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EAN : 9782070135394
384 pages
Verticales (29/09/2011)
4.79/5   7 notes
Résumé :

Ce recueil rassemble des textes inédits, retrouvés après la mort de Grisélidis Réal en 2005. Outrequelques précieux manuscrits et projets d’articles, la majeure partie de l’ouvrage puise dansl’abondante correspondance de l’auteur, conservée à la Bibliothèque Nationale de Berne.Parmi les destinataires retenus, quelques écrivains vaudois, dont son ami et protecteur MauriceChappaz, le pein... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
ATOS
  28 juin 2016
« Mon cher Maurice,
Erika m'a téléphoné hier et m'a dit qu'elle t'avait vu, elle était très contente. Quant à moi j'ai été reprise et engloutie par les tourbillons où je dois me débattre chaque nuit. Je mets tout mon espoir, ma volonté en ce 1er juillet prochain où je serai délivrée. Vois tu Maurice, tu n'as peut être pas compris vraiment ce que c'est pour moi, tout ça.
Loin d'être une partie de plaisir, c'est bien plutôt une torture, la démolition de l'âme et du corps. »
Grisélidiss Réal, mémoires de l'inachevé, extrait.
Sommes nous prédisposé à vivre ce nous vivons ? Pour quelle raison a t elle connu l'enfer a t elle fait naître une galaxie entière ?
D'où le vient cette fulgurance, cette beauté primale, cette force, cet instinct ?
Besoin d'amour, urgence de liberté.
« Chaque matin, à l'aube, quand je vais au lit, épuisée, il me semble qu'un troupeau de pourceaux m'a passé dessus, qu'ils m'ont piétinée, meurtrie, bavé dessus, craché sur mon visage, dans mes yeux, mes oreilles, ma bouche. C'est une sensation d'humiliation et d'horreur, qui me pousserait au-delà de la nausée jusqu'au meurtre. Oui je pourrais facilement, très facilement tuer si je me laissais aller. »
Elle est de celles qui sont blessés de longtemps. de celles qui transforment les larmes en étoiles. de celles qui sont heureuses comme des folles d'exister.
De celles qui respirent de voir l'enfant jouer devant la fenêtre. Qui sourient à tous les soleils futurs.
De celle qui écrivent des lettres comme pour faire des trous dans les murs. Pour respirer, pour crier, hurler, bercer, consoler, maudire, voir et parler et nous regarder.
Des adresses d'amitié d'amour et de tendresse. Putain et prisonnière mais peintre poète, écrivain. Maitresse amante, et pleine mère guerrière.
La prison. La drogue. La faim. La peur. La traque. La trique. La fuite…
Et quand on lit cette correspondance quelle joie, quel bonheur !
Quel espoir toujours réactivé. Quelle confiance en la vie, quel regard sur l'humanité. Quelle innocence préservée.
Quelle combativité. Ordre Moral, curé, armée, poulailler. Elle reçoit des coups mais elle sait en donner.

Comment a t elle fait cela ? sauver ce qui en nous est le plus précieux ?
comment a t elle fait pour qu'ils ne lui massacrent pas son innocence ?
Lucide oui. Tourmentée blessée à jamais. Naïve jamais.
Mais tellement jeune dans ses élans. Oui flamboyance. Eclat, couleurs, vibrations, mouvement.
La vie plein la gueule, à pleine dents, à coups de crocs.
Mais lire, peindre ecrire, aimer toujours, prendre soin.
Dire l'injustice, l'injustice de l'étroitesse des corps, de cruauté denos vies, sauvegarder la Beauté.
J'ai pris le parti de lire cette correspondance avant tout autre lecture de Grisélidis Real.
Je crois que toute sa vie contient son oeuvre. Lettres, dessin, peinture, enfants, musique, tout est un chemin. Un chemin, une route, qui mène où bon nous semble de la retrouver .
« Les palais aux velours obscurs », « mort en sursis » et « Lili » sont des textes étonnants.
Grésilidis, la tzigane, la gitane, la libre, la flamboyante.
« Oui moi
Moi l'enfant
Vous m'avez donc volé ma peau
Lié mes mains
Scellé mon sexe
Vous m'avez dérobé l'amant de mes huit ans et l'amante de mes quatorze ans
Vous m'avez rendue frigide suicidaire paranoïaque
et Putain
Je vous vomis papa mama caca gaga
Le foutre aux tombes
La Merde au coeur
La Mort au cul
et l'âme aux chiens.
Qu'on m'exorcise moi je veux tous les corps contre le mien
Bites bouches couilles cul tripes con vagin langues doigts
Mimosa violettes algues prunelles grenades
Orange amère mon père ma mère ma soeur mon frère
Qu'on m'ouvre enfin le ventre
Qu'on y foute l'univers
Tant que nous n'aurons pas éjaculé nos morts
La vie n'est pas possible. »

Grisélidis Real c'est une flamme, un brasier, une étoile hurlante, vibrante, battante.
