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Frédérique Nathan (Traducteur)
ISBN : 2253097802
Éditeur : Le Livre de Poche (19/01/1994)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 57 notes)
Résumé :
Adam et ses amis n'avaient passé qu'un été à Trapellune, dont le nom est l'anagramme de " nulle part ". Un été de désordres, de drogue, de vols. De passion aussi, avec Zozie, femme-enfant qui voulait à tout prix un bébé. Et puis, après l'assassinat, point d'orgue de cette dérive, les survivants s'étaient juré de ne plus jamais se revoir... Mais, dix ans plus tard, on allait découvrir à Trapellune les squelettes d'une femme et d'un enfant. Cette histoire à couper le ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
latina
  07 octobre 2015
Je me souviens de l'été 1976 : torride, bleu, moite, dur.
Je m'en souviens d'autant mieux que je viens de lire « L'été de Trapellune », où nous est contée l'histoire dure, moite, noire, de plusieurs jeunes paumés, hippies de vocation ou de rencontre. La boisson, la drogue, le sexe, le vol : tout cela ne fait pas bon ménage. Surtout si on laisse mijoter ces jeunes seuls dans une immense, vieille et très belle propriété de la campagne anglaise, entourée de bois où l'on peut même tomber sur un curieux cimetière d'animaux domestiques ; surtout si ces jeunes manquent d'argent ... ; surtout si parmi ces jeunes il y en a une véritablement désaxée...
Mais Ruth Rendell n'est pas auteure de romans policiers pour rien. Cet été ne nous revient que par bribes, 10 ans après, dans les réminiscences des jeunes adultes que sont devenus Adam et ses « amis ». Souvenirs qui les hantent, ô combien ! Car à Trapellune (anagramme de « nulle part » qu'ils ont donnée au domaine), il s'est passé un drame, où la culpabilité et le hasard jouent un rôle immense. Et les nouveaux propriétaires le déterrent.
Malgré tout, je me suis ennuyée. Mwoui, véritablement ennuyée. « Histoire à couper le souffle », dit-on dans la 4e de couverture. A cause de la chaleur, ça oui. Mais pas due au suspens ! J'ai trouvé que c'était une litanie de malaises d'adultes rongés par la culpabilité mêlée à une procession de faits quotidiens complètement indignes d'intérêt de jeunes désorientés jouant à être indépendants.
Oui, bien sûr, il y a un meurtre. Heureusement, quand même ! On n'en attendait pas moins !
Mais bon : tout ça pour ça ?
Peut-être est-ce que je ne supporte plus la chaleur ?
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nameless
  08 juillet 2015
L’été de Trapellune ne s’oublie pas et hante longtemps la mémoire de ses  lecteurs.
 
Alec et Meg Chipstead, nouveaux propriétaires de Wyvis Hall, splendide demeure géorgienne au milieu de 10 hectares de bois, vergers, jardins, serres, écuries, sise sur la commune de Nunes, Suffolk, découvrent en inhumant leur chien dans le petit cimetière ancestral réservé aux animaux de compagnie, le cadavre d’une jeune femme et d’un bébé. Une enquête est ouverte (quantité négligeable dans l'histoire), tandis que paraît dans un quotidien londonien, un entrefilet qui va faire remonter en surface, des souvenirs vieux de 10 ans chez Adam, Shiva, Rufus. Ces trois hommes, bien installés dans leur vie, se sont connus au temps de leurs études, ont séjourné ensemble à Wyvis Hall, rebaptisé par eux Trapellune, anagramme de « nulle part », et se sont juré, après les évènements dramatiques qui s’y sont déroulés, de ne jamais chercher à se revoir ni même à se contacter.
 
