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EAN : 9782253244455
288 pages
Le Livre de Poche (31/01/2024)
3.76/5   319 notes
Résumé :
« Il ne m’avait pas légué la douceur, la confiance ni la foi. Cependant, j’héritais de lui les trois choses auxquelles je tenais le plus au monde. J’héritais de lui l’absence, la joie et la violence. »

Plus grand que la vie, Gérard illumine les jours de sa fille, Lou. Fort et fantaisiste, ce baby-boomer aux allures d’ogre ensorcelle tout : les algues deviennent des messages venus des dieux, ses absences des missions pour les Services Secrets. Mais qu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (90) Voir plus Ajouter une critique
3,76

sur 319 notes
J'ai découvert Blandine Rinkel (également comédienne, danseuse et musicienne au sein du groupe Catastrophe) et son livre en regardant La Grande Librairie…. mais l'émission n'a même pas eu besoin de me convaincre. Étrangement, avant qu'elle ne prononce le moindre mot ou que le nouveau présentateur ne parle de son troisième roman, je savais déjà que j'allais le lire. Juste le titre de l'ouvrage et cette prestance alliant douceur et rébellion sur le plateau télévisé ont suffi à me convaincre. Une nouvelle faiblesse de ma part, que ma PÀL déjà débordante ne voyait probablement pas d'un bon oeil, mais un choix finalement judicieux car je l'ai lu d'une seule traite et refermé en étant fan de tout ce qui m'a été proposé : le style, le contenu, la réflexion… voire même cette violence dont il est question dans le titre et qui n'a heureusement pas tout détruit !

« Vers la violence » est le chemin emprunté par la petite Lou, qui voue un amour immense à son papa, tout en vivant dans la crainte de ce patriarche certes lumineux et drôle, mais qu'un rien fait basculer vers les ténèbres. Une violence plus psychologique que physique, mais une menace constante qui invite à marcher sur un fil, balançant entre le bonheur et ce que certains nommeront une « éducation à la dure ».

Blandine Rinkel dresse donc le portrait d'un père, Gérard, ancien militaire devenu flic, qui tente de transformer sa petite princesse en guerrière aguerrie, capable d'affronter la douleur et ses peurs sans broncher. Une gamine qui joue à je te tiens, tu me tiens par la barbichette, bien décidée à ne pas rire, sachant que la tape qui suivra pourrait bien faire mal. Si celui qu'elle tient par la barbichette a l'art de faire rire n'importe qui, ce sourire carnassier dissimule en effet un loup solitaire et imprévisible.

L'ambiguïté de ce portrait livré par l'autrice dérange autant qu'il fascine. Une dualité qui contribue à entretenir une tension permanente tout au long du livre et qui se retrouve ponctuée par une superbe lettre de Lou à son père, déclarant toute l'admiration qu'elle voue à ce père…tout en lui tournant définitivement le dos. Une violence et une ambiguïté dont héritera cette petite fille devenue danseuse, passion qui allie grâce et féminité, tout en faisant violence au corps.

L'écriture sensible, sincère et incisive de Blandine Rinkel m'a cueilli dès les premières lignes. La première moitié du roman, où la relation père-fille est omniprésente, m'a totalement bouleversé. La phrase d'une violence insoutenable « Je ne veux pas te voir à mon enterrement ! », balancée par un père à sa fillette de cinq ans, m'a mis totalement KO. La deuxième partie du roman, proposant la reconstruction de Lou loin du père, dans les bras de Raphaël, est certes moins intense, mais permet au lecteur et à l'héroïne de se relever tout en constatant les dégâts.

Un roman intense, puissant, profond et percutant, porté par une plume dont je suis dorénavant fan !
Lien : https://brusselsboy.wordpres..
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Violence familiale, que l'on regrette de qualifier d'ordinaire, pour ne pas la cautionner, centrée sur la figure du père.

Le roman est construit autour d'un secret de famille qui n'en est pas un, car si lui, le père, esquive les circonstances précises, les faits sont révélés : la narratrice est le fruit d'une deuxième union, elle sait que son frère et sa soeur sont morts dans un accident.
De son boulot de flic, elle n'ignore rien non plus, et de son caractère imprévisible, elle a appris à se méfier lors d'épisodes qui marquent la vie d'une petite fille.

Ce caractère violent, elle s'y est faite, connaît les codes qui permettent de désamorcer le plus souvent les choses, d'autant que ce père sait se faire compagnon de jeu, chef d'orchestre d'histoires fantastiques. Mais on sent malgré tout une souffrance permanente, une souffrance nécessaire qui se sublime par la danse, un art exigeant où la douleur du corps fait partie du contrat.

