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Marc Buhot de Launay (Traducteur)
EAN : 9782070327881
177 pages
Éditeur : Gallimard (24/05/1993)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.21/5 (sur 1071 notes)
Résumé :
A un jeune homme qui lui demande s'il doit consacrer sa vie à la poésie, Rainer-Maria Rilke, âgé de vingt-huit ans, adresse un véritable " guide spirituel ". De 1903 à 1908, il revient inlassablement sur les questions essentielles qui se posent au poète, au créateur. Ces dix lettres sont à la fois un moyen d'accès privilégié à l'univers de Rilke et un manuel de la vie créatrice de portée universelle.
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Critiques, Analyses et Avis (88) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  01 mai 2015
J'ai entendu beaucoup de bien des Lettres À Un Jeune Poète de Rilke. Beaucoup. Alors je m'y suis attardée — un peu — et j'ai trouvé dix lettres, dont quatre au moins sont très courtes. Si l'on en expurge les formules rituelles de politesse et la relation d'une actualité à peu près dénuée d'intérêt à présent, on s'aperçoit que ce qu'il en reste d'exploitable littérairement ou philosophiquement parlant, ou encore à titre de ce que l'on pourrait considérer comme un essai est assez bref.
Toutes les lettres, sauf une, datent de 1903 et 1904 (la dernière étant de 1908), c'est-à-dire, à peu de choses près que ce sont les pensées d'un poète, autour de 28 ans destinées à son correspondant qui avait, lui, autour de 20 ans.
Comme il s'agit d'une correspondance, Rainer Maria Rilke utilise un style très direct ; il y expose sa pensée sans détour, sans trop de précaution, avec un certain nombre de généralisations probablement abusives mais qui passent très bien, et d'autant mieux que l'on est jeune, avec une âme flambante et des désirs d'absolu.
Je pense que j'aurais adoré découvrir ces lettres alors que j'étais lycéenne ; cela m'aurait transportée. Malheureusement, maintenant que je suis devenue un peu vieille et rabat-joie, je les trouve esthétiquement belles et exaltantes, mais, dans le fond, assez creuses et pas très fouillées.
Ce n'est pas désagréable à lire. L'auteur y exprime sa vision de la vie de l'époque, avec un petit côté rassurant pour son interlocuteur. Très bien, mais outre cela, qu'y trouve-t-on ? La vision de Rilke sur la création artistique et poétique, son avis sur la critique, sa profession de foi sur la solitude puis sa théorie sur l'amour véritable.
Sur la création artistique : n'essaie pas de te plier aux modes ni à ce que l'on attend d'un auteur, ferme tes écoutilles et n'écoute que ce qui vient de toi. Tu dois sentir que l'écriture est la seule chose qui compte dans ta vie sinon tu n'es pas fait pour devenir écrivain.
Sur la critique : c'est de la merde, n'écoute pas les critiques, n'aie aucun dogme, ne vénère pas ce qu'on te dit de vénérer, mais vénère quand même Jens Peter Jacobsen. (Tiens ? Y aurait-il comme une forme de contradiction sur ce point précis ?)
Sur la solitude : de toute façon, quoiqu'on fasse, quoiqu'on se leurre, on est toujours et éternellement seul. Mais il ne faut pas s'en affliger, bien au contraire, car c'est cette solitude et cette acceptation qui permettent d'atteindre l'accomplissement de soi et la grandeur maximale qu'il nous est possible d'atteindre. Il faut être serein, laisser du temps au temps, se laisser croître soi-même et tout ira bien.
Sur l'amour véritable : nous sommes démunis et mal préparés. On nous fait miroiter le côté grandiose et extatique — le plaisir, pour faire simple — or, l'amour véritable, c'est bien autre chose que ça. C'est un long travail de domestication de soi-même et de l'autre afin d'arriver à une vie harmonieuse, équilibrée et réciproque, d'ailleurs non dénuée de solitude.
