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ISBN : 2864328038
Éditeur : Verdier (30/11/-1)

Note moyenne : 3.76/5 (sur 27 notes)
Résumé :
À l’orée des années soixante-dix, à Paris, à Rome, à Berlin, les mouvements de contestation nés dans le sillage des manifestations étudiantes de 68 se posent tous peu ou prou en même temps la question du recours à la lutte armée et du passage à la clandestinité. S’ils y répondent par la négative en France, ce n’est pas le cas en Allemagne ni en Italie, mais pour les trois pays s’ouvre une décennie de violence politique ouverte ou larvée qui laissera sur le carreau d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
ClementChavant
  25 novembre 2015
Nous sommes le 25 novembre 2015, et je viens de finir la lecture du livre de Mathieu Riboulet, « entre les deux, il n'y a rien ». J'avais acheté ce livre avant les attentats du 13 novembre, mais il est impossible de lire aujourd'hui sans y penser. Car il s'agit des souvenirs d'un jeune homme très proche des milieux d'extrême gauche entre 1972 et 1980, et on y parle beaucoup de la fraction armée rouge en Allemagne et des brigades rouges italiennes. Plus que des souvenirs, ce livre est une sorte de déambulation parmi les évènements, les lieux et les personnes qui ont fait cette histoire.
Ce livre est une réflexion sur la politique, la violence et la mort.
La violence est partagée par ceux qui n'ont d'autre horizon que d'en finir avec une société qu'ils rejettent en bloc, et l'état qui n'hésite devant rien pour défendre les institutions, le système et ceux qui en profitent. Et la mort n'est pas toujours du côté que l'on croit puisque les seuls qui, finalement, ne voulaient pas qu'Aldo Moro meure étaient ses ravisseurs des brigades rouges.
Ce livre parle aussi de l'engagement et du courage. On comprend que, pour ces jeunes, sacrifier sa vie ou celle des autres, relève de la même démarche. Car comment ne pas accepter de mourir quand on exécute des hommes, fussent-ils coupables, et comment reculer devant la mort d'autrui quand on est prêt à mourir soi même ? Ce qui ne veut pas dire que ces raisonnements sont autre chose que des folies. Et Riboulet reconnait implicitement que ces combats étaient perdus d'avance (« tout était plié » dit-il) et qu'il valait mieux abandonner les armes ou ne pas les prendre. Mais ce renoncement est lui-même mortifère, comme l'a si bien montré Olivier Rollin dans « tigre en papier ». On apprend au passage dans le livre de Mathieu Riboulet, le rôle essentiel joué par Olivier Rollin pour que l'extrême gauche française ne choisisse la violence. Il avait en effet participé au kidnapping d'un cadre de Renault mais il l'a libéré sans contre partie, évitant par la même la trajectoire allemande ou italienne. Mais pour l'auteur de « entre les deux, il n'y a rien », on ne peut effacer le souvenir de ceux qui ont lutté jusqu'au bout et il leur garde sa fidélité et son admiration.
« En mémoire de Martin, et de toutes les gueules d'ange qui laissèrent sang, cervelle, tripes et rage abyssale sur les pavés des villes abattus comme des chiens sans l'ombre d'un regret par les exécutants des forces de la paix, de la prospérité – car le regret, il ne faudra jamais se lasser de le dire, n'est pas dans les manières de cette armée des ombres –, je dois redire ici que je suis incapable de condamner d'un trait celles et ceux qui s'armèrent et du jour au lendemain s'évanouirent dans les villes pour nous débarrasser d'engeances assassines. Cela fait quarante ans que les emprisonnés, quand ils ne sont pas morts, expient leurs divers crimes de lèse-état, cela fait quarante ans qu'on demande à tous ceux qui s'en sont sentis proches, s'en sont faits les soutiens et parfois les complices, d'expier publiquement leurs errements passés, de renouveler sans cesse l'allégeance sans faille aux processus honnis qui les ont condamnés, de dire sur tous les tons le poids de faute morale qui pèse sur leurs épaules – car la soif de réassurance de ceux qui ont eu peur est inextinguible –, alors qu'on ne demande rien aux assassins d'en face, dont l'infamie patente passe en profits et pertes. Je dois redire ici que les ouvreurs de bal ne sont pas tous en prison, que la plupart d'entre eux ne l'ont jamais été, je dois reprendre ici, au risque que l'on dise voilà bien de l'orgueil et de la prétention, les mots qu'étouffèrent dans la gorge de Pier Paolo Pasolini, cinquante-trois ans pédé comme moi, des coups de bottes, de rasoirs ou des roulements de pneus passés sur la trachée, des coups de haine, de corruption et d'abjection : Io so. Car nous savons les noms des assassins. »
Mai ce livre est en même temps une ode à l'amour sous toutes se formes et avec toutes ses audaces. Mathieu Riboulet ne distingue pas l'engagement politique et l'engagement amoureux, qui est conçu et vécu comme l'acte fondamental du rapport au monde. Pour l'exprimer l'auteur trouve des phrases bouleversantes où se mêlent les idéaux les plus purs et les désirs les plus charnels.
