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Critique de Pois0n


Pois0n
  02 juin 2019
Avant toute chose, je tiens à remercier l'opération Masse Critique et les éditions Gulf Stream pour la découverte de ce livre ♥

Déroutant : voilà le mot qui convient le mieux pour décrire Désaccordée. S'inscrivant dans la longue tradition de l'isekai (« voyage dans un autre monde »), on y retrouve toutes les caractéristiques de ce type de récit : une héroïne paumée (à plus forte raison qu'elle l'était déjà dans son monde d'origine), de la bizarrerie en-veux-tu-en-voilà, des factions ennemies, la romance inter-dimensionnelle et des trucs pas très cool dès qu'on gratte le vernis. Seulement voilà, il ne suffit pas de mélanger les ingrédients ensemble pour réussir un isekai.

Si l'on reproche souvent au genre de manquer d'originalité, autant le dire tout de suite, ici, ce n'est pas le cas. Le monde créé par Joanne Richoux ne ressemble à rien de connu. Entre les végétaux magiques, l'omniprésence du thème de la musique, les personnages s'habillant en dépit du bon sens et surtout du bon goût, les moeurs... particulières en vigueur, la bouffe et même la façon de se laver... Ah ça, pour du dépaysement, y'a du dépaysement... peut-être même un peu trop, en fait.
Si la plume de l'auteure s'avère riche en descriptions, très poétiques tant qu'on est toujours dans notre monde, ça devient le gros b**el dès qu'on se retrouve de l'autre côté. Habituellement, les descriptions sont plutôt faites avec un rythme posé ; ici, on est dans la tête de Violette qui réfléchit souvent trop vite et a tendance à oublier les verbes en cours de route. Donc on est abreuvés de détails piochés ici et là. De couleurs, de sons, d'odeurs. Le récit est très sensoriel, reposant moins sur le visuel qu'autre chose. En l'état, c'est trop, c'est « too much ». A la fois trop détaillé et pas assez, on ne sait plus où donner de la tête pour essayer de reconstituer une image mentale qui ressemble à quelque chose, noyés sous une tonne d'informations que l'on a souvent du mal à recoller entre elles. Alors quand en plus le voyage de Violette vire à la crise de panique ou au bad trip, ça devient le merdier complet ! Tout le premier tiers du récit, ce n'est que ça : la découverte de ce nouveau monde. On ne retient rien de la visite du palais, aussi rapide que soporifique. Au lieu de décrire absolument tout mais de façon succincte, peut-être aurait-il été plus digeste de se concentrer sur l'essentiel...

… comme les personnages, par exemple. En dehors de Violette, l'intégralité d'entre eux manquent en effet d'épaisseur, se cantonnant à un rôle, à leur utilité pour l'histoire. « La reine traumatisée par la perte de sa fille », « la dame de compagnie », « le chef de l'opposition »... On ne sait rien ou presque de leur passé, leur personnalité transparaît à peine (et encore, quand elle existe) : même le beau gosse de service, pourtant sacrément attachant, est une figure sans histoire personnelle...
Il en va de même pour la société matriarcale ou le sexisme inversé vaguement évoqués à un moment donné : c'est mal intégré, on a l'impression que ce n'est là que pour être là, on en parle une fois et zou ! aux oubliettes.
En revanche, si le développement de la romance se veut ultra rapide surtout compte tenu du vécu de Violette, il est possible de la comprendre tant le jeune homme concerné s'avère craquant... Aurions-nous résisté à sa place ? Probablement pas ! ^^

Passé le lent, trèèèèèès leeeeeent démarrage, l'histoire se met en place et les descriptions s'effacent peu à peu au profit de l'action. La plume de l'auteure, jusque là confuse, devient tout à coup un point fort, ses phrases courtes en mode « bribes de pensées » correspondant bien au feu de l'action.
Alors certes, côté scénario, on aura deviné l'essentiel dès le début ou presque tant les indices laissés étaient gros comme des baobabs. Mais savoir où l'on va n'empêche pas d'apprécier de suivre le parcours de Violette. Désaccordée est peut-être un voyage sans la moindre surprise, mais son décor original compense le balisage du chemin.

Quant à la fin... c'est une bonne fin. Logique, et en même temps un peu dommage concernant un certain point. Il y aurait peut-être eu moyen de faire autrement, d'avoir un happy end parfait... mais le côté un peu amer de cette fin-ci n'en fait clairement pas une mauvaise fin. L'auteure a fait un choix, peut-être pour se laisser la possibilité d'une suite, qui sait... mais en l'état, les choses ne sont pas si mal telles qu'elles sont.

Il m'aura donc fallu du temps pour entrer dans le récit et en venir à apprécier l'histoire. le charme d'Arpège et les déboires de Violette passé le stade de découverte ainsi que l'originalité du monde n'auront malgré tout pas suffi à effacer l'overdose sensorielle qui rend le tout si confus au début, ni le manque de profondeur de l'ensemble du casting.
J'ai l'impression d'être passé complètement à côté du truc à cause de la forme, et c'est dommage, parce que le monde des Muses est typiquement le genre d'environnement féerique que j'affectionne... Il ne fait aucun doute que je relirai l'ouvrage d'ici quelques années, ne serait-ce que pour retrouver Arpège et une certaine pétrolette au caractère bien trempé.
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