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Critiques sur La prisonnière des Sargasses (12)
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sylvaine
  08 janvier 2019
La prisonnière des Sargasses est un roman de Jean Rhys publié en 1966 à 76 ans. Récompensé par la Royal Society Littérature Award ce roman mit en lumière une auteure restée dans l'ombre. Jean Rhys s'est surement inspirée de sa vie pour créer le personnage d'Antoinette. Comme elle elle est la fille d'un anglais marié à une créole blanche. Bercée dans la culture de la communauté noire de la Jamaïque, Antoinette suite à la maladie de sa mère est mise en pension chez des religieuses. Elle ne sort du pensionnat que pour être "vendue" à un gentleman anglais. Elle en tombe amoureuse mais lui , satisfait d'avoir fait une bonne opération financière en l'épousant , va vite la prendre en grippe. Les rumeurs courent ici et là , folie , comme sa mère, prête à s'abandonner dans les bras du premier venu.La cohabitation devient vite insupportable , l'alcool coule à flots, la tension dans le couple vire à l'affrontement et ils quittent la Jamaïque direction l'Angleterre.
Ce roman est féroce, l'atmosphère étouffante je dirais même suffocante. Malgré ou à cause de la magnificence des paysages, de la beauté des îles l'exacerbation des uns vis ) vis des autres arrive bien vite à un paroxysme délétère. Les représentants blancs du colonialisme anglais méprisent ces créoles blancs . Quelle différence peut il y avoir à leurs yeux entre les nègres blancs et les nègres noirs....Jean Rhys raconte ...
Et bien sur ce roman a une autre facette. J'avoue humblement que si je n'étais pas allée fureter ici ou là je serai passée à côté . Et si Antoinette était la femme cachée de Rochester? et si La prisonnière des Sargasses était le prologue de Jane Eyre de Charlotte Bronte? Ce roman est présent dans la "sélection des 1001 livres à avoir lus avant de mourir" j'avoue ma perplexité de non-britannique.
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sarahdu91
  01 février 2019
Une belle descente aux enfers pour une histoire qui se déroule en Jamaïque. Mais entendons nous bien, la descente aux enfers est toujours perpétrée par de fausses rumeurs, des conspirations et autres qui font que nos personnages sont victimes de Folie et catalogués de cette façon aux yeux des autres.
J'ai trouvé que le fond de ce roman était bien intéressant mais trop de longueurs au départ de l'intrigue et un style trop décousu à mon goût. On se demandait vraiment qui parlait dans les dialogues, qui relatait et si notre narratrice n'était pas une autre personne du roman.
Bref, peut-être que le style a été fait de telle façon à nous embrouiller, pour ma part cela n'a pas eu l'effet produit à mes yeux.
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Charybde2
  17 mars 2013
Impressionnant faux roman victorien, invention d'un prélude à "Jane Eyre" aux Antilles.

Publié en 1966, le livre le plus connu de l' Anglo-Dominicaine Jean Rhys étonne. Conçu ouvertement comme un prélude au "Jane Eyre" de Charlotte Brontë, il retrace le destin d'Antoinette / Bertha, l'épouse réputée malade / folle de Rochester, avant sa rencontre avec Jane Eyre.

Antoinette raconte son enfance à la Jamaïque à partir de 1833 et de la libération des esclaves qui y prend place. Sa mère, veuve ruinée d'un gros planteur esclavagiste, glisse lentement dans la folie lorsqu'elle réalise que, faute de fortune et de situation, la bonne société bourgeoise blanche post-esclavagiste la rejette, tandis que le profond et brutal ressentiment des ex-esclaves rôde comme une sourde menace autour de la famille... Après l'incendie criminel de leur manoir déliquescent dans une flambée de violence, et la mort du jeune frère simple d'esprit, la mère d'Antoinette parvient de justesse à les hisser hors de l'abîme social et financier en se remariant à un riche Anglais sans préjugés.

A la mort de celui-ci, sa mère devenue authentiquement folle, Antoinette entre dans un mariage arrangé par son beau-frère, et épouse le jeune Rochester (le futur protagoniste de "Jane Eyre", donc), en échange d'une confortable dot qui remet celui-ci "à flot" financièrement. Les jeunes époux quittent la Jamaïque chargée de souvenirs risqués pour s'installer à la Dominique, dans une vieille propriété de famille juste remise en état. Alors que le mariage aurait - peut-être - pu évoluer favorablement, une succession d'insidieux coups du sort et de remontées du passé, malgré les efforts protecteurs de la vieille gouvernante martiniquaise d'Antoinette, quimboiseuse à ses heures, va le diriger vers l'échec, la folie et le semi-internement en Angleterre que l'on connaît à travers le roman de Charlotte Brontë.

