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Nancy Huston (Autre)
EAN : 9782232145469
256 pages
Editions Seghers (08/02/2022)
4.2/5   5 notes
Résumé :
« En publiant ce livre, les éditions Seghers nous offrent un cadeau rarissime : une voix poétique que l’on peut classer parmi les plus grandes du XXe siècle, mais à peu près inconnue. » (extrait de la préface de Nancy Huston)
Réunies pour la première fois en un seul volume, les poésies écrites par Grisélidis Real tout au long de sa vie (de l'âge de treize ans à sa mort) forment une œuvre d’une cohérence et d’une force rares. A la mesure d’une vie hors du comm... >Voir plus
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
karamzinkaramzin   02 avril 2022
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J'aime l'Être immatériel ...
(Aux trois Idoles Hindoues / A celui qui les sert)

J'aime l'Être immatériel / Cristallisé dans un paysage de jade / La fluidité de ses gestes / L'orbe musical de son sourire / L'eau de ses yeux où se reflète le silence / Son parfum d'ambre endormi dans la mer / Le son voilé des cloches nocturnes de sa voix / Son visage lunaire / Où battent les fougères magiques de son sang / Son cœur aux sept épines de cristal / D'où ruissellent des fleuves de lumière / L'amande de son corps / Enfouie au plus profond de la Terre / Ses mains fermées, anémones de glace / Qui gardent le mystère / Où brûle le dragon solaire de mon cœur.
— G.Réal, 29 ans / Poèmes de jeunesse, p.29


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Cantique de la délivrance

Lundi le huit juillet Signe de l'infini / A huit heures du matin je descends dans l'arène / Après cent quarante jours de jeûne et de silence / Après cent quarante nuits de solitude / J'ai désappris le soleil la parole et la confiance / Je suis livrée aux lois comme l'os devant les chiens / Je suis seule devant l’œil et la multitude / Je ne sais ni sourire ni mordre ni pleurer / La lune et les étoiles ont gelé / Dans l'aube morte des paysages intérieurs / J'ai apporté ici pour ma défense / Un Ange un Démon une Reine et un Enfant / Que nulle force humaine ne pourra écraser

Mon angoisse est portée par les ailes de l'Ange / A travers les brisures translucides des larmes / Au-delà de la boue constellée de la honte / Il lève cristallisé sur une de ses mains / L'espoir comme une colombe / Ses ailes flamboient comme des épées / Sa robe rouge a subi le baptême de sang / Sur son visage fraternel / D'anciens tourments s'allient au parfum du sourire / Son geste appelle la paix / Ses pieds libèrent le monde / De la peur, du mensonge et de la servitude

Le Démon se déplie sur un brouillard de cendres / Sa force déchire l'espace / Le long de son corps montent / Les bêtes mystérieuses du ventre de la terre / Blessées par vos sarcasmes / Les épines des ailes / Coupent comme des couteaux à l'heure de la justice / Il a les griffes d'un tigre les cornes d'un taureau / Et la puissance occulte des mages de la nuit / Il brûle et carbonise / Tout ce qui ternit l'eau magique du regard / Il hait l'hypocrisie / Aucune des restrictions que vous faites à la vie / N'a grâce devant lui.

Assise sur son trône droite comme un lys noir / La Reine est prisonnière du silence des nuits / Les étoiles de plume la frôlent de leurs ailes / Et l'oiseau de son rêve / Pétrifié dans son vol alourdi de diamants / Tombé sur ses genoux s’incruste dans sa robe / LE RÊVE EST INTERDIT au seuil de la mémoire / Et comme un fruit cueilli par la main du sommeil / Retombe et se détruit / Le temps bleuit l'espace / Et les remous glacés de l'oubli s'amplifient / Et meurent sur les rives / Du Néant sans limites / Où les soleils brisés plongent leurs rayons rouges /
Les serpents-arbres aux longs corps ondoyants / Chargés de fruits, d'épines, de fleurs et de feuillages / Au son des flûtes protègent la Reine et l'Enfant / Du fond des âges monte l'enchantement / Qui donne au songe la couleur de la vie / La peur est périssable / Et les lois sont fragiles / Jugez et condamnez vous ne saurez détruire / La puissance des plantes / Et la violence du sang / Qui pousse dans les tiges et crie dans les feuilles / Jugez et condamnez / La magie de la terre est plus grande que l'homme / Le secret de sa force est l’œuvre du Soleil.
— G.Réal, 34 ans / Poèmes de prison, p.99


