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Karine Daisay (Illustrateur)Nicolas Tenzer (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
EAN : 9782842051785
47 pages
1001 Nuits (19/11/1997)
3.75/5   53 notes
Résumé :
"L'homme n'appartient ni à sa langue, ni à sa race : il n'appartient qu'à lui-même, car c'est un être libre, c'est un être moral [...]. La vérité est qu'il n'y a pas de race pure, et que faire reposer la politique sur l'analyse ethnographique est une chimère. Les plus nobles pays, l'Angleterre, la France, l'Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé !" Souvent cité mais quasiment jamais lu, ce texte publié initialement en 1869, véritable profession de foi d'Ernes... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Fabinou7
  07 août 2021
Issu d'une conférence prononcée à la Sorbonne en 1882, ce court essai se propose de définir la Nation, que visiblement admire l'historien Ernest Renan.
La Nation n'est pas un Etat et n'est pas synonyme d'ethnie, elle n'exige ni une religion ni une langue commune, et pourtant elle exige du commun, une volonté commune plus exactement de faire nation aujourd'hui comme demain et en oubliant les différences passées, c'est tout l'inverse de communautés vivant des existences parallèles.
Pourquoi Renan, pourtant historien, insiste t-il sur l'oubli ? Car soyons clair la genèse d'une nation c'est moche : l'unification de la France du Nord et du Midi ce sont des luttes et massacres, les catholiques et les protestants également, cet oubli loin de le déplorer, l'historien en fait une condition de la pérennité d'une nation, soulignant que “le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger.”
Fondamentalement, la vision de Renan s'oppose à une conception raciale de la Nation, l'auteur souligne que “la race est quelque chose qui se fait et qui se défait” et qu'il “n'y a pas de race pure”, le concept de race utile en zoologie n'a pas sa place en politique. L'auteur multiplie les exemples d'ethnies composites, à l'image de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, du Royaume-Uni. La définition de la nation n'est définitivement pas à chercher du coté de l'ethnie, Renan soulignant : “il n'y a pas en France dix familles qui puissent fournir la preuve d'une origine franque”.
Positivement la Nation est donc une “conscience morale”, un consentement, un “plébiscite de tous les jours”, un consensualisme qui n'est pas sans rappeler les principes du vivre ensemble posés par Jean-Jacques Rousseau dans “Le Contrat Social”.
Le principe de validité du contrat c'est d'abord la rencontre des volontés… Que faire si l'Ecosse veut quitter le Royaume-Uni, la Crimée l'Ukraine, la Catalogne l'Espagne, si une frontière est disputée en Géorgie ou au Cachemire ? Ernest Renan propose : “si des doutes s'élèvent sur ses frontières, consultez les populations disputées. Elles ont bien le droit d'avoir un avis dans la question”, n'est ce pas déjà en germe le principe des peuples à disposer d'eux-mêmes ? Quand bien même ce principe conduit à la disparition de la Nation, Renan précurseur note que “la confédération européenne” sera amenée à remplacer les nations.
Le consentement n'a sans doute jamais autant été débattu que depuis ces dernières années, qu'il soit privé, consentement à l'utilisation des données personnelles, de la vie intime voire charnelle mais également le consentement collectif, social, public et politique, avec les réclamations de Référendum d'initiative citoyenne, de partage plus horizontal, plus local et plus étendu à l'ensemble des citoyens des responsabilités publiques.
L'enjeu reste la permanence avec laquelle le consentement perdure, au delà de la durée des vies humaines… n'entend t-on pas en 2021 des hommes politiques nous expliquer qu'il n'y a pas à rouvrir le débat sur le fonctionnement des institutions car les français ont voté pour la Vème République en…1958 ! oui les mêmes, sans doute, qui ont plébiscité Napoléon un siècle et demi plus tôt et qui ont élu Hugues Capet en 987…je n'entre même pas dans le principe du consentement à l'impôt pourtant garanti par la Déclaration des droits de l'Homme…Au risque de tourner en rond (point en GJ…).
Alors, comment s'assurer de l'adhésion à la Nation dans la durée ? Comment concilier stabilité, pérennité sans prendre pour acquis ce qui a été consenti à un moment plus ou moins reculé de l'histoire ?
qu'en pensez-vous ?