Roman captivant, dans son ambiguïté de faux récit victorien et de vraie narration hallucinée, à plusieurs voix subtilement agencées, sur le poids du passé, l'impossibilité de l'intégration sociale, le pouvoir des préjugés, dans cette Angleterre coloniale du XIXème siècle qui se découvre, très péniblement, comme multi-raciale, et qui ne sait trop que penser de son comportement des siècles précédents...
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Mariefrance92600
  06 septembre 2017
Quand la violence de l'écriture fait écho à celle d'une humanité perdue.
Jean Rhys déploie un univers fait de désespoir et d'une cruauté inéluctable, où la violence de l'écriture fait écho à celle d'une humanité perdue.
De son enfance antillaise et d'une vie de fêlures et d'excès, Jean Rhys fait la trame d'une oeuvre sombre et cruelle, jamais très loin de l'autobiographie, puisant sans cesse dans sa tragédie intime pour mettre en scène des destins brisés. Née en 1890, la romancière publie dans les années 30 des nouvelles et quatre romans. Suivront des années de silence, jusqu'en 1966 où La prisonnière des Sargasses, qu'elle met neuf ans à écrire, rendra justice à son talent singulier.
L'histoire, c'est celle d'une descente aux enfers aux allures de malédiction. Celle d'une famille créole de planteurs mise à mal par l'abolition de l'esclavage. Antoinette Cosway, l'héroïne et narratrice, grandit dans cette société stigmatisée par la violence de son histoire. Elle sera mariée contre son gré à un anglais ruiné, et menée peu à peu à la folie.
On retrouve les thèmes chers à Jean Rhys, marqués par une vision sans concessions du monde dans lequel elle évolue. On n'échappe pas à la violence d'une société où la cruauté et l'injustice font loi. Antoinette joue de cette ambiguïté sociale des créoles, négriers, riches, méprisants, mais ployant sous le même mépris de la part d'une société anglaise qui ne les reconnaît pas. C'est peut-être ce désir d'être ce qu'elle n'est pas qui mène Antoinette à sa perte, qui lui fait accepter l'inacceptable dans l'espoir insensé de se glisser dans un moule de bien-pensance britannique, refusant de voir qu'elle n'est pas de ce bord et qu'elle ne le sera jamais.
L'écriture est violente, dure. L'histoire, racontée à deux voix puisqu'à celle d'Antoinette se joindra bientôt celle de l'homme qui fera son malheur, est aussi implacable que l'incompréhension qui s'installe entre les personnages, l'impossibilité de communiquer qui ouvre à toutes les extrémités. Les vapeurs de rhum estompent la réalité pour laisser jaillir la fureur de la frustration, la noirceur de l'âme et la rédemption impossible. Souhaitons que la réédition de la prisonnière des Sargasses marque le retour en grâce de Jean Rhys, et lui rende la place qui est la sienne parmi les plus grandes romancières anglaises du siècle dernier.
Lien : https://www.avoir-alire.com/..
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Titine75
  04 février 2010
L'action de “La prisonnière des Sargasses” se situe à la Jamaïque dans les années 1830-40. Antoinette Cosway est une jeune créole vivant au domaine Coulibri avec sa mère et quelques serviteurs. La famille Cosway a fait fortune avec l'esclavage mais l'abolition a tout changé. Les Cosway sont pauvres et détestés par les Jamaïcains. “Le domaine de Coulibri tout entier était redevenu brousse. L'esclavage n'existait plus - pourquoi qui que ce soit devrait-il travailler ? Je n'en ai jamais été attristée - Je ne me souvenais pas du domaine à l'époque de sa prospérité.” Antoinette se satisfait de sa vie dans la nature et loin de toute contrainte. Mais sa mère se remarie et Antoinette est envoyée au couvent pour faire son éducation. Elle quitte les soeurs à 17 ans et son destin tourne au drame. Les noirs se vengent de la famille Cosway et cela oblige Antoinette à épouser un anglais qui est parfaitement indifférent dès leur rencontre. C'est ainsi qu'il s'exprime lors de sa découverte de l'île : “Tout était d'un coloris éclatant, très étrange, mais ne m'était rien. Ni, non plus, la jeune fille que j'allais épouser. Quand j'ai enfin pu faire sa connaissance, je me suis incliné, j'ai souri, je lui ai baisé la main, j'ai dansé avec elle. J'ai joué le rôle qu'on comptait me voir jouer. Elle m'a toujours été parfaitement étrangère. Chaque geste que j'ai fait m'a demandé un effort de volonté et parfois je m'étonne que personne ne l'ait remarqué.” Leur mariage ne peut qu'engendrer de la souffrance.

