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ISBN : 225300670X
Éditeur : Le Livre de Poche (14/06/1973)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 1695 notes)
Résumé :
Quand nous partons, nous ne sommes que de vulgaires soldats, maussades ou de bonne humeur et, quand nous arrivons dans la zone où commence le front, nous sommes devenus des hommes-bêtes..."
Témoignage d'un simple soldat allemand de la guerre de 1914-1918, A l'ouest rien de nouveau, roman pacifiste, réaliste et bouleversant, connut, dès sa parution en 1928, un succès mondial retentissant et reste l'un des ouvrages les plus forts dans la dénonciation de la mons... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (170) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  27 septembre 2017
Il y a 1000 raisons de lire et plus encore, peut-être, de ne pas lire, tel ou tel ouvrage. Nous avons tous nos raisons et ce qui nous unit au moins en partie sur Babelio, c'est notre désir de partager nos expériences littéraires.
Ce que j'aime personnellement dans la lecture, ce n'est peut-être pas tant l'évasion, l'imaginaire, l'horlogerie fine d'un scénario mais bien plutôt le fait de pouvoir vivre 1000 vies en une, d'enfiler le costume de celui ou de celle que je ne serai jamais et de me mettre à sa place, le temps d'un livre, le temps d'un passage de témoin. J'admire aussi beaucoup le style, la façon particulière qu'aura un auteur de nous laisser sa place pour que nous nous y installions.
Quelle expérience ! Quelle expérience exceptionnelle vient de me faire vivre Erich Maria Remarque ! L'espace de quelques petites centaines de pages, j'étais un homme d'il y a cent ans sur le front, côté allemand. Quelle prouesse ! J'y étais ! J'y étais vraiment !
J'avais hérité de son casque, de son barda, de ses bottes et j'entendais les obus siffler au-dessus de mes oreilles. Je transpirais, je faisais presque dans ma culotte, mon coeur s'affolait en imaginant les scènes. Je fermais parfois le livre et je sentais encore mon coeur battre intensément pendant de longues minutes, j'avais des images plein les yeux, j'y repensais souvent.
Des images horribles, des bruits assourdissants et des larmes pour ces milliers, ces millions de jeunes hommes, de jeunes innocents, arrachés à leurs familles, à leurs épouses, à leurs enfants, à leurs études, à leur métier, envoyés au front de force, de part et d'autre, et transformés fatalement en cibles mouvantes ou canardeurs selon le sens du vent des attaques.
Courir sans savoir pourquoi, se baisser, s'aplatir au sol en priant très fort pour que rien ne tombe sur votre tête, ne pas oublier votre masque à gaz en croisant les doigts pour qu'il soit étanche, tirer parfois, tuer peut-être, porter secours aux copains moins chanceux en espérant que quand votre tour viendra d'être blessé ils seront là pour vous ou bien encore que les éclats d'obus adverses auront le bon goût de vous tuer franchement et proprement plutôt que de vous arracher un bout de bras, un bout de mâchoire ou un bout de ventre sans vous faire crever tout à fait.
L'horreur absolue de la guerre, toute l'absurdité et l'inhumanité de la guerre est là, racontée sans pathos, sans fioriture, d'un ton juste, d'un ton simple, d'un ton incroyablement percutant de ce fait qu'il n'a pas même besoin de se vouloir militant pour militer à la seule chose pour laquelle il soit humainement louable de militer : la paix, l'exécration absolue et inconditionnelle de la guerre, quels qu'en soient le motif ou la justification invoqués.
Texte sensationnel, brut et fort. Je me suis baladée le week-end dernier dans un petit village, un tout petit village qui devait être encore bien plus petit il y a cent ans. Je suis arrivée devant une manière d'obélisque gris qui y fait office de monument aux morts. Et j'ai eu de grosses larmes à l'oeil en égrenant ces quelques noms, morts de trop, morts pour rien, morts parce que d'autres qu'eux l'avaient décidé, sur un coin de table, à Paris ou à Berlin.
1916 : DUBOIS, G. ; DUBOIS, M.
1917 : DUBOIS, B.
1918 : DUBOIS, J.
Combien pouvait-il y avoir de familles Dubois dans ce village ? Probablement qu'une seule. Qu'avaient-ils faits ces frères ou ces cousins pour mériter cela ? Et tous les autres, les Berthelot, les Michel, les Janin, les Devicaire ? Qu'avaient-ils faits, côté allemand les Schneider, les Rebmann, les Müller, les Knopff et les Vogt ?
Immense respect pour Erich Maria Remarque, immense coup de chapeau à cet écrivain qui a produit ce livre essentiel et que je ne saurai jamais trop vous conseiller, même si a priori (tout comme moi avant cette lecture) vous n'êtes pas captivés par les livres de guerre ou d'histoire ou d'horreurs. Celui-ci est une merveille qui joue juste de bout en bout.
Et qu'on ne vienne plus jamais me parler de la nécessité de nos " frappes ", au Mali, en Syrie ou ailleurs car derrière ce mot très digne, " frappes ", il y a surtout des bombes, des membres arrachés, des yeux crevés, des poumons perforés, des corps écrasés sous l'effondrement des murs : horreur, désolation, dommages collatéraux et désir de vengeance…
Pensez juste qu'il y a cent ans, quelque part à l'est de la France, la pluie était d'un rouge profond et des flaques éclaboussaient des bouts de métal, des bouts de bidoche, des bouts d'innocence qui jamais ne repousseraient… Mais bien entendu, à l'est, à l'ouest, aujourd'hui comme à chaque fois, rien de nouveau, ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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carre
  22 juin 2014
Le mot chef d'oeuvre est souvent galvaudé.
«A l'ouest, rien de nouveau » mérite pourtant indiscutablement ce titre. Un récit qui suit le quotidien d'une patrouille allemande, jeunes mômes lâchés sur les champs de bataille sans le moindre remord. L'horreur des tranchées, avec une description à vous retourner l'estomac, le livre de Remarque est un formidable témoignage antimilitariste, nous montrant une génération massacrée, traumatisée pour ces rescapés, au nom d'intérêts ridicules. Ici, que l'on soit français, allemands , russes ou autres, la peur, l'effroi, la douleur n'ont n'y drapeaux, ni nationalités.
La violence des combats est d'un cruel réalisme. Comment peut-on infliger un telle barbarie ? Un livre qui soulève beaucoup de questions et qui n'ont malheureusement toujours pas trouvé un semblant de réponses à notre époque.
Une claque.

