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ISBN : 2213712905
Éditeur : Fayard (28/08/2019)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 10 notes)
Résumé :
Tu avais l'âge de quitter ton enfance, l'âge où on se sent libre et où, dans le train pour Paris, on s'assoit dans le sens de la marche.
Dès ton arrivée, tu t'es sentie obligée de devenir quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui n'oserait plus dire "je ne sais pas".
C'était la ville qui t'imposait ça, dans ce qu'elle avait à tes yeux de violent et de désirable: sa culture.
Puis tu as rencontrée Elia.
Elle avait le goût des métamorphoses.
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  09 septembre 2019
Comment Océane est devenue Blandine
Dans une nouvelle version de l'histoire de la provinciale qui découvre Paris, Blandine Rinkel confirme les espoirs suscités par «L'abandon des prétentions». Et nous raconte comment elle est devenue Blandine.
Océane n'est plus la même depuis son arrivée à Paris. Bac en poche et toute la vie devant elle, elle est fascinée par la capitale et ses habitants. Même si elle est encore bien loin d'en apprivoiser tous les codes, elle sent la vibration, l'énergie et les opportunités qui s'offrent à elle: «Les premiers mois, tu habites dans le quartier d'Odéon. Dix mètres carrés, dégotés sur un coup de chance grâce au bagout de ton père. Tu n'as aucune idée de la portée symbolique de ce quartier. Tu n'es pas au fait de l'ancienne rivalité entre rive gauche et rive droite. Tu n'as pas même conscience d'être chanceuse de loger là. Tu trouves ça tout simplement beau.»
Même «la fosse de Tolbiac» ne lui fait pas peur, cette fac où pourtant elle doit se préparer un avenir. Il s'agit, consciemment ou non, de faire quelque chose de cette nouvelle vie, de se transformer, de se métamorphoser. Et pour cela toutes les expériences comptent, y compris sexuelles. «Tu suçais sans y penser. le sexe te semblant être un moyen comme un autre de te changer en quelqu'un d'autre. Une façon d'accélérer ta métamorphose. C'était comme un processus chimique de transformation de soi. Se faire pénétrer, comme la pâte à laquelle on ajoute un ingrédient, deux cerises, du beurre fondu.»
La route d'Océane va alors croiser une jeune fille qu'elle n'avait jusqu'alors pas vraiment considérée, même si cette collègue semblait venir de loin, comme son regard vairon, le même que David Bowie. Une rencontre comme une évidence, une découverte et la naissance d'une amitié fusionnelle, presque télépathique.
De la seconde personne du singulier, le récit passe alors à la seconde personne du pluriel : «Vous partagiez une amitié incandescente qui, tout extatique qu'elle fût, n'était en rien sexuelle, ne l'avait pas été, ne le serait jamais, et cette impossibilité de toucher, cet interdit tacite entre vous, rendait votre relation d'autant plus dérangeante.»
C'est à ce moment du roman que la romancière nous offre ce moment où tout bascule, ce rite de passage qui fait que toute la vie d'avant se fige et que désormais l'autre vie prend la place. Ce moment, c'est celui où on transforme la réalité pour qu'elle soit conforme à ce que l'on voudrait qu'elle soit. Un mensonge, une imposture dont Blandine Rinkel nous cite les exemples les plus emblématiques comme par exemple avec Jean-Claude Romand. «La mise en branle de l'imposture, c'est une tâche indélébile qu'on étale de plus belle en espérant la résorber. Et l'imposteur ajoute en permanence, de l'eau au moulin de son propre naufrage.»
Pour Elia et Océane, ce dédoublement de leur personnalité doit trouver sa légitimité dans un changement de prénom. Un petit jeu aux conséquences loin d'être anodines, comme vous vous en rendrez compte.
Voilà comment Océane est devenue Blandine. Et voilà comment, après L'abandon des prétentions, Blandine Rinkel confirme son talent.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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Bazart
  30 août 2019
Une fois le bac en poche, Océane quitte sa province vendéenne pour aller à Paris, suivre des études de lettres.
C'est dans la ville lumière aussi magique qu'effrayante, qu'elle va rencontrer des jeunes gens issus d'un milieu social bien plus aisé qu'elle et notamment, une jeune fille, dont la liberté et l'audace vont rendre Océane aussi admirative que fascinée: jeune fille prénommée ( mais plus pour très longtemps) Ellia.