...
Bleu

Le crépuscule est blond au front des arbres noirs / Filigrane mouvant dans la clarté du soir
Méduse abandonnée sur un lit d'hôpital / Le ressac de ma vie se brise dans ma gorge
Les nuages vautours vont dévorer l'espace / Où je ne serai plus qu'un flocon de sommeil
Je vais donc m'effacer dans la beauté des feuilles / Dans la férocité de l'été cannibale
Dans le varech spongieux du ventre de la terre / Pourriture broyée dans la dernière forge
Un océan de fleurs jaillira de mes cendres / Ballet nacré des lys au parfum onirique
Hortensias au sang bleu, roses échevelées / Chardons porteurs d'épines aux lames meurtrières
Dahlias pourpres, œillets blancs, giroflées d'or brûlé / Tournesols lourds de graines défiant le soleil
Qu'on laisse sur ma tombe une vasque de pierre / Où les oiseaux viendront boire dans la lumière
Une eau si pure qu'elle aura le bleu du ciel.
— G.Réal, 73 ans / Poèmes de la fin, p.185
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pgremaudpgremaud   20 février 2022
Le cycle de la Vie

Jouez, enfants, dans la lumière
dit la Vie au rire argentin,
Ne soyez soucieux ni austères,
Mais ivres d'espoir et de joie
comme fleurs écloses au matin.

Chantez, jeunes femmes aux yeux clairs
L'Amour se lève à l'ombre du cœur
Laissez-le éclairer votre voie
Laissez s'envoler la douleur
Ne buvez à la coupe amère.

Laissez couler, femmes mûres,
Vos larmes après la haine ;
Piétinez vos âpres souffrances
Espérez, vous redit la Vie
Enterrez vos rêves et vos peines.

Eteignez, vieilles, de l'Existence,
Et du Refus, le pâle flambeau
Du cœur fermez la fenêtre,
Pensez à ce qui fut beau
Et bénissez ce qui va l'être.
(Grandvaux, 15 avril 1942)
+ Lire la suite
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pgremaudpgremaud   18 février 2022
Ô nudité visible
De la poussière dans le soleil
Tu danses et te déplies
Tu brûles et tu t’éteins
Tu joues le jeu
De la lumière
Et tu t’enlises
Dans le creux de mes mains
Sœur du silence
Des après-midi clairs
Fille du feu
Cendre du ciel
Or de l’oubli
Qui neige sur l’absence
Et sur mon corps
Tu es le sang des heures
Qui t’ont donné
Leur transparence.
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coco4649coco4649   24 février 2022
Femme



À tous mes Amants,
présents et futurs

Je dis Aube
Ma douche est l’oiseau du sommeil
À minuit mes mains se déplient
De leur chrysalide charnelle
Un rêve obscur jaillit
Les fruits de mes seins éclatent
Et répandent leurs graines
Pour féconder la terre
Et consteller le vent
Je suis l’Unique
Indivisible
Et multiple
Je renais chaque nuit
Sculptée par vos caresses
Et guide vos visages
Vers de secrets univers
Méduse au corps de soleil
Où vous brûlerez vos ailes
Venez goûter à ma chair
Pareille à la grenade
Je vous donnerai l’oubli
Qui vous rendra éternels.

Genève, le 1er septembre 1965
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seb_sam_bseb_sam_b   12 mai 2022
ℙ𝕣𝕚𝕤𝕠𝕟𝕟𝕚è𝕣𝕖 𝕕𝕖 𝕙𝕒𝕦𝕥𝕤 𝕞𝕦𝕣𝕤

Prisonnière de hauts murs
Au cœur d’une ville sans visage
J’écoute chanter le silence
Printemps invisible, Oiseaux,
Bruits sans corps, cris sans bouches,
Vous qui frappez de vos souffles
La harpe noire tendue
Sur l’eau nocturne de ma fenêtre
J’ai oublié vos noms
La couleur de vos rires
Et les gestes des vivants.
Tombé dure et obscure
Qui abolis ma vie
Dans ton ventre de pierre
Un jour je briserai tes murs avec mes dents
Et je ravagerai les forêts
Je courrai les bêtes inconnues
Je cueillerai la lue dans les arbres
Toute verte de pluie
L’herbe et la terre m’ouvriront leurs voies
Plus subtiles que l’air
Je serai saoule du délire des vents
Dans le sang des étoiles
Liberté tu seras mon amant.