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nameless
  31 juillet 2016
Erich Maria Remarque a été déchu de sa nationalité en 1939. Sa soeur, condamnée à mort par l'Allemagne nazie pour “atteinte au moral de l'armée” a été décapitée en 1943. A l'ouest rien de nouveau a été brûlé en place publique, censurée son adaptation cinématographique. Mais que peut-il bien y avoir de si subversif dans ce roman ?

Sa puissance universelle et intemporelle est en tout premier lieu due, à mon sens, à l'écriture de l'auteur : des phrases courtes, un style simple sans effet de manches ou fioritures, un vocabulaire usuel, accessibles à tout lecteur, dès son plus jeune âge. Il n'a pas non plus localisé précisément les lieux où se déroule l'action, de même qu'il n'a pas non plus daté strictement les faits relatés.

En second lieu, le narrateur, Paul Bäumer, est allemand, mais il pourrait être français, ou de n'importe quelle autre nationalité. Il est question de la 1ère guerre mondiale, mais il pourrait s'agir de n'importe quelle autre guerre. le dressage imposé aux jeunes recrues par des gradés quasi-tortionnaires concerne l'armée allemande, mais il est commun à toutes les armées du monde. Toute la palette des émotions ressenties par le jeune homme est sûrement identique à celle qu'éprouvent tous les jeunes combattants, quelle que soit leur guerre, où qu'elle se déroule dans n'importe quelle période de l'Histoire.