Eté 1976 : un été qui a marqué les esprits locaux en raison d’une canicule aussi rare qu’exceptionnelle sur le Suffolk. Adam, alors âgé de 19 ans s’apprête à entrer à l’université à la rentrée, quand il hérite au décès de son grand-oncle Hilbert Verne-Smith, de Wyvis Hall. Etudiant désargenté, dans l’impossibilité financière d’entretenir un tel bien, Adam décide de le vendre et se rend sur place en compagnie de son ami Rufus, étudiant en 4ème année de médecine, pragmatique et volontiers cynique, pratiquant « la chasse aux femmes », pour rencontrer un agent immobilier. Mais là : « Ils avaient déjeuné au bord du lac, allongés dans l’herbe. Le caractère magique du lieu les avait gagnés à leur insu ; ils avaient été ensorcelés par la chaleur, la luminosité, les senteurs du jardin et le silence qui enveloppait tout. Ils avaient sans doute aussi perçu autre chose : un ingrédient indéfinissable qui les exaltait, sans doute lié à un passé archaïque, ou bien à une promesse d’avenir » (P.96). Adam et Rufus ont découvert le jardin d’Eden et décident d’y séjourner. Des amis ou vagues connaissances se joignent à eux, Shiva, vendeur en pharmacie qui souhaite intégrer une faculté de médecine, et sa compagne Vivien, d’origine autrichienne, fascinée par l’Inde, qui porte le kamiz, le salwar et le dupetta. Elle s’est liée avec Shiva parce qu’elle croit « les indiens plus profonds et plus civilisés que les autres avant de s’apercevoir que Shiva n’est qu’un homme ordinaire dans une peau brune, ni un gourou, ni un poète, ni un saint » (P.333)
 
Il manque encore Zosie, la dernière à entrer en scène. Elle marche sur la route de Nunes en compagnie de son sac à dos qui contient un vêtement, une ceinture en cuir et quelques piécettes. Elle ne sait ni d’où elle vient ni où elle va, porte une bague en or, sa seule possession. Ces errances suffisent à Rufus pour l'intégrer au sein de la communauté. Zosie paie son gîte et son couvert en s'offrant à Rufus avant de devenir le grand amour d’Adam. C’est une jeune femme blessée, psychologiquement très vulnérable. Elle vient d'abandonner son nourrisson à l'adoption. Elle ment, s’invente une ou des vies et vole : “On vole parfois pour voler de l'amour, disent les psychiatres. Ceux qui ont un espace vide à combler dans leur existence le remplissent d'objets faute d'amour. Et ils ont besoin de faire plaisir aux autres pour être aimés en retour” (P.188).

Tout ce petit monde s'organise sur le mode d'une communauté auto-subsistante. Trapellune-jardin-d'Eden, offre en abondance à ses membres des récoltes de fruits et de légumes gorgés de soleil. Pour ce qui leur manque, l'alcool et la drogue, il suffit de prélever parmi les inestimables objets accumulés par Hilbert, quelques chandeliers, verres à liqueur, couverts en argent , et de les vendre à vil prix aux antiquaires du coin qui ont flairé la bonne affaire, tandis que Zosie chaparde quelques bricoles dans leur boutique. L'été brûlant se déroule dans une atmosphère permissive, désinhibée. Les corps se libèrent, se mélangent. Toutes les expériences sexuelles sont naturelles, encouragées par la marijuana. L'été 76 est un temps suspendu, rien d'autre n'existe que Trapellune, sa liberté, sa chaleur, jusqu'au moment où l'automne laissera les terres grillées, où les premiers orages éclateront en annonçant la perte du paradis.