Hors, à l'adolescence, les premiers signes de quelque chose de bien plus terrifiant lui apparaîtront.

Toute la première partie, qui relate l'enfance, restitue l'ambiance angoissante d'un univers familial dominé par une être caractériel, dont l'humeur changeante nécessite de s'adapter en permanence pour ne pas déclencher l'orage destructeur. Même si on découvre peu à peu l'importance des drames qui ont jalonné sa vie, on comprend la fuite de la fillette devenue adulte.

La dernière partie est sans doute nécessaire mais elle oscille entre la haine persistante et un apaisement sur suggère l'écriture, moins mordante, moins incisive.

Le poids d'une enfance qui oscille entre angoisse et émerveillement constitue le coeur de ce roman sombre et fort.

379 pages Fayard 17 Août 2022
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J'ai trouvé beaucoup de similitudes entre l'histoire de Lou et celle de Turtle de My absolute darling, deux petites filles « dressées » par leur père pour n'avoir peur de rien ni de personne. Pleines d'admiration et d'amour autant que de crainte pour un père abusif et manipulateur, des jeunes filles marquées à vie qui parviennent néanmoins à l'âge adulte à se sortir de cette emprise.

Pour moi, le constat est le même pour les deux livres, des clichés, des situations improbables, et ici l'impression générale que l'auteure n'a pas grand-chose à dire, même si elle le dit avec une certaine élégance. Mais si cette lecture m'a déçue, je pense que c'est surtout en raison d'une impression de déjà lu.
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Je découvre l'autrice, Blandine Rinkel, grâce à la présentation de son dernier roman à « La grande librairie » « Vers la violence » parle, comme son titre l'indique sans ambiguïté, de la violence exercée par un père abusif sur sa fille.
Même si ce roman prend racine dans la vie de l'auteure, elle tient à préciser qu'il n'est pas autobiographique.

Lou, petite fille unique, voue une admiration pour ce père énigmatique et drôle que son métier de flic oblige à s'absenter souvent. Elle l'admire et le craint à la fois car il règne avec autorité sur sa femme et sa fille. Capable de violences psychologiques, ce solitaire élève la fillette à la dure. Il l'isole des autres et distille le chaud et le froid, tantôt tendre et drôle, tantôt tourmenteur jaloux.
« de manière générale, Gérard n'aimait pas que je m'amuse avec d'autres enfants. »
Cet ancien militaire fasciné par les armes se rêvait en héros, il va inculquer à sa fille qu'il appelle moussaillon ce goût pour l'aventure et les situations extrêmes :
« L'éducation globale que Gérard m'inculqua tenait moins à savoir comment vivre en société qu'à apprendre comment survivre en forêt ou près des océans, sur une zone de guerre ».
Pourtant, ce carnassier au cuir épais, ce mythomane qui sait charmer, a eu une autre famille avant Annie et leur fille. Lou tourne autour de cette famille fantôme, découvrant peu à peu leur histoire violente.
En grandissant, Lou va approcher d'une vérité cachée, tout en essayant d'apprivoiser cette peur qui s'immisce dans leur famille.
« A partir de quelle année la peur s'est-elle définitivement installée dans notre maison ? »
Il y a une grande ambiguïté des sentiments entre le père et sa fille. C'est en devenant adulte que Lou arrivera à prendre conscience de cette violence rampante, sournoise de ce père qu'elle nomme Gérard dans son récit, mettant une distance comme si elle lui refusait ce rôle paternel.

La seconde partie du roman, celle où Lou, qui part à Londres pour y pratiquer la danse et s'émancipe de l'emprise de son père, m'a moins convaincue. La jeune femme qui cherche sans cesse la souffrance rencontre Raphael.
« Je vivais, je rencontrais. Je me croyais capable de tomber amoureuse. A Gérard, je ne pensais plus. »
Elle va enfin faire le chemin vers la résilience. Elle n'en a pourtant pas terminé avec ce père qu'elle reverra vieilli et malade. C'est la danse qui lui permettra aussi de dépasser cette emprise psychologique dévastatrice.
La danse, qui est aussi un exutoire pour Lou afin de se réparer dans la souffrance du corps et de surmonter l'influence de cette filiation morbide, est juste évoquée tout au long du récit. Il me semble qu'elle aurait mérité une plus grande place car son rôle, comme celui de Raphaël, est prépondérant dans l'évolution de la fillette devenue femme.

Ce roman à l'écriture précise, sans affèteries, nous livre une histoire puissante et sombre mais aussi porteuse d'espoir, celui d'une reconstruction.

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Un titre frontal, disruptif. Une couverture qui intrigue avec ces quatre dessins qui représentent le loup. D'ailleurs la page en exergue est aussi centrée sur les loups.

