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ISBN : 2952486921
Éditeur : (02/08/2015)

Note moyenne : 4.94/5 (sur 8 notes)
Résumé :
En un Iran monarchique, dans une ville introuvable sur la carte, inconnue des plans routiers, isolée et tenue secrète, une fille pas comme les autres voit le jour et se met très vite à développer des dons étranges. Obsédante, inquiétante, elle prend facilement possession de quiconque pose les yeux sur elle. Certains se figurent qu'ils peuvent la dresser. D'autres préféreraient la supprimer. Mais quelques âmes bienveillantes sont prêtes à lui offrir un toit sous lequ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Soukiang
  16 février 2018
Une brillante oeuvre littéraire, puissante, rare, d'une force émotionnelle inouïe !!!
Attention, chef d'oeuvre à lire d'urgence, vous n'en ressortirez pas indemne, un roman indépendant qui place d'emblée son auteure parmi les plus grands !!!
Voilà c'est dit et je vais vous expliquer pourquoi ...
Le roman se situe en Iran, 60 ans avant la Révolution de 1979, dans un petit village de province, village fictif de Marguéstânn, et relate l'histoire d'une petite fille unique à la destinée tracée. Mais la petite, une fille pas comme les autres, ne l'entend pas de cette oreille, elle se révèle d'une nature rebelle et "sauvage", elle a soif de liberté, elle va tout faire pour s'opposer à une "carrière" programmée, à commencer par rejeter l'éducation religieuse imposée selon les lois traditionnelles, le port obligatoire du tchador, le mariage forcé…
Jamais un roman aussi intelligent et d'une portée universelle si pénétrante ne m'aura autant convaincu de la force des mots. L'histoire m'a laissé des traces, encore au moment j'écris cette chronique plusieurs heures après, une émotion constante et indicible continue de m'habiter, de me hanter dans les plus profonds tréfonds de mon âme et de ma conscience, je n'ai pas l'habitude de verser des larmes mais après les derniers mots de « Sur les traces d'Oghyanouss », c'est fait, oui, je plaide coupable.
C'est d'abord une voix, une présence, une narration littéraire qui porte sur ses solides épaules toute la vie de cette petite fille qui est arrachée à sa famille. le lien père-fille, émouvant, indéfectible, qui se forge au fil de ses premières années d'existence, sera interrompu par celles qu'elle nommera "les deux femmes de sa vie", quand bien même, elles seront à l'origine de ce déchirement et de cette rupture, et de son double deuil. le destin est en marche. Pour la petite héroïne, sa deuxième vie ne fait que commencer, je ne vous en dis pas plus pour ne pas déflorer l'intrigue ... Tout est à découvrir, absolument tout !
Je suis elle.
Quel style, quelle plume, j'ai pris mon temps de lire ce roman, chaque mot a une consonnance et une résonnance particulière, les phrases vous feront goûter à la joie de (re)découvrir combien les lettres peuvent vous submerger de sentiments contradictoires, vous engloutir dans un florilège d'émotions, de vous faire sentir "vivant", coller au plus près du personnage principal, de frémir à travers ses paroles, de rejaillir lors d'instants fulgurants propres à désarçonner même les esprits les moins malléables, la force de caractère de l'enfant, ses pensées, ses actes et ses conséquences, vous subirez tous les affronts et les terribles choix, vous vivrez de l'intérieur cette existence dénuée de la moindre compassion, ce qui fera décupler notre empathie à son égard, je me suis immergé dans sa peau à suivre chacun de ses pas, l'un après l'autre, à ne faire qu'un avec elle, à sentir jusqu'à son plus petit souffle comme une légère caresse dans mes cheveux, à me délecter de chacun de ses cris comme une douce mélodie, à vibrer à l'unisson avec elle, à lui faire des appels invisibles quant à la prochaine étape de sa vie, je ne faisais plus qu'un avec elle ...
Son cri de détresse et de désespoir, une caisse de résonnance. Ce microcosme, cet habitat réduit, cette fenêtre vers un espace infini, les frontières de la réalité et de l'imagination vont se fusionner en une entité indivisible et unique, un toit pour un champ de possible infini, l'âme du personnage principal n'a pas fini de nous tourmenter, de donner des pistes de réflexion sur la profonde nature de l'être humain, la folie des uns finit par contaminer et se propager comme un feu de brousse, un condensé de vie réunit en un lieu inique et unique.
