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Laura Brignon (Traducteur)
EAN : 9782351788288
Gallmeister (05/01/2023)
4.09/5   67 notes
Résumé :

Dans ce récit écrit sans artifices, Tönle, berger du plateau d'Asiago, à la frontière du royaume d'Italie et de l'Empire austro-hongrois, doit, pour survivre et nourrir sa famille, se faire contrebandier, soldat, mineur en Styrie, colporteur d'estampes jusqu'aux Carpates, jardinier à Prague, gardien de chevaux en Hongrie... Mais pour ce solitaire anarchisant, le monde finit avec la Première Guerre mondiale, quand le plat... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
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Italie, Plateau d'Asiago.

Tönle, jeune, est un contrebandier maladroit qui vient d'assommer malencontreusement un carabinier qui le sommait de s'arrêter au passage de la ligne frontalière.

Tönle va donc vivre, plusieurs années durant, en se cachant quand il est de retour, tout le village sait qu'il est là, mais les carabiniers l'ignorent... Un semblant de vie normale s'écrit pour Tönle toujours sur le point de fuir pour se cacher...

Les années passent, les enfants naissent et Tönle reprend régulièrement son bâton pour pérégriner et aller proposer sa force et son courage au delà des frontières et travailler, ramener de quoi faire vivre la famille.

Sa "terre" ne s'arrête pas aux limites des hommes, curieux qu'il est des autres cultures. Possédant plusieurs langues à force de toujours avancer plus loin pour se louer, il peut échanger, rencontrer, apprendre de l'Autre.

Si cette vie s'écrit au rythme des saisons, des éloignements, du retour plein de joie, des retrouvailles et de ce qu'il a à raconter, c'est bien davantage la période de la Première guerre mondiale qui hantera l'esprit du lecteur lorsqu'il aura refermé le livre.

D'une vie difficile mais rythmée, partagée avec ses semblables, voici que la foudre bouleverse tout.

Tönle n'est désormais plus le jeune homme fougueux avide de découvertes mais un berger à l'automne de sa vie, qui de tout, préfère désormais cheminer juste à travers ses montagnes en compagnie de ses brebis et de son chien avec lequel il converse par silences et hochements de tête. Les saisons restent l'horloge de l'existence…

Mais la guerre qui fracasse les hommes, va détruire ses paysages, ses sentiers qu'il connaît par coeur, massacrer ses arbres qu'il vénère.

Toujours poussé par le bruit de la mitraille à réduire le périmètre du pâturage, il s'étiole, se questionne, s'attriste et s'indigne, se révolte pacifiquement. Bien sûr, les années ont passé, certains sont partis d'autres sont morts, encore ces derniers n'ont-ils pas connu l'apocalypse qui frappe ces plateaux italiens. Quand le village doit être abandonné, Tönle reste dans le bois avec ses bêtes, se jugeant transparent, y manifestant à sa manière une forme de résistance placide, un déni de ces heurts entre nations qu'il ne comprend, ni ne cautionne…

Ce n'est que quand il perdra son troupeau et son chien que la guerre aura étendu réellement son ombre sur sa silhouette, le laissant désemparé, silencieux, comme caché au plus profond de lui-même.

Très beau récit qui nous dit et redit l'absurdité des guerres et la douceur du trésor inestimable d'une vie en paix. Magnifique texte qui fait exister l'homme à travers les animaux et les arbres, à travers les saisons et les montagnes, à travers les chemins et les crêtes… Et qu'importe les frontières, tous sont semblables pour travailler ensemble ou s'inventer des existences pas si éloignées, pour juste goûter aux dons de la nature et rester éternellement ébahis de ses largesses.

Par l'entêtement de quelques uns, c'est toute une génération qu'on sacrifie quand le feu prime sur l'olivier, quand le tonnerre parle plus fort que le pipeau…

Tönle, c'est l'incarnation humaniste en harmonie avec la nature de la vérité et de l'innocence sacrifiée sur l'autel des intérêts et du nationalisme.