La violence est au coeur du roman de Jean Rhys. Elle est présente dans tous les rapports humains. Les créoles de la Jamaïque cristallisent toutes les haines. Les noirs cherchent à se venger des anciens esclavagistes et à récupérer leurs terres. Les Anglais snobent les Créoles qui leur sont inférieurs et ne possèdent pas leur raffinement. Antoinette ne trouve pas sa place, se cherche dans une société hostile. Les Jamaïcains la voient comme une blanche, les Anglais voient en elle une étrangère, une sauvage.

Et ce n'est pas dans le mariage qu'Antoinette trouve la stabilité et la tranquillité. Son beau-père l'oblige à épouser un inconnu, un anglais qui n'avait jamais mis les pieds à la Jamaïque. Il est le vilain petit canard de la famille et son père se débarrasse de lui. L'incompréhension est totale entre Antoinette et son époux, ce sont deux civilisations qui s'affrontent. L'incommunicabilité transforme leur vie commune en cauchemar. Chacun se réfugie dans sa solitude, dans sa douleur. Antoinette sombre petit à petit dans la démence. Son arrivée en Angleterre à la fin du roman, loin de ses paysages bien aimés, achève le peu d'esprit sain qu'il lui reste.

La construction du roman de Jean Rhys est particulièrement intéressante. Deux voix se font entendre alternativement : celle d'Antoinette et celle de son mari. Chacun est enfermé dans sa douleur, tous deux sont à plaindre. L'écriture de Jean Rhys rend parfaitement la dureté du monde dans lequel évoluent les deux personnages, la cruauté du mari et le basculement dans la folie d'Antoinette. le destin tragique de cette jeune créole est conté avec force et je reste marquée par la grande violence de cette histoire. le désespoir d'Antoinette se noie parmi la luxuriance d'un paysage que connaissait bien Jean Rhys, créole elle-même : “Moi aussi, alors, je me retournai. La maison brûlait, le ciel jaune-rouge était comme un coucher de soleil et je compris que je ne reverrais jamais Coulibri. Il ne resterait rien de tout cela : les fougères dorées et les fougères argentées, les orchidées, les lys roux et les roses, les fauteuils à bascule et le sofa bleu, le jasmin et le chèvrefeuille, et le tableau de la Fille du Meunier.”

Jean Rhys, qui elle aussi eut un destin tragique est un écrivain extraordinaire qu'il faut redécouvrir. La puissance de son écriture ne peut laisser indifférent, “La prisonnière des Sargasses” est un grand livre sombre et cruel.
Lien : http://plaisirsacultiver.unb..
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mayim
  03 mars 2020
Ce roman est véritablement surprenant. Je ne m'attendais pas à être tellement emportée par ce récit et à le lire quasiment d'une traite. J'ai eu un peu de mal avec les premières pages mais très vite, je me suis retrouvée aux côtés d'Antoinette pour suivre sa triste vie. C'est une vraie tragédie et on comprend dès les premières pages que ceci ne peut pas bien finir. D'autant plus quand on sait que ce livre veut offrir au lecteur un autre point de vue sur la première femme de Rochester dans Jane Eyre, dont on sait qu'elle vit enfermée car devenue folle.

Le lecteur suit donc la vie tragique d'Antoinette, créole blanche descendante de propriétaires d'esclaves qui grandit à la Jamaïque. C'est une jeune personne qui n'a pas été préparée à la dureté du monde et qui n'a jamais su trouver sa place dans la société. Rejetée et méprisée de partout, elle n'est ni vraiment de la Jamaïque, ni vraiment Anglaise. Grandissant dans l'insécurité et un état de quasi abandon, elle n'a pas pu surmonter les traumatismes de l'enfance : un père alcoolique décédé rapidement, une mère devenue folle suite à l'incendie de leur domaine lors de la révolte des esclaves et qui a entraîné la mort de son petit frère.