Entre elles, va alors se tisser une relation aussi ambigüe que passionnelle dont le dénouement semble inéluctable...
Une écriture douce et heurtée , qui commence par la seconde personne du singulier avant d'aller investir le "je" cinquante pages avant la fin une fois que la narratrice prend du galon et de la distance sur cette histoire.
Le nom secret des choses est un peu comme l'était "Respire" d'Anne- Sophie Brasme (mais en plus érudit et en moins organique), une histoire d'amitié toxique entre deux jeunes filles, donnant lieu à un beau et fort roman d'initiation et d'émancipation
Un récit qui va essayer de montrer jusque à quel point une jeune provincial est prête à aller pour se faire accepter dans cette ville et dans cette amitié où elle n'est pas sûre d'avoir sa place .
Un récit d'apprentissage aussi cinglant et doux amer..
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Agathethebook
  22 octobre 2019
Vous l'avez vue danser et virevolter dans mes stories il y a deux jours, cette jolie biche parisienne, cette fascinante beauté blonde qui n'a pas toujours été à l'aise en société ou seule à la terrasse d'un café. Elle s'appelle Blandine Rinkel, elle danse donc, elle chante et elle écrit. Car non, « un écrivain ne sait pas faire que ça, écrire ; on sait tous faire plein d'autres choses ! »
Elle respire l'Art, et moi je la regarde danser et chanter, puis je la lis avec un plaisir infini.
Comme en peinture, c'est avant tout un effet de fondu. Oui, à 18 ans, Océane a décidé de fondre, dans ses vêtements et dans Paris. Débarquée à Paris de Saint-Jean-des-Oies, ce village de 800 habitants où elle a grandi et qui ne lui a pas donné les codes, Océane les apprend sur place, autodidacte et docile. Elle s'aligne sur les autres, cesse de rire trop fort, fume pour fumer et s'adonne à du sexe sans plaisir. Elle ment, beaucoup, elle fait semblant d'être quelqu'un d'autre.
Son sentiment d'insuffisance est une valise beaucoup trop lourde à porter. Ont-ils conscience de leur chance, ceux dont la poésie et le cinéma les a bercés depuis la naissance, ceux qui sont déjà dans le bon cercle ?
Elle rencontre Elia, une amie, un double, un complément d'elle-même. Des yeux vairons et des cheveux noirs.
« Elle était grave et ne l'était jamais.
Joueuse et engagée.
Absurde et parfaitement sensée.
Caractère que, depuis, je cherche chez tout le monde et ne retrouve nulle part. »
Elles s'apprivoisent lentement, Elia la séduit en l'écoutant, et en la rassurant « Les gens qui ne conviennent pas me conviennent parfaitement, tu sais ». Un soir, en débattant sur le déterminisme, elles listent toutes ces choses modifiables qui nous dessinent, les yeux, les cheveux, le prénom. C'est ainsi qu'elles se lancent un pari absurde, Océane deviendra Blandine. Et dédicacera ce second roman « À celles qui disparaissent ». Amitié toxique, fondatrice, je vous laisse deviner à quel point ce texte m'a parlé.
Une plume à tomber par terre, une sensibilité sur les choses et les êtres, « Le nom secret des choses », c'est simplement de l'excellente littérature.
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croquemiette
  24 septembre 2019
Océane débarque à Paris et tout est nouveauté, mouvement, lumière, fulgurance. La jeune fille originaire d'un bled de Vendée doit tout apprendre en arrivant à la capitale. En effet, elle n'a pas les codes, n'est pas du même milieu social que ses nouveaux "amis" de la fac à Tolbiac. Elle donne le change difficilement, prétend savoir, et le soir rattrape son retard en vérifiant sur wikipedia.
Quelques temps après son arrivée, elle rencontre Elia et c'est la révélation. Elles jouent d'abord au chat et à la souris puis deviennent très bonnes amies. Elia est l'opposée d'Océane. Sûre d'elle, libre, pétillante, lunatique, joyeuse et caractérielle, elle éblouit Océane. Les deux amies continuent de se voir, s'inventent des vies, font la fête dans un Paris bigarré, étudiant et festif. Leur relation est complexe, c'est "je t'aime moi non plus" mais toujours elles se retrouvent.