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Jeanmarc30
  03 novembre 2018
Cette conférence d'Ernest RENAN date de 1882 et développe la vision française de la nation, de la nationalité et du nationalisme. En affirmant notamment : "Une nation est une âme, un principe spirituel" ou encore "Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore", l'auteur présente des arguments bien plus nobles que ceux développés par des auteurs tels que FICHTE, dont la récupération politique en Allemagne a eu des effets néfastes.
Ce texte date mais on côté visionnaire est toujours d'actualité et demeure un classique.
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amarauggg
  21 décembre 2020
Le premier élément qui saute aux yeux lorsqu'on lit la courte conférence « Qu'est-ce qu'une nation ? » d'Ernest Renan, c'est sa clarté didactique et son efficacité rhétorique. Une écriture puissante et accrocheuse confirme l'excellence de la forme du discours.
Le fond n'est pas sans intérêt non plus. L'exposition des différents facteurs d'unification de la France à l'époque des invasions barbares, la négation de la race comme critère d'une nation et la magnifique définition proposée dans la dernière partie de l'ouvrage sont splendides. le ton grandiloquent et fédérateur est à mon sens une des grandes qualités de la conférence.
Il faut cependant prendre du recul et contextualiser, pour replacer les propos convenablement dans l'histoire des idées. En réalité, Renan n'est pas un mondialiste qui ignore le facteur de la « race » : comme tous les européens du XIXe, il établit une hiérarchie des races et croit en l'infériorité des peuples colonisés. Toute la réflexion autour de la race, de la langue et de la religion est à resituer dans le contexte de la perte française de l'Alsace-Moselle au profit des Allemands, à la suite de la guerre fratricide de 1870. Les Allemands justifiaient leur annexion par le caractère germain des peuples locaux et de leur langue. Mais Renan défend le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes : il nie donc cette justification raciale et linguistique. Même si l'on peut décider de réadapter ces principes à notre époque, il faut recontextualiser, toujours.
Il y a ensuite quelques idées de Renan auxquelles je ne souscris pas, comme celle-ci, par laquelle Renan semble nié l'importance de l'uniformisation de la langue sur le territoire national : « Ne peut-on pas avoir les mêmes sentiments et les mêmes pensées, aimer les mêmes choses en des langages différents ? ». Je pense que contrairement à l'uniformité de la race ou de la religion, l'homogénéité de la langue est un facteur déterminant dans l'union nationale française.
Ou encore celle-ci, avec laquelle il prône l'existence d'une morale universelle et d'une culture « humaine » : « Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine. ».
Je l'ai soupçonné plusieurs fois d'user de quelques arguments fallacieux et de sophismes dans le but politique qu'il vise, à savoir la reconnaissance du statut français de l'Alsace.
Malgré ces quelques désaccords, la troisième partie de l'ouvrage, dans laquelle Renan définit le concept de nation, m'a beaucoup plu. Cette idée de lien séculaire au passé et de l'importance fondamentale de la volonté de transmettre ensemble du présent me semble juste et exacte.
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AntoinePetit
  14 novembre 2021
"Sur le fond, la conférence de Renan est d'abord un texte de réfutation, de mise en cause d'une certaine conception de la nation, il est ensuite, et surtout, dirons certains, un texte de proposition, sur fond d'analyse scientifique... La réfutation des conceptions classiques de la nation occupe la plus grande partie du discours d'Ernest Renan. Celui-ci reprend successivement chacun des critères classiques d'identification de la nation pour les écarter à partir d'exemples objectifs contraires, témoignant, si ce n'est de leur fausseté, du moins de leur relativité ou de leur manque de pertinence. Les différents critères contestés par Renan sont les suivants : une dynastie, la race, la langue, la religion, la communauté des intérêts et la géographie. La place accordée à leur réfutation est variable selon les critères et c'est, parmi eux, celui de la race, renvoyant à la conception germanique de la nation, qui fait l'objet des plus grands développements.... Parce que la nation est « un principe spirituel », ni la race, ni la langue, ni les intérêts, ni l'affinité religieuse, ni la géographie, ni les nécessités militaires ne sauraient suffire à crée un tel principe. Après avoir écarté ces critères, Renan construit une approche volontariste de la nation. La conception de la nation proposée par Renan est volontariste, et c'est précisément cette dimension qui domine dans la réception de son discours, mais elle est également pluraliste et située dans le temps...Les nations n'ont sans doute pas encore disparu, pas plus que la confédération d'Europe n'est advenue, l'histoire laisse ainsi place, de manière accidentelle, à une lecture contemporaine du discours de Renan pour connaître, aujourd'hui encore, ce qu'est une nation." (Xavier Magnon. ”Commentaire sous Qu'est-ce que la nation ? d'Ernest Renan”. Les grands discours de la culture juridique, Julie Benetti, Pierre Egéa et Wanda Mastor, 2020, pp. 134-150)
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Sivoj
  17 août 2020
Comment se satisfaire d'une aussi piètre rhétorique ? Au détour d'une ligne de Simone Weil, je m'étais étonné de la lire déclarer qu'à propos de l'idée de nation "on cite habituellement une page médiocre de Renan". Je ne m'étonne plus car après lecture, médiocrité il y a.