« Or, ce que nous voulons c'est un peu de politique entre – entre les gens, entre les corps, entre la ville et ceux qui la peuplent, entre la ville et les champs, entre les gens des villes et ceux des champs, entre les hommes et les femmes, entre les adultes et les enfants, entre nos désirs les plus inquiétants et nos envies les plus joyeuses, entre les sexes tendus des hommes et tous les orifices où il leur prend envie de s'abolir –, de la politique pour vivre ensemble dans la cité malade que nous avons héritée de la paix de 1945, de la séance de charcuterie à froid qui eut lieu à Yalta et de la distribution de bons points du professeur Marshall » … « Martin, si tu savais ce que ton corps me manque, la force que j'ai puisée dans le charnu si doux de tes cuisses, de ton cul, et qui me porte encore, comment avancerais-je si je ne t'avais eu, comment supporterais-je le poids de cette défaite consommée sous nos yeux, ce qui s'en est suivi ? Massimo, le relief de ta queue inscrit à même ma paume ne me quitte jamais, il est inséparable de ce que j'ai compris du monde où nous vivions, de ses enjeux si vifs... Dieu sait que tous les hommes, à un moment donné, tentent d'écrire l'histoire comme s'ils tiraient un coup, sans égard pour le corps où ils logent aussi bien leur sexe que des balles ; il me semble qu'ensemble nous avons essayé d'en user autrement, et que je dois entre autres à vos corps tant aimés, aux corps des étrangers à qui j'ai dit, Venez vous êtes ici chez vous en leur ouvrant le mien, de ne pas me sentir inutile et pesant, d'avoir pour un moment déjoué le poids du monde, ses glissements constants et sa saveur amère »
Au travers de ces quelques extraits, on aura deviné la dimension métaphysique de ce texte, qui, à mon avis, le classe parmi les plus grands. Et lorsqu'à la première page, pour ouvrir le livre et en exergue à son contenu, on lit : « C'est ainsi que nous mourons parfois dans la rue, comme des chiens, alors que la paix règne. Benno Olmesorg vingt-sept ans. Quand nous mourons dans l'opacité africaine, sur des rafiots birmans croisant en mer de Chine ou dans l'enfer glacé de Magadan, nous ne mourons pas, hommes, comme des chiens, nous sommes des chiens et comme tels nous mourons. Mais quand nous mourons là où l'esprit occidental a placé son centre de gravité et dicte son temps au monde, nous mourons comme des chiens parce que nous sommes des hommes et que les hommes ne meurent pas dans la rue abattus comme des chiens mais dans leur lit, paumes ouvertes », on pense à Malcom Lowry dont le grand roman « en dessous du volcan » se termine par cette phrase « et on jeta un chien sur lui dans le fossé » Et comme l'ouvrage britannique, le livre de Riboulet (de taille bien plus, modeste) parle du bien et du mal. On pense aussi à Genet, à cause des thèmes de l'homosexualité et de la délinquance, mais surtout, on ressent la présence de Pasolini dont la mémoire est évoquée souvent et qui a payé de sa vie le prix du courage, de l'engagement et de l'intransigeance
Au moment des faits dont parle Riboulet, j'étais membre du PC et j'ai vécu cette histoire en lisant ce qu'en disait l'humanité, donc en accusant ces hommes à la fois d'être des assassins et de faire le jeu du pouvoir. En lisant ce livre, maintenant que je ne suis plus rien du tout, car de toutes façons plus rien n'existe de cet ordre là, c'est à dire de l'ordre de la révolution, je pense que le tragique renoncement et la défaite de ces hommes, silencieuse ici, sanglante chez nos voisins, n'était qu'un prélude à nos défaites actuelles. Les ayant abandonnés, nous avons pu vivre nos vies dans un certain confort, mais, nous voici rendus maintenant au mêle stade qu'eux, la fidélité et la hargne en moins. Car tout était plié depuis longtemps.
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monicmic
  20 septembre 2015

dimanche 20 septembre 2015
Entre les deux il n'y a rien. Années de plomb, années de lutte.