Un jour, ou peut-être une nuit, par défi, Elia décide de changer de nom et elles en font le pari. Aussi facilement que l'on change d'habit, Océane adopte le prénom de Blandine, son second prénom à l'état civil. C'est une métamorphose, mais la mue ne va pas sans mal. En changeant de nom, Océane accède à une autre catégorie, le regard que les gens portent sur elle se modifie. Renie-t-elle une partie d'elle ? son passé, ses origines ? Est-ce si anodin ?
Un roman intéressant, le premier que je lis de l'auteure. J'ai adoré la première partie, décrivant l'arrivée d'Océane à Paris et sa difficile adaptation dans un nouveau milieu. L'histoire est racontée à la première personne du singulier, ce "tu" permet une identification direct au personnage. J'ai un peu lâché au cours de la seconde partie, plus axée sur l'histoire d'amitié. Toujours est-il que c'est un roman que je conseille et qui questionne intelligemment sur le milieu social et les codes au sein d'un groupe. L'écriture est belle.
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VincentGloeckler
  24 septembre 2019
Imaginez cela, la réécriture de l'Education sentimentale, plus d'un siècle et demi après, par une femme et avec une jeune femme, débarquant de sa province dans le Paris des années 2000, comme protagoniste, une jeune femme, d'ailleurs, qui parle d'elle à la seconde personne, s'appelle Océane, mais pourrait bien s'appeler aussi Blandine comme l'auteure, et, d'ailleurs, finira par se choisir ce prénom-là, Blandine, et cela pourrait donner, même si, bien sûr, l'intention narrative n'est pas la même, le nom secret des choses, le nouveau roman de Blandine Rinkel. On se souvient, ô combien, de L'abandon des prétentions, ce premier récit évoquant une figure de mère, assurément très proche de celle de l'auteure, on se souvient de cette écriture d'une rare élégance, de ce ton tour à tour pudique, léger ou ironique, utilisé pour raconter l'incroyable perte du souci de soi chez cette femme, décidant de s'oublier pour mieux s'ouvrir aux autres, jusqu'à en faire trop, on se souvient de l'émotion vive qu'on ressentait à lire ce texte. Et l'on retrouve ici, dans cette reconstitution du parcours personnel, dans l'évocation aussi de la rencontre avec Elia, une amie - reine des métamorphoses, initiatrice de destinées, menant sa vie comme un permanent carnaval de Rio et y entraînant Océane/Blandine, avant de brutalement l'abandonner- le même talent à percer les carapaces, dévoiler les impostures, chercher la vérité des identités – et oui, pourquoi pas, « le nom secret des choses »-la même sereine lucidité dans l'analyse. L'argument romanesque est minime, en soi, réduit à presque rien – où l'on retrouve Flaubert…- ou à ce tout qu'est la question à laquelle répondait aussi Sartre, l'auteur des Mots (où il est, tiens, aussi question des « noms » et de l'imposture), « comment je suis devenu moi », mais Blandine Rinkel fait de ce peu – postures, rencontres, apprentissages culturels, pratiques sociales ou sexuelles, amitié et trahison – une aventure introspective et spirituelle, une vraie quête d'identité. Avec le je-ne-sais-quoi de sa petite musique, le charme discret de ses mots… Un texte fort pour un regard sur soi d'une étonnante acuité. Merci Blandine pour cette beauté.
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critiques presse (1)
LeMonde   21 octobre 2019
L’apprentissage périlleux des codes de la « distinction » bourdieusienne par une étudiante provinciale à Paris. L’écrivaine et musicienne fascine.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   09 septembre 2019
Un matin on se réveille, et l’on est fatigué de soi-même.
On a plus envie de revêtir, ce jour-là, le visage qu’on portait la veille. On aimerait tout recommencer, alors on commence quelque chose. En sous-vêtements, l’haleine ridée, sans avoir bu ni mangé, on se saisit de son téléphone et on compose le numéro d’une mairie lointaine et qui pourtant est la nôtre.