Bon, c'est vrai, c'est très joli tout ça. En première approximation, en première lecture, à chaud cela paraît super mais quand j'essaie de creuser (excusez-moi, c'est une sale habitude que j'ai contractée avec le temps de toujours vouloir creuser, à l'instar de certains chiens mal appris qui maltraitent les belles pelouses), quand j'essaie de creuser, donc, je ne trouve pas grand-chose au bout de ma bêche.
C'est probablement normal, car Rilke lui-même, à l'époque est encore un jeune poète et je pense qu'il ne faudrait probablement pas l'inscrire à un concours de bras de fer cérébral avec son compatriote et contemporain Robert Musil quant aux thèmes abordés dans ces lettres. Rainer Maria Rilke s'avèrerait sans doute assez vite être un poids plume, un très agréable et très élégant poids plume, mais un poids plume tout de même.
En somme, je trouve ces lettres très sympathiques, très plaisantes à découvrir autour de l'âge qu'avait le destinataire, soit une vingtaine d'années, mais peut-être plus autant par la suite, notamment pour les vieilles chamelles méfiantes, retorses et racornies de mon espèce. Mais ce n'est bien entendu que l'expression d'un avis singulier et d'une ampleur limitée, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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Malaura
  27 avril 2012
Peut-on imaginer plus louable manifestation de respect et d'amitié que celle que le poète Rainer Maria Rilke a offerte au jeune Franz Kappus ? En 1902, ce dernier, alors tout jeune élève de l'école militaire de Sankt Pölten, apprend par hasard que Rainer Maria Rilke a lui aussi fréquenté cette même institution une quinzaine d'années auparavant.
Le jeune homme n'a pas encore 20 ans, se tient au seuil de l'âge adulte, dans cette période charnière et difficile de la vie, où les doutes, les inquiétudes, les inclinations profondes et les interrogations sur l'avenir taraudent et corrodent l'esprit de mille petits tourments.
Il décide d'envoyer ses tentatives poétiques au célèbre poète dans l'espoir de solliciter son jugement sur la qualité de ses vers. Il y joint une lettre d'accompagnement où il se livre entièrement, révélant l'état de trouble, de solitude et d'incertitude dans lequel se débat sa conscience.
Quel écho dans sa propre existence Rilke trouva-t-il à la lecture de ces lignes l'incitant à répondre au courrier du jeune homme ? Sans doute fut-il touché par la grande sincérité avec laquelle ces lettres furent écrites ? Sans doute se souvint-il d'un temps pas si lointain où lui aussi subissait ce même égarement et ces choix douloureux qu'il faut effectuer et qui décident de toute votre existence ?
C'est ainsi que de 1903 à 1908, l'homme de lettres renommé entama une relation épistolière avec le jeune garçon inconnu Franz Kappus. Jamais les deux hommes ne se rencontrèrent autrement que par ces mots couchés sur le papier et que Franz Kappus, conscient de la beauté du geste autant que de la valeur littéraire des lettres du poète, décida de partager avec le grand public en les faisant publier à l'aube des années 1930.
Dix lettres, dix réponses, dix superbes textes qui dépassent les seules considérations poétiques pour éclore sur des interrogations universelles et intemporelles comme la solitude, la création artistique, Dieu, la nature ou l'amour.
Et c'est un véritable bonheur de découvrir ces missives écrites par Rainer Maria Rilke avec toute la franchise et la bienveillance d'un guide spirituel attentif aux troubles et aux questionnements d'un être en quête d'identité et de sens.
La plume déliée, lyrique, sensible et compatissante du poète allemand, s'écoule avec la force d'une eau vive au gré des pensées et des méditations, se faisant le réceptacle de toute une jeunesse en proie aux incertitudes lors du ô combien difficile passage à l'âge adulte.
Conseiller, berger, accompagnateur, Rilke l'est tout entier dans ces lettres éblouissantes de profondeur et de chaleur amicale mais il est aussi l'homme qui, de part son statut de poète, a fait le choix d'une existence solitaire vouée à l'écriture et à la poésie.