Devenue un poids dont on cherche à se débarrasser, elle est mariée à dix-sept ans avec un Anglais venu spécialement aux Antilles pour ce mariage. Antoinette croit trouver un temps le bonheur dans cette union mais celle-ci va très vite tourner au cauchemar et précipiter sa descente en enfer. Car cet homme se révèle froid, vaniteux, égoïste et il a juste réalisé une affaire financière avec ce mariage dont la dot était généreuse. Mais on lui a caché le passé et les scandales de la famille d'Antoinette et il ne supporte pas de faire pitié à des gens qu'il méprise, lui qui considère les Noirs comme les Blancs des Antilles comme inférieurs. Se sentant trahi et bloqué dans cette union, il retourne sa colère contre sa femme.

C'est cette haine qui est au coeur du roman. L'auteure maîtrise parfaitement la narration à deux voix qui alterne celle d'Antoinette et celle de son mari et qui permet de comprendre comment leur haine mutuelle grandit à chaque jour. C'est une incroyable montée en puissance de ce sentiment qui se voit nourri par les commérages, les rumeurs, les vieilles rancoeurs, et est encore renforcé par le poids des convenances et des apparences à sauvegarder. Un gouffre s'installe entre eux et c'est à qui haïra le mieux mais pour Antoinette, plus fragile et torturée, ce sera le point de non-retour. Tout ça est vécu dans une ambiance pesante où la nature omniprésente et luxuriante peut aussi se faire étouffante. Cela donne l'impression d'un monde en vase clos où des gens qui se détestent continuent de vivre côte à côte et se vengent par la société en utilisant les ragots. Sans oublier la sorcellerie, les superstitions et les peurs qui y sont liées qui ajoutent au sentiment de suffocation. L'auteure connait les Antilles de cette époque pour y avoir aussi vécu et est influencée par la langue et la culture de ces îles dont elle sait montrer la beauté et la tragédie. Elle a créé avec une grande justesse des personnages complexes et ambigus. Son écriture est à la fois puissante et subtile. Au final, c'est un roman envoutant, violent, cruel à la construction splendide qu'elle nous offre sur la destinée de cette femme qui n'aura jamais eu les commandes de sa vie.
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Nepenthes
  15 juillet 2012
La Prisonnière des Sargasses se veut une préquelle de Jane Eyre. Elle revient sur le passé de la première femme de Mr Rochester (connue sous le nom de Bertha Mason) et sa lente descente vers la folie. Rien que le point de départ de ce roman a de quoi intriguer : publié en 1966, soit plus de cent ans après l'oeuvre de Charlotte Brontë, il se focalise sur un personnage qui, au final, n'apparaît que très peu dans le roman original. C'est pour pallier à cette « injustice » que Jean Rhys a décidé de retracer une vie présumée de cette femme torturée, cette ombre inquiétante qui hante Jane Eyre et Rochester.
Et une grande partie de l'oeuvre pourrait surprendre si l'on s'attend à retrouver l'Angleterre de Jane Eyre, puisqu'en réalité, l'intrigue se déroule en majeure partie en Jamaïque. Dès lors qu'Antoinette épouse Rochester (bien qu'il ne soit jamais nommé directement dans le roman), son destin bascule et sa santé mentale va dégringoler. Loin de l'idylle impossible entre Jane Eyre et Rochester, La Prisonnière des Sargasses nous conte plutôt une histoire d'amour qui n'aura jamais eu aucune chance d'exister. Les deux époux se déchirent, Antoinette sombre dans l'alcoolisme… le récit est conté au travers de plusieurs points de vue qui alternent, principalement Antoinette puis son mari. Cette écriture met d'autant plus en relief le fossé qui les sépare.
Même si ce roman est écrit avec beaucoup de justesse, qu'il est poignant et parfois dur, je ne me suis cependant pas sentie aussi transportée que par l'oeuvre originale de Brontë. Mais après tout, ce n'était pas le but non plus de Jean Rhys de réécrire Jane Eyre. Son roman est également une réponse au colonialisme, thème fort et central du récit.
Faut-il avoir lu Jane Eyre avant de lire La Prisonnière des Sargasses ? Pas nécessairement. Certes, cela permet d'éclairer certains détails, de comprendre certaines références (en particulier dans la toute dernière partie du roman). Mais ce roman peut tout aussi bien se lire tel quel : comme le récit de la descente aux enfers d'une femme, rattrapée par la folie.
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JaneEyre
  16 septembre 2017
Enorme déception pour ce roman dont le thème m'attirait pourtant beaucoup. Cependant, j'en ressors avec une grosse impression de raté. J'ai été très déstabilisée par le style de l'auteur, qui me donne l'impression de passer du coq à l'âne toutes les deux lignes. A cela s'ajoute la construction globale du roman que j'ai trouvée relativement brouillon, des personnages pour lesquels je n'ai ressenti ni empathie ni intérêt.
Je suis surprise par toutes ces critiques positives, alors je suppose que le problème vient certainement de moi, mais sincèrement je me suis vraiment forcée à aller au bout...
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Gabrielle_Dubois
  03 juillet 2018
Devise de la Jamaïque : « de nombreuses personnes, un peuple »
Une île peuplée de Noirs, de Blancs, d'esclaves venus d'Afrique, d'Espagnols premiers colonisateurs, d'Anglais qui se sont emparés de l'île ensuite, de Français, de main d'oeuvre chinoise et indienne, autant de couleurs et de cultures différentes qui pourraient être un paradis mais les hommes étant ce qu'ils sont, c'est le plus souvent un enfer.