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Premier tome de la "Trilogie du haut-plateau", ce roman narre l'histoire d'un montagnard attaché à son terroir, et qui y reviendra sans cesse, même si son destin l'amène à devenir un fugitif et à courir tous les pays d'Europe centrale en quête de travail.

Né au milieu du XIXe siècle dans une région frontalière au sud des Dolomites, Tönle, le villageois, s'adonne à la contrebande, ce qui lui vaudra quatre ans de prison qu'il esquive en travaillant en Autriche-Hongrie, en Prusse ou ailleurs. Il y découvre les premiers idéaux socialistes des mineurs de fer ou de charbon. Mais comme son nom (Bintarn) signifie "hiverner" en dialecte cimbre, chaque hiver il revient sous son toit, jouant au chat et à la souris avec les douaniers et gendarmes. Puis vient l'amnistie et il peut poursuivre sa paisible vie pastorale et frugale et voir grandir ses enfants. C'est compter sans la Grande guerre qui éclate en 1915 entre l'Italie et l'Autriche et dont le front va détruire le haut-plateau. Têtu, obstiné, le vieil homme refuse d'abandonner sa maison, comme le reste de sa famille, ou de délaisser son troupeau, et va tenter de survivre en se faufilant entre les forces antagonistes. Fait prisonnier, il connaît l'internement en Autriche, avant une dernière tentative de rejoindre son village. Ce n'est qu'après avoir vu sa maison en ruines que le vieil homme se laissera mourir.

Dans ce roman s'opposent l'amour du terroir et de sa vie simple, bucolique et paisible, et l'horreur de la guerre qui oppose les pauvres et sème la destruction, de façon d'autant plus absurde que, pour ces frontaliers d'obédience tantôt autrichienne et tantôt italienne, qui parlent couramment plusieurs langues, le nationalisme n'a aucun sens. La nature épanouie et printanière sert de cadre au fracas des canonnades, dans un contraste saisissant. le caractère bien trempé du héros, montagnard taciturne et têtu, sert de fil rouge à cette page de l'histoire du haut-plateau d'Asiago, auquel l'auteur est viscéralement attaché, et dont il sait nous transmettre l'âpre poésie.

Lu en V.O.

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Une histoire qui se termine à la fin de la seconde guerre mondiale.

C'est celle du berger Tönle et ça se passe sur le plateau d'Asiago, à la frontière de l'Italie et de l'empire austro-hongrois.

Tönle a mené une vie de contrebandier, revenant régulièrement auprès de sa femme et de ses enfants.

Une vie rude et harassante, au milieu des conflits entre pays.

Dépaysement total dans les rudes montagnes, sur fond de guerre et de débrouille.

Même s'il ne fut pas tout rose, ce fut un beau voyage dans le passé en compagnie de Tönle.

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"Halte là! On ne bouge plus!"

Tönle Bintarn, contrebandier en 1866 dans un petit hameau de la frontière italienne, suite à son coup de baton intempestif sur le crane obstiné d'un vilain gendarme, se voit obligé de fuir pour éviter la prison.

Débrouillard,il passe la frontière et exerce divers petits boulots de colporteur à marchand d'images,de paysan dans un champ de patates autrichien à jardinier dans un château praguois.

Chaque automne,pris de nostalgie,il s'en retourne chez lui en cachette et découvre ému un petit dernier conçu l'année d'avant.

Socialisme, idées nouvelles bouillonnent dans les caboches des villageois.

Le voilà amnistié et de retour définitivement.

Bonheur des paysages, vie paisible d'un simple berger-poète qui tire sur sa pipe en admirant de loin le cerisier sauvage "colifichet dans les cheveux d'une jeune fille" s'épanouir au printemps sur le chaume.

C'est compter sans la guerre de 14 et l'absurdité des hommes, les détonnations qui tuent,l'exode,les saccages,les incendies, les cadavres qui jonchent le sol, les camps,l'emprisonnement,la faim...

Dépit,colère,révolte,entêtement à rentrer chez lui malgré tout, malgré les frontières et les murs d'incompréhension érigés.