"J'avais sept ans, je ne pensais rien. Un an plus tard, Mai 68 en France, la chienlit que la droite a prise sur la gueule sans l'avoir vue venir, et qui, dans le fond, ne s'en est toujours pas remise, à preuve la rage vipérine suintant des propos de la clique réactionnaire, quarante ans plus tard, qui n'en finit pas de pointer du doigt les évidences sociales, politiques, culturelles, sexuelles, comportementales, éducatives mises au jour par cette vague qui balaya le monde occidental, pour en dénoncer la permissivité, le laxisme, le relâchement qu'elles ont induit dans les mouvements des peuples, en déplorer les conséquences délétères et appeler à leur renversement, ce qui témoigne à la fois de la très grande peur qui fut la sienne à ce moment-là, du vertige extrême qui l'a saisie à quarante ans d'ici à la seule idée de perdre une once de son pouvoir sur l'argent, les corps, la régulation des villes comme celle des champs, dont elle titube encore à se ressouvenir, et de son incapacité pathologique, aujourd'hui, à admettre qu'elle n'a pas la mainmise sur les fruits de cette pensée-là, les affects de ces heures-là, alors qu'elle l'a sur tout le reste, qu'elle a gagné sur toute la ligne, et qu'il n'y a plus personne pour lui contester ça."
Je viens de découvrir Mathieu Riboulet. On dit "vaut mieux tard que jamais" mais quand même! Je m'en veux d'être passée à côté jusqu'à aujourd'hui. Entre les deux il n'y a rien m'a soufflée. Je ne croyais pas qu'une pensée aussi juste, une révolte si sincère puissent exister encore. En même temps il est vrai que ce n'est pas le type de discours que les podiums et les prix aiment mettre en avant.
C'est là que nous en sommes.
L'individu est part entière de l'histoire, il y participe, il la façonne; pour Mathieu Riboulet cela devient une évidence grâce à son arrière-grand-mère:
"Avant 1871 l'histoire est pour moi celle des livres, romans épopées récits Roncevaux Michelet la Fronde Chateaubriand 89 Stendhal, en 1871 ça quitte les livres et ça vient s'écrire dans le corps de mon arrière-grand-mère qui, me tenant sur ses genoux quatre-vingt-quatorze ans plus tard, imprime en moi le souffle qu'elle a pris au sortir de Sedan et du massacre des communards."
Ce sens aigu de l'histoire et du rôle que l'individu y tient se trouve à la base des questionnements qui arrivent à la sortie de l'enfance du narrateur. Que fait-on lorsque l'on se trouve dans un entre-deux de l'histoire? Quelle est la partition que l'on doit jouer quand on arrive trop tôt ou trop tard sur scène? Car on ne peut pas se taire, tout sauf se taire.
Mai 68 trouve le narrateur dans l'enfance, il a huit ans. Trop tôt pour se lancer, pour comprendre. Mais il écoute ce monde qui vibre autour de lui et se saisit inconsciemment des morts qui commencent à encombrer les trottoirs européens à partir des ces années-là. Les morts des pays en paix dont les noms, en italiques, parsèment les pages du livre. En France, Allemagne, Italie "... nous mourons comme des chiens parce que nous sommes des hommes et que les hommes ne meurent pas dans la rue abattus comme des chiens mais dans leur lit, paumes ouvertes."
Attentif à son environnement, aux discussions parents, voisins, amis, l'enfant qui devient adolescent sent naître en lui à la fois une conscience politique et une conscience sexuelle. Les deux vont ensemble, et ce sont là les fils conducteurs sur lesquels se structure le récit.
Un voyage en Pologne à douze ans (1972, bloc communiste), la même année Pierre Overney est assassiné par un vigile de la Régie Renault, une rencontre avec un ouvrier à Billancourt deux ans plus tard, dans un bus, un effleurement, un renoncement, un souvenir indélébile et cuisant.
Heureusement, en 75 il y a Martin et avec lui la conscience sexuelle prend corps.
"Un parfait manuel d'apprentissage. Comment ai-je pu, moi plutôt en angles, ruptures, muscles plats et poils noirs, jouer sensiblement le même rôle dans sa vie que lui dans la mienne, je ne le lui ai jamais demandé. Au traditionnel jeu de mains jeu de vilains, nous avons transformé une chamaillerie en étreinte d'emblée dépassionnée - je veux dire sans l'entour des mystères du sentiment confus qui livre pieds et poings liés aux délicatesses piègées des comptes à règler - mais passionnante."
Seulement voilà, les droits des homosexuels n'étaient pas encore à l'ordre du jour, loin de là puisque même des radicaux de gauche s'y font de temps en temps la main. Il y a bien le FHAR (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire) mais il faut dire ce qu'il est, les années 70 en France, même s'il y a des tensions latentes et des militants qui tentent de se faire entendre, sont loin des années de plomb allemandes ou italiennes. Lotta Continua, les Brigades Rouges, la Fraction Armée Rouge laissent leurs morts sur le bitume, dénoncent le fascisme, le capitalisme, s'arment et passent à l'action. En France, Action Directe arrive bien tardivement, en 79.