Et enfin, toujours à mon sens, peut-être que la grandeur du roman tient dans certains chapitres, à la modestie des faits racontés. Car il s'agit bien du récit au jour le jour, du quotidien d'un bidasse de base, dans tous ses actes, militaires bien sûr, mais aussi actes essentiels de la vie : les latrines communes, l'épouillage partagé, la chasse aux rats qui convoitent les rations, les trocs bouffe-cigarettes, les combines pour améliorer les repas déplorables, la faim, la soif, la douleur.

Ce n'est pas tout évidemment. Il y a aussi les tranchées, les assauts où l'on progresse ou recule d'un bon mètre, les champs de bataille où agonisent bruyamment et longuement hommes et chevaux, il y a les obus, les fusées éclairantes, les mines, les gaz. Les hommes tombent comme des mouches, déchiquetés. Dans le meilleur des cas, les blessés sont évacués vers les antennes sanitaires, où l'air est saturé par l'odeur du sang et de la gangrène. Là, les camarades qui leur rendent visite ont tout le temps de voir leur squelette s'élaborer en attendant leur mort.

Paul, comme ses amis d'enfance dont aucun ne reviendra de la boucherie, a été trompé par l'un de leurs professeurs en qui ils avaient une confiance aveugle, qui usant de son autorité sur ses élèves, les a sournoisement endoctrinés : “Ils auraient dû être pour nos dix-huit ans des médiateurs et des guides nous conduisant à la maturité, nous ouvrant le monde du travail, du devoir, de la culture et du progrès – préparant l'avenir” (p. 17). Au lieu de cet idyllique programme, les gosses se sont engagés sous la pression, dans la crainte de passer pour des lâches, et ont démarré leur instruction militaire : “Nous apprîmes qu'un bouton bien astiqué est plus important que quatre tomes de Schopenhauer. D'abord étonnés, puis irrités, et finalement indifférents, nous reconnûmes que ce n'est pas l'esprit qui a l'air d'être prépondérant, mais la brosse à cirage, que ce n'est pas la pensée, mais le système, pas la liberté, mais le dressage. Nous étions devenus soldats avec enthousiasme et bonne volonté, mais on fit tout pour nous en dégoûter” (p. 25). Ils font leur lit quatorze fois d'affilée pour satisfaire la perversion d'un gradé, apprennent à nettoyer le sol d'une chambrée avec une brosse à dents, rampent dans la boue, puis “un saut en avant, et vivement”, jusqu'à l'évanouissement. Ils partent vulgaires soldats, ils arrivent au front transformés en hommes-bêtes.

Empreint d'humour (très) noir dans ses premiers chapitres, à l'ouest rien de nouveau, sombre peu à peu dans les blagues ignobles qui sauvent les camarades (la camaraderie, ce que la guerre produisit de meilleur, p. 30) de la folie puis dans la désespérance, la mélancolie, l'indifférence.
Eblouissant, inégalé, pacifiste et éternel hommage rendu à la génération héroïque, celle qui a été sacrifiée au nom de ce qui devait être la der des ders.