Dans cette fiction, la créole Antoinette Cosway raconte son enfance au domaine Coulibri, à la Jamaïque, où elle est née en 1839, soit sept ans après l'abolition de l'esclavage. Entre l'indifférence de sa mère et les révoltes des esclaves, son destin bascule : elle est envoyée dans un couvent qu'elle quittera à l'âge de dix-sept ans, pour se marier, mais mariage n'est pas toujours synonyme de bonheur, loin de là…

Après une enfance sans éducation, où elle a vécu aussi abandonnée, pauvre et sauvage que le domaine en perdition qu'elle aimait pourtant, au couvent, Antoinette découvre un autre monde :
« … il y a tant de choses qui sont des péchés, pourquoi ? Autre péché de penser ça. Mais les péchés ne sont pas des péchés si on les chasse aussitôt. Vous n'avez qu'à dire : Sauve-moi, Seigneur, je péris. Je trouve très réconfortant de savoir exactement ce qu'il faut faire. Tout de même, je ne priai plus aussi souvent après cela, et bientôt, je ne priai plus guère. Je me sentis plus hardie, plus heureuse, plus libre. Mais moins en sécurité. »
C'est une chose dont je parle dans mon roman L'Alibi :
La liberté a un prix, et ce prix et la sécurité.

Quand des événements traumatisants arrivent, Antoinette réagit à sa façon :
« Ne rien dire et peut-être qu'alors ce ne serait pas vrai. »
Dès que j'ai lu cette phrase, par deux fois dans le début du livre, j'ai su que l'histoire d'Antoinette ne pourrait que mal tourner. D'expérience, je sais que les années de silence que l'on s'impose, pour quelque raison que ce soit, dans son enfance ou son adolescence, sont autant ou plus d'années de souffrance qu'on impose à l'adulte qu'on deviendra.

Une prière est sensée monter au ciel, toucher Dieu ou ses anges, et retomber sur vous en grâce, en force ou en espoir. Mais parfois elle échoue, et cela donne cette belle phrase :
« J'ai prié, mais les mots tombaient par terre, sans rien signifier. »

L'écriture de Jean Rhys ne décrit pas une île, n'en raconte pas précisément l'histoire, n'explique pas ce que font ou pensent les personnages ; non, l'auteur suggère. Elle suggère un pays par ses couleurs : les montagnes violettes, la végétation verte, la mer bleu profond, le ciel plombé, chargé, menaçant de pluie. Elle suggère les parfums entêtants des fleurs fraîches, mortes ou pourries. Elle suggère les intentions des personnages et leur caractère par quelques images. Et rien n'est clair, tout est mouvant comme dans un rêve ou plutôt comme dans un cauchemar :
Antoinette « flottait dans l'indécision, n'avait aucune certitude quand il s'agissait de faits — de n'importe quels fait. »

Un homme noir déclare avoir quatorze ans, et un autre le raille parce qu'il ne sait pas son âge. Il est vrai qu'avec ses cheveux gris, il semble plus près de la cinquantaine.

Une des pièces de la maison semble être un havre de paix, un refuge. Mais un domestique noir surgissant on ne sait d'où et en silence, déclare que l'ancien maître n'aimait pas l'endroit, et le sentiment de sécurité vous quitte, on regarde tout autour de soi avec méfiance.

