, une autre vie...Il a des plaisirs bien simples, la pêche dans le Doubs, l’harmonie municipale dans laquelle il joue du saxophone et le PMU qui ne distille pour lui qu'un espoir illusoire.
La camarde a été la plus forte, elle l'est toujours. Avec lui, elle y a mis les formes, a annoncé sa venue, cela a duré 6 mois puis ce fut le cérémonial de la mise en bière, de la toilette, de l'enterrement. Pour partir dans l'autre monde sa femme a tenu à ce qu'il soit bien vêtu, comme il ne l'a d’ailleurs jamais été, avec costume, chemise blanche et chaussures cirées, décoration de prisonnier de guerre et médaille de l'harmonie municipale. Là aussi, la tradition. Puis ce fut son tour à elle, peu de temps après parce qu'ayant toujours vécu avec lui, elle ne pouvait lui survivre longtemps ;
J'ai récemment croisé les romans d'Yves Ravet que je ne connaissais pas. La grande économie de mots, le minimalisme dans les descriptions et les évocations qui le caractérisent, la brièveté de ses romans, m'interpellent. Ce n'est pas que je n'aime pas, mais cela tranche sur ce que j'ai l’habitude de lire ; j'aime les écritures plus fluides mais il m’apparaît que cette manière d'écrire colle bien à ce dont il parle. Il n'est pas nécessaire d'employer de grands mots pour évoquer des situations quotidiennes. En effet, cette histoire est banale, mais, je ne m'explique pas pourquoi, elle m'a ému par sa simplicité, par son caractère humain, suranné peut-être ? Elle évoque des clichés d'un autre temps, des valeurs familiales qui, si elles sont contestées aujourd'hui, ont inspiré, à tort ou à raison, la vie de nos aïeuls. Le thème c'est évidemment le père, son absence, mais aussi la brièveté de la vie, son côté quotidien, dérisoire.

Hervé GAUTIER – Août 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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JimmyCz
  07 juin 2015
Quatrième de couverture :
Après avoir respiré des vapeurs nocives dans l'imprimerie où il travaille, monsieur Carossa tombe malade. Par crainte d'un licenciement, il demande au médecin le silence. Et puis, un jour, il ne se lève pas. Comme un animal écrasé sur la route, il gît, à même le drap.
J'ai été déçu. L'histoire est intéressante et les personnages ont un caractère bien installé, ce qui est un atout dans un récit assez court.
Cependant, l'émotion est difficilement transmise car deux points m'ont particulièrement gêné :
- le style est trop descriptif, nous passons d'actions en actions en une sorte d'énumération permanente ce qui casse la fluidité de l'histoire et laisse une impression de rapport médico-légal. C'est un parti pris sans doute volontaire mais cela m'a personnellement laissé de côté.
- l'absence de structures dialogiques ou de ponctuation qui l'accompagne. D'habitude la structure d'un récit composé uniquement de propos rapportés ne me dérange pas trop, mais présentement c'est associé à une énumération d'actions qui prend déjà beaucoup de place. On se retrouve avec deux énumérations associées pour toute narration.
Pour compléter l'absence de pensée ou de réflexion des personnages peut laisser un sentiment de superficialité de l'histoire.
Il y avait un potentiel qui est selon moi inexploité.
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Marti94
  29 décembre 2015
« le Drap » écrit par Yves Ravey est un livre sur la maladie, la fin de vie et le deuil. Il est bouleversant car le texte dit avec simplicité et dépouillement l'ultime combat d'un père avec la mort.
Le narrateur est le fils. Il raconte l'agonie de son père qu'il admire sans le dire. Il était ouvrier dans une imprimerie et il a été empoisonné par les produits toxiques qu'il a manipulés. Ce père va taire son mal tant par devoir que par amour propre, demandant à son médecin le silence, jusqu'au moment où il est trop tard.
C'est un beau texte sur la vulnérabilité de l'homme mais aussi sur le monde ouvrier des années 60.
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Lucioledanslalune
  25 octobre 2012
Yves Ravey, par le biais de son personnage, Lindbergh, un jeune homme, raconte son père, où plutôt les derniers mois de son père dans ce très petit roman poignant au style minimaliste et dépouillé. Presque dérangeant de vérité. Son père, ouvrier dans une imprimerie, a respiré des produits toxiques, en faisant de la peinture pour son entreprise. Alors sa santé se dégrade. le père, la mère, le fils, tout le petit monde est ébranlé, mais personne n'en parle vraiment.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
infoliofrinfoliofr   23 juillet 2011
Mon père ne travaille plus, depuis une semaine. Le matin, il reste assis à la cuisine, devant son bol de café. Il penche la tête, le coude sur la table, la main sur le front. Le médecin lui a signé un arrêt-maladie de quinze jours. Il a dit, vous devez consulter des spécialistes à l'hôpital, monsieur Carossa. C'est inutile, l'hôpital, a répondu mon père. Je n'ai jamais vu un docteur de ma vie, je n'ai jamais été malade.
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infoliofrinfoliofr   23 juillet 2011
Il installe au rez-de-chaussée des plaques d'imprimerie avec des images en négatif, et des piles de livres, des encyclopédies mises au rebut, offertes par le directeur du personnel, une pleine remorque tirée par la camionnette du service de maintenance. Il entasse les livres et des pièces de rotatives sous les escaliers.
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Herve-LionelHerve-Lionel   30 juillet 2015
Mon père gisait,à même le drap, comme un animal écrasé sur la route.
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Marti94Marti94   29 décembre 2015
Je suis fatigué, soupire-t-il, et il part se coucher. Demain il voudrait retourner au travail.
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Videos de Yves Ravey (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yves Ravey
Yves Ravey vous présente son ouvrage "Adultère" aux éditions de Minuit. Entretien avec Marie-Aurélie Buffet.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2504995/yves-ravey-adultere
Note de musique : © mollat
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