Un roman, fort, engagé qui évoque un destin, celui d'un homme simple et pacifiste qui philosophe sur le pourquoi du comment pour que le bonheur revienne un jour dans le coeur des hommes, car un berger italien ressemble à s'y méprendre à un berger autrichien enrôlé de force.

Mario Rigoni Stern, dont j'ai lu Lointains hivers (l'histoire d'un vieux chasseur alpin qui associe chaque moment fort de sa vie à une coupe de bois particulière) sait créer une atmosphère, happer l'attention du lecteur et relancer l'action dans un flot d'émotions et de rebondissements, est l'un des auteurs italiens les plus populaires.

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L'histoire de Tönle se déroule à la frontière Italo-austro-hongroise à une époque où les états ne sont constitués que de régions plus ou moins autonomes, espaces plus ou moins flous avec leurs dialectes propres mais avec des frontières bel et bien réelles : la Mitteleuropa

Tönle, un jour austro-hongrois l'autre italien, vit difficilement de son activité pastorale La seul façon de vivre c'est de s'expatrier dans cette Europe centrale et exercer tous les métiers du monde, jardinier , maquignon, colporteur, mineur et aussi surtout contrebandier

A la suite d'un différent avec les douaniers italiens ils passe, pour s'exiler, la frontière. A la belle saison il va se vendre et envoyer de l'argent à sa famille l'hiver il revient en douce et se terre pour ne pas être arrêté

Mais la guerre éclate entre l'Italie et l'Autriche et le plateau d'Asiago se transforme en ligne de front obligeant Tönle, devenu âgé, à louvoyer avec ses moutons, entre les belligérants en ayant toujours à l'esprit le retour dans sa maison sur laquelle pousse un cerisier.

Belle histoire pleine d'humanité sur la vie difficile dans cette montagne, sur la ténacité d'un homme à rester, malgré la bêtises de la guerre, chez lui dans un paysage dur mais accueillant pour celui qui y est né.

Une nouvelle qui n'est pas autobiographique mais Tönle ressemble beaucoup , dans l'âme, à Rigoni Sterne

Encore une fois Rigoni Sterne déplore l'inconstance des hommes, leurs goûts pour le bellicisme et la fatalité de la guerre pour les pauvres qui en payent toujours le prix

La nature est hachée par les obus des canons et des milliers de cadavres vont venir pourrir dans la terre des pâturages, les villages vont être détruits

Rigoni Sterne aborde aussi le brassage des hommes qui se déplacent pour subsister et avec eux le brassage des idées nouvelles : socialisme et communisme, porteuses d'espoirs pour les déshérités

Il dépeint l' homme expatrié douloureusement loin de sa famille qui n'a de cesse à revenir sur son bout de terre qui l'a vu naître et de s'accrocher quelques soient les conditions à son chez-lui auprès des siens.

Tönle un « homme révolté » furieusement contre la guerre et contre les hommes….il mourra comme il a vécu: simplement et librement

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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation

Mais sa vraie passion c'était encore d'être là, parmi ses brebis, au pâturage ; il les reconnaissait une par une à la couleur de la laine, à la façon de bêler même si elles semblaient toutes pareilles ; il savait aussi quel était le caractère de chacune : celle qu'il fallait tenir à l'oeil parce qu'elle avait l'habitude de s'éloigner du troupeau, celle qui était la plus avide d'herbe nouvelle et trempée de rosée et qui était donc sujette au gros ventre, l'agnelle qui voulait toujours téter sa mère alors qu'elle aurait du être sevrée depuis des mois, celle qui mettait le plus de temps à ruminer. Quant au vieux chien noir, il suffisait d'un signe, même pas besoin d'un mot, pour qu'il comprenne sa pensée.