“Pourquoi donc y-a-t-il la guerre ?” demande Tjaden.
Kat hausse les épaules.
“Il doit bien y avoir des gens à qui la guerre profite”. (p. 181)
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Roggy
  20 juillet 2018
Il y a des livres qui sont investis d'une véritable mission : celle de traverser le temps et les générations afin de rappeler quelque chose. Des livres-mémoires, pour ne pas oublier. Des livres témoignages pour ne pas répéter les mêmes erreurs.
Paru en 1930 ce roman prêche la paix, quelques exemplaires finiront cependant dans les flammes de la nuit de cristal.
Les abominations de la guerre racontées au présent par un jeune allemand de 18 ans retrace la vie de ces jeunes engagés volontaires qui ne sont pas des héros mais des êtres tourmentés, perdus dans un combat qui les dépasse.
Face aux horreurs et aux ignominies vécues dans les champs de bataille, ils sont devenus totalement dépendants de la guerre, n'ayant plus aucune attache tangible à laquelle se raccrocher.
C'est indicible, c'est monstrueux que des êtres humains aient dû vivre de telles horreurs, éprouver le désespoir, l'angoisse, être entouré par un abîme de souffrances qui les marqueront au fer rouge.
Ils apprendront tout de même la fraternité et la camaraderie entre les hommes face à une souffrance commune et perdront définitivement leur innocence.
À l'ouest rien de nouveau, fait partie des ouvrages les plus forts dans la dénonciation de la monstruosité de la guerre.
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olivberne
  17 mars 2013
C'est à mon goût le meilleur roman sur la première guerre mondiale, et il est de plus écrit par un perdant. C'est le meilleur car il y a tout : l'horreur des tranchées, les interrogations de celui qui doit agir au mlilieu de la boucherie, la réaction de l'arrière, la débilité des chefs, la camaraderie naissante et fauchée, l'amertume d'une guerre pour rien, la froideur du propos.
Ce roman est antimilitariste jusqu'à la moelle, anti-guerre et il n'a rien à envier aux films d'horreur d'aujourd'hui, sauf que là, c'était la réalité. L'impression personnelle est renforcée par l'usage de la première personne, comme dans un journal, et on suit les évenements la peur au ventre, même si parfois on aimerait en savoir plus, notamment lors des ellipses narratives.
Je l'ai lu, étudié avec des élèves de seconde qui ont été impressionés, à l'heure des combats de jeux vidéo et des guerres modernes.
On ne ressort pas indemne de cette lecture et on se dit que tout cela n'a servi à rien, puisqu'on a remis ça vingt ans après et qu'aujourd'hui encore, à un endroit du globe, ça continue...
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critiques presse (1)
LeFigaro   26 janvier 2017
D'Ellis Island à Hollywood, sur les pas d'un personnage qui emprunte bien des traits à l'écrivain, Remarque écrit le roman de l'exil et du retour à la vie.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (222) Voir plus Ajouter une citation
MoonBearMoonBear   08 décembre 2018
Le silence se prolonge. Je parle, il faut que je parle. C'est pourquoi je m'adresse à lui, en lui disant :

"Camarade, je ne voulais pas te tuer. Si, encore une fois, tu sautais dans ce trou, je ne le ferais plus, à condition que toi aussi tu sois raisonnable. Mais d'abord tu n'as été pour moi qu'une idée, une combinaison née dans mon cerveau et qui a suscité une résolution ; c'est cette combinaison que j'ai poignardée. A présent je m'aperçois pour la première fois que tu es un homme comme moi. J'ai pensé à tes grenades, à ta baïonnette et à tes armes ; maintenant c'est ta femme que je vois, ainsi que ton visage et ce qu'il y a en nous de commun. Pardonne-moi, camarade. Nous voyons les choses toujours trop tard. Pourquoi ne nous dit-on pas sans cesse que vous êtes, vous aussi, de pauvres chiens comme nous, que vos mères se tourmentent comme les nôtres et que nous avons tous la même peur de la mort, la même façon de mourir et les mêmes souffrances ? Pardonne-moi, camarade ; comment as-tu pu être mon ennemi ? Si nous jetions ces armes et cet uniforme tu pourrais être mon frère, tout comme Kat et Albert. Prends vingt ans de ma vie, camarade, et lève-toi... Prends-en davantage, car je ne sais pas ce que, désormais, j'en ferai encore".
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Nastasia-BNastasia-B   05 octobre 2017
Tjaden revient […] en demandant comment une guerre se produit.
« Le plus souvent, c'est parce qu'un pays en offense gravement un autre », répond Albert, d'un ton un peu supérieur.
Mais Tjaden fait la bête : « Un pays ? Je ne comprends pas. Une montagne allemande ne peut pourtant pas offenser une montagne française, ni une rivière, ni une forêt, ni un champ de blé.
— Es-tu stupide à ce point ou bien joues-tu la comédie ? grommelle Kropp. Ce n'est pourtant pas ça que je veux dire. Un peuple en offense un autre…
— Alors, je n'ai rien à faire ici, réplique Tjaden. Je ne me sens pas offensé.
— Mais a-t-on donc des explications à te donner, à toi ? dit Albert d'un ton mécontent. Toi, cul-terreux, tu ne comptes pas là-dedans.
— Alors, raison de plus pour que je m'en retourne », insiste Tjaden.
Tout le monde se met à rire.
« Mais, bougre d'idiot, il s'agit du peuple dans son ensemble, c'est-à-dire de l'État… s'écrie Müller.
— L'État, l'État (ce disant, Tjaden fait claquer ses doigts d'un air malin), des gendarmes, la police, les impôts, voilà votre État. Si cela t'intéresse, toi, je te félicite.
— D'accord ! fait Kat. C'est la première fois que tu dis quelque chose de sensé, Tjaden ; entre l'État et la patrie, c'est vrai qu'il y a une différence.
— Cependant, l'un va avec l'autre, réfléchit Kropp. Une patrie sans État, ça n'existe pas.
— Juste ! réplique Kat. Mais songe donc que nous sommes presque tous du peuple et en France aussi la plupart des gens sont des manœuvres, des ouvriers et de petits employés. Pourquoi donc un serrurier ou un cordonnier français voudrait-il nous attaquer ? Non, ce ne sont que les gouvernements. Je n'ai jamais vu un Français avant de venir ici, et il en est de même de la plupart des Français, en ce qui nous concerne. On leur a demandé leur avis aussi peu qu'à nous.
— Pourquoi donc y a-t-il la guerre ? » demande Tjaden.
Kat hausse les épaules.
« Il doit bien y avoir des gens à qui la guerre profite.
— Eh bien, je en suis pas de ceux-là, ricane Tjaden.
— Ni toi, ni personne de ceux qui sont ici.
— À qui donc profite-t-elle ? » insiste Tjaden.