La peinture est un reflet de son âme, un miroir de son existence, elle est l'ombre d'elle-même, la beauté cachée et la souffrance intérieure, une douleur insoutenable, la voix du silence.
Quand la révolte sonne, les trompettes se tairont, quand le manque le plus total laisse l'héroïne face à sa vie, son destin, elle devient témoin d'une époque et de toutes les époques, son corps est un réceptacle et un temple de son esprit libre, l'âme du « supposé » diable, de la supposée « folle » se mue alors en une âme pure, absolue, créatrice, inspiratrice, elle est l'incarnation de tous les êtres démunis, l'amie de la solitude, l'épaule sur qui poser sa tête, il ne suffit de pas grand chose, l'écho d'un son, la réverbération d'un phare de voiture sur sa petite fenêtre, le personnage principal est tout et ... rien, elle vit en vase clos, le temps passe et n'a plus d'emprise sur elle, les évènements du quotidien glisse sur elle comme l'eau coule de sa source, elle vit dans un songe et un monde onirique fait d'éclats de lumière, un horizon lointain et inaccessible, les saisons défilent comme des perles sur un collier, rien ne la perturbe, elle fait le vide autour d'elle, son lieu de vie est un champ infini de possible tout en étant délimité dans la plus grande restriction, un aire restreint mais c'est son royaume à elle, c'est le royaume d'Oghyanouss, personne n'y pénètre sans son autorisation, c'est un lieu sacré et qu'on ne la surprenne pas ...
Comme je l'ai évoqué avant, c'est un roman littéraire sur lequel souffle un grand vent de liberté et de souffrance Afin de préserver au maximum toutes les surprises qui s'égrènent et jaillissent en ressorts dramatiques, je me limite à dire que « Sur les traces d'Oghyanouss » est le roman d'une tragédie à l'échelle humaine. le roman de l'indicible, de l'ignoniminie et de la monstruosité humaines qui gangrènent les esprits les plus vifs et les plus fragiles, le roman qui interroge la libre-pensée et l'émancipation. C'est l'abandon de soi dans sa plus infime et profonde expression, une destinée au milieu du chaos et de la folie, l'illusion se liquéfie de manière latente, le désespoir ou l'inespoir amène une certaine paix intérieure. La plume est magnifique, chacun des mots donne un sens particulier suivant la situation abordée, j'ai senti que l'auteur se jouait des mots comme un musicien joue ses notes d'une partition, la progression de l'histoire est d'une fluidité remarquable, rien ne résiste à l'attraction du pouvoir littéraire, le magnétisme dégagé par le personnage principal fait qu'on s'oublie soi-même pour elle, si omnisciente. Hors champ, hors et des sentiers battus, à travers les âges et les terribles incidents qui vont émailler l'histoire du pays, l'héroïne avance telle une funambule sur un fil ténu et sur lequel, tout son équilibre est en jeu.
Je suis Oghyanouss.
Le roman se scinde en deux parties, avant et après la révolution de 1979, ce qui se traduit par une rupture dans le ton, à l'image du pays mais là, encore, l'auteure va nous surprendre, dans la deuxième partie du roman, par des révélations qui vont mettre à mal toutes les convictions qu'on a pu se forger au fur et à mesure de la lecture. Une opposition et une fracture dans la représentation de l'évolution du monde entre les traditions ancestrales et le modernisme, les conventions mises à mal, l'économie de marché, la politique, les complaisances et les artifices sont de rigueur, l'auteure ne cherche pas à porter un jugement, le lecteur a toute latitude de se poser des questions, d'émettre sa propre voix, ses réserves.
Le dénouement est un modèle sans précédent, unique, qui vient encore nous surprendre, retour à la case départ avec un lot d'inattendus, une richesse et une originalité folle achèvent de donner à ce roman toute son ampleur thématique et nous fait voir toute sa dimension métaphorique, c'est sans équivalent, la voix d'une héroïne des temps modernes, la musique du coeur et de l'âme, la défenseuse des insoumises, les caprices du destin.
Où quand la petite histoire rejoint la grande histoire d'un pays avec un grand H, l'Iran.
