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Critique de SophianeLaby


Il n'est pas bien joli, le Paris du dix-septième siècle. Il est même ignoble. Monstrueuses, les rues rongées par la vermine et la crasse. Monstrueux, les parcs puants d'ordures et de déjections. Monstrueuses, la Seine et sa couleur de merde. Monstrueuse, Catherine Beauvais. “Une femme si laide, si difforme, qu'on l'aurait dite tout droit sortie de l'atelier du diable”, devenue lavandière du postérieur de la reine Anne d'Autriche.

Au coeur de toute cette horreur, le lecteur se fait voyageur. Guidé par le narrateur, il déambule parmi les personnages, sous leurs aisselles odorantes et au plus près de l'intrigue. “Quel dommage que le voyageur n'ait pas songé à faire brosser son costume et à se poudrer les joues avant de pénétrer dans Le Louvre.” Ce château parisien abrite la divine famille royale, le très chic cardinal Mazarin, les courtisans enfarinés et mouchés, mais aussi la répugnante Catherine Beauvais, protégée de la couronne.

Rejetée par tout le monde, celle qu'on surnomme Cateau la borgnesse a toujours fait preuve d'une grande capacité d'apprentissage et de mémorisation, qu'il s'agisse d'Épictète, de Ronsard ou de "La Pharmacopée générale" de Nicolas Pernelle. Elle a ainsi été introduite auprès de la reine par cette suggestion aux fondements d'un destin hors-norme : “J'ai peut-être quelqu'un pour vos ballonnements, Madame.”

Combinant savoir et intuition, Catherine prépare les lavements de la reine, surveille ses flatulences, analyse ses selles, concocte des remèdes bien plus efficaces que ceux des médecins académiques. Elle est une verrue précieuse, un miracle de laideur qui bouscule une société où règne le paraître. Cette histoire prouve que la noblesse et la beauté ne se trouvent pas forcément là où on le croit. Les écrivains le savent : c'est dans le ventre que ça se passe.
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