À l’adresse d’une oreille étrangère, qui ne connaît rien de notre histoire et du rôle clé qu’elle y joue, on confie pour la première fois le soupir d’être soi. La pudeur administrative nous aide à formuler les choses. On aimerait changer de prénom. La décision est prise. On est prêt à effectuer des démarches, à s’abandonner à toutes les recommandations. En écoutant ces dernières on hoche la tête, pour personne, on ronronne, pour soi-même, et on prend des notes, inutiles, des notes qu’on ne relira jamais. On affirme qu’on apportera bientôt de nouveaux papiers, des justifications, on remercie la voix pour qui renverser l’ordre des choses semble être un jeu d’enfants. On salue. On raccroche. Pas encore tout à fait certain d’être celui ou celle qui accomplit les gestes, on se lève. Quelqu’un, peut-être soi, ouvre le répertoire de son portable et, sans en éprouver aucune émotion, y modifie son propre prénom. On commence par là. Puis on va se doucher.
Comment nos vies parallèles infléchissent-elles la principale ? Comment la déforment-elles subtilement – pareilles à ces batteries de smartphones usées auxquelles il arrive, gonflant dans l’obscurité, de finir par soulever l’écran de la machine ?
Sans doute y a-t-il des parts de nous soumises à d’autres lois de la gravité, d’une autre gravité, lois tordues et inconscientes dont nous ne connaissons rien mais sentons la puissance par à-coups – des accords de piano plaqués dans le vide –, et nous éprouvons parfois, en nous-même, la trace d’une intensité qui, si nous la prenions au sérieux, pourrait modifier durablement nos vies. Puis, généralement, nous oublions.
Mais tout le monde n’oublie pas. Et chacun des gestes d’Elia, chacune de ses intonations, étaient en ce sens comme les indices d’un système moral alternatif qu’on devinait cohérent et tenu, mais auquel personne ne pouvait tout à fait accéder.
Batterie secrète qui la faisait enfler.
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BazartBazart   27 août 2019
Voilà comment tout était parti. Le prénom est un déterminisme comme un autre sauf qu'apparemment- Elia avait entendu dire ça-le prénom, ça pouvait se changer. Alors qu'attendait on? Etait ce compliqué? Google vous indiquerait vite que ce ne l'était pas. Deux mois de patience, un rendez vous avec un avocat plus de 90% des cas concluants. Mais le plus simple restait évidemment de faire passer en premier son deuxième prénom.
" Tu serais prête à ça, toi?"
Elle l'avait lancé comme un défi.
" Oui j'ai un deuxième prénom, Blandine. Et même un troisième.
- c'est bien, Blandine. Ça te ressemble."
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hcdahlemhcdahlem   09 septembre 2019
Tu as dix-huit ans. Tu vis pour la toute première fois sans ton père, sans tes amis, sans la mer. Tu es partie brutalement, laissant ton enfance derrière toi.
Dans le train, tu t’es installée dans le sens de la marche : tu y tenais. T’efforçant de chasser l’image du regard de ton père sur le quai de gare – lui et ses mains imposantes, que tu avais surprises à trembler –, t’efforçant de t’en foutre, tu as regardé défiler la France derrière la vitre, toutes les nuances de vert et tous les kilomètres. Tu as gardé les yeux grands ouverts et ton cœur s’est changé en grenade. Dans ta bouche, ta langue heurtait ton palais : tu avais soif. À tes côtés, une jeune femme possédait une gourde de métal alors, n’y tenant plus, tu lui as demandé si tu pouvais y boire. Tu en as éprouvé une honte inédite, en même temps qu’une envie de rire. Tu te sentais libre.
En arrivant, ta traversée de la gare Montparnasse fut aussi ta première visite d’un parc d’attractions. Jamais ton père ne t’avait emmenée dans un tel lieu, mais c’est comme ça que tu les imaginais : vertigineux et saccadés, avec des milliers de gens grouillant de toutes parts – des solitaires, des familles, des animaux, des amoureux. Une fois le portique du métro passé – celui qui, pareil à un piège pour nuisibles, menace de se refermer brutalement sur les hommes les plus lents –, les couloirs de la station te firent tout de suite grande impression. Une impression incandescente, renforcée par ta découverte du Trottoir Roulant Rapide, encore en fonction à l’époque, entre les lignes de métro 6/13 et leurs adversaires 4/12.