Plusieurs thématiques sont abordées, développées à travers toute l'histoire de ce personnage féminin, la littérature est un champ d'expérience et d'expérimentation, de réflexion, j'espère pouvoir continuer ensuite, ici ou là, débattre avec celles et ceux qui le liront, partager l'immense plaisir que j'ai eu à lire « Sur les traces d'Oghyanouss », échanger des idées dans la compréhension du livre, développer des pistes afin de compléter, d'apporter de nouvelles lumières.
Comme l'a dit récemment un auteur connu "C'est très rare un écrivain qui écrit en dehors de sa langue maternelle ...", Afsaneh Reza-Miller l'a fait et avec quel talent littéraire, à aucun moment j'ai eu le sentiment de lire l'écriture d'une lettrée iranienne, c'est une artiste, un écrivain littéraire rare et précieux, « Sur les trace d'Oghyanouss » est un roman exigeant, moderne, d'une audacité et d'une intelligence hors du commun, d'une très grande force approuvée, d'une puissance émotionnelle prodigieuse, c'est une fiction littéraire à la première personne du singulier d'une femme révoltée, soumise sans l'être. le roman d'une prise de position humaine face à la bêtise des Hommes.
C'est un livre qui m'a littéralement transpercé le coeur, donné des frissons parfois, d'angoisse en ce sens que les mots vous bouleversent, vous secouent, vous atteignent au plus profond de vous-même, transcendent tous vos acquis et font trembler toutes vos certitudes, un roman vertigineux dans la mise en abîme du personnage principal, m'a fait passer par une multitude d'émotions et de sentiments ambivalents, je n'en suis pas sorti indemne, le réalisme de certaines scènes m'a glacé le sang, la sincérité du propos et l'authenticité qui en résulte m'a achevé pour le qualifier de roman littéraire de l'année !!!
Je vous invite sans concession à lire « Sur les traces d'Oghyanouss » de l'auteure Afsaneh Reza-Miller, c'est un roman rare, une pièce maîtresse lumineuse, une brillante oeuvre littéraire, sans équivalent, j'espère que vous serez autant ému et bouleversé que je l'ai été.
Une force impressionnante, le pouvoir des mots et des images qui les inspirent.
16 ans après sa conception, l'auteure s'est finalement persuadée de commercialiser son roman (premier roman) en 2015, elle l'a réalisé de A à Z, y compris l'illustration de couverture qui symbolise à elle-seule, ce qui vous attend dans cet unique et sublime roman littéraire.
Un bijou de littérature. Mon coup de coeur de l'année 2017 !!!
❤️❤️❤️💖💖💖
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Illustration
  16 février 2018
« Sur les traces d'Oghyanouss »
Oubliez tout ce que vous avez connu jusqu'ici, mettez tout de côté, et penchez-vous sur ce grand livre. Jamais je n'ai été à ce point bouleversée par un roman. Habituée de livres de littérature, après ma lecture de « Sur les traces d'Oghyanouss », je n'hésite pas à dire que l'oeuvre est un chef d'oeuvre.
Colossal par ses thèmes, magnifique par sa façon de les examiner, un roman ou une oeuvre d'art, avec la puissante voix d'une héroïne peinte dans toute sa splendeur humaine, qui va inévitablement croiser l'histoire collective de son pays. Un livre que j'ai cru pouvoir lire facilement, comme les autres ouvrages lus sur l'Iran et ses paradoxes. Je pensais savoir plus ou moins ce qui m'attendait. Mais très vite, le texte m'a narguée, m'a mise au défi. Un personnage profondément humain, plein d'âme et de caractère, m'a donné la chair de poule, avec sa présence, son omniprésence, son omniscience, sa vérité, sa vision du monde, son expression juste et magnifique. Ça résonne comme un chant lyrique jusqu'au triomphe quasi épique mais ô combien authentique et sans redondance de l'héroïne. Une victoire humaine au sens le plus noble du terme donne à ce livre une puissance incroyable. C'est sans conteste l'un des plus beaux livres de littérature qui existent. Brillamment écrit, brillamment construit, il a une force subversive incontestable. Joyau digne de prendre place parmi les trésors du patrimoine littéraire du monde.
