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EAN : 9782246392620
220 pages
Éditeur : Grasset (22/09/2004)

Note moyenne : 4.11/5 (sur 9 notes)
Résumé :
L'originalité de l'essai de Jean-François Revel consiste à juger le roman de Proust en " lecture directe " et non pas à travers les idées esthétiques professées par l'auteur et reprises par ses commentateurs. La théorie bergsonienne de la " double mémoire ", postulat philosophique de l'œuvre, est, littérairement, son apport le plus faible. Quant à la célèbre " continuité proustienne ", quant au sens aigu du déroulement temporel, ils n'existent pas. Le génie de Prous... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Alzie
  19 décembre 2014
Sur Proust, on peut lire cet essai, pas mal du tout, réédité en 2013. Ces « Remarques » de Jean-François Revel font suite à une relecture de sa part afin, dit-il, de « se reposer des théories […] fuir leur dogmatisme étouffant et les oublier au contact des textes originaux ». L'approche me convient. Le livre a été écrit en 1955, quelques chapitres ajoutés en 1959 et une parution en 1960. Lecture stimulante pour qui aime Proust compte tenu du caractère d’extrême proximité entretenue avec le texte, toujours abondamment cité, et qui tord le cou à certaines idées reçues sur Proust et La Recherche. L’essai montre par la même occasion que le commentaire théorique, aussi érudit soit-il, ne peut à lui seul rendre compte de ce qu'est l’œuvre littéraire. Style élégant et percutant.
La Recherche, une œuvre coupée du réel ? Reprenant à son compte la formule de Painter, d’une « autobiographie créatrice », Revel analyse et illustre une géologie proustienne (p.34) où l’imagination, loin d’être la négation de la réalité, en est plutôt le révélateur. C’est ainsi que Proust, à partir du vécu et de la « vérité » des détails, atteint le plus haut comique ou le plus profond sérieux. Contrairement au reproche qui lui est adressé d'une oeuvre déconnectée du réel, elle est au contraire pétrie à son contact et reconfigurée par l'expérience personnelle de l'auteur. Et c’est là que Revel nous dit rencontrer en Proust le créateur magistral.
Complaisant ou snob Proust ? S'il s'est penché sur l'oisiveté d’une classe sociale particulière, c’est qu’elle est SON sujet. Il débusque le snobisme et l'examine ainsi qu’un anthropologue. La constellation des Guermantes est en effet peuplée de gens snobs qui passent leur temps à s’inviter ou à s’éviter. Mais Proust ne s’est pas contenté de la seule classe aristocratique pour décrire des snobs : on en rencontre également chez les grands et des petits bourgeois (les Verdurin et leurs fidèles notamment). La chronique ordinaire de la société ne se limite pas à celle des mondains, elle s’élargit aussi à celle des employés (Aimé) et des gens de maisons (Françoise), des artistes (Elstir, Vinteuil), des intellectuels (Bergotte). Proust y excelle, bien plus selon Revel, que dans « les morceaux » habituellement cités (la madeleine, le buisson d’aubépine etc.), et que dans la poésie des noms et des lieux.
Un essai de Thorstein Veblen : "La théorie de la classe oisive" (1899, traduit de l'anglais en 1970), entre en "coïncidence involontaire" avec La Recherche. Sa description d'une classe "en consommation improductive de temps", permet à Revel d’appréhender l’attitude de Proust face à la politique. Il relève que cette dernière (la politique) est partout présente dans La Recherche, illustrée par l'affaire Dreyfus mentionnée très tôt. Mais également par la description de la médiocrité de certains personnels de la haute administration (Norpois, parfait exemple du carriérisme véreux), de l'incompétence de l'Etat-Major ou de certains hommes politiques, par la bêtise du nationalisme, tout comme du bellicisme ambiant, de l'aveuglement ou de l'hypocrisie qui sont omniprésents.
Sur l’amour, Proust sceptique et superficiel ? Le narrateur de la Recherche est persuadé que l’amour, ne peut être partagé, ni même ne peut exister. L’amour est « L’annonce d’une solitude irrémédiable ». L’être aimé n’est pas aimé pour lui-même, c’est un absolu qui est recherché à travers lui. Vision platonicienne, selon Revel, et non psychologique. Comme en art où l’objet éveille à quelque chose de plus durable et plus précieux. Mais Proust, lui, ne croit à aucune transcendance, à la différence de Platon. L’amour n’est donc que souffrance et la vie est tragique. Sa conception de l’amour/maladie n’a rien de superficiel et plonge ses racines jusque dans l’antiquité (Lucrèce, Théocrite, Catulle). Revel renvoie à deux textes de Freud (Sur le narcissisme, paru en 1914 et Deuil et Mélancolie écrit en 1917 que La Fugitive illustre parfaitement), qui trouvent un écho puissant dans La Recherche (p. 143). Rien à voir donc avec une conception de l’amour superficielle qui ne serait que représentative d’une certaine classe à la Belle Epoque comme beaucoup ont pu dire.