En effet, pour l'écrivain allemand, il n'est pas d'expérience artistique authentique qui ne se manifeste autrement que dans la nécessité, la solitude, l'immersion au plus loin de son intériorité et l'attention portée à la nature.
Cependant, cette expérience artistique ne s'exprime nullement par la seule pratique d'un art. Elle s'inscrit selon lui, dans tous les aspects de la vie, pour peu que chaque chose soit vécue avec loyauté et rigueur, dans la compréhension d'un monde où s'embrassent le tangible et l'immatériel.
L'art est ainsi une manière de vivre ; le poète est celui qui puise son inspiration dans toutes les manifestations de la vie et de la nature, aussi infimes soient-elles. Sa perception, allant bien au-delà du commun des mortels, le désigne naturellement à une solitude qui ne doit pas être subie mais au contraire choisie et désirée quand bien même elle serait quelquefois douloureuse.
Solitaire à l'instar d'un Dieu créateur, le poète renferme en lui un univers par lequel l'acte de création jaillit après une longue germination.
Les deux courtes nouvelles qui suivent la correspondance de Rilke le conduisent à la genèse de la condition du poète, avec l'apparition des premières manifestations poétiques et l'évocation du surgissement de son inspiration.
Si ces lettres permirent à Franz Kappus de franchir le passage entre adolescence et âge adulte et de s'épanouir ailleurs que dans le domaine de la poésie et de l'écriture, les mots de Rilke vont toutefois bien au-delà d'une source d'apaisement et de réconfort.
Ils renferment une aura d'éternité et un caractère universel qui fait que chaque lecteur en quête de sens ou de beauté peut s'en imprégner, y puiser matière à réflexion et a même l'impression que ces mots pourraient ne n'adresser qu'à lui. C'est en partie cette universalité, cette réceptivité du poète allemand faisant fi des barrières du temps qui ont valu à « Lettres à un jeune poète » l'engouement d'un large lectorat.
Un livre tout en beauté et en profondeur …« plus on le lit et plus il semble qu'il contienne la totalité de la vie ».
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andman
  21 mai 2016
À l'heure où courriels et textos s'échangent pour un oui ou pour un non, les “Lettres à un jeune poète”, écrites sur la période 1903-1908, reflètent une authenticité rare.
Nos aïeux appréhendaient le temps qui passe différemment d'aujourd'hui, ainsi les échanges épistolaires étaient-ils tributaires des délais d'acheminement aléatoires de la malle-poste. Recevoir une missive était à l'époque un petit événement et pour peu que les nouvelles fussent bonnes on se plaisait à les lire encore et encore.
Les lettres de Rainer Maria Rilke furent à n'en pas douter, pour le jeune poète en herbe Franz Kappus, des moments de bonheur intense comparable peut-être à celui que ressent le récipiendaire d'une distinction suprême.
Pas encore trentenaire mais jouissant déjà d'une certaine notoriété, Rilke s'est pris d'affection pour ce jeune inconnu. Le mélancolique Kappus, doutant terriblement de lui-même au point de soumettre ses créations littéraires à l'appréciation de son illustre aîné, ne renvoie-t-il pas l'écrivain autrichien à ses vertes années, à la versatilité de ses propres états d'âme !
Ce recueil de dix lettres, paru pour la première fois en 1929, permet de mesurer l'intelligence et la sincérité avec lesquelles Rilke livre le fond de sa pensée sur l'intemporalité de l'art, sur le besoin permanent d'intériorité primordiale pour l'accomplissement de soi, sur l'extraordinaire pouvoir du verbe aimer...
Ces réflexions empreintes tout à la fois d'anticonformisme et d'universalité rencontrent aujourd'hui encore un vif succès. Gageons que les jeunes lecteurs, également, demeureront sensibles à ces écrits d'un autre temps !
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noor
  30 novembre 2014
Mon Dieu!! La lecture des Lettres à un jeune poète devrait être OBLIGATOIRE au lycée!
"Aimer aussi est bon : car l'amour est difficile. S'aimer, d'être humain à être humain : voilà peut-être la tâche la plus difficile qui nous soit imposée, l'extrême, la suprême épreuve et preuve, le travail en vue duquel tout autre travail n'est que préparation.