Conçu par la Construction industrielle de la Méditerranée et décrit comme un « tapis roulant expérimental », le TRR transportait en 2010 les passagers en ligne droite sur 180 m à hauteur de 11 km/h, soit 3 m/s – une vitesse jamais vue. Avec ses rampes lumineuses, sous la voûte souterraine du métro, il ressemblait au couloir d’un vaisseau spatial, pareil à ceux qu’on voit dans 2001: l’Odyssée de l’espace ou Star Strek, à ceci près qu’il luisait d’une lumière jaunâtre et incertaine lui donnant comme un air sépia. Une visite dans les zones passées du futur.
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hcdahlemhcdahlem   09 septembre 2019
INCIPIT
Tu gardes de ton premier voyage à Paris le souvenir d’un bruit infernal et ivre. En toi tout se télescope : les rugissements de camions-poubelles et les bavardages de gare, bruits de pelles et souffleries diverses ; les claquements des talons sur le pavé et le cliquetis des clés ; les klaxons des voitures bloquées en enfilade et la vaisselle du Sorbon cognant dans les éviers ; les sirènes de pompiers sur lesquelles vous aimiez tant improviser des harmonies, monologues ou percussions ; les coups de feu nocturnes, pétards ou balles dont on ne connaîtrait jamais l’origine ; les rideaux de fer qu’on relève et qu’on abaisse le matin, le soir ; la nuit, les sonnettes de vélos dans les rues, les disputes et la musique émanant d’appartements bleus et blêmes, rose électrique, et les hurlements de joie, les chants, les orgasmes et les pleurs – tu gardes de ton arrivée à Paris le souvenir d’un feu d’artifice sonore.
Le plus marquant furent les cris parsemant tes premières nuits. Des hurlements sans émetteurs identifiés qui remontaient, aléatoirement, aux fenêtres de ton appartement. Jamais, avant ça, tu n’avais entendu de telles manifestations de soi. C’étaient des sortes de brames tenant à la fois du cerf et de l’alcoolique, d’Edward Munch et du nouveau-né – c’étaient des sons inhumains et trop humains, qui jaillissaient dans l’obscurité comme l’inconscient funèbre de la Ville lumière. Son double obscur. Parfois, en écoutant filer ces comètes désastreuses, tu donnais aux cris les visages des derniers clochards que tu avais croisés, à qui tu avais cédé le peu de monnaie qu’il te restait et que tu t’étais sentie coupable de ne pouvoir soulager davantage. La culpabilité resterait, dans les années à venir, le sentiment que tu associerais le plus volontiers à la ville de Paris – cette capitale qu’on sait de misère et d’or, obscène jusque dans ses failles – et les étranges cris pénétrant les appartements à minuit révélaient cette déchirure invisible.
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hcdahlemhcdahlem   09 septembre 2019
Les premiers mois, tu habites dans le quartier d’Odéon. Dix mètres carrés, dégotés sur un coup de chance grâce au bagout de ton père. Tu n’as aucune idée de la portée symbolique de ce quartier. Tu n’es pas au fait de l’ancienne rivalité entre rive gauche et rive droite. Tu n’as pas même conscience d’être chanceuse de loger là. Tu trouves ça tout simplement beau. Dans cet étrange et vieil appartement, de la moquette recouvre sol et murs, une matière vert forêt dont l’allure romantique – l’excès de kitsch – te ravit. Tu l’associes volontiers aux romans de Stendhal ou à la poésie de Baudelaire, que tu connais d’ailleurs mal, que tu ne connais pour ainsi dire pas, mais que tu imagines moquettée, tapissée, et tout cela te plaît. Tu ignores encore que ce décor ne relève pas du bon goût mais d’une sorte de maniérisme risible, dont tu riras. p. 18
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Vidéo de Blandine Rinkel
Ce mois-ci, Baptiste Liger, directeur de la rédaction du magazine Lire, a choisi de parler d'une référence en économie, Thomas Piketty avec son livre Capital et idéologie, et d'étoile montante de la littérature Blandine Rinkel avec son roman le nom secret des choses. Ce sont l'événement et la découverte de ce mois de Septembre.
La chronique complète : https://www.fnac.com/L-Instant-Lire-a-la-Fnac-Thomas-Piketty-superstar-et-l-etoile-montante-Blandine-Rinkel/cp45728/w-4
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