La pluie tombe, ajoutant à l'impression de malaise et de vague tristesse, et l'on parle un patois mâtiné de français. Dans ces conditions, un jeune anglais fraîchement débarqué a bien du mal à s'adapter aux coutumes, aux habitants de l'île, et même à sa propre femme :
« Elle a beau être une créole de pure descendance anglaise, ces gens-là ne sont pas anglais ni non plus européens. »

Dans ce monde mouvant aux contours flous, Antoinette elle-même ne sait pas qui elle est :
« le cancrelat blanc, c'est moi. C'est comme ça qu'ils nous appellent, nous tous qui étions ici avant que les gens de leur propre race, en Afrique, les vendent aux marchands d'esclaves. Et j'ai entendu des Anglaises nous appeler des nègres blancs. Je me demande souvent qui je suis, où est mon pays et à quelle race j'appartiens et pourquoi donc je suis née ! »
Puis finalement, si, elle sait :
« C'est ici que je suis chez moi, c'est le pays auquel j'appartiens, c'est ici que je veux rester. »

Par touches légères, Jean Rhys nous dépeint des personnages chargés chacun de leur propre et pesante histoire, chargés chacun de l'histoire de leur pays d'origine ; et chaque histoire se mêle, se heurte à celle des autres personnages dans un pays construit sur la violence : destruction des indigènes par les Espagnols au 16ème siècle, reprise du pouvoir par les Anglais, esclavage, main d'ouvre asiatique importée sous son prix bas, vaudou, croyances diverses, et le dernier maillon non respecté de cette chaîne : la femme.

Et nous, lecteurs, haletant dans la chaleur moite, nous sommes oppressés par la forêt dense, indécis quant à classer les personnages chez les « bons » ou chez les « méchants », certainement parce que tout n'est pas totalement noir ou blanc. Alors on continue à lire, bien que le cauchemar devienne de plus en plus sombre, en se demandant bien comment tout cela va finir.

« Désir, Haine, Vie, Mort, étaient très rapprochés dans l'obscurité. »
Désir, Haine, Vie, Mort, sont intimement et pudiquement mêlés dans ce roman.
La haine rend fou.
Si vous êtes fragile, sensible, ou en recherche d'un peu de bonheur ou de joie, ne lisez pas ce livre.
Ce n'est pas mon genre de livre préféré, mais c'est excellent.
Lien : https://www.gabrielle-dubois..
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malecturotheque
  04 mai 2018
La prisonnière des Sargasses est une relecture, comme plusieurs de mes dernières lectures. La différence est que celle-ci date d'il y a plus de dix ans, l'ayant étudiée au lycée, mais je n'en conservais qu'un très vague souvenir. Alors que je relisais enfin ce roman, j'ai fait quelques recherches sur internet, découvrant ainsi une note moyenne de 11,6/20 sur le site Livraddict (le livre ne mérite pas une aussi mauvaise note) et découvrant qu'il s'agit d'un préquel à Jane Eyre de Charlotte Brontë que j'ai lu l'an passé. A dire vrai, ce n'est qu'à la fin que j'ai fait le rapprochement, qui n'est pas des moindres !
Dans La prisonnière des Sargasses, le récit est à la première personne et Antoinette nous raconte dans un premier temps son enfance. Dans la seconde partie du roman, c'est un homme, jamais nommé, qui parle ; nous savons juste qu'il est anglais et est désormais l'époux d'Antoinette. C'est une histoire tragique, celle d'une femme qui tente de se faire aimer de son mari, en vain. L'héroïne de Jean Rhys, que l'on croyait sauvée après une enfance difficile, se retrouve dans une prison. Sans barreaux, mais effrayante. Antoinette a beau être mariée, elle est finalement assez seule ; elle est confrontée à un monde qui ne veut pas d'elle (il est notamment question de racisme, mais pas que). Petit à petit la folie pointe le bout de son nez.
La plume de l'autrice est agréable et chaque personnage s'exprime de sa propre manière, avec ses mots, ses expressions.

L'histoire d'Antoinette est dure et on se prend d'affection pour elle, on a envie de la protéger de son entourage. le récit, emmené par une écriture efficace, raconte beaucoup de choses en peu de pages (240 en tout). C'est un livre à découvrir, surtout si vous aimez Jane Eyre (mais il n'est pas obligatoire d'avoir lu le roman de Charlotte Brontë pour lire La prisonnière des Sargasses).

Le roman a reçu plusieurs prix, dont le Royal Society of Literature Award (notre équivalent anglais de l'Académie française).
Lien : https://malecturotheque.word..
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