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EAN : 9782021479768
240 pages
Seuil (13/01/2023)
4.06/5   9 notes
Résumé :
En pleine épidémie de Covid, dans une maternité déserte, je me suis demandé si mon fils allait naître dans un monde irrémédiablement appauvri, sans le droit de se toucher ni de se rencontrer. Le confinement a été levé, mon fils est né, mais les « gestes barrières » sont restés. J’ai découvert l’immense continent des gestes de la maternité, tour à tour libérateurs et aliénants. J’ai alors commencé à réfléchir aux architectures tactiles, celles qui nous entravent et c... >Voir plus
Que lire après Des mains heureuses : Une archéologie du toucherVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Cet ouvrage est constitué de l'intersection entre trois sujets : le toucher, la période de la Covid-19 et la (première) grossesse et maternité de l'autrice. Naturellement, la représentation la plus évidente de cette triple intersection peut ainsi se reformuler : Qu'adviendra-t-il de l'univers haptique du bébé né le lendemain du confinement lorsque/puisque les « gestes barrières » perdurent ? À partir de cette question, sont explorés, alternativement, par fragments et grâce aux témoignages de plusieurs intervenants, les trois sujets, séparément ou conjointement. Au moins deux d'entre eux sont habituellement traités de façon très incomplète et souvent stéréotypée : la maternité, riche de connotations idéologiques, et le toucher, le parent pauvre des cinq sens, minoré sous le régime hégémonique de la vision.
Peut-être la meilleure façon de sortir du discours idéologique et apologique sur la maternité n'est-elle pas de se recentrer sur les sensations corporelles de la grossesse et les premiers gestes de la maternité : « laver, langer, bercer, consoler, nourrir, endormir » ? Des gestes que l'artiste Mierle Laderman Ukeles (1969), dans une perspective féministe, place parmi les tâches typiquement féminines qui relèvent de « l'art de la maintenance »...
Bien que les fragments s'éloignent progressivement de ces questions initiales, malheureusement le résultat est très nettement dissymétrique, privilégiant non pas « les architectures tactiles » comme le paratexte le laissait espérer, mais bien l'expérience de la maternité de la narratrice. J'ai nourri successivement deux espoirs au sujet du traitement du toucher : celui d'une étude anthropologique, ou éventuellement historique [pour ce dernier point, je note la référence plusieurs fois citée de : _Histoire sensible du toucher_ par Anne Vincent-Buffault (2017)] ou bien, d'un point de vue « ontogénétique » et songeant au sous-titre (« Une archéologie du toucher »), celui d'une démarche à la Daniel Pennac dans _Journal d'un corps_ au féminin, relative au sens en question.
Déçu sur ce point, j'ai été très sensible, en contrepartie, à la sincérité avec laquelle le témoignage sur l'expérience de la maternité a été rendu, dans la complexité de son évolution au fil des mois, jusqu'au seuil de l'apparition des premiers signes de l'acquisition du langage. Cette sincérité – que l'on retrouve également de façon bouleversante dans le fragment sur le décès du père – a réussi pleinement le défi de déconstruire le mythe encore si intouchable de la maternité, mais aussi celui de faire avancer le débat féministe sur certains points très cruciaux. de plus, j'ai beaucoup appris de certains textes inattendus.
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C'est un livre reçu par masse critique comme un cadeau venu juste à point me parler de mon corps au moment ou celui ci se retrouve coulant, affaibli, balayé par un rhume sans doute, peut-être plus.
Mon corps mon miroir. A chaque fois j'oublie ma vulnérabilité et je la retrouve quand je me perds. Je vis en silence un truc que j'aimerai partager. C'est imparable, fragilisée, je tombe.
Comme un filet tendu sous mes faux pas, sous mes maladresses je me rattrape aux mots de Claire Richard.
Entourée dans ma couverture de douillette, un mug chaud à la main, être malade est un chemin radical pour revenir au corps. J'aurai préféré l'écouter avant qu'il ai besoin de hurler, mais je choisi d'être douce aussi avec mes manques.
De son livre, j'ai tout aimé ou presque. J'ai été surprise parfois par la forme sans arrivé à déterminer si c'était voulu ou pas.
J'ai été marqué par un passage sur le consentement vide: bien sur que dans notre société abîmée le consentement verbal ne suffit pas. Ne peut pas suffire, ce n'est qu'un début. Je l'avais senti avec mon ventre, mais jamais vu expliqué aussi lumineusement. Comme un écho ça a mis en lumière des souvenirs.
Du coup j'ai dis non à des propositions aujourd'hui et ça m'a dégagé du temps pour moi, juste pour me sentir. Un livre qui ouvre sur ça : cette permission de prendre du temps pour soi dans notre société trépignante je trouve ça tellement précieux.
Merci à l'autrice, aux éditions Seuils à Babélio pour ce cadeau : le livre qui a ouvert cette possibilité là.
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Tout d'abord, merci Babelio et les Editions Seuil pour cet envoi dans le cadre de l'opération masse critique.
Globalement, je peux dire que j'au trouvé cet ouvrage assez intéressant, surtout les témoignages recueillis sur la période Covid.
J'ai en revanche moins apprécié les états d'âme féministes et la prétendue remise en cause des valeurs de l'autrice (je suis enceinte donc je vais à l'encontre de mes principes de femme libre qui n'obéit pas aux traditions etc...).