Chapitre IX.
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WolandWoland   10 octobre 2010
[...] ... Le bombardement a cessé, je me tourne vers l'entonnoir et je fais signe aux autres. Ils sortent et ôtent leurs masques. Nous saisissons le blessé, l'un de nous tenant son bras éclissé. Ainsi nous détalons aussi vite que nous pouvons, non sans trébucher.

Le cimetière est un champ de ruines. Cercueils et cadavres sont dispersés partout. C'est comme si les morts avaient été tués une seconde fois. Mais chacun de ceux qui ont été mis ainsi en pièces a sauvé la vie de l'un de nous.

La clôture du cimetière est détruite ; les rails du chemin de fer de campagne qui passe à côté sont arrachés et ils se dressent en l'air tout cintrés. Devant nous, il y a quelqu'un d'étendu. Nous nous arrêtons ; seul Kropp continue de marcher avec le blessé.

Celui qui gît sur le sol est une recrue. Sa hanche est inondée de sang caillé. Il est si épuisé que je saisis mon bidon, dans lequel j'ai du thé au rhum. Kat arrête ma main et se penche sur le soldat : "Où as-tu été touché, camarade ?"

Il remue les yeux. Il est trop faible pour répondre. Nous coupons son pantalon avec précaution. Il gémit. "Du calme, du calme, ça va aller mieux ..."

S'il a été touché au ventre, il ne faut pas qu'il boive. Il n'a pas vomi, c'est de bon augure. Nous mettons sa hanche à nu. C'est une bouillie de chair, avec des esquilles d'os. L'articulation est atteinte. Ce garçon ne pourra plus jamais marcher.

Je lui frotte les tempes de mon doigt mouillé, et je lui donne un coup à boire. Ses yeux s'animent. Alors seulement nous nous apercevons que son bras saigne aussi. Kat étale autant qu'il peut deux paquets de pansements afin de recouvrir la plaie. Je cherche de l'étoffe pour l'enrouler tout autour, sans trop serrer. Nous n'avons plus rien. Alors, je relève la jambe de pantalon du blessé pour faire une bande avec un morceau de son caleçon, mais il n'en a pas ; je le regarde attentivement, c'est le blondin de tout à l'heure. [Pour la première fois au feu, il avait eu une crise de panique et n'avait pu retenir ses fonctions naturelles. Le narrateur l'avait invité à se débarrasser de son sous-vêtement.] Cependant, Kat a trouvé, dans les poches d'un mort, d'autres paquets de pansements que nous appliquons sur la blessure avec précaution. Je dis au jeune homme, qui nous regarde fixement : "Nous allons maintenant chercher une civière." Alors, il ouvre la bouche et murmure : "Restez ici." Kat dit : "Nous revenons tout de suite ; nous allons te chercher un brancard."

