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EAN : 9781175221742
362 pages
Nabu Press (19/06/2010)
3.33/5   6 notes
Résumé :
Un dizain de sonnets en guise de préface
1
Parmi les vains désirs, à l’avance déçus,
N’est-ce pas le plus fou, celui dont je me vante,
De faire dans des mots tenir la mer vivante
Avec tous ses secrets que nul n’a jamais sus ?
Sans doute. Mais pourtant, auprès d’elle, et dessus,
J’ai passé de longs jours d’extase captivante.
J’en ai bu la tendresse et mangé l’épouvante.
C’est ce que j’ai senti dont mes ve... >Voir plus
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   08 septembre 2014
EN SEPTEMBRE

Ciel roux. Ciel de septembre.
De la pourpre et de l'ambre
Fondus en ton brouillé.
Draperie ondulante
Où le soleil se plante
Comme un vieux clou rouillé.

Flots teintés d'améthyste.
Ecumes en baptiste
Aux légers falbalas.
Horizon de nuées
Vaguement remué
En vaporeux lilas.

Falaises jaunissantes.
Des mûres dans les sentes,
Du chaume dans les champs.
Aux flaques des ornières,
En lueurs prisonnières
Le cuivre des couchants.

Aucun cri dans l'espace.
Nulle barque qui passe.
Pas d'oiseaux aux buissons
Ni de gens sur l'éteule.
Et la couleur est seule
A chanter ses chansons.

Apaisement. Silence.
La brise ne balance
Que le bruit endormant
De la mer qui chantonne.
Ciel de miel. Ciel d'automne.
Silence. Apaisement.
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coco4649coco4649   02 juin 2014
LES GRANDES CHANSONS
LA GLOIRE DE L'EAU

Comment dans cette vase aux clapotements mous
Où les derniers volcans soulevaient des remous,
Comment sous l'action et les forces amies
Du soleil, des foyers souterrains, des chimies,
Du temps, comment a pu s'opérer en un point
Cette genèse, c'est ce que l'on ne sait point.
Des corps simples à la cellule, à la monère,
Par quels chemins passa la substance ternaire,
Puis quaternaire, pour s'albuminoïder
Et s'agréger, vivante, on n'en peut décider.
Le carbone de l'air, alors en abondance
Dans l'atmosphère encore irrespirable et dense,
Avec les gaz de l'eau d'abord combina-t-il
Ou l'âcre ammoniaque ou l'azote subtil ?
Ou bien est-ce plutôt par le cyanogène
Que se noua l'anneau primitif de la chaîne,
Gaz instable, mobile et propice aux hymens ?
La science n'a pas éclairé ces chemins.
Mais un point lumineux dans cette ombre douteuse,
C'est que de ces hymens l'eau fut l'entremetteuse,
Et qu'il fallut son lit ouvert à tous les vents
Pour engendrer enfin les premiers corps vivants.
Aujourd'hui même encor, comme en ce temps antique,
On a pu la surprendre au fond de l'Atlantique
En pleine éclosion du germe originel
Ayant pour dernier fruit l'organisme charnel,
Embryon de ce qui plus tard doit être un homme.
Un être existe là, que la science nomme
Bathybius, un être informe, sans couleur,
Une larve plutôt qu'un être, une pâleur
Encor plus qu'une larve, une ombre clandestine,
Semblable à du blanc d'œuf, à de la gélatine,
Quelque chose de vague et d'indéterminé.
Ce presque rien, pourtant, il existe. Il est né,
Il se nourrit, respire, et marche et se contracte,
Et multiplie, et c'est de la matière en acte.
Sous le plus simple aspect, sans créments superflus,
C'est du protoplasma vivant, et rien de plus.
Qu'un fragment de ce corps s'en détache, et que l'onde
En transporte autre part la bribe vagabonde,
À ce nouveau milieu cet obscur ouvrier
D'une forme nouvelle ira s'approprier.
D'amorphe il deviendra fini. C'est une sphère.
De ce rien qu'il était, déjà comme il diffère !
Il évolue encor, se centre, en même temps
Allonge autour de lui des filaments flottants.
Sont-ce des membres ? Oui. Mieux, même : des organes.
Et la vie à présent avec tous ses arcanes
Peut s'épandre, grandir, se différencier,
Et, partant de cet humble et vague devancier,
Racine d'où jaillit l'arbre de nos ancêtres,
Gravir tous les degrés de l'échelle des êtres.
Ô vie, ô flot montant et grondant, je te vois
Produire l'animal, plante et bête à la fois,
Te transformer sans fin depuis ces anciens types,
Devenir l'infusoire, entrer dans les polypes,
Monter toujours, des corps multiplier l'essaim,
Être, sans t'y fixer, l'astérie et l'oursin,
Pétrifiée un temps au lis de l'encrinite,
Repartir en nautile, évoquer l'ammonite,
Et du céphalopode évoluer devers
L'innombrable tribu d'annélides des vers,
Monter toujours, sans faire un seul pas inutile,
Jusqu'au plésiosaure engendré du reptile,
Lui donner du lézard le sternum cuirassé,
Dans ses pattes déjà rêver le cétacé,
Puis au ptérodactyle ouvrir l'essor d'une aile,
Monter, monter toujours dans l'onde maternelle,
Monter de cette ébauche au narval, au dauphin,
Au phoque, à la baleine, au mammifère enfin,
Et dans ce mammifère achever ton ouvrage
Par ces fils derniers nés qui jusques à notre âge
De rameaux en rameaux auront pour floraison
L'homme droit sur ses pieds et fort de sa raison.

p.326-327-328-329
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coco4649coco4649   26 octobre 2014
LA MER XI
LA COLÈRE DU BATEAU (5)

Ah! j'étais beau, cependant !
Je florissais, étendant
Dans l'espace
Mes cent bras tout grands ouverts
Où le vent rythme des vers
Quand il passe.

