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Critique de AMR


AMR
  17 septembre 2017
Je suis très touchée que Patricia Ricordel me confie son roman, Victoire, pour lecture et avis et je la remercie pour sa confiance.

Ce livre promet un dépaysement sur l'île de la Réunion (lieu au nom prédestiné, lisez et vous comprendrez) et propose une ambiance sonore sur fond musical de Céline Dion, brouhaha de casino et prières psalmodiées. le titre est un prénom, celui de l'héroïne, mais aussi et surtout le récit d'un succès remporté de haute lutte après moult difficultés.
L'écriture est fluide, sans pathos excessif, et dose subtilement l'humour, la légèreté et la gravité du sujet traité : le mal être d'une jeune femme, accro au jeu, qui va échouer au sein d'une étrange église évangélique, entre secte et charlatanisme onéreux. L'auteure écrit avec la même capacité dont elle a doté son héroïne, celle de ne rien prendre au sérieux et de vite passer à autre chose quand les situations deviennent insupportables. C'est un récit de vie où rien n'est jamais acquis.

Si l'addiction de Victoire, personnage titre, est le noeud thématique de ce roman, Patricia Ricordel choisit de décrire sa souffrance profonde sans vraiment la nommer, de nous la faire toucher du doigt sans la dire ; tout réside dans des symptômes et des conséquences, des attitudes de somatisation et de compensation, des postures addictives et de mise en danger : démangeaisons, dettes, délits divers, dépression et désocialisation. Ainsi, pendant les premiers chapitres, rien n'est divulgué sur les causes profondes et le lecteur suit et accompagne Victoire en se demandant pourquoi et comment elle en est arrivée là. Et même quand son portrait se précise, le mystère demeure sur le motif de la déréliction et de la fuite en avant de la jeune femme, car c'est un manque, un vide qui en est l'origine.
Puis, le rythme s'accélère : le roman intimiste, introspectif sur fond de dérive sectaire que je croyais se dérouler devant mes yeux se change en roman d'aventure, en histoire à suspense et en poursuite mafieuse. Les péripéties de l'action prennent le pas sur la psychologie des personnages. Où Patricia Ricordel veut-elle donc nous emmener ?
Enfin, les personnages secondaires prennent de l'ampleur ; un second portrait de femme s'étoffe autour de la perte d'un enfant et de la maladie. Les pistes de lecture se divisent et continuent à intriguer le lecteur ; ce roman sur l'addiction devient lui-même addictif, plus grave aussi, comme si Patricia Ricordel avait perdu la légèreté de son écriture. Pour Victoire, le personnage principal, la vie est toujours un combat mais les batailles changent de champs, se diversifient ; quand elle revient au centre de la trame narrative, le style retrouve son ton décalé, son humour du début, sa touche « saltimbanque » et « nomade ».
Patricia Ricordel sait ménager ses effets : lorsque la fin s'annonce, se profile assez clairement, surviennent encore des rebondissements inattendus. La clé de la souffrance de Victoire apparaît plus nettement… mais lirons-nous toutes les réponses ?

Je dirai en conclusion que je me suis faite un peu piéger par Patricia Ricordel et que j'ai passé un peu plus qu'un bon moment de lecture avec Victoire. Sous des dehors de lecture facile, ce roman est construit non seulement pour la détente (et le lecteur peut s'arrêter là si cela lui suffit) mais propose également des pistes de réflexions plus profondes sur les hasards de la vie et sur la spiritualité.
Je referme ce livre avec l'envie de suivre et de mieux connaître son auteure.
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