Avec Martin ou seul, le narrateur va en Allemagne, en Italie aussi, là où l'on enterre les morts, là où Ca se passe.
Et en 81 l'épidémie, encore des morts, plus de morts et puis Martin.
La question qui demeure au-dessus de toutes ces années de combats désespérés, de luttes utopistes, de morts en temps de paix, est toujours la même: comment en sommes-nous arrivés là? Mathieu Riboulet à une façon très belle de nommer cet échec: les enfants de la guerre ont triomphé de ceux de l'après-guerre.
Car la réalité, aujourd'hui ressemble à s'y méprendre à ce que l'on dénonçait à l'époque. Nous sommes devenus ce que nous ne voulions surtout pas être. Et 68 est devenu un repoussoir que même certains acteurs de l'époque dénigrent maintenant, trop contents, trop repus d'une situation sociale qui doit les combler.
Le livre de Mathieu Riboulet est salutaire: il nous rappelle à tous ce que nous sommes, il nous rappelle que des gens sont morts pour nous l'éviter.
Dans Entre les deux il n'y a rien on sent la colère, la déception (comment pourrait-il en être autrement?), mais surtout une sincérité qui fait mal. C'est un livre très intime, non pas à cause de la langue dépourvue de toute fioriture même lorsqu'elle dit la passion sexuelle, mais pour cette charge de sentiments qu'elle respire, pour le mise à nu des doutes, des interrogations sur le monde et sur soi, pour les deuils qu'elle porte.
"Aucun de ceux qui tombèrent au fil de ces années-là, dont les corps jonchèrent brièvement les rues d'Allemagne, d'Italie et de France avant d'être emportés, autopsiés, rendus, enterrés ou brûlés, n'eurent le temps d'être inconsolés de quoi que ce soit, du moins je le leur souhaite. Ils n'ont pas eu l'occasion de voir l'axe du monde se déplacer légèrement sur la droite, de s'apercevoir que la vue initiale n'était plus tout à fait celle qui s'offrait à eux à l'heure d'agir, de sentir cette faille s'ouvrir sous leur pas, qui en engloutit tant."
Lien : http://lavistelquilest.blogs..
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meidosem72
  01 juillet 2018
Fureur intacte *
Je l'annonce sans détour, je tiens l'écriture de Mathieu Riboulet comme l'une des plus belles de la littérature francophone actuelle, et "Entre les deux il n'y a rien" comme l'un de ses livres les plus aboutis. Dans un entretien, Riboulet reconnaissait sans fausse modestie être parvenu à présent à une certaine maîtrise de son outil. Cela saute aux yeux à chaque page. J'ajoute que la pensée qu'il développe est puissante et vivante. Mathieu Riboulet est un des auteurs majeurs de notre temps. C'est dit.
Pour préciser ce qui précède, j'évoquerai un autre auteur des Éditions Verdier, David Bosc. Sa langue est ciselée, travaillée, impeccable. Son propos, toujours très construit, est nourri par une vaste érudition. Ce qui les différencie pourtant, c'est que tandis que Bosc écrit avec sa seule tête, Riboulet écrit avec son corps, tout son corps, tête, coeur, ventre, sexe. Son oeuvre est incarnée. Elle obéit à une nécessité, et cette nécessité ne s'acquiert pas, elle advient.
La question de savoir ce qui lie l'auteur et le narrateur dans les textes de Riboulet s'est posée à moi au fil des lectures. La multiplicité des schémas familiaux que l'on y rencontre tend à montrer que, s'il y a bien d'évidentes similitudes, l'identité stricte est une fausse piste. Dans le cas présent, peut-être la proximité est-elle plus étroite, je n'en sais rien, et en définitive peu importe.
Riboulet interroge dans ce texte les années qui vont de 1972 à 1978, soit entre l'assassinat de Pierre Overney par un vigile de chez Renault, et celui d'Aldo Moro par les Brigades rouges. Entre ces deux dates, Riboulet ressasse inlassablement les noms de ceux qui sont morts dans la rue comme des chiens : Walter Alesia 20 ans, Thomas Weisbecker 28 ans, Pier Paolo Pasolini 53 ans, Georg von Rauch 24 ans, Philippe Mathérion 26 ans, Gilles Tautin 17 ans, Pierre Beylot 24 ans, Henri Blanchet 49 ans, Francesco Lo Russo 25 ans, Petra Schelm 20 ans, etc. Ces noms sont eux bien réels.
Vous l'aurez compris, Riboulet revient sur cette période charnière, après les soulèvements de la fin des années 60, pendant laquelle le choix de la lutte armée s'est posé pour nombre de militants avec une cruelle acuité.