On ne peut pas savoir s'il a compris. Derrière nous, il gémit comme un enfant : "Ne me quittez pas." Kat se retourne et dit tout bas : "Ne vaudrait-il pas mieux simplement prendre un révolver pour que tout soit fini ?" ... [...]
+ Lire la suite
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Nastasia-BNastasia-B   04 octobre 2017
En chemin, nous traversons un bois pitoyable, avec des troncs mutilés et un sol tout lacéré. À certains endroits il y a des trous effrayants.
« Nom d'un chien ! ici il en est tombé rudement, dis-je à Kat.
— Des mines », répond-il en me faisant signe de regarder en l'air.
Dans les branches des arbres, des morts sont accrochés. Un soldat nu semble accroupi sur la fourche d'une branche, le casque est resté sur la tête. En réalité, il n'y a sur l'arbre qu'une moitié de lui, le tronc : les jambes manquent.
Je demande ce qui a pu se passer.
« Celui-là, ils l'ont sorti tout vif de son habit », grogne Tjaden.
Kat dit : « C'est une chose bizarre, nous avons déjà vu ça plusieurs fois. Lorsqu'une mine vous attrape, on est effectivement sorti de son habit. C'est la pression de l'air qui fait ça. »
Je cherche encore ailleurs. C'est bien ce qu'il dit. Là-bas sont accrochés uniquement des lambeaux d'uniformes, ailleurs est collée une bouillie sanglante qui, naguère, constituait des membres humains. Un corps est là étendu, avec un morceau de caleçon à une jambe et autour du cou le col d'un uniforme. À part cela, il est nu, ses vêtements sont éparpillés dans un arbre. Les deux bras manquent, comme s'ils avaient été arrachés par torsion ; je découvre l'un d'eux vingt pas plus loin dans la broussaille.
Le mort a le visage contre terre. Là où sont les attaches des bras emportés, le sol est noir de sang. Sous ses pieds, les feuilles sont écrasées, comme si cet homme les avait encore piétinées.

Chapitre IX.
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Nastasia-BNastasia-B   05 mars 2018
Müller est mort. On lui a tiré à bout portant une fusée dans le ventre. Il a vécu encore une demi-heure avec toute sa lucidité et en souffrant terriblement. Avant de mourir il m'a donné son portefeuille et m'a fait cadeau de ses bottes, celles qu'il avait héritées de Kemmerich. Je les porte, car elles me vont bien. Après moi, c'est Tjaden qui les aura ; je les lui ai promises.
Nous avons pu enterrer Müller, mais sans doute qu'il ne restera pas longtemps en paix. Nos lignes sont ramenées en arrière. Il y a en face de nous trop de troupes fraîches anglaises et américaines. Il y a trop de corned-beef et de farine blanche de froment et trop de nouveaux canons, trop d'avions.
Quant à nous, nous sommes maigres et affamés. Notre nourriture est si mauvaise et faite de tant de succédanés que nous en devenons malades. Les industriels, en Allemagne, se sont enrichis, tandis que nous, la dysenterie nous brûle les intestins. Les feuillées sont toujours pleines de clients accroupis. On devrait montrer aux gens de l'arrière ces figures terreuses, jaunes, misérables et résignées, ces corps courbés en deux, dont la colique épuise douloureusement le sang et qui, tout au plus, sont capables de se regarder en ricanant et de dire avec des lèvres crispées, et frémissantes encore de douleur : « Il est inutile de se reculotter… »

Chapitre XI.
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Trailer du film Three comrades tiré du roman D'Erich Maria Remarque et torné en 1938 par Franck Borzage Avec Margaret Sullivan, Robert Young, Robert Taylor et Franchot Tone. Adaptation de F Scott Fitzgerald.
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