N'est-il pas étrange d'associer la naissance du protagoniste principal, Gérard, avec le loup qui entra dans la légende le 12 janvier 1954 ?
Mais ne dit-on pas : L'homme est un loup pour l'homme ? La narratrice, Lou, sa fille ne va cesser d'en faire le constat dès son plus jeune âge.
Celle-ci brosse le portrait du baby boomer qu'elle appelle Gérard, et non «  mon père », façon de prendre de la distance avec ce personnage très complexe, aux nombreux secrets à élucider. Un homme autoritaire, à la voix terrifiante parfois.
le lecteur sent très tôt l'emprise, la domination qu'il a sur sa fille. Admirative, amoureuse de son géniteur au point de vouloir se marier avec lui. L'amour est d'autant plus aveugle à cet âge. Pourquoi la laisse-t-il penser (à 5 ans) que cette union sera possible quand elle aura atteint l'âge légal ? Pourquoi lui fait-il une telle promesse ?! «  Seuls les adultes consentants peuvent s'épouser ».

Gérard, ex-militaire, flic de profession, possède des armes, ce qui impressionne sa fille Lou. Il est nimbé de mystère, passant des nuits dans son bureau ovale jaune. Pièce appelée ainsi car au centre trônait « une grande table en forme d'oeuf ». Lieu où son père travaillait, se ressourçait, mais où Lou ira fureter, transgressant l'interdit, ouvrant les tiroirs,ce qui ne pouvait que déclencher la furie de Gérard.
Pourquoi ce nom de code « Bruno » ? Aurait-il une double vie ?

Lou se remémore son enfance, son entrée en sixième, son amitié avec Jade, Victor, prenant conscience que Gérard préférait qu'elle ne fréquente pas ses camarades de classe ! Elle confie qu'« il voulait rester maître de son royaume, que son esprit lui appartienne ». Difficile de comprendre pourquoi il lui refuse de jouer avec les billes
découvertes au grenier pour lui donner la permission une semaine plus tard.
Il l'éduque à la dure, lui conseille d'apprendre à se battre pour être à la hauteur de son nom Meynier qui signifie « robuste guerrier », lui apprend à nager à deux ans. Dès ses 5 ans elle s'aguerrit, son père lui ayant inculqué la devise du mousse : «  Sois toujours vaillant et loyal » et « la sensation du couteau ». Adulte, elle définit Gérard comme « un monstre à deux têtes » qui « affabule, invente, ment », un moustachu «  psychopathe amusant », « un sorcier de l'univers » et « un ivrogne occasionnel ».
Elle souligne «  son sourire carnassier », son « rire bruyant », sa face obscure.Comment une enfant peut-elle se construire quand la menace est permanente ? Il lui faudra vaincre sa peur quand elle doit traverser un pont en pleine tempête !
Peu à peu le voile se lève sur le passé du patriarche au sujet du drame du naufrage , (ce qui explique qu'il vivait dans un huis clos de disparus) et de l'accident tragique impliquant Pluie, ce cheval qui les accompagnait lors de randonnées en forêt.

La figure maternelle, Annie Mercier, est une présence discrète, elle aussi subit les menaces de son époux. Quand celui-ci rentre alcoolisé, agressif, il sème la terreur. Il hurle, il beugle, il gueule contre les connards qui salope la mer, la plage. Quel contraste entre les mots affectueux que le père emploie à l'adresse de sa fille : «  moussaillon », « Loupiote », et la violence de ses gestes (Ne l'a-t-il projetée d'un coup de pied en bas d'un escalier ?) et certaines de ses paroles ( injures). L'épouse est traitée de connasse, de « vioque ». Pas de smartphone à l'époque, la mère consignait tout sur un post-it.

L'écriture de l'écrivaine est très visuelle, d'une précision inouïe , on croit voir les scènes se dérouler sous nos yeux. Par exemple quand elle revisite les moments de bonheur partagés avec le père, leur « lien de la mer » ( «  les souvenirs bleus »), le jeu de la barbichette, les tours de magie, leurs partages de mondes imaginaires ou quand elle évoque leurs marches, les paysages traversés, empruntant « des routes jouxtant le jaune des champs d'orge et de colza, le vert du maïs, des blés, le bleu des pavots…. », «  des départementales bucoliques ».
Ou tout simplement quand elle s'achète une gaufre liégoise, «  ornée de perles de sucre ».