A lire néanmoins !
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Après avoir lu ce livre, on regard différemment les personnes que l'on rencontre, leurs mains deviennent aussi importantes que leur visage. L'autrice, enceinte lors du COVID nous fait partager son attente et la naissance de son fils dans cette époque un peu particulière. Elle nous parle ou fait parler des personnes proches de leur expérience concernant les mains : la main qui aide, celle qui caresse, celle qui frappe, celle qui a mal (canal carpien) … J'ai beaucoup apprécié ce livre qui décrit à la fois l'époque actuelle et parle d'un sujet important et universel. G
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J'ai reçu ce livre dans le cadre de l'opération masse critique.
Si j'étais enthousiaste à l'idée de découvrir ce livre, je dois bien avouer que j'ai eu du mal à le lire car les propos et les états d'âmes de l'auteure m'ont donné envie d'abandonner.
Je crois que je suis passée à côté de ce livre ou ce n'était pas le bon moment pour mi de le lire. C'est dommage mais ça arrive. J'espère que d'autres l'apprécieront.
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critiques presse (1)
Bibliobs
23 janvier 2023
Dans « Des mains heureuses », la journaliste Claire Richard part de sa maternité pour produire une réflexion fine sur le toucher et les « gestes empêchés » dans un monde covidé. Sans rejoindre le camp des « prophètes de l’apocalypse tactile ».
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
10. Excipit : « Ce soir, de retour de vacances, C. attrape une photo où il figure, déjà froissée parce qu'il la saisit à pleine main. Il pointe doucement son index vers son sternum, puis pose le bout de son doigt sur ma poitrine pour dire maman. Et juste après, c'est la télécommande qu'il dirige vers moi avant de la porter à son oreille et de claironner : Allô ? »
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2. « 'Matrophobia' est le seul mot qui me semble ouvrir un espace au lieu de le fermer. Le seul qui me semble décrire ce contre quoi je bute, un faisceau de sensations et de structures, quelque chose que je sens m'habiter, autour de quoi j'ai développé des réactions et des affects comme des coraux ou des bouquets.
En creusant, j'apprends que le mot désigne un sentiment plus précis : non la peur de la maternité ou de sa propre mère, mais la "peur de devenir comme sa propre mère". Le terme est inventé par la critique littéraire américaine Lynn Sukenick, puis repris dans _Naître d'une femme_ par la poétesse Adrienne Rich, qui le développe ainsi : "Des milliers de filles ont le sentiment que leurs mères leur ont enseigné le compromis et la haine de soi dont elles luttent si fort pour se libérer. Leur mère est celle à travers laquelle les restrictions et les dégradations d'une existence féminine ont été transmises de force." La matrophobie, ou le rejet de la condition féminine telle que sa mère l'annonce et l'incarne : le désir forcené de "ne pas en être", la rage retournée contre celle qui incarne la mauvaise nouvelle et en a enseigné, consciemment ou non, la loi. » (p. 30)
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Il doit exister quelque part un espace limbique pour les gestes imaginaires, tous ceux qu'on n'a pas fait, ou pas reçus. Le purgatoire des gestes qui n'ont pas été tentés.
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4. « [À la crèche] […] Comme la mère compétente, il est évident qu'elles en savent sur les bébés bien plus que moi. "S'il pleure c'est peut-être parce qu'il est fatigué, il a les yeux brillants", me dit avec tact la référente de C. le deuxième jour, et je hoche la tête en essayant de masquer que j'ignorais tout de cette corrélation. Mais les puéricultrices se fichent bien de ma performance. Elles sont toutes noires et jeunes, je comprends de leurs échanges qu'elles habitent loin de Paris, qu'elles entretiennent des rapports tendus avec la direction, qu'elles sont fatiguées et en flux tendu (la mère compétente avait raison). Elles tissent entre elles un espace de parole auquel je n'appartiens pas, qui ne les empêche pas de tendre un hochet, ramasser un anneau, prendre sur un genou ou séparer lors d'un début de bagarre. […] Des maîtresses zen, payées au Smic. Elles portent, assoient, caressent d'une façon précise et professionnelle, qui n'exclut pas pour autant la tendresse. » (pp. 88-89)
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9. « Pour tout le monde, à l'exception des plus riches, la vie est de plus en plus médiée par les écrans. Les écrans ne coûtent pas cher à produire, et ils rendent tout moins cher. Tout lieu qui peut s'équiper d'un écran (une classe, un hôpital, un aéroport, un restaurant) peut réduire ses coûts. Toute activité qui peut se dérouler sur un écran devient aussi moins chère. La texture de la vie, l'expérience tactile, se transforme en une surface lisse et vitrée.
Sauf pour les riches. Les riches se méfient des écrans. Ils veulent que leurs enfants jouent avec des cubes, et les écoles privées sans tech se multiplient. Valoriser visiblement l'expérience humaine – se passer de son téléphone pendant toute une journée, quitter les réseaux sociaux, ne pas répondre à ses mails – est devenu un marqueur de statut social.
Tout ceci a donné lieu à une étrange nouvelle réalité : le contact humain est en passe de devenir un produit de luxe. » (p. 225)
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Le Book Club pénètre la sphère de l'intime et s'intéresse au toucher et aux affects, grâce au regard des auteurs Claire Richard et Georges Didi-Huberman.
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