Roman à la lenteur hypnotique, roman générationnel, l'Eté de Trapellune est envoûtant. Ruth Rendell, au sommet de son art, nous offre des descriptions d'une beauté et d'une justesse à pleurer. Chaque phrase mériterait d'être apprise par coeur, tellement la portée de ses observations psychologiques est universelle. Tout au long de l'histoire, le passé et le présent des 3 protagonistes principaux sont enchevêtrés, tant ils ont de mal à oublier cet été 1976, qui 10 ans plus tard, a encore des conséquences sur leur vie sous forme de séparation conjugale, alcoolisme, dépression, tant le poids de la culpabilité est lourd à porter. Mais il ne faut pas oublier pour autant que Ruth Rendell est aussi une grande maîtresse du roman psychologique noir foncé. C'est donc dans les dernières pages que nous découvrirons l'immense talent de l'auteur, qui aura su au cours de 378 pages nous laisser imaginer une fin qui n'est en rien celle, bien plus machiavélique, qu'elle a prévue. C'est une fois la dernière page lue, que j'ai compris pourquoi le titre anglais m'avait intriguée.

L'été de Trapellune a valu à son auteure, le prestigieux Gold Dagger Award et occupe la 51ème au classement des 100 meilleurs romans policiers de tous les temps, établie par la Crime Writers' Association en 1990. Je n'invente rien, merci Wikipedia.
 