On a rarement lu chose pareille. Et c'est un véritable bonheur que de vivre des instants de lecture comme celui là.
Astrid Shriqui Garain

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vegalia
  01 avril 2013
Prostituée, femme, mère, citoyenne, écrivain, poétesse, malade, Grisélidis a eu plus d'une vie, à jouer plus d'un rôle dans une existence grise. Grise car ni toute noire, ni toute bleue car elle a rencontré des gens qui l'ont aimée, reconnue à sa juste valeur, elle a toujours pu s'en sortir et nourrir ses gosses mais elle n'était pas heureuse totalement à cause de la prostitution qui la minait.
Malade, pauvre mais riche en idées, en émotions, en sensations. Dans ces lettres elle alterne critique d'une société acerbe, violente, d'un métier qui la dégoute mais qui la fait vivre, critique de ses amants qui la délaissent et passages très crus, vulgaires sur le sexe qu'elle pratique sans plaisir mais avec application. Cette femme a été toute sa vie une écorchée vive qui a plus survécu que vécu. Vous l'aimerez ou pas mais vous ne serez pas indifférente devant cette souffrance et ce mal-être mis en parallèle avec une grande soif de vivre.
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Emmanolo
  17 novembre 2019
Quelle femme! A la vie éprouvante et violente, mais toujours en quête de liberté et d'altruisme, pour ne pas dire d' Amour pour tous les êtres... Ce livre nous montre ses combats, acharnés et sans concessions pour la justice, la compassion et la beauté de l'humain.
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critiques presse (3)
LeMonde   04 novembre 2011
Dans une Europe francophone qu'on sait très vigilante de qui a le droit aux mots imprimés et qui doit confier sa parole aux instruits, Réal parle de chez les damnés, directement. Elle n'a besoin d'aucun spécialiste, ni sociologue ni psychiatre, pour se dire : ce qu'il lui faut, c'est un lecteur.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   02 novembre 2011
Ecrivaine et prostituée : ainsi se revendiquait Grisélidis Réal. [...] Essentiellement composée de lettres - à ses amis, tel le poète Maurice Chappaz, à ses amants, à ses enfants... -, l'anthologie Mémoires de l'inachevé offre à suivre son parcours, à entendre sa voix, tendre ou passionnée, posée ou crue, toujours franche, directe.
Lire la critique sur le site : Telerama
Bibliobs   07 octobre 2011
Voici rassemblée la correspondance bouleversante de Grisélidis Réal, la Genevoise qui écrivait avec fougue et tapinait avec plaisir. […] Si elle s'est beaucoup allongée, elle ne s'est jamais plus couchée que dans cette Correspondance où elle se donne sans compter, et sans qu'on la paie.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
EmmanoloEmmanolo   27 novembre 2019
Pour vous dire la vérité moi je ne sais pas écrire, je le fais instinctivement, plutôt mal que bien, c'est uniquement pour me faire du bien et ne pas étouffer car dans la vie on ne peut ni hurler, ni mordre, ni tuer, pour se venger de certaines choses. Il faut bien se défouler dans le peinture et l'écriture...
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EmmanoloEmmanolo   27 novembre 2019
tu l'as vu, je rentre à deux ou trois heures du matin exténuée, il faut se lever à sept heures et demie pour envoyer les enfants à l'école, après je me rendors mais ensuite, il faut perdre tout le temps qui me reste avant le retour des enfants (à 18h30) à courir les régies, les bureaux sociaux, et puis faire la lessive, raccommodages des enfants, cuisine, commissions etc. Et le soir quand les gosses sont couchés et que j'ai fait la vaisselle et vidé la lourde baignoire en plastique du bain, il faut encore sortir en tremblant d'angoisse de se faire prendre par la police, et si je rencontre par miracle "quelqu'un de bien" il faut l'amener dans cet horrible endroit que je ne t'ai pas montré, une sorte de cave humide et sombre où il y a juste un lit et de l'eau froide.
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EmmanoloEmmanolo   27 novembre 2019
J'obéis à une grande étoile tzigane qui s'est levée sur moi et je ferai des peintures de plus en plus étranges, avec des couleurs dévorantes et scintillantes, des choses qu'on n'a jamais vues, des dragons, des reines, de grands oiseaux magiques.