C'est pourquoi les jeunes gens, qui sont débutants en tout, ne peuvent pas encore aimer : il faut qu'ils apprennent. Il faut que de tout leur être, de toutes leurs forces rassemblées autour de leur coeur solitaire, angoissé, qui cherche à jaillir, ils apprennent à aimer. Or l'apprentissage est toujours un long temps d'enfermement, si bien que l'amour est ainsi repoussé loin dans le temps, jusqu'au coeur de la vie - : solitude, isolement encore plus intense et plus profond pour celui qui aime. Aimer n'a d'abord rien d'une absorption, d'un abanbon ni d'une union avec l'autre (car que serait l'union de choses qui ne sont pas éclaircies, ne sont pas achevées, ne sont pas encore mises en ordre ?) c'est une sublime occasion pour l'individu de mûrir, de devenir quelque chose en lui-même, de devenir un monde, de devenir pour l'amour d'un autre un monde pour lui-même, c'est une grande et immodeste exigence qui s'adresse à lui, qui en fait un élu et l'appelle à l'immensité.(...)
Mais c'est là justement l'erreur si fréquente et si lourde que commettent les jeunes gens (il est dans leur nature de n'avoir pas de patience) ; ils se jettent l'un sur l'autre lorsque l'amour descend sur eux, ils se déversent tels qu'ils sont, dans tout leur manque de cohérence, leur désordre, leur confusion... : que peut-il arriver ? Que peut faire la vie de ce bric-à-brac à moitié démoli qu'ils nomment leur communauté et qu'ils aimeraient bien appeler leur bonheur, s'il y avait quelque apparence, et leur avenir ? Là, chacun, pour l'amour de l'autre, se perd, perd l'autre et beaucoup d'autres qui voulaient encore venir."
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berni_29
  09 novembre 2019
Lettres à un jeune poète, ce sont dix lettres écrites par Rainer Maria Rilke entre février 1903 et décembre 1908, lettres adressées à un jeune homme qu'il ne connaît pas et qui a sollicité un conseil auprès de l'écrivain âgé de vingt-huit et déjà célèbre, un certain Franz Xaver Kappus, ce jeune homme souhaitant consacrer son existence à la poésie.
Ces lettres ont été publiées à titre posthume.
Elles sont d'une beauté lumineuse, éblouissante, généreuse. Il y a la manière et la matière, on y ressent l'élégance et l'empathie d'un auteur.
Non seulement il m'a semblé indispensable de lire ces Lettres à un jeune poète, mais il me semble également indispensable de les relire plusieurs fois au cours de son existence, sans doute pas trop tôt, attendre un peu que le moment de la vie s'y prête... Et alors, y aller... Tiens ! Je dirais même que ce serait une magnifique idée d'offrir ce livre à un être qui est vous est proche et cher. Pourquoi ?
Parce que derrière la beauté de ces lettres, il y a nos propres vies, ce que nous tentons d'y mettre, d'où nous venons, où nous allons, si jamais nous savons répondre à ces deux questions.
Ici il est question de solitude, la solitude de l'artiste, de distance, celle entre l'artiste et les autres, de création littéraire... Et brusquement, je me suis aperçu que cela touchait aussi autre chose, tout simplement la vie, nos vies, nos tâtonnements, nos errances, nos besoins de respiration... La manière de lire ces lettres en 1903 ou en 2019 n'est peut-être pas la même. La manière de refermer le livre et de reprendre pied dans sa vie, par contre, me semble d'une portée universelle.
Le ton est d'une très grande courtoisie, bienveillant, pour autant il n'est jamais chaleureux. Mais il n'y a jamais la condescendance qu'un artiste pourrait avoir à l'égard de quelqu'un qui l'admire. C'est presque une voix penchée sur l'épaule d'un jeune homme qui cherche à découvrir le chemin de sa vie, une voix posée à bonne distance.