La « vérité » est toujours fluctuante et rien n’est jamais sûr ni acquis chez Proust. Infidélité et mensonge semblent régner dans toute relation entre individus et rendent donc l’amour ou l'amitié impossible. Odette a-t-elle couché avec Forcheville le soir où Swann la cherchait ? Personne n’en saura jamais rien... L’amitié que le narrateur porte à Saint-Loup est alors d’autant plus exceptionnelle. Mais Revel note qu’elle le détourne cependant de sa vraie vocation littéraire. On peut aussi s’interroger sur ce qui nourrit les relations dans La Recherche ? Plaisir de la rencontre ou des mondanités ? Médisance et méchanceté sont pratiquées comme des sports. Cette société qui ne s'amuse pas plus qu'elle ne travaille est le terreau d’un pessimisme nécessaire à Proust pour écrire selon Revel.
Enfin, il établit un parallèle entre Montaigne et Proust, deux écrivains proches par leur œuvre taxés tous les deux de superficiels, mondains et complaisants. Ce sont des observateurs et non des théoriciens : "Ils remplissent leurs filets d'autant plus abondamment qu'ils ne se demandent pas au préalable selon quels principes ils vont trier le matériel qu'ils amènent à la surface". Ils ont une sensibilité qui leur permet de capter ce que les autres ressentent. "Avec des journées de psychopathes ils ont édifié des vies de sages". A propos des deux Revel ajoute que "Les injections de substance neuve sont plus rares dans l'histoire de la pensée que les remaniements doctrinaux" et qu’à ce titre ils sont exemplaires.
L’essai se termine par une réflexion sur l’œuvre d’art. Proust pense qu’elle procède d’un moi profond qu’il distingue du moi social et quotidien - sujet de « Contre Sainte-Beuve » -, chaque artiste ayant son monde d'images préalable à son expérience, "son pays". Revel montre à quel point la limite stricte décrite par Proust est dans son cas plutôt poreuse. Que serait en effet son œuvre sans les innombrables remontées fournies par son moi quotidien et dans lesquelles il n'a cessé de puiser pour nourrir la Recherche ? Quant à sa théorie de la mémoire, elle est le fruit de la mode de l'époque (c'est à dire Bergson et la réaction anti-intellectualiste à l'oeuvre dans toute l'Europe au début du XX° siècle). Et si on a les images de son temps, cela peut aussi conduire à des bévues de jugement ajoute Revel (Proust admire Anna de Noailles et Maeterlinck, Léon Daudet, ignore Apollinaire, Max Jacob ou Jarry). C’est sur ces deux derniers terrains qu’il le trouve plus « faible ».
Conclusion de Revel Proust infiniment plus convaincant, car créateur, dans l’exercice d’anthropologie littéraire et celui de l’observation maniaque de la progression des désastres de la passion ; beaucoup moins sur la théorie construite autour de la mémoire et de la création artistique. A méditer chacun se fera une idée. Un essai passionnant et très riche qui offre des angles de réfléxions multiples sur la Recherche et de nombreuses autres pistes de lectures ou relectures.
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ay_guadalquivir
  31 juillet 2019
Il s'agit ici de quelques entrées dans l'oeuvre de Proust, quelques remarques - bien développées tout de même- qui au moment d'entrer dans La Recherche, permettent parfois de lever les yeux d'une lecture dont il est parfois difficile d'extraire l'essentiel, de comprendre les mécanismes.
Je retiens l'attention que Jean-François Revel porte, dans l'oeuvre de Proust, au réel, à l'oisiveté, au snobisme. Trois clés tout à fait intéressante pour une première lecture de l'oeuvre de Proust.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
ay_guadalquiviray_guadalquivir   31 juillet 2019
Par quel aveuglement a-t-on parfois pu considérer Proust comme un romancier de la vie mondaine, quoique exceptionnel, un romancier dont le mérite essentiel serait d'avoir su tirer le profond du superficiel, rendre humaine une matière ingrate - un peu le Saint-Simon de la haute bourgeoisie?
p85
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ay_guadalquiviray_guadalquivir   26 juillet 2019
S'il est absolument certain que "l'important est d'aimer ", Proust n'en aboutit pas moins, et justement pour cela, à un pessimisme découragé, car en définitive, toute tentative pour sortir de nous-mêmes et dépendre sincèrement d'un autre être ne peut conduire qu'à la souffrance.
P71
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ay_guadalquiviray_guadalquivir   14 août 2019
La parenté de Montaigne et de Proust est due peut-être à cette tenue à distance de la culpabilité pathologique, élimination qui permet à leur "récit" de l'homme de couler et de s'étaler dans toute la largeur de son lit, sans être comprimé par la hantise d'avoir à rendre à chaque instant des comptes.
p171
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ay_guadalquiviray_guadalquivir   13 août 2019
Comme Proust, Montaigne se refuse à cette conduite infantile qui consiste, sous prétexte que nous avons besoin d'objets de certitude, à en fabriquer de postiches, ou alors à nier ce besoin.
P153
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ay_guadalquiviray_guadalquivir   22 juillet 2019
Le goût qu'a Proust du réel dans tout son détail explique que la Recherche se décompose en vastes fragments.
p47
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