1963
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Videos de Grisélidis Réal (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Grisélidis Réal
« […] une voix poétique que l'on peut classer parmi les plus grandes du XXe siècle, mais à peu près inconnue. […] personne ou presque n'a entendu parler de « Grisélidis Réal, poète ». Et pour trois raisons. Primo, elle n'est pas française mais suisse. Secundo, en tant qu'écrivaine, presque toutes ses publications relèvent d'autres genres que la poésie : roman, correspondances, carnets, journal intime, sans parler de ses nombreux articles et interviews, alors que ses poèmes n'ont été édités que de façon sporadique et fragmentaire. Tertio, elle a surtout défrayé la chronique en tant que prostituée. […] - Une pute poète ?? […] Lisez seulement. […] Grisélidis Réal (1929-2005) - ce n'est ni son nom de plume ni son nom de guerre, mais son vrai nom - est […] l'aînée de trois filles d'un couple d'intellectuels : père linguiste, grand spécialiste du grec ancien, mère professeure de français et amie des arts. Pris séparément, ni la naissance dans une famille d'intellectuels aisés, ni le fait d'avoir longuement pratiqué le métier de travailleuse du sexe ne vous prédisposent à devenir poète. […] un troisième ingrédient est indispensable : le malheur. […] dans la vie de Réal il frappe tôt : une maladie emporte son père adoré quand elle n'a que huit ans. […] […] le malheur persiste : à quatorze ans, des douleurs aux poumons obligent Grisélidis à faire un séjour loin de sa famille, dans un sanatorium pour enfants. Dès qu'elle revient à la maison, sa mère lui impose une surveillance maniaque et une discipline de fer. Avide de voir ses trois filles devenir de parfaites épouses, mères et femmes au foyer […], elle marque du coin de ses tabous calvinistes non seulement le plaisir érotique, mais toutes les formes de plaisir. […] À vingt-trois ans, amoureuse d'un peintre, elle tombe enceinte, se marie et donne naissance à un fils. Or le peintre en question déclare n'aimer ni le mariage ni les enfants. À partir de là, elle va explorer les bas-fonds […]. Frigidité, psychothérapie, fausses couches, maternité solitaire, avortements, désespoir, antidépresseurs, alcool. […] À trente ans, divorcée, elle se retrouve avec quatre enfants de trois pères différents. On lui enlève les enfants. Elle songe à se supprimer. Terrassée par la tuberculose, c'est au sanatorium de Montana, dans le canton du Valais, que Grisélidis trouvera en tâtonnant son vrai chemin de poète. Il passe par la prostitution […]. Une autre femme doit advenir. Va advenir. […] […] elle traverse encore plusieurs années difficiles. Recherche d'emploi, lutte avec l'hydre à mille têtes de l'administration suisse pour le droit d'élever ses enfants, histoires d'amour, retour, la mort dans l'âme, à la prostitution, maladies nombreuses et variées. […] En 1975, Réal rejoint la lutte des prostituées en France et décide de mettre sa vie au service de cette cause. […] son engagement militant aux côtés des travailleuses du sexe va exclure radicalement la poésie. Entre 1975 et 2002 […], le hiatus dans sa création poétique est total. En 2002, on lui diagnostique un cancer grave… et la poésie de renaître en beauté. […] Elle n'en sortira plus : ni de la grande maladie, ni de la grande poésie. […] La conscience de la mort est omniprésente. Et avant de trépasser, elle va se surpasser. […] Quatre ans après sa cérémonie d'obsèques dans un cimetière ordinaire, les restes de Réal ont été transférés au cimetière des Rois à Genève, réservé aux citoyens ayant contribué notoirement à l'histoire de la ville. C'est une des très rares femmes à y être ensevelies. Elle gît entre Jean Calvin (1509-1564), son ennemi préféré de toujours, et Jorge Luis Borges (1899-1986), une de ses idoles en poésie. […] » (Nancy Huston)
Le Cycle de la Vie
Jouez, enfants, dans la lumière dit la Vie au rire argentin, Ne soyez soucieux ni austères, Mais ivres d'espoir et de joie comme fleurs écloses au matin.
Chantez, jeunes femmes aux yeux clairs L'Amour se lève à l'ombre du coeur Laissez-le éclairer votre voieLaissez s'envoler la Douleur Ne goûtez à la Coupe amère.
Laissez couler, femmes mûries, Vos larmes après la haine ; Piétinez vos âpres souffrances. Espérez, vous redit la Vie Enterrez vos rêves et vos peines.
Éteignez, vieilles, de l'Existence, Et du Refus, le pâle flambeau Du coeur fermez la fenêtre, Pensez à ce qui fut beau Et bénissez ce qui va l'être.
Grandvaux, 15 avril 1942
0:04 - Poème de l'étoile de mer 1:22 - Prison 2:12 - Cantique de l'emprisonnement 4:01 - Requiem pour un Amour 4:33 - Oceano Nox 6:11 - Obsèques 6:51 - Générique
Référence bibliographique : Grisélidis Réal,
+ Lire la suite
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