Le narrateur, comme l'auteur, a 12 ans en 1972, trop jeune pour avoir véritablement participé à ce joli mois de mai, mais doté d'une conscience politique suffisante pour recevoir de plein fouet la reprise en main des "valets". Cette conscience politique est doublée d'une conscience sexuelle : "… les mots du sexe ont une part importante dans le langage courant, on y prête à peine attention, ce n'est pas là le moindre de ses liens avec le monde." "La révolution ce sera le sexe…". Cela commence par un rendez-vous manqué, "dans un autobus franchissant le pont de Billancourt" dans lequel un travailleur immigré lui lance une invite discrète mais explicite à laquelle, trop jeune encore, il n'ose répondre. C'est la scène primitive qui gouvernera le militantisme sexuel, dans le sillage du Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire, que le narrateur et son amant Martin mettront en oeuvre en offrant le réconfort de leurs jeunes corps aux travailleurs immigrés délaissés, en les laissant en user comme bon leur semble. Ils découvrent "la mécanique précieuse des hommes". Ils en tireront l'amère conclusion que "Conscience sexuelle et conscience politique c'est tout un, être pédé ça vous déclasse en un rien de temps." Il n'empêche, "L'obscénité est bien du côté des palais, elle n'est pas dans nos bouches, moins encore dans nos culs."
L'autre constat sera tout aussi terrible. Entre la violence légitime de l'État et celle dite terroriste, il n'y a rien. Entre le problème et la solution, il n'y a rien. Entre les Russes, les Américains, et ceux qui meurent dans la rue comme des chiens, il n'y a rien. "Vous savez que je tente, ici même, de dire comment s'est refermé, sur nous, le piège cruel de ces années inouïes, et combien, tout dérisoire que cela soit, j'emmerde les piégeurs." Riboulet salue en ce "nous" ceux qui se sont "portés eux-mêmes, parce qu'ils étaient ensemble, au sommet des désirs, politiques, personnels, poétiques, sexuels, sociaux, philosophiques, qu'aucun n'aurait atteint s'il était resté seul."
En 1978, "Tout est plié." le retour de bâton autoritaire est complet à peu près partout : Italie, Allemagne, France… Resteront encore trois années avant qu'un autre fléau nommé sida ne vienne faucher à son tour les camarades de lutte du narrateur : "… le sida nous a éparpillé les membres, écrasé la tête, mis au pas, enfin, alors que nous voulions n'aller que par traverses, détours, recoins et raccourcis."
Mais la grande affaire de ce livre est une mise en perspective que ne renierait pas Michel Foucault dont elle est peut-être inspirée. Dès la première page, le narrateur déclare, "Je suis fait de ça, c'est en moi que l'histoire prend corps, c'est de mon corps qu'elle prend possession." Il ne cesse par la suite de traquer la façon qu'a l'histoire d'imprimer les corps, de les modeler, d'en faire usage, de les contraindre, à moins que ce ne soient ces derniers qui la forgent et l'écrivent en retour : "… nous ne savions plus bien faire le distinguo entre ce qui, du réel, déteignait sur nos peaux et ce qui, de nos peaux, exsudait sur le monde."
On est en droit d'être heurté par certains passages. Je corrige. On n'est pas en droit d'être heurté par certains passages :
"Je vais vous dire, moi, ce qui est contre nature, après quoi je vous laisserai aller vous faire foutre : c'est la mort des hommes abattus dans la rue comme des chiens dans des pays en paix. Mais, ignorants de ce que vous ratez, vous n'irez pas vous faire foutre, la rétention de pouvoir et d'argent est votre seul carburant, et votre seule largesse l'usage de votre force."
Mathieu Riboulet est mort le 5 février dernier, le lendemain de la rédaction de cet article sur mon blog. Il me manque.
* Ces mots sont empruntés au personnage de Paul Dédalus, incarné par Mathieu Amalric, dans "Trois souvenirs de ma jeunesse" de Arnaud Desplechin.
(Je ne note pas les livres car ce ne sont pas de bons ou de mauvais élèves.)
Lien : https://lesheuresbreves.com/
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sl972
  15 février 2016
Je serai franche, je ne connais strictement rien des mouvements de contestation et des manifestations étudiantes des années 1970. Je n'étais pas née, mes parents n'avaient qu'une dizaine d'années et mes grands-parents appartenaient à la génération précédente et n'ont donc certainement pas perçus ces événements de la même manière que le narrateur.
Je ne mentirai pas, la lecture de ce livre n'a pas été facile. Il m'a fallu une éternité pour le finir, j'avais l'impression d'être un escargot. Les phrases sont longues, tournicotées sur elles-mêmes, et je m'y suis souvent perdue. Sans oublier la chronologie absente et les sauts entre les époques… Mais je n'aime pas baisser les bras, et j'ai persévéré jusqu'à atteindre la dernière page de ce livre.
