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Critique de clude_stas


clude_stas
  25 septembre 2014
Niki à Knokke, le sourire aux lèvres. Ce souvenir-là ressurgit en moi à chaque fois que je parle de Keith Haring à mes étudiants. Elle était là en séjour chez un peintre belge. Keith peignait sur un mur du Casino. Et je l'ai rencontrée ainsi assez fortuitement. Elle irradiait et m'a très vite magnétisé.
Pendant très longtemps, Niki de Saint-Phalle a interdit toute biographie à son propos. Elle tenta de garder le contrôle sur son passé douloureux. Puis, en 1994, elle publia « Mon Secret », une autobiographie calligraphiée d'une main enfantine. Elle y raconta avec des mots simples, très émouvants, l'inceste, l'indifférence de sa mère, l'hôpital psychiatrique, le traitement déshumanisant et la révélation de l'esthétique grâce à l'art thérapie. Niki est autodidacte. Mais avant d'être une artiste du Nouveau Réalisme, aux côtés de son second époux, Jean Tinguely, Niki a été mannequin.
Dans ce catalogue lié à l'exposition du Grand Palais (17 septembre 2014 – 2 février 2015), une véritable rétrospective de son oeuvre protéiforme nous offre toutes les facettes du diamant Saint-Phalle. Niki nous a quittés en 2002, emportée par un moment de suffocation. Aussi il était grand temps que près de 200 pièces (dont certaines de grande taille) viennent se rappeler à notre bon souvenir.
L'art a permis à Niki de résister et de survivre. Ayant très vite la conscience d'avoir un destin, elle fera de cette enfance volée le thème de ses oeuvres. Mais jamais, elle n'oublie que les enfants sont seulement « présumés innocents » (pour évoquer une exposition devenue sordidement célèbre). Les premières oeuvres présentent des accents d'art brut ; elle crée des autoportraits à partir d'objets hétéroclites, collectés puis assemblés. Elle se prend de passion pour des artistes tels que Jean Dubuffet, Jean Fautrier ou Pierre Alechinsky et les autres artistes de CoBrA. L'art l'aide à vivre. L'art lui permet de tenir à distance ces monstres tapis dans l'ombre de sa mémoire. L'art permet de les ridiculiser, de les apprivoiser, de les rendre gentils. Ou alors de les tuer, à coups de carabine. Avec détermination, avec violence, pour un réel soulagement. Mais la tension à peine disparue revient, et ce n'est que tir après tir qu'elle s'atténue. Un exorcisme, cela se fait toujours dans la douleur. Et par la même occasion, elle règle son compte à la peinture en l'exécutant, comme on fusille les traîtres. En public. du bout du canon de son arme, elle ridiculise le dripping de Jackson Pollock. Ce moment est libérateur, salvateur, thérapeutique, magique, chamanique. Et ce moment-là, en 1961, grâce à Pierre Restany, il deviendra l'élan de tout ce qui va suivre : une carrière artistique et un destin.
Un cortège chaotique de femmes grotesques, toujours inquiétantes, parfois littéralement monstrueuses apparaît. Qu'elles soient mariées ou parturientes, elles nous présentent la sexualité de la femme que comme mortifère, tant elle est conditionnée par les traditions sociétales. de tous ces objets en plastique coloré, des ustensiles de cuisine aux corps de poupées avec ou sans tête, il ressort une dichotomie, voire une dysmorphie entre le féminin et le masculin. Bientôt, ces femmes se libéreront, grâce à mai 68, et s'égayeront dans la nature, arborant les formes voluptueuses de la fertilité et les couleurs de la joie de vivre retrouvée. Et les collaborations avec le sculpteur suisse Jean Tinguely pour la Fontaine Stravinsky ou le Cyclop ne feront que la conforter dans son grand projet, le projet de toute une vie : le Jardin des Tarots, à Capalbio en Toscane. Elle veut, là, en cet endroit, réussir le mariage de constructions à la Facteur Cheval avec le vocabulaire décoratif d'Antoni Gaudi. Ce qui se fera. Ce qui sera son chant du cygne. Après avoir milité pendant des années pour la lutte contre le SIDA, elle part presque sur la pointe des pieds.
Aujourd'hui, elle revient en artiste éclatante, en rebelle flamboyante, en guerrière désarmante, en femme, tout simplement.
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