La charge symbolique du roman est forte , ça nécessite une lecture au second degré, c'est un prérequis, sans une lecture intelligente on ne comprendrait pas toute sa thématique. C'est un de ces romans aux multiples facettes qui disperse ses clés sur plusieurs niveaux de lecture possibles. Ce moment de lecture est inoubliable, puisqu'il a sonné comme un grand moment de vie. Aux antipodes des spéculations théoriques et universitaires, ou de toute lecture de divertissement, la vraie culture littéraire laisse son empreinte au niveau du cœur et agit sur la sensibilité. La littérature du vrai est ce qui demeure du temps qui ne peut pas toujours emporter avec lui tout ce que l'être humain arrive à créer, la vraie littérature c'est ce qui nous reste lorsque on risque de renoncer à l'essentiel. Cette monstrueuse époque de consommation ne peut supporter un travail si beau et authentique et voilà pourquoi l'odieux, le nul, l'abject gagne du terrain alors que le beau doit attendre que les vrais lecteurs viennent le découvrir.
Le roman développe des thèmes riches de sens, sous la plume expérimentale et humaniste qui suscite l'admiration. Avec un talent innommable, le livre démontre que la complexité des rapports humains peut radicalement changer une vie. Détrompez-vous, ce n'est pas une histoire de famille, c'est bien plus, bien plus qu'une histoire. La menace de la proximité, des liens ambigus, forcés, irrésolus, l'amour suspect et toxique, la jalousie morbide, le voile de la fatalité, l'hypocrisie la plus secrète et la plus détestable, le voile des trahisons, le voile du mensonge… L'auteure étudie l'ambiguïté des rapports féminins, la misogynie généralisée, ancrée et inconsciente des femmes, le poids des traditions aveuglantes et des erreurs éducatives. le livre évoque l'instinct maternel des pères, la lucidité paternelle et la démission inévitable des hommes de la vie de famille, qui fait presque passer ici le personnage du père pour un lâche. Bien d'autres vérités/réalités y sont élaborées, avec adresse, avec courage, à l'opposé de la pensée unique, l'auteure donne une matière concrète au concept de la liberté dans tous les sens du terme et de l'indépendance d'esprit et soulève la question de la responsabilité individuelle. Ce roman est un cri artistique et discontinu de contestation, somme toutes une opposition élégante et sublime à l'obscurantisme.
J'ai lu pas mal d'ouvrages sur un pays qui me fascine par son cinéma, son histoire, sa littérature, son peuple et sa langue que je ne parle pas. Avec « Sur les traces d'Oghyanouss » j'ai la plus belle des preuves qui soit, que sous la dictature religieuse, est née une plume littéraire unique et une romancière hors du commun qui écrit non pas dans sa langue maternelle mais dans la mienne. Du grand art, de la très grande littérature. Ce livre est exceptionnel et son auteure est incontestablement un génie. Il en faut au moins un, une fois par siècle !
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Vrailivres
  24 novembre 2016
Magnifique Roman ! Magnifique !
« Sur les traces d'Oghyanouss » d'Afsaneh Reza-Miller est un sublime roman inclassable pour moi.
Il n'y a aucun doute qu'il nous emmène loin de nos habitudes. Mais aussi de ce que l'on peut imaginer sur une impression préétablie. Je reconnais que sa force réside tout d'abord dans son exigence à ne pas être un témoignage autobiographique, bourré de clichés..