Vous l'aurez compris, ce roman se déroule dans les années 1970. le narrateur revient sur ses souvenirs et nous présente, à travers ses yeux et ceux de ses compagnons, comment il a vécu ces années de lutte qui n'ont finalement mené à rien. le ton est par conséquent extrêmement amer, rempli de désillusions, mais sans en arriver à geindre.
Notre narrateur, donc, est né en 1960. Il était par conséquent trop jeune pour faire mai 68 et a « pris le train en marche », entre 1972, année d'un voyage en Pologne avec ses parents, et les années 1990, à la veille des guerres de Yougoslavie. Il nous présente donc, en vrac, des souvenirs de ce voyage, la misère de l'Europe de l'Est, les étudiants révoltés, abattus « comme des chiens » dans les rues. Mais la politique n'est pas le seul sujet de ce livre. le sexe y a une part importante, sans tourner à la pornographie. Mai 68 a libéré les moeurs, les homosexuels se cachent moins, surtout parmi les étudiants, et les années SIDA ne sont pas bien loin.
Honnêtement, j'aurais du mal à dire que j'ai aimé ce livre. Je ne l'ai pas détesté, mais il m'a plus perturbé qu'autre chose. La tournure alambiquée des phrases est parfois difficile à suivre – et j'ai pourtant l'habitude des livres aux styles particuliers. le sujet est intéressant, surtout pour ceux qui, comme moi, n'y connaissent pratiquement rien, mais le style peut facilement décourager. Je me suis tellement battue contre ce texte pour ne pas lâcher prise que je sors lessivée de cette lecture.
Conclusion : bilan plutôt mitigé. Je crois que je vais aller me reposer la tête avec un livre plus simple. Ce sera mieux pour mon moral !
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jg69
  07 février 2016
« On fait partie ou du problème ou de la solution. Entre les deux, il n'y a rien. »
Mathieu Riboulet raconte dans ce livre les années 70 telles qu'il les a vécues, né en 1960, il est né trop tard pour avoir vécu pleinement mai 68…
Les années 70, des années de paix en Europe, "Heureusement qu'on est en paix et que le pape prie pour nous" mais où des centaines d'hommes et de femmes seront abattus "comme des chiens" en France, en Allemagne, en Italie parce qu'on peut "mourir en guerre dans un pays en paix", tous ces morts sont cités en italique dans des phrases rappelant les noms des manifestants et des grévistes tués et resituant les circonstances de leur mort. Il y est question d'Aldo Moro, de Pasolini...
Mathieu Riboulet "tire un fil de la pelote européenne" et évoque les brigades rouges, les attentats de Munich, la bande à Bader, la chute du mur de Berlin, la Bulgarie et la Roumanie après le "déboulonnement" de Ceausescu et de Jivkov... en y mêlant son histoire personnelle et intime.
En effet, il nous parle à la fois de l'éveil de sa conscience politique mais aussi de son éveil sexuel, il les met en parallèle sur le même ton rageur, souvent dérangeant, parfois obscène quant il évoque son homosexualité débridée, ses multiples rencontres homosexuelles et son goût des hommes.
Sa maxime, maintes fois répétées, est "jouir et faire jouir".
Il raconte l'arrivée du sida en 1981, "Nous ne pressentons rien du massacre qui vient, nous aurons eu cinq ans, pas un de plus, pour explorer nos corps et leur faire décaler les pentes mises à nu par nos aînés aimés, avant de nous résoudre à devoir les défendre, ou à les laisser glisser dans la mort...cinq ans, nous avons eu cinq ans" et son éveil au militantisme " Je sens qu'à l'intersection de la sexualité et de la politique des choses fondamentales se nouent qu'il faut défaire en clamant haut et fort qu'on les défait ".
Un ton à fleur de peau, une écriture intense, parfois crue et rageuse mais le côté saccadé de ses tirades sans chronologie (il juge la chronologie "étouffante") et ses multiples évocations de sexe ont fini par me lasser... Dommage car le propos était intéressant...

Lien : http://leslivresdejoelle.blo..