Justement, cette invitation à une solitude infinie, à savoir prendre la bonne distance, prend tout son sens dans une société dissonante, bruyante, dérisoire à certains moments, où beaucoup d'entre nous sont en quête de sens. Lire et relire ces lettres est une manière, peut-être, de tenter de retrouver du sens à notre existence...
Je vous vois déjà venir avec vos gros sabots : ah ! encore un livre sur le développement personnel ?! Oui, pourquoi pas si l'on considère que les philosophes grecs, déjà, nous ont transmis l'essentiel sur la manière de bien vivre et se poser les bonnes questions. D'autres comme Montaigne, Spinoza, Pascal, Nietzsche, ont emprunté leur pas. Tiens donc, Nietzsche... Un point commun avec Rilke, ils ont aimé la même femme : Lou Andreas-Salomé. Rilke n'était pas philosophe, il était un poète. Mais est-ce bien différent, s'agissant de la poésie de Rilke ?
Ces dix lettres sont belles, splendides, bouleversantes, facilement accessibles alors que la poésie de Rilke l'est sans doute moins. Rilke les a-t-il écrites pour Franz Kappus, pour lui-même, pour nous, pour la postérité ? Qu'importe au fond... Nous en tirons la joie et la grâce de les déplier à l'infini.
Les tentatives poétiques de ce jeune apprenti poète sont vaines aux yeux de Rilke. Il le dit franchement, mais il le dit en y mettant les formes. Il argumente, il développe, il fait un pas de côté pour le dire et c'est beau.
Ces lettres sont une merveilleuse éloge de la solitude et de l'errance. Une forme d'initiation, d'apprentissage à la vie. Chaque lettre est un chemin. C'est une joie de cheminer dans ces lettres. C'est une joie aussi de vous donner envie de visiter ces lettres.
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Citations et extraits (235) Voir plus Ajouter une citation
PatriceGPatriceG   14 octobre 2020
Vous regardez dehors, et c'est la dernière chose que vous avez à faire.

A Franz Xaver Kappus
Très cher Monsieur,
Votre m'est parvenue il y a seulement quelques jours. Je vous remercie de sa grande et belle confiance. Je ne peux guère plus; Je ne peux me prononcer sur le caractère de vos vers, car toute visée critique m'est bien trop étrangère. Rien ne permet moins d'atteindre une oeuvre d'art que le discours critique : il n'en résulte jamais que des malentendus plus ou moins heureux. Les choses ne sont pas toutes aussi saisissables et dicibles que l'on voudrait nous le faire croire ; la plupart des événements sont indicibles, ils s'accompagnent dans un espace qu'aucun mot n'a jamais pénétré, et plus indicibles que tout sont les oeuvres d'art, ces existences mystérieuses dont la vie, près de la nôtre qui passe, perdure.

Cette remarque faite, je peux seulement ajouter que vos vers n'ont pas de manière propre, mais on y trouve les prémices, silencieuses et cachées, d'une personnalité. C'est dans le dernier poème, "Mon âme", que je l'ai senti le plus nettement. là, quelque chose qui n'est qu'à vous cherche sa voix, son chant. Et dans le beau poème "A Léopardi" se devine peut-être une sorte de parenté avec cette grande voix solitaire. Malgré tout, vos poèmes n'existent pas encore pour eux eux-mêmes, ils n'ont rien d'autonome, pas même le dernier, ni celui de à Léopardi. Votre bonne lettre qui les accompagne ne manque pas de m'éclairer sur différents défauts que j'ai sentis à la lecture de vos vers sans pouvoir les nommer par leur nom.

Vous demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l'avez demandé ç d'autres avant moi. Vous les adressez à des revues. Vous les comparez avec d'autres poèmes et vous vous inquiétez que certaines rédactions refusent vos tentatives. Et bien, je vous demande (puisque vous m'avez permis de vous demander conseil) d'abandonner tout cela. Vous regardez dehors ....
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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   14 octobre 2020
Sans se complaindre, sans soupir,
Un mal obscur dans ma vie passe.
Mes rêves en cristaux de glace
Couvent mes jours pour les bénir.