Ils m'ont tué cependant!
Et je vais, en attendant
D'être épave,
Ainsi qu'un tas de bois mort
Sur qui le flot tantôt mord,
Tantôt bave.

Je vais où cela leur plaît.
Ces nains, je suis leur valet
A la chaîne.
Ces nains, je leur obéis,
Moi, le roi de leur pays,
Moi, le chêne!

Mais je saurai me venger.
Toujours, les nuits de danger,
Je regarde
Pour trouver enfin l'écueil.
J'ai la forme d'un cercueil.
Prenez garde!

Une nuit que vous serez
Affolés, désemparés
Sous la brise,
Vous sentirez brusquement
S'effondrer le bâtiment
Qui se brise.

Alors, pleins d'un vain remord,
Illuminés par la mort
Si prochaine,
Vous comprendrez qu'il fallait
Laisser pousser comme il est
Le vieux chêne.

Ainsi, triste et mécontent,
Le bateau crie en partant.
Mais le mousse
Chante sa chanson. Sa voix
Enfantine est à la fois
Rauque et douce.

Et voyant, lui, l'inhumain,
Que la peine du gamin
Est amère,
Le bateau calmé se dit :
— Bah je rendrai ce bandit
A sa mère.

p.236-237-238
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coco4649coco4649   26 octobre 2014
LA MER XI
LA COLÈRE DU BATEAU (4)

Comme lui je hais la mer,
Et contre son fiel amer
Je réclame,
Poison gluant que je bois
Par tous les trous de mon bois,
Jusqu'à l'âme.

Comme lui je cherche encor
Le lointain et cher décor
De la terre,
Et comme lui je me sens
Sur ces gouffres mugissants
Solitaire.

Je n'étais pas né non plus
Pour souffrir flux et reflux,
Pour connaître
Ces tourmentes, ces effrois,
Cette eau qui de baisers froids
Me pénètre.

Dans le sol j'avais les pieds.
Ils les ont estropiés
Par la hache.
Ils ont fait, ces nains morveux,
De mes branches des cheveux
Qu'on arrache.

Ils ont planté dans mon sein
Un coin de fer assassin
Qui crevasse.
De leur scie au cri moqueur
Ils m'ont scié jusqu'au cœur
Tout vivace.

Ah j'étais bon, cependant.
Avec mon abri pendant
Sur leurs têtes,
J'étais un ami pour eux,
Marcheurs, rêveurs, amoureux,
Gens et bêtes.

Ah j'étais fier, cependant !
Contre l'orage grondant,
Sentinelle,
Je me tenais droit et fort,
Et mes poings cassaient l'effort
De son aile.

p.234-235
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coco4649coco4649   15 août 2014
LE PÉTREL

Sur les landes désolées,
Avant-coureurs d'ouragans
Passent en brusques volées
Des souffles extravagants
Où les feuilles envolées
Dansent des farandolées
En caprices zigzaguants.

D'étain gris la mer se broche.
Au fond rentre le poisson.
L'oiseau retourne à sa roche.
Une lueur de glaçon
Aux crêtes des flots s'accroche.
Et partout de proche en proche
Court un étrange frisson.

Tout à coup, un grand silence !
Plus rien au vert promenoir.
Dans l'azur un fer de lance
Creuse un sinistre entonnoir.
Le pétrel alors s'élance,
Crie, un moment se balance.
Puis cingle droit au trou noir.

Seul dans l'étendue immense
Il aime à humer ce vent.
Il en a l'accoutumance.
Il l'appelle en le bravant.
Et la bataille commence
Entre l'orage en démence
Et lui qui vole au-devant,

L'orage comme une boule
Le roule sans le saisir.
Dans ses doigts il glisse, il coule,
Il passe, il joue à loisir;
Et de la céleste houle,
D'espace, d'air, il se soûle,
Le bec claquant de plaisir.

O pétrel, loin du rivage
Où nous gisons dans la paix,
Loin de ce lâche esclavage,
Loin de ce sommeil épais,
Nous que le repos ravage,
Emporte-nous donc, sauvage
Qui d'ouragans te repais.

À ton âme fraternelle
Vont nos âmes de démons.
Nous nous sentons vivre en elle.
O farouche, nous t'aimons !
Il faut à nos cœurs ton aile,
L'éclair à notre prunelle,
Et l'orage à nos poumons.
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Enregistrement d'un poème de Jean Richepin par Georges Brassens. La poésie traverse le temps et nous fait voyager d'un poète à l'autre.
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