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critiques presse (1)
Telerama   23 septembre 2015
L'usage de la violence politique dans les années 1970, l'éveil à soi-même : le corps est au centre de ce récit majeur dans l'oeuvre de Mathieu Riboulet.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
sl972sl972   14 février 2016
Remettre un semblant d’ordre dans la chronologie, même si c’est une fiction. Surtout celle des intervalles, ça se joue à si peu ! En 1976 j’entre avec Martin dans le grand jeu du cul et de la politique : on usera du premier sans regarder la dépense jusqu’en 81, cinq ans, de la seconde jusqu’en 78, deux ans, et de 78 à 81 on s’en éloignera, œuvrant sans même le voir à l’ouverture des failles où bientôt s’en iront nos aînés, donc une partie de nous. Pendant trois ans nous avons été nos propres fossoyeurs, au sens figuré, avant de l’être au sens propre, après 81. Le monde de nos seize ans, le monde que j’avais deviné sur le pont de Billancourt, qui suintait des corps abandonnés aux rues, des coups de feu, des rafales, des ambitions illimitées destinées à l’abattre, qui jaillissait tout droit, odorant et fleuri, des cuisses de Martin, mettrait encore huit ans à sombrer tout à fait. Ça tient dans une jeunesse ce genre de basculement, notre jeunesse. Ça tient à rien, à un petit ajustement du monde sur son axe, pour qui nous sommes toujours quantité négligeable, chair à canon, chair à travail et cher à foutre, des chiens. Mais pendant les deux ans où nous avons usé du cul comme de la politique, quel plaisir, quelle tension, quel espoir et quelle paix, jamais goûté depuis. Je n’en ai pas la nostalgie, ce mot-là n’est pas plus dans mes habitudes que celui d’érotisme, je ne peux m’habituer à son évanescence ; mais je cherche à savoir où cela est passé, à exhumer la faille, ou sa trace. Je le dois à Martin, et à chacun de ceux qui, parmi mes aînés de France, d’Allemagne et d’Italie, ont laissé leur cadavre sur le carreau du temps, ou bien, restés vivants, ont filé dans l’alcool, la dope ou la déprime, ou encore ont tenté, et tentent chaque jour, de rester cohérents, travaillant en silence à penser et à vivre, à aimer et à jouir, sans lâcher un instant le fil ténu qu’ils tissent depuis que sur le monde ils ont ouvert les yeux.
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sl972sl972   14 février 2016
En mémoire de Martin, et de toutes les gueules d'ange qui laissèrent sang, cervelle, tripes et rage abyssale sur les pavés des villes abattus comme des chiens sans l'ombre d'un regret par les exécutants des forces de la paix, de la prospérité – car le regret, il ne faudra jamais se lasser de le dire, n'est pas dans les manières de cette armée des ombres –, je dois redire ici que je suis incapable de condamner d’un trait celles et ceux qui s’armèrent et du jour au lendemain s’évanouirent dans les villes pour nous débarrasser d’engeances assassines. Cela fait quarante ans que les emprisonnés, quand ils ne sont pas morts, expient leurs divers crimes de lèse-Etat, cela fait quarante ans qu’on demande à tous ceux qui s’en sont sentis proches, s’en sont faits les soutiens et parfois les complices, d’expier publiquement leurs errements passés, de renouveler sans cesse l’allégeance sans faille aux processus honnis qui les ont condamnés, de dire sur tous les tons le poids de faute morale qui pèse sur leurs épaules – car la soif de réassurance de ceux qui ont eu peur est inextinguible –, alors qu’on ne demande rien aux assassins d’en face, dont l’infamie patente passe en profits et pertes. Je dois redire ici que les ouvreurs de bal ne sont pas tous en prison, que la plupart d’entre eux ne l’ont jamais été, je dois reprendre ici, au risque que l’on dise voilà bien de l’orgueil et de la prétention, les mots qu’étouffèrent dans la gorge de Pier Paolo Pasolini, cinquante-trois ans pédé comme moi, des coups de bottes, de rasoirs ou des roulements de pneus passé sur la trachée, des coups de haine, de corruption et d’abjection : Io so. Car nous savons les noms des assassins.
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sl972sl972   14 février 2016
Mourir en guerre dans un pays en pays. Car c’est la paix. Aucune guerre militaire à l’horizon européen, pas de guerre civile non plus, pour en retrouver les accents il faudra patienter encore dix-neuf ans et voir, incrédules, le temps du monde basculer et entraîner 200 000 à 300 000 personnes dans les abîmes des mécanismes haineux entre Ljubljana et Skopje. Les ressorts de l’affaire étaient autrement tordus, et chacun de méditer sur la dissolution des empires ou de relire Thucydide. Dix ans de guerre européenne en pleine paix, de quelles fictions avons-nous habillé tout cela pour laisser ces béances à nos portes alors qu’elles étaient dans la maison ? Comme était dans la maison, officiellement depuis 1967 en Allemagne, 1968 en France, 1969 en Italie, officieusement partout depuis la fin de la guerre, la volonté farouche, arc-boutée sur le déni qui lui était opposé, de ne pas se payer des mots de la paix officielle, un mensonge d’une taille inédite : guerre froide pour tout le monde, chaude pour les Algériens de 54 à 62, les Coréens en 53, les Vietnamiens de 54 à 73, j’en passe, sans compter que, ayant abandonné aux délices des régimes communistes la moitié orientale du continent, l’autre moitié n’en recensait pas moins deux bonnes vieilles dictatures fascistes officielles, celles de Salazar et de Franco, qui avaient traversé la guerre sans sourciller et n’allaient pas tarder à s’évanouir, l’une deux ans plus tard dans un lancer d’œillets, l’autre trois ans après dans son sommeil taché de sang, et une plus jeune installée à Athènes en 67 pour sept ans. Pax americana. Au milieu de tout ça on va relever la tête, le gant des oppressions aimables, le défi des raisonnements pervers, et tout ça finira, j’aurai alors vingt ans, les rues pleines du sang des chiens dont on a transpercé les côtes, le cœur et la raison, mais si bien bitumées qu’on pense avoir rêvé.