J'imagine mal un lecteur résister à ce roman que je considère comme un intemporel chef d'oeuvre de la littérature universelle. Et ce n'est pas un mot que je distribue facilement. Dans ma grande expérience de lecteur, il m'arrive d'être marqué par quelques perles rares littéraires qui sortent de l'ordinaire et brillent par leur beauté, leur originalité, leur thématique et leur incomparable force. Celui-ci est indéniablement de cette gamme-là. Il n'est pas nombriliste, bien au contraire, un élan empathique envers autrui souligne constamment son ambition romanesque, par ailleurs admirablement atteinte. le roman se bâtît sur de grands thèmes universels. L'auteure prend la main du lecteur et le fait entrer dans un univers complètement inattendu. Elle fait en sorte que l'on reste près du personnage central et très vite, dès les premiers paragraphes, on se sent inséparable de l'héroïne. Ses joies, ses cris, ses jeux, ses peurs, ses pensées, ses émotions font d'elle quasiment une âme soeur. On se reconnaît en elle, bien qu'elle appartienne à un monde onirique. On en ressort, habité par l'histoire et ses détails, par son organisation et son personnage. C'est bien vrai « elle prend possession de quiconque pose les yeux sur elle », c'est par ces mots que l'héroïne nous est présentée dans le résumé. Elle nous entraîne dans cette histoire haletante qui évolue dans des espaces clos, le roman en tire sa grande particularité. Les décors sont volontairement minimalistes (dans une bonne majorité du livre), le suspens se développe, un drame se noue sous nos yeux, l'auteure plante des bouts de mystère à chaque chapitre, le voyage sur ces pistes jalonnées de secrets et d'intuitions devient addictif. On ne peut pas détourner les yeux du personnage pendant que l'intrigue avance à grand pas, on n'en néglige rien et cependant on ne soupçonne pas un instant ce qui se prépare. le rythme narratif est très prenant, ses engrenages se mettent vigoureusement en place, ça nous tient en haleine jusque dans les dernières lignes du roman. « Sur les traces d'Oghyanouss » est une oeuvre romanesque à couper le souffle. Et je pèse mes mots en disant que le dénouement est à lui seul un coup de maître ! Tout est cohérent, le livre est extrêmement solide. Une vie complète se raconte. Non, ce n'est pas une autobiographie, ce n'est pas un récit témoignage déguisé en roman, c'est un roman magnifique plein de créativité et de surprises. Avec une parfaite maîtrise de son sujet, l'auteure décrit une expérience humaine, nous montre que nous avons en nous toutes les forces et toutes les faiblesses. Ce roman bouleverse son lecteur par sa grande sensibilité, sa justesse, sa vérité, son authenticité. Il parle en tout homme. Il est, de surcroît, non dénué de réflexions, de poésie, de joie, et d'humour. Il n'est pas gonflé d'exposés aléatoires, pas d'emphase et rien de redondant en marges de l'action, ici tout se dissout dans la fiction. Un livre extralucide qui, sous ses allures romanesques, ironise intelligemment les valeurs dont il est interdit de douter : famille, religion, patrie, identité, émancipation, amour/passion, modernisme, solidarité féminine. Cette dernière, notamment, est présentée comme une grosse arnaque, une grande utopie.
Ce qui compte, c'est la souffrance de l'être, sa force, sa dignité, devant d'innombrables obstacles qu'au cours d'une vie il peut rencontrer. J'ai aimé ce livre, non, je l'ai adoré et je l'ai dévoré ! Un texte extraordinaire, profondément humain et émouvant, gai, lumineux, et c'est écrit d'une main de maître.
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Vrailivres
  26 novembre 2016
" Sur les traces d'Oghyanouss" de Afsaneh Reza-Miller est un sublime roman inclassable pour moi.
Il n'y a aucun doute qu'il nous emmène loin de nos habitudes. Mais aussi de ce que l'on peut imaginer sur une impression préétablie. Je reconnais que sa force réside tout d'abord dans son exigence à ne pas être un témoignage autobiographique, bourré de clichés..