Blandine Rinkel a le don de happer son lecteur par les accroches de certains chapitres, comme «  il y eut un épisode terrible ».
La maltraitance animale évoquée révulsera tous ceux qui luttent contre ce fléau.
La romancière reconnaît qu'adolescente, elle aussi s'est montrée « infecte »
envers Ardent, ce chien attachant que son « bourreau de père » a failli défenestré. Et elle fustige « l'injustice de sa cruauté », de sa méchanceté causée par mimétisme.
Elle sait attiser notre empathie pour ces bêtes sans défense, tel ce cheval qu'il a abandonné dans le fossé où il avait chuté. Au contraire Lou, devenue végétarienne, montre son attachement aux chevaux et rejette la consommation de viande chevaline. Nourriture que son père lui a imposée dans son enfance. Pour elle : « La magie des chevaux ne réside pas dans leur viande, mais dans leurs mouvements. Dans leur crinière et dans leurs muscles. Dans la manière qu'ils ont d'être libres quand ils courent ».

Au cours du récit, Lou s'interroge sur la misogynie de Gérard d'autant qu'il disait «  aimer les femmes, les vraies », les femmes guerrières , pourtant dans ses notes autobiographiques, on lit les déclarations suivantes : « les femmes sont des couteaux » ou «  se méfier des femmes ». Aurait-il été attiré par ces « femmes féroces, indifférentes, hermétiques à la séduction », ces femmes écrivaines en lutte comme Virginie Despentes, Constance Debré à qui Lou rend hommage ?

A la fin de la lecture de la première partie, le lecteur est comme abasourdi tant la violence s'est intensifiée. A 18 ans, la narratrice, quitte sa Vendée aimée pour rejoindre à Londres une compagnie de danse. « La danse, une technique de survie » pour Lou, un exutoire, qu'elle pratique d'une façon militaire, «  un sport exigeant une autodiscipline ». Elle développe une longue réflexion sur la danse : «  la danse comme stratégie animale pour esquiver les corps prédateurs ». Cette décision convoque une pensée de Colette : «  Il n'y a de réel que la danse, la lumière, la liberté, la musique ». Rappelons que l'écrivaine chanteuse pratique elle-même la danse au sein du collectif Catastrophe.
Liberté qui se traduit pour Lou sur le plan sexuel ( jeu du foulard) jusqu'à ce qu'elle tombe amoureuse de Raphaël, qui rallume sa féminité, alors qu'elle avait éduquée, en soldat, comme un petit monstre de virilité », quand elle était sous la coupe du paternel. Un père peuplé de blessures, « de cicatrices et de deuil ».
Un épisode déstabilisant la marque : «  la tache » au plafond de son logement londonien. Laissons le mystère.

Un mot interpelle dans la dernière partie, celui de « meute », qui renvoie à l'illustration de la couverture. La famille est considérée comme « une horde de cohortes », les voitures sont vues comme une meute. « Meute », le nom de la compagnie de danse qu'elle formera. Et le prénom Lou, qui résonne comme loup !
On quitte le jeune couple se préparant à un réveillon forestier avec les animaux. Ils se tiennent à l'affût, sachant ( comme Sylvain Tesson) qu'il leur faudra de la patience, cette «  vertu suprême » et rester silencieux pour espérer entrevoir une meute ou un loup solitaire. Et fantasmer de «  danser avec les loups » ! La boucle est bouclée.


L'originalité de ce roman réside dans sa composition hybride, mêlant le récit de Lou, les notes autobiographiques du père qui révèlent une autre facette de cet ogre » et au final la bouleversante lettre confession de Lou qui montre la complexité de leurs liens. Et combien il l'a vampirisée. Une lettre qui dévoile sa réponse quant à un éventuel don de rein pour ce père condamné.
Un récit émaillé de citations, d'expressions en italiques, dont certaines en anglais ( « delay », «  fake news », «  larger than life »…) et de comparaisons. ( «  la vague immense se ruait sur nous comme un cheval piqué par une abeille »).


Blandine Rinkel signe un roman puissant, dense, scandé par le mot « violence » dont a hérité la narratrice Lou », et hanté par les spectres des fantômes. Un récit impressionnant, parfois glaçant qui laisse une durable empreinte chez le lecteur.


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critiques presse (5)
LeFigaro
02 janvier 2023
Dans un livre haletant, la romancière s?interroge sur le poids des héritages familiaux.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaCroix
19 octobre 2022
Dans son quatrième livre se mêlent de nouveau douceur et mouvement, poésie et gravité, en un imaginaire chatoyant.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeMonde
08 septembre 2022
L’écrivaine impressionne avec « Vers la violence », récit de l’éducation à la dure de sa fille par un père « psychopathe amusant », et de ce qu’elle produit.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaTribuneDeGeneve
05 septembre 2022
Danseuse, musicienne, comédienne… et romancière, la Française dynamite le paysage intime avec «Vers la violence».
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
LesInrocks
23 août 2022
Avec “Vers la violence”, Blandine Rinkel dit l’héritage complexe qu