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Un jour, le petit-fils de Tönle, au retour de l'école, courut au bois de Hano pour raconter à son grand-père que le poète Gabriele d'Annunzio, devenu "le commandant", comme avait expliqué Mr Müller, le directeur, avait volé avec les mêmes avions jusqu'au dessus de la ville de Trente, et là, il avait jeté au dessus des immeubles un message et le drapeau italien. A l'écoute de ce récit, Tönle secouait la tête et tirait très fort sur sa pipe : il avait vu ces gros oiseaux voler bruyamment au dessus de l'Ass, c'était la première fois, et chez lui à l'étonnement se mêlait le dépit : ça restait des trouvailles diaboliques pour faire la guerre et qui sait combien de lires ça coutait et combien de kilos de polenta on aurait pu acheter pour que les gens aient de quoi manger ; ou encore combien de brebis. Et comme "pour eux" il y avait des frontières à quoi servaient-elles si avec les avions ils pouvaient passer par dessus ? Et s'il n'y avait pas de frontières dans l'air, pourquoi est-ce qu'il devait y en avoir sur terre ? Et par ce "pour eux" il entendait tous ceux qui estimaient que les frontières étaient quelque chose de concret ou de sacré ; mais pour lui et les gens comme lui - ils n'étaient pas si peu que ça, comme on pourrait le croire, mais bien la majorité des hommes - les frontières n'avaient jamais existé si ce n'est sous la forme d'un douanier à soudoyer ou de gendarmes à éviter. En somme, si l'air était libre, si l'eau était libre, la terre aussi devait l'être.

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... Ce matin-là, au point du jour, Tönle ne vit pas les cheminées fumer, ni les gens qui vaquaient à leurs occupations dans les jardins ou sur les routes menant au bois. Au début, il n'y prêta pas attention, mais après avoir entendu les coups de canon, il comprit pourquoi. Pour la troisième fois, avec tristesse, il ralluma sa pipe ; il éprouvait de l'amertume, de la colère même, au point qu'il se sentait presque méchant lui aussi, à cause de la cruauté des gouvernements et des poètes (*) qui voulaient la guerre. Pour les généraux, pensait-il, faire la guerre c'est leur métier, même si faire tuer des gens c'est le plus sale des métiers ; et peut-être qu'à vingt ans être soldat, que ce soit pour un gouvernement ou un autre, pour un Etat ou pour un autre, c'est comme un jeu, comme une aventure, une occasion pour rencontrer d'autres gens comme toi ou même un prétexte pour faire voir ta force [...] Voilà pour toutes ces raisons-là, on pouvait être ou ne pas être soldat, mais pas pour se battre et s'entretuer entre pauvres gens. Et pour qui en fin de compte ? C'est ce que pensait Tönle en regardant ses moutons, en tirant sur sa pipe et en écoutant le canon de l'autre côté de l'Ass.

(*) Allusion au poète Gabriele d'Annunzio, auteur de vibrants pamphlets nationalistes et va-t-en guerre.

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Cette montre, il l'avait achetée il y avait tant d'années en passant à Ulm, et ces mots gravés étaient les devises des ouvriers socialistes, qui venaient juste de commencer leur lutte pour la réduction des heures de travail. Les inscriptions incisées disaient en allemand : "Nous voulons huit heures de travail - huit heures pour étudier - huit heures pour nous reposer" ; et encore : "Pour la concorde sociale, la fraternité et l'unité". Tout en soupesant la montre dans sa paume, il pensait :"Dans les mines, on en faisait seize, des heures, ou même plus, et maintenant, en fait de fraternité, il y a la guerre, et les pauvres s'entretuent..."

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Pour les généraux, pensait-il, faire la guerre est leur métier, même si faire tuer les gens est le métier le plus moche.

Mais Tita Haus, après deux ans de bataillon disciplinaire, le major Von Fabini dût le renvoyer chez lui pour tempérament récalcitrant : cette fois-là, il l'avait fait fouetter devant tout le bataillon en rang, et lui, ensuite, tout calmement, s'était relevé du chevalet en remontant son pantalon. Le major déclara : — Soldat, vous en avez assez ? Rappelez-vous que j'ai un cœur de fer. — Et Tita Haus, après s'être reboutonné, lui cracha sur les bottes en lui répondant : — Si vous avez un cœur de fer, moi j'ai un cul de bronze. — Et comme ils avaient tout essayé, ils le renvoyèrent chez lui.

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