J'imagine mal un lecteur résister à ce roman que je considère comme un intemporel chef d'oeuvre de la littérature universelle. Et ce n'est pas un mot que je distribue facilement. Dans ma grande expérience de lecteur, il m'arrive d'être marqué par quelques perles rares littéraires qui sortent de l'ordinaire et brillent par leur beauté, leur originalité, leur thématique et leur incomparable force. Celui-ci est indéniablement de cette gamme-là. Il n'est pas nombriliste, bien au contraire, un élan empathique envers autrui souligne constamment son ambition romanesque, par ailleurs admirablement atteinte. le roman se bâtît sur de grands thèmes universels. L'auteure prend la main du lecteur et le fait entrer dans un univers complètement inattendu. Elle fait en sorte que l'on reste près du personnage central et très vite, dès les premiers paragraphes, on se sent inséparable de l'héroïne. Ses joies, ses cris, ses jeux, ses peurs, ses pensées, ses émotions font d'elle quasiment une âme soeur. On se reconnaît en elle, bien qu'elle appartienne à un monde onirique. On en ressort, habité par l'histoire et ses détails, par son organisation et son personnage. C'est bien vrai « elle prend possession de quiconque pose les yeux sur elle », c'est par ces mots que l'héroïne nous est présentée dans le résumé. Elle nous entraîne dans cette histoire haletante qui évolue dans des espaces clos, le roman en tire sa grande particularité. Les décors sont volontairement minimalistes (dans une bonne majorité du livre), le suspens se développe, un drame se noue sous nos yeux, l'auteure plante des bouts de mystère à chaque chapitre, le voyage sur ces pistes jalonnées de secrets et d'intuitions devient addictif. On ne peut pas détourner les yeux du personnage pendant que l'intrigue avance à grand pas, on n'en néglige rien et cependant on ne soupçonne pas un instant ce qui se prépare. le rythme narratif est très prenant, ses engrenages se mettent vigoureusement en place, ça nous tient en haleine jusque dans les dernières lignes du roman. « Sur les traces d'Oghyanouss » est une oeuvre romanesque à couper le souffle. Et je pèse mes mots en disant que le dénouement est à lui seul un coup de maître ! Tout est cohérent, le livre est extrêmement solide. Une vie complète se raconte. Non, ce n'est pas une autobiographie, ce n'est pas un récit témoignage déguisé en roman, c'est un roman magnifique plein de créativité et de surprises. Avec une parfaite maîtrise de son sujet, l'auteure décrit une expérience humaine, nous montre que nous avons en nous toutes les forces et toutes les faiblesses. Ce roman bouleverse son lecteur par sa grande sensibilité, sa justesse, sa vérité, son authenticité. Il parle en tout homme. Il est, de surcroît, non dénué de réflexions, de poésie, de joie, et d'humour. Il n'est pas gonflé d'exposés aléatoires, pas d'emphase et rien de redondant en marges de l'action, ici tout se dissout dans la fiction. Un livre extralucide qui, sous ses allures romanesques, ironise intelligemment les valeurs dont il est interdit de douter : famille, religion, patrie, identité, émancipation, amour/passion, modernisme, solidarité féminine. Cette dernière, notamment, est présentée comme une grosse arnaque, une grande utopie.
Ce qui compte, c'est la souffrance de l'être, sa force, sa dignité, devant d'innombrables obstacles qu'au cours d'une vie il peut rencontrer. J'ai aimé ce livre, non, je l'ai adoré et je l'ai dévoré ! Un texte extraordinaire, profondément humain et émouvant, gai, lumineux, et c'est écrit d'une main de maître.
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Wolkaiw
  22 février 2018
Sur les traces d'Oghyanouss est un roman unique et puissant, un livre qui m'a laissé avec une impression étrange et indescriptible une fois la lecture achevée. Une des premières choses à m'avoir frappée a été l'absence de traduction. L'auteure n'est pas française, le français n'est donc pas sa langue maternelle et cela ne se ressent absolument pas lors de la lecture, les mots sont d'une rare fluidité ; un immense bravo à l'auteure pour son travail car je ne doute pas qu'il fut colossal.
Ce livre nous raconte une histoire qui sort des sentiers battus, l'histoire d'une jeune fille, à la fois énigmatique et originale que nous prenons plaisir à suivre, à laquelle nous sommes presque forcés de nous attacher, voire de nous identifier. Oghyanouss, en voila un superbe prénom – clé du récit qui nous ouvre les portes d'un monde jusqu'alors insoupçonné. Nous suivons les trace d'une fille qui apprend à devenir une femme dans un monde qui ne semble pas la comprendre, une jeune fleur sur le point d'éclore, qui peine à communiquer avec son environnement – lumière dans les ténèbres de la vie.