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Videos de Grisélidis Réal (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Grisélidis Réal
« […] une voix poétique que l'on peut classer parmi les plus grandes du XXe siècle, mais à peu près inconnue. […] personne ou presque n'a entendu parler de « Grisélidis Réal, poète ». Et pour trois raisons. Primo, elle n'est pas française mais suisse. Secundo, en tant qu'écrivaine, presque toutes ses publications relèvent d'autres genres que la poésie : roman, correspondances, carnets, journal intime, sans parler de ses nombreux articles et interviews, alors que ses poèmes n'ont été édités que de façon sporadique et fragmentaire. Tertio, elle a surtout défrayé la chronique en tant que prostituée. […] - Une pute poète ?? […] Lisez seulement. […] Grisélidis Réal (1929-2005) - ce n'est ni son nom de plume ni son nom de guerre, mais son vrai nom - est […] l'aînée de trois filles d'un couple d'intellectuels : père linguiste, grand spécialiste du grec ancien, mère professeure de français et amie des arts. Pris séparément, ni la naissance dans une famille d'intellectuels aisés, ni le fait d'avoir longuement pratiqué le métier de travailleuse du sexe ne vous prédisposent à devenir poète. […] un troisième ingrédient est indispensable : le malheur. […] dans la vie de Réal il frappe tôt : une maladie emporte son père adoré quand elle n'a que huit ans. […] […] le malheur persiste : à quatorze ans, des douleurs aux poumons obligent Grisélidis à faire un séjour loin de sa famille, dans un sanatorium pour enfants. Dès qu'elle revient à la maison, sa mère lui impose une surveillance maniaque et une discipline de fer. Avide de voir ses trois filles devenir de parfaites épouses, mères et femmes au foyer […], elle marque du coin de ses tabous calvinistes non seulement le plaisir érotique, mais toutes les formes de plaisir. […] À vingt-trois ans, amoureuse d'un peintre, elle tombe enceinte, se marie et donne naissance à un fils. Or le peintre en question déclare n'aimer ni le mariage ni les enfants. À partir de là, elle va explorer les bas-fonds […]. Frigidité, psychothérapie, fausses couches, maternité solitaire, avortements, désespoir, antidépresseurs, alcool. […] À trente ans, divorcée, elle se retrouve avec quatre enfants de trois pères différents. On lui enlève les enfants. Elle songe à se supprimer. Terrassée par la tuberculose, c'est au sanatorium de Montana, dans le canton du Valais, que Grisélidis trouvera en tâtonnant son vrai chemin de poète. Il passe par la prostitution […]. Une autre femme doit advenir. Va advenir. […] […] elle traverse encore plusieurs années difficiles. Recherche d'emploi, lutte avec l'hydre à mille têtes de l'administration suisse pour le droit d'élever ses enfants, histoires d'amour, retour, la mort dans l'âme, à la prostitution, maladies nombreuses et variées. […] En 1975, Réal rejoint la lutte des prostituées en France et décide de mettre sa vie au service de cette cause. […] son engagement militant aux côtés des travailleuses du sexe va exclure radicalement la poésie. Entre 1975 et 2002 […], le hiatus dans sa création poétique est total. En 2002, on lui diagnostique un cancer grave… et la poésie de renaître en beauté. […] Elle n'en sortira plus : ni de la grande maladie, ni de la grande poésie. […] La conscience de la mort est omniprésente. Et avant de trépasser, elle va se surpasser. […] Quatre ans après sa cérémonie d'obsèques dans un cimetière ordinaire, les restes de Réal ont été transférés au cimetière des Rois à Genève, réservé aux citoyens ayant contribué notoirement à l'histoire de la ville. C'est une des très rares femmes à y être ensevelies. Elle gît entre Jean Calvin (1509-1564), son ennemi préféré de toujours, et Jorge Luis Borges (1899-1986), une de ses idoles en poésie. […] » (Nancy Huston)
Le Cycle de la Vie
Jouez, enfants, dans la lumière dit la Vie au rire argentin, Ne soyez soucieux ni austères, Mais ivres d'espoir et de joie comme fleurs écloses au matin.
Chantez, jeunes femmes aux yeux clairs L'Amour se lève à l'ombre du coeur Laissez-le éclairer votre voieLaissez s'envoler la Douleur Ne goûtez à la Coupe amère.
Laissez couler, femmes mûries, Vos larmes après la haine ; Piétinez vos âpres souffrances. Espérez, vous redit la Vie Enterrez vos rêves et vos peines.
Éteignez, vieilles, de l'Existence, Et du Refus, le pâle flambeau Du coeur fermez la fenêtre, Pensez à ce qui fut beau Et bénissez ce qui va l'être.
Grandvaux, 15 avril 1942
0:04 - Poème de l'étoile de mer 1:22 - Prison 2:12 - Cantique de l'emprisonnement 4:01 - Requiem pour un Amour 4:33 - Oceano Nox 6:11 - Obsèques 6:51 - Générique
Référence bibliographique : Grisélidis Réal,
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