Mais parfois la grande question
Croise ma route et je m’enfuis,
Minuscule devant ce puits
Dont je n’ai mesuré le fond.

Une souffrance me saisit,
Grise des nuits d’été ternies
Où miroite une étoile au loin,

Je cherche l’amour à tâtons
Et veux prier en des chansons
Que ma bouche poursuit en vain...

Franz Xaver Kappus

(p. 62 de l’édition intégrale de la correspondance, parue au Seuil en octobre 2020)
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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   13 octobre 2020
Et si je dois vous dire encore une chose, ce sera celle-ci : ne croyez pas que celui qui cherche à vous réconforter vit sans effort parmi les mots simples et tranquilles qui parfois vous font du bien. Sa vie est pleine de tourments et de tristesse, et reste loin derrière ces mots. S’il en était autrement, il n’aurait jamais pu les trouver. Votre Rainer Maria Rilke.
(p. 82 de l’édition du Seuil, parue en octobre 2020, laquelle contient les lettres écrites par Franz Xaver Kappus)
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MalauraMalaura   22 avril 2012
Si votre vie quotidienne vous paraît pauvre, ne l'accusez pas; accusez-vous plutôt, dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour en convoquer les richesses.
Pour celui qui crée, il n'y a pas, en effet, de pauvreté ni de lieu indigent, indifférent.
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Nastasia-BNastasia-B   29 avril 2015
Le plaisir physique est une expérience sensible qui n'est en rien différente de l'intuition pure ou du sentiment pur dont un beau fruit comble la langue ; c'est une grande expérience, infinie, qui nous est accordée, un savoir du monde, la plénitude et la gloire de tout savoir. Et ce qui est mal ce n'est pas que nous ressentions ce plaisir ; ce qui est mal c'est que presque tout le monde mésuse de cette expérience et la dilapide.

Lettre du 16 juillet 1903.
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Vidéo de Rainer Maria Rilke
Rainer Maria Rilke : Lettres à un jeune poète (France Culture). Diffusion sur France Culture le 7 juillet 2020. L'écrivain Rainer Maria Rilke dans son bureau, vers 1905. Collection privée. Artiste anonyme. © Getty / Fine Art Images / Images du patrimoine. L’on connaissait les “Lettres à un jeune poète” de Rilke. Pour la première fois, nous aurons accès à l’ensemble de la correspondance avec la parution des onze lettres écrites par le “ jeune poète”, Franz Xaver Kappus. En direct du studio 104 de la maison de la radio. Traduit de l’allemand par Sacha Zilberfarb. Édition établie par Erich Unglaub. Réalisation : Laure Egoroff. Lettres choisies par Pauline Thimonnier. Avec : Éric Caravaca et Grégoire Leprince-Ringuet.
Les “Lettres à un jeune poète” de Rainer Maria Rilke furent publiées pour la première fois en 1929, un peu moins de trois ans après la mort de leur auteur. C’est le destinataire de ces lettres, Franz Xaver Kappus, un lieutenant autrichien, qui les rendit publiques. Elles connurent un succès mondial qui ne s’est jamais démenti depuis. Grâce à l’édition établie par Erich Unglaub en 2019, les lettres de Franz Xaver Kappus sont pour la première fois publiées et offrent l’accès à l’entièreté de la correspondance telle qu’elle a été conservée (1903-1908). Ces lettres de Franz Xaver Kappus renouvellent la lecture des lettres de Rainer Maria Rilke en explicitant le contexte dans lesquelles elles ont été écrites. S’y révèle le lien qui unissait ce jeune lieutenant autrichien en quête de lui-même, au poète déjà reconnu auquel il fit lire ses essais poétiques. Les mots de Rainer Maria Rilke s’en trouvent renforcés dans leur sagesse, leur bienveillance et leur humanité. À paraître en octobre 2020 aux éditions du Seuil, collection “Fiction & Cie”.
Équipe de réalisation : Claire Levasseur et Justine Dibling Conseillère littéraire : Caroline Ouazana
Source : France Culture
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