À travers le regard naïf, mais aussi empreint d'une certaine maturité d'Oghyanouss, c'est toute une prise de conscience qui nous assaille. Nous apprenons à regarder le monde qui nous entoure autrement, à nous en méfier mais aussi et surtout à l'aimer. le calme et la chaos se mêlent habilement dans nos esprits, créant un désordre sans précédent, d'une douceur inégalable. Oghyanouss c'est ce mélange étrange de pureté et de péché, ni totalement blanche ni totalement noir, une sorte d'entre-deux qui fascine tant elle semble complexe et insaisissable. Insaisissable, c'est le mot, nul n'est à même d'enfermer cette jeune fille, la liberté, sa liberté n'a pas de prix mais son acquisition va être longue et semée d'embûches. Comment s'évader quand les murs qui nous entourent nous retiennent prisonniers ? Est-ce un défi physique ou psychique que celui de s'extraire de la réalité, là repose toute la question. Quitter la torpeur de la banalité quotidienne n'est pas simple, c'est tout un art, et bien plus …
Quand la vie commence-t-elle vraiment ? Quel est le véritable pouvoir ? Avec la jeune Oghyanouss à nos côtés, nous allons tenter de répondre à ces questions, d'en saisir toute la portée. Rien n'est simple, tout est ancré dans un contexte plus ou moins marqué, celui de l'Iran d'avant, bien avant, et d'après la révolution. Dans ce livre, on peut dire que les contextes religieux et politiques sont très présents, voire pesants, on ressent véritablement le poids d'une époque, de la famille mais aussi de nombreuses autres choses. L'atmosphère est lourde, chargée de sous-entendus et d'incompréhensions. Afin d'alléger tout cela sans en ôter la saveur, l'art, et plus particulièrement la peinture, va jouer un rôle primordial dans l'histoire. Peindre comme certains peuvent écrire, peindre pour s'exprimer autrement que par l'acte de parler…
Qui du père, de la mère, de la tante ou encore de la religion détient le dernier mot ? Vous découvrirez la place du père, il joue un rôle très particulier et parfois ambiguë, c'est un homme effacé, complètement dans sa bulle qui ne semble pas être à même de saisir le sens de ce qui l'entoure. La mère et la tante d'Oghyanouss nous apparaissent de suite comme deux tyrans, des femmes que rien ne semblent pouvoir arrêter, prêtes à tout pour obtenir ce qu'elles veulent. J'ai trouvé quelque chose de presque ridicule dans leur obstination, une certaine naïveté dans leur entêtement. Aveuglées par la religion et leurs pseudos concepts, elles peinent à ouvrir les yeux sur les choses les plus concrètes qui soient, perdues dans les abîmes d'une doxa qu'elles suivent sans en comprendre la vraie portée… le contraste homme/femme, au sein du couple que constitue les parents, est saisissant et presque improbable pour l'époque. La famille de la jeune fille n'a rien d'ordinaire, nul doute que le destin d'Oghyanouss se devait d'être hors-norme.
Oghyanouss éclipse les autres, elle rayonne de milles feux, resplendit tel le plus brillant des diamants. Jeune fille presque iconique, elle s'inscrit merveilleusement bien dans cette histoire forte et prenante. Les chapitres sont rythmés, dynamiques, tout au long de la lecture, nous sommes amenés à relever de nombreuses ellipses et sous-entendus, des phrases que nous tentons de saisir au vol, dont nous ne comprenons le sens qu'au fur et à mesure. Un seul point m'a chagriné dans ce livre, cela concerne la ponctuation et son usage parfois excessif à mes yeux ; l'utilisation abusive des points d'exclamation et d'interrogation dénaturait le propos au lieu de le rendre plus impactant, c'est le seul point noir que je peux soulever pour ce livre.
En définitive, j'ai bu les mots de l'auteure comme un délicieux nectar, je les ai savouré et dégusté jusqu'au dernier car ils sont plein d'une détresse et d'un espoir sans nom, regorgeant de vitalité et de mystère. En plein Iran monarchique, ce livre dresse un portrait des femmes à travers une époque contrastée et difficile, il met en avant le combat d'une femme contre son époque mais surtout celui d'une fille contre d'autres femmes – lutte perpétuelle pour la vie mais aussi la survie et la liberté.

Lien : http://wolkaiw.blogspot.fr/2..
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
WolkaiwWolkaiw   29 janvier 2018
La maturité exige qu'on l'expérimente. C'est une expérience des plus fondamentales pour la transition. L'enfant qui devient adulte, en l'espace de quelques secondes, ne garde aucun traumatisme, comme on a tendance à le penser mais un souvenir qui devient un point de repère, une ligne séparatrice, un acte de naissance et un certificat de décès. Les cris d'avant la ligne sont joyeux, les cris d'après : des hurlements déchaînés. ll n''est pas donné à tout le monde d'accomplir ce passage avec succès et fierté.
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WolkaiwWolkaiw   27 janvier 2018
La liberté n'est pas une vertu à obtenir. Elle commence où commence la vie, inhérente à l'être. Il faut apprendre à la découvrir à la connaître, à l'enrichir et se garder de penser que les autres viendront un jour vous l'offrir.
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WolkaiwWolkaiw   27 janvier 2018
Le mensonge arrive peut-être à détourner le sens des mots, mais il ne peut détourner les sentiments de leur vraie nature. Aussi banal que cela puisse paraître, la jalousie est la cause de toutes les guerres de l'humanité.
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