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EAN : 9782021092905
560 pages
Éditeur : Seuil (03/10/2013)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 8 notes)
Résumé :
Pendant les quatre cents ans que dura la traite négrière, du XVe au XIXe siècle, plus de quatorze millions de prisonniers africains réduits en esclavage traversèrent l'Atlantique pour devenir une main-d'oeuvre de masse, précieuse et gratuite. Illustre représentant de l'Histoire atlantique et spécialiste de la piraterie, Marcus Rediker propose ici de faire le récit de cette effroyable tragédie depuis un poste d'observation inédit et nous entraîne à sa suite à bord de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
LucSeguin
  15 novembre 2018
À bord d'un négrier, un « guineaman », les esclaves étaient parqués sur le pont inférieur et « attachés ensemble comme des petites cuillers », selon l'expression de l'époque, allongés sur le côté sur une plateforme, avec, au-dessus d'eux, insuffisamment d'espace pour s'asseoir, et aucun espace devant eux, ni derrière. Les fers leur déchiraient la peau des chevilles, si bien que chaque mouvement était douloureux. Se rendre au baquet pour uriner ou déféquer, enchaîné à un autre esclave qui souvent ne parlait pas sa langue, représentait une épreuve terrible, qui fut la cause d'innombrables altercations. Ainsi allongés, les esclaves passaient de nombreuses heures, suffocant dans la chaleur torride des tropiques, dans une atmosphère pestilentielle. le guineaman demeurait le long de la côte ouest-africaine de cinq à sept mois, le temps d'acheter assez d'esclaves pour rentabiliser le voyage. Suivaient les deux à trois mois de la traversée de l'Atlantique, le « passage du milieu ». Donc, jusqu'à dix mois de confinement, avec une sortie par jour sur le pont supérieur – ou plus d'une peut-être, je ne sais pas – pour manger, sans doute, et pour bouger, car il fallait garder la « marchandise » en bon état. La notion de « bon état » était toute relative, considérant les conditions de détention. Durant les quatre siècles que dura la traite, le taux de mortalité moyen à bord des négriers fut de 12,1 %. À l'arrivée à destination, en Amérique, peu avant la vente, les corps des esclaves étaient apprêtés par les membres de l'équipage qui leur coupaient les cheveux, appliquaient du nitrate d'argent sur leurs plaies pour les maquiller, teignaient les cheveux gris en noir et leur frictionnaient le torse avec de l'huile de palme.
Les esclaves, face à cette violence inouïe, développaient diverses formes de résistance, en se solidarisant les uns des autres, en développant des moyens de communication, des liens qui remplaçaient les liens de parenté brisés ; en se réappropriant leur corps, par le refus de manger, le suicide, la mutinerie. Les tentatives de suicide étaient si fréquentes qu'un filet était disposé tout autour du bastingage pour empêcher les esclaves de sauter par dessus bord. Chaque échec, comme chaque refus de se soumettre, était puni par la torture : le « chat à neuf queues », les poucettes, le redoutable speculum oris pour enfoncer la nourriture dans la gorge…
Les marins aussi subissaient fréquemment la torture, parfois jusqu'à en mourir. Le capitaine de guineaman John Newton – à qui on doit la chanson Amazing Grace ! – les a décrits comme les « rebuts et la lie de la nation ».
L'ordre tyrannique maintenu à bord des négriers s'appuyait sur une terreur qui déferlait en cascade, depuis le capitaine jusqu'aux esclaves, en passant par les officiers et les marins. Un système de déshumanisation pensé, créé, voulu par les marchands – qui préféraient toutefois ne pas y regarder de trop près – et qui a profité au capitalisme atlantique.
Cet ouvrage solidement documenté ne couvre pas les quatre siècles que dura la traite négrière, mais seulement le XVIIIe siècle qui en a marqué l'apogée, au cours duquel les guineamen anglais et américains ont transporté à eux seuls trois millions d'esclaves. Rediker, utilisant de nombreuses sources primaires, privilégie une approche qui cherche à donner des visages à cette histoire de la traite, à l'incarner dans des vies, des souffrances, des cruautés qui furent réelles. Comme s'il reprenait la stratégie de l'abolitionniste Thomas Cooper qui, à la fin du XVIIIe siècle, affirmait : « Seule une détresse particulière – et la description des circonstances qui lui ont donné naissance – peut exciter la compassion ». Dans sa conclusion, Rediker pose la question qui n'a cessé de me tourner dans la tête tout au long de ma lecture : « Qu'est-ce que les descendants [des marchands d'esclaves], leurs familles, mais également leur classe, leur gouvernement et les sociétés qu'ils ont contribué à construire – doivent aux descendants de ces populations asservies ? C'est une question compliquée, mais la justice exige qu'elle soit posée, et qu'on y réponde si nous désirons jamais nous défaire du fardeau de l'héritage de l'esclavage ». Cette question est absolument dans l'esprit de notre époque.
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tonny
  06 mai 2014
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critiques presse (1)
Culturebox   16 décembre 2013
Cet ouvrage est passionnant et se lit comme un roman. « A bord du négrier, une histoire atlantique de la traite » (éditions du Seuil) est un livre indispensable si l’on veut comprendre les mécanismes de la traite transatlantique dans toute sa complexité, et sortir des schémas préétablis.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (1) Ajouter une citation
stekasteka   04 mars 2015
Entre 1700 et 1808, les marchands britanniques et américains envoyèrent des navires réunir des esclaves dans six régions africaines : la Sénégambie, la Sierra Leone/ la Côte-au-vent, la Côte-de-l'Or, la baie du Bénin, la baie du Biafra, et l'ouest de l'Afrique centrale (le Congo et l'Angola.
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Videos de Marcus Buford Rediker (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marcus Buford Rediker
L'Histoire à venir du 18 au 21 mai à Toulouse "Écritures, engagements et espaces de l'histoire" Dialogue entre Patrick Boucheron, et Marcus Rediker, en compagnie de Joseph Confavreux le jeudi 18 mai 2017 au théâtre Garonne
Deux historiens, l'un français, l'autre américain, invités à dialoguer sur les façons de faire l'histoire, de construire les espaces de la recherche et de penser les formes d'écritures. Car explorer les sources, entreprendre des travaux collectifs, donner à lire et à entendre des histoires et l'histoire sont autant d'actes d'engagement que chacun déploie et interprète de façon spécifique.
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