Dans ce texte, il nous indique d'abord sur quoi ne serait pas fondée une nation : la langue, la race, la religion, la géographie, les intérêts communs. Sous prétexte que ces notions et celle de nation ne se superposent pas toujours, et qu'on trouve des exceptions, il en déduit qu'elles ne se superposent jamais. On ne fait pas sophisme plus fallacieux.
Puis, il affirme que la nation se plébiscite chaque jour lorsque ses citoyens veulent vivre ensemble dans le présent et partagent le même projet d'avenir car ils partagent aussi un passé commun de souffrances qui a forgé le caractère et lié les individus. Ce passé, Renan le dit lui-même, les citoyens en héritent de leurs ancêtres. Ce qu'il ne dit pas, c'est pourquoi ces ancêtres en sont venus à souffrir ensemble et à se créer un avenir ? Pour les raisons mêmes qu'il a nié auparavant : la langue, la race, la religion, la géographie, les intérêts communs.
Sur ce court texte, faite votre avis. Je ne sais s'il est intellectuellement malhonnête ou juste maladroit.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
SeshetaSesheta   24 octobre 2012
N'abandonnons pas ce principe fondamental, que l'homme est un être raisonnable et moral, avant d'être parqué dans telle ou telle langue, avant d'être un membre de telle ou telle race, un adhérent de telle ou telle culture. Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine.

(p.26)
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Jeanmarc30Jeanmarc30   03 novembre 2018
Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme, Messieurs, ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j'entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans la passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu'on a consentis, des maux qu'on a soufferts. On aime la maison qu'on a bâtie et qu'on transmet. Le chant spartiate : “Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes” est dans sa simplicité l'hymne abrégé de toute patrie.
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EnrouteEnroute   23 février 2016
L'Alsace est maintenant un pay germanique de langue et de race ; mais, avant d'être envahie par la race germanique, l'Alsace était un pays celtique, ainsi qu'une partie de l'Allemagne du Sud. Nous ne concluons pas de là que l'Allemagne du Sud doive être française, mais qu'on ne vienne pas non plus soutenir que, par droit ancien, Metz et Luxembourg doivent être allemands. Nul ne peut dire où cette archéologie s'arrêterait. Presque partout où les patriotes fougueux de l'Allemagne réclament un droit germanique, nous pourrions réclamer un droit celtique antérieur, et, avant la période celtique, il y avait, dit-on, les Allophyles, les Finnois, les Lapons ; et avant les Lapons, il y eut les hommes des cavernes ; et avant les hommes des cavernes, il y eut les orangs-outans. Avec cette philosophie de l'histoire, il n'y aura de légitime dans le monde que le droit des orangs-outans, injustement dépossédés par la perfidie des civilisés.

-- 2nde lettre à Strauss--
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Jeanmarc30Jeanmarc30   03 novembre 2018
Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’ on a faits et de ceux qu’ on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent dans un fait intangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L’ existence d’ une nation est un plébiscite de tous les jours, comme l’ existence de l’ individu est une affirmation perpétuelle de vie.
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liberligerliberliger   08 décembre 2012
Ce qui constitue une nation, ce n'est pas de parler la même langue ou d'appartenir au même groupe ethnographique, c'est d'avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l'avenir.

Préface aux Discours et Conférences.
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Archive conservée à la Bibliothèque nationale de France. Merci au service Son du département de l'Audiovisuel, BnF et au Service de la coopération numérique et de Gallica, BnF. Archives de la Parole, conservation : BnF, Département de l'Audiovisuel, service Son.
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