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sl972sl972   14 février 2016
Tout est plié fin 1977 en Allemagne avec la mort des prisonniers de Stammheim, celle du patron ex-SS Hans-Martin Schleyer retrouvé dans le coffre d’une voiture à Colmar, France, le détournement sanglant de Mogadiscio. Cela ne signifie pas que les esprits se sont arrêtés de penser, les corps d’agir, les rêves de s’enrager, mais c’est plié. L’horrible recul que l’histoire nous oblige à prendre dicte ces mots : c’est plié, c’est-à-dire perdu.
Tout est plié fin 1978 en Italie à la suite de l’assassinat d’Aldo Moro par les Brigades rouges, retrouvé dans le coffre d’une voiture via Caetani à Rome. Cela ne signifie pas que les esprits se sont arrêtés de penser, les corps d’agir, les rêves de s’enrager, mais c’est plié. Bien sûr il y aura encore des morts, l’Italie a joué une partition étouffée, elle a donné des bis, elle se perd en reprises, aujourd’hui encore elle prend facilement la mouche à ce sujet. Mais c’est perdu, plié, à ce moment précis.
Le 13 janvier 1979, l’Autonomie française se manifeste en procédant dans le quartier de la gare Saint-Lazare à Paris à une série revendiquée de destructions symboliques de vitrines de magasins et de cinémas, accompagnée de quelques gestes de réappropriation de biens matériels appelés « pillages » par les médias, et le 23 mars suivant elle passe à l’action à plus grande échelle en fichant une pagaille monstre à l’issue d’une énorme manifestation de sidérurgistes venus de Lorraine à Paris protester contre la casse de cette industrie qui avait fait les beaux jours du Nord et de l’Est, casse que le gouvernement socialiste de François Mitterand achèvera quelques années plus tard, pressé par la transformation des outils de production. Le 1er mai, Action directe apparaît sur les écrans en mitraillant le siège du CNPF, et le 20 septembre Pierre Goldman sera abattu comme un chien dans la rue par un commando baptisé Honneur de la police. Pierre Goldman qui venait d’encore avant et d’encore ailleurs et qui a quand même fini là. Pourtant c’était plié, et bien plié, mais l’horrible recul de l’histoire n’était pas le seul à le dire.
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sl972sl972   14 février 2016
[…] ce qui m’a manqué à Auschwitz parce que j’avais douze ans me manque encore aujourd’hui, me manque toujours, manque aux hommes de raison comme aux hommes de colère, aux hommes de liberté comme aux hommes apeurés, aux hommes de poésie comme aux hommes de rien. Parce que la raison n’est plus d’aucun secours là où surgit le manque. Auschwitz et son silence herbeux, sa désolation sèche, est un grand manque humain au revers de l’Europe, qu’on lui tourne le dos ou qu’on lui fasse face.
Les lieux où quelque chose manque sont des lieux où l’on sombre. Ce qui a sombré dans ces quelques kilomètres carrés désormais situés dans la voïvodie de Petite-Pologne est davantage que la somme des âmes qui y brûlèrent au rythme de leurs corps. Quand nous nous y rendons, nous nous tenons debout au rebord de la perte. Certains d’entre nous se penchent, cherchent à distinguer quelque chose dans les herbes, à démêler le naufrage préparatoire de la perdition proprement dite. Puis ils relèvent la tête, font deux pas en arrière, tournent le dos au gouffre et reprennent le chemin sans qu’aucun de leurs gestes ait comblé ce qui manque.
Ces lieux ont aboli le temps.
Ce sont des lieux inconscients.
La colère qu’ils ont engendrée ne connaît pas la fin.
Ils ne nous laissent pas un instant en paix.
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littérature, littérature française, Mathieu Riboulet, Jouhandeau, Guéret, Rencontres de Chaminadour, lecture
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