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Woland
  11 septembre 2015
A Fatal Inversion
Traduction : Frédérique Nathan
ISBN : 978-2702116968
Attention, s'il vous plaît : ne pas confondre avec "Le Petit Eté de la Saint-Luke" cet "Eté de Trapellune" qui compte parmi les chefs-d'oeuvre incontestés de l'analyse psychologique rendellienne. Tout d'abord, nous l'avons dit, le premier appartient au cycle des Wexford. Alors que "Trapellune" - anagramme de "nulle part" - étale ses chapitres et prend un malin plaisir à déconcerter le lecteur à la manière d'un électron libre particulièrement retors, qui, s'il se base bel et bien sur un fond policier, permet surtout à l'auteur de :
1) tout d'abord nous faire découvrir le caractère même de personnages extrêmement différents les uns des autres et réunis, plus ou moins par le hasard, dans une propriété isolée, Wyvis Hall, au temps glorieux des années soixante-dix et, très précisément, durant le caniculaire et inoubliable été 1976 ;
2) puis de nous les représenter dix ans après, alors que "Trapellune" est passé sur eux à jamais et a, d'une façon ou d'une autre, détruit leur vie. Oeil pour oeil, dent pour dent : l'un d'entre eux n'en avait-il pas détruit une, de vie, en 1976, tout simplement par lâcheté, et les autres ne s'étaient-ils pas tus en détournant la tête, participant certes à l'inhumation mais avec deux obsessions majeures dans la tête : partir au plus tôt et ne plus jamais, jamais, entendre parler les uns des autres et revoir Wyvis Hall ?
Le propriétaire des lieux, Adam Verne-Smith, sera néanmoins contraint de revenir pour faire visiter les lieux aux futurs acheteurs. Mais, après cela, il s'enfoncera avec détermination dans une fuite absolue en avant qui lui amènera d'ailleurs la réussite professionnelle. Il n'a pas encore compris - il faut beaucoup de temps et d'expérience pour le comprendre, beaucoup d'intelligence aussi et un certain degré de courage - qu'il aura beau courir plus vite que le plus habile puma du monde, le Passé est immédiatement derrière lui, là - derrière son épaule, pour ainsi dire collé à lui. le Passé qui s'amuse à faire semblant de ne plus être là ...
Ainsi, un beau jour, alors qu'Adam, sa jeune femme, Anne, et sa petite fille, Abigail, sont en vacances aux Bahamas, la nouvelle a droit à un petit entrefilet dans les journaux : on a découvert deux cadavres à Wyvis Hall, celui d'un nourrisson, sans doute de sexe féminin, et celui d'une femme, probablement sa mère. Si les os du bébé ne révèlent aucune blessure, l'adulte, elle, a été tuée à coups de fusil - et un gros.
Le père d'Adam - Lewis, un personnage tout-à-fait horripilant - qui a toujours envié à son fils d'avoir été directement nommé héritier du domaine par son oncle Hilbert, n'a rien de plus pressé que d'aller attendre son fils à Heathrow pour lui annoncer la nouvelle. Adam fait bonne figure même s'il la reçoit de plein fouet. Il faut faire face, une fois de plus. Il pense qu'il saura le faire. Il l'a toujours fait. Alors, une fois de plus ou de moins ...
C'est pourtant lui qui sortira le plus complètement démoli de cette histoire qui se termine d'ailleurs par le classement du dossier, les policiers concluant à une identité des cadavres complètement erronée. Mais cela, le lecteur ne le saura évidemment qu'au bout des deux-cent-quarante-six pages de l'ouvrage . le tour de passe-passe grâce auquel Rendell parvient en même temps à égarer la Police quand à l'identité réelle du meurtrier est d'une habileté et là-encore d'un machiavélisme souverains. Car il y a du diabolique, du satanique, du Malin chez Ruth Rendell. Tout paraît si simple, nous annonce-t-elle d'une plume légère et presque souriante, au tout début de ses livres ... et tout, en fait, était si horriblement complexe, méchant, horrible, nous révèle-t-elle, de manière toujours si gracieusement aimable et si british à la fin.
Complexes, les relations du jeune Adam quand il tombe amoureux de Zosie, une jeune paumée ramenée à Trapellune par son vieux copain, étudiant en médecin, Rufus Fletcher. Ce dernier, qui est en quatrième année, comprend, dès la deuxième nuit, que la jeune femme, qui fait pourtant si jeune, a eu un enfant. Mais - on ne fait pas plus égoïste que Rufus, sans peut-être Adam - il se garde bien de le dire à son ami. Cependant, à Trapellune, où vivent aussi provisoirement Vivien et son ami, Shiva, le jeune Indien si avide d'être intégré par la classe moyenne blanche britannique, tout le monde se rend compte assez vite que quelque chose ne tourne pas rond chez Zosie. Déjà, elle est kleptomane mais, pour ces jeunes gens qui n'ont pas beaucoup d'argent (Adam en est réduit, pour ne pas donner à son père la satisfaction de lui demander de l'aide, à vendre les objets de valeur du manoir), ça peut toujours servir. le problème, c'est qu'un jour, dans un grand magasin, elle tente d'enlever un petit garçon. L'affaire s'arrange, Rufus ramène immédiatement l'enfant ...
Et l'on essaie de ne plus penser à tout ça. Si on n'y pense pas, ça n'existe pas.
Du coup, un jour, il arrive ce qu'il devait arriver : Zosie ramène carrément un bébé. Dans son couffin. Pour des raisons qu'il serait un peu trop long d'expliquer ici - et puis, où serait- le charme pour vous, lecteur ? - elle est persuadée qu'il s'agit du bébé dont Vivien s'apprête à devenir la nurse en quittant Trapellune, la fille d'un certain Robert Tatian. Mais, bien sûr, elle se trompe du tout au tout et il faudra que l'enquête s'étale dans les journaux pour que les habitants affolés de Wyvis Hall apprennent que le nourrisson s'appelle en réalité Catherine Ryiemark et est la fille d'un ami de Titian.
Un nourrisson très sage, dont Zosie et Adam s'occupent à la perfection ... mais que Zosie retrouve un beau matin, dans le tiroir qui lui servait de berceau improvisé, emporté par la mort subite du nourrisson. Quand Rufus, qui a passé la nuit au village arrive, il est trop tard. On ne peut plus rien faire. Ne reste plus qu'à enterrer la petite Catherine, dans le cimetière d'animaux de la propriété des Verne-Smith.
Le problème, le vrai, c'est que, jusque là, Vivien était persuadée qu'Adam s'était arrangé pour restituer l'enfant. Quand elle s'aperçoit du contraire, le drame éclate ...
Vivien, la vraie, la seule personne équilibrée du lot, celle qui n'a pas en elle une seule once de narcissisme et si peu d'égoïsme que ça ne vaut pas la peine d'en parler. Vous avez deviné ce que sera son destin : son inhumation finale se fera sous un nom qui n'est pas le sien, celui de Zosie. Jusque dans la Mort, cette personne si généreuse n'aura pas droit à son nom gravé sur une plaque.
Zosie, la cause de tout, la plus narcissique, la plus égoïste du lot, raflera quant à elle à la fin toute la mise d'une façon que je vous laisse apprécier.
Comme je vous laisse apprécier le travail minutieux et admirable de technique accompli par Rendell pour dérouler peu à peu sous nos yeux cette histoire, faite de boue et de cynisme, ce conte de fées maudites qui créèrent "Trapellune", avec des personnages que l'on voit mûrir et évoluer sans qu'aucun puisse trouver le vrai bonheur; sans oublier le destin atroce, comme expiatoire, de Shiva qui, s'il n'avait pas suggéré à Adam de demander une rançon pour la petite dont ils connaissaient maintenant le nom, n'aurait pas donné à réfléchir à son hôte et n'aurait pas poussé celui-ci à remettre au lendemain ce qu'il se proposait de faire le jour-même : profiter d'une sieste "barbiturique" de Zosie pour ramener la petite Catherine à Londres.
Ce que Rendell avait commencé à esquisser, à traits déjà assurés, dans "Son Âme Au Diable" ou encore "L'Enveloppe Mauve", cette plongée hypnotisée et fracassante dans un univers qui se détraque parce que l'un ou l'autre de ses protagonistes perd la boussole (ou l'a déjà perdue), atteint l'un de ses zéniths - il y en aura d'autres - dans "L'Eté de Trapellune". Détail très important : lisez-le à tête reposée, TOUT y est important, spécialement la réaction allergique de Zosie à tout bijou en or. Certes, c'est un livre que vous avez entre les mains : mais c'est un livre-puzzle - au moins trois mille pièces. de la qualité, de la sobriété et cette faiblesse pour la cruauté et le cynisme de la vie qui, contrairement à P. D. James, sa grande rivale britannique, constitue la caractéristique pour moi essentielle de l'oeuvre de Rendell. Ce penchant, vous le retrouvez parfois chez l'Américaine Elizabeth George, par exemple dans "Mémoire Infidèle." L'ennui, c'est que George fait trop souvent preuve, avec ses couples de héros, d'une telle gnangnanterie, qu'elle finit par lasser. Enfin, nul n'est parfait.
Quoique "L'Eté de Trapellune", lui, frôle vraiment la perfection ... ::o)
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melissardine
  28 octobre 2015
J'ai trouvé cette histoire trop « glauque » et les protagonistes trop sordides pour réellement apprécier ma lecture. Je ne suis pas loin de dire qu'elle m'a carrément déplu. En effet, aucun personnage n'est attachant ni même un tant soit peu sympathique (ce qui fait se désintéresser tout à fait de leur sort) et il m'a manqué un peu de morale. Cependant, il faut certainement de la maestria pour me faire ressentir un tel sentiment de malaise et me maintenir malgré tout suffisamment intéressée pour que je termine ce roman (peut-être par curiosité morbide ?) et c'est pourquoi je ne déconseille pas vraiment ce livre. Pour ceux qui aiment le style de Ruth Rendell et la qualité de ses intrigues (comme c'est mon cas d'habitude), l'Eté de Trapellune tient en effet tout de même ses promesses.
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maltese
  10 mars 2011
L'intrigue prend place au milieu des années 80 à Wivis Hall, une vaste propriété du Suffolk. Les Chipstead en voulant enterrer leur chien dans le cimetière d'animaux découvrent les ossements d'une femme et d'un bébé. Tout le passé va alors refaire surface, lorsqu'une dizaine d'années auparavant Adam a hérité de son grand oncle cette demeure et qu'il est venue y passer l'été en compagnie de son ami Rufus, alors futur médecin, de Shiva et de Vivien, l'amie de ce dernier. le séjour se passe au mieux jusqu'à l'arrivée d'une jeune fille perturbée, Zosie.
Trapellune est un pays imaginaire, figuré par Wivis Hall, cadre du drame. le mot est formé du terme "nulle part" lu à l'envers.
Un superbe thriller qui laisse filtrer lentement une histoire malheureuse et se construit sur deux époques: celle de cet été tragique et le présent des personnages, auxquelles s'ajoutent les points de vue des différents protagonistes. Avec en plus d'un magnifique portrait d'une jeunesse qui se cherche, une évocation des conflits raciaux qui ont touché Londres dans les années 80.
Une belle réussite, suspens psychologique qui ne laisse rien apparaître de son dénouement et réflexion sur le poids du secret.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   12 septembre 2015
[...] ...- "Cette fois, il y avait des fenêtres ouvertes au premier étage de la maison de monsieur Tatian. Elle a vu une femme sortir avec ce machin qui sert à transporter les bébés, comment ça s'appelle ?

- Un couffin ?

- Un couffin, oui, c'est ça. Zosie nous a affirmé que la femme ne l'avait pas regardée, qu'elle ne m'avait même pas vue - ce qui paraît évident, du reste. La femme a posé le couffin sur le siège arrière de la voiture, et elle a laissé la portière ouverte, à cause de la chaleur, vraisemblablement. Quoi qu'il en soit, elle est rentrée dans la maison sans refermer la porte derrière elle. D'après Zosie, elle avait l'air d'avoir oublié quelque chose.

" Zosie nous a dit que ç'avait été plus fort qu'elle. Elle n'a pas réfléchi à ce qu'elle était en train de faire, elle n'a pas pensé aux risques en tous cas. Il fallait qu'elle prenne ce bébé et elle l'a pris. Elle a refait le coup du petit garçon dans le grand magasin, seulement, cette fois, Rufus n'était pas là pour l'en empêcher. Elle a plongé la main dans la voiture, elle a retiré le couffin et elle est repartie dans la rue avec. Le bébé dormait et il ne s'est pas réveillé. C'était une petite fille, remarquablement calme, qui avait toujours sommeil, comme certains nourrissons, je crois. En fait, je n'en sais rien, je ne connais rien aux bébés." Shiva leva les yeux vers Lili et détourna rapidement le regard. "Une file de voitures attendait aux feux rouges, à Northill. Elle a continué et elle a descendu Church Road, sans rencontrer personne. Les conducteurs des voitures à l'arrêt ont dû la voir mais aucun d'entre eux n'a signalé une jeune fille en jupe à carreaux bleus portant un couffin. Elle a posé le bébé sur le siège arrière du break et elle s'est assise à l'avant, à la place du passager. Quelques secondes plus tard, Adam était de retour.

"Il s'est assis à la place du conducteur et il a dit à Zosie : "C'était une foutue perte de temps." Il a démarré, il s'est engagé dans North Hill et il a filé droit sur Finchley pour prendre le périphérique nord. Zosie a regardé sur sa gauche, et vers View Road. La voiture était toujours dehors, avec la portière arrière ouverte. Elle a aperçu la femme qui ressortait de la maison.

- Alors, Adam ne savait pas ? Il ne savait pas que le bébé était à l'arrière ?

- Il ne l'a su qu'après la sortie d'Enfield. Pendant qu'ils attendaient à un feu rouge, le bébé s'est réveillé et s'est mis à pleurer." ... [...]
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WolandWoland   12 septembre 2015
[...] ... La photographie qui occupa l'écran ressemblait beaucoup à celle que Rufus Fletcher avait prise pendant l'été 1976. Le journal du soir de la BBC, à six heures trente, n'accorda guère plus d'une minute à la nouvelle. Un policier apparut à l'antenne pendant quarante-cinq secondes pour dire qu'il n'avait aucune déclaration à faire, mais qu'une enquête était en cours. Shiva et Lili Manjusri eurent toutefois le temps de voir l'image. Rufus Fletcher aussi. Adam Verne-Smith ne pouvait évidemment pas être au courant puisqu'il était en vacances à Puerto de la Cruz. Il n'avait pas eu l'occasion de lire des journaux anglais. Ils étaient chers, et ils arrivaient avec vingt-quatre heures de retard. Et comme Adam voulait oublier tout ce qui lui rappelait l'Angleterre, il jeta à peine un coup d'oeil sur l'exemplaire de l'International Herald Tribune qu'Anne avait trouvé sur la plage.

A Edgware, son père s'exclama : "Bon sang, mais c'est Wyvis Hall, aussi sûr que je respire !"

Lorsque Beryl Verne-Smith leva le nez, la photographie avait déjà disparu.

- "Tu as certainement raison."

Un journaliste s'efforçait en vain d'extorquer des révélations au policier. A l'arrière-plan, on apercevait des arbres aux couleurs automnales, puis une église, perchée au sommet d'une petite colline. Lewis Verne-Smith hochait la tête, moins pour manifester son incrédulité que son désespoir : le monde allait décidément bien mal. Non qu'il fût brutalement envahi de souvenirs pénibles ; à vrai dire, ceux-ci ne l'avaient jamais quitté, et son existence était empreinte d'une profonde amertume. Mais la photographie de cette maison, pourtant à peine entrevue, ravivait les sentiments qu'il éprouvait depuis - ma foi, depuis une dizaine d'années au moins.

- "Il est dix heures et demie," fit sa femme.

- "Il faudra que je prenne contact avec la police. Impossible de l'éviter. Il va falloir que je les appelle.

- Pas ce soir, en tous cas ?" demanda Beryl, qui avait envie de regarder Mastermind.

Lewis resta silencieux. La pièce dans laquelle ils étaient assis subissait le curieux phénomène de rétrécissement qui lui était coutumier dès qu'il était question de Wyvis Hall ou même du Suffolk. Elle était tout à coup devenue étroite et sombre. Le mur de brique de la maison voisine semblait s'être rapproché de quelques mètres et paraissait menacer la clôture sans vergogne. Lewis se leva et tira les rideaux d'un geste saccadé.

- "Tu ne devrais pas attendre le retour d'Adam ?"questionna Beryl.

- "Pourquoi ? Cela servirait à quoi ?" ... [...]
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namelessnameless   06 juillet 2015
Ce qu'il y avait d'extraordinaire dans l'esprit humain, pensait Adam, c'est sa faculté de s'adapter au pire. Lorsque le pire est arrivé, on s'imagine que plus rien n'est possible ; l'inconcevable s'est produit, et au-delà c'est la mort, la destruction, le néant. Mais le pire arrive et on chancelle sous le coup, on est au bord de l'abîme - le choc est terrible. Et c'est alors qu'on commence à s'en remettre. On prend le dessus, on se redresse et on affronte. On s'y fait. Au bout d'une heure peut-être, on élabore un plan de sauvetage. Parce que ce qui est arrivé n'est pas le pire, vous vous en êtes rendu compte. Le pire est encore à venir...

Page 75 - Le Livre de poche
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namelessnameless   07 juillet 2015
Adam avait été dûment prévenu par son père à l'âge de huit ans : la masturbation donnait le scorbut. Le manque de vitamine C n'y était pour rien - encore une invention stupide des nutritionnistes et des médecins. La plupart des gens qui portaient un dentier s'étaient masturbés quand ils étaient jeunes.

Page 130 - Le Livre de poche
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namelessnameless   06 juillet 2015
Le mal, quel mot absurde. Cela n'avait guère plus de sens que le mot amour, c'était aussi confus. Chacun avait une vague idée de sa signification, mais personne n'était capable d'en donner une définition précise.

Page 27 - Le Livre de poche
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Pedro Almodovar - "En chair et en os"
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