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Critique de Seijoliver


Seijoliver
  05 février 2020
Mains d'herbes.
Le titre est mystérieux, l'association poétique. le titre ne se dévoile pas et réclame du temps et de la présence... qui sont les ingrédients pour de vraies rencontres... et de beaux livres.
Titre clin d'oeil aussi ? à l'écrivain japonais Natsume Soseki, son roman « Oreiller d'herbes », et son personnage de peintre en retraite-retrait à la montagne ? le narrateur de « Mains d'herbes » n'est pas en retrait, mais suit sa sensibilité, observe, prend son temps pour être au monde.
C'est une histoire de rencontre-s comme aiment les mettre en valeur les éditions Esperluète (&) : rencontre avec un jardin, découvert par hasard ; avec une vieille dame, Madame Oda, la propriétaire de ce jardin, dont les mains « volent dans tous les sens » quand elle parle, et qui a pris l'habitude de fermer les yeux pour mieux découvrir l'espace, et ressentir les présences : « celle des animaux, celle du vent sur les tiges et les feuilles jeunes, encore dissimulées… les changements de lumière, l'avancée de l'ombre… un sifflement grave, rugueux, annonce une possible maladie chez une plante » (p.35)
Le narrateur, un français vivant à Tokyo, délaisse les chemins balisés, et préfère notamment les petits parcs de quartier au plus près de la vie des gens et de l'intimité des familles japonaises (« des passages ouverts jusqu'à des mondes parallèles », p. 17). C'est ainsi qu'à côté d'un parc, il a découvert un petit jardin qu'il observe minutieusement, « le nez collé au grillage », puis, sa propriétaire qui l'invite chez elle à visiter ce jardin et à partager le thé : « elle pense qu'un jardin est un endroit parfait pour une rencontre » (p. 21). le jardin s'avère être un ami, un confident, la famille même de la vieille dame.
Le narrateur fera l'expérience de cette cécité voulue, pour être en communion avec le jardin, la terre (« les yeux fermés, je suis au contact immédiat des lointains »), il écoute, voit, ressent ; il rencontrera aussi des chats, les visiteurs de jardin les plus exigeants qui soient : « d'instinct ils reconnaissent ceux qui ne sont pas accueillants parce qu'ils ont été trop travaillés, trop taillés, élagués, tondus, rasés de près » (p. 24) ; Monsieur Sato, photographe amateur (dans le sens où il n'a jamais voulu en faire son métier), ainsi que le petit groupe d'amis artistes qui se réunit régulièrement chez Madame Oda pour créer des tableaux éphémères d'herbes sauvages.
Ces moments seront pour lui très précieux, car chose assez rare au Japon, on lui aura ouvert la porte des maisons.
Si le roman de Benoît Reiss est court, il décrit avec délicatesse des rencontres intenses.
Ces histoires d'un jardin japonais sont une invitation délicate à un éveil des sens : « cette attache sensible au monde peut être sans limite ».

Merci bien sûr aux éditions Esperluète pour l'envoi de ce livre dans le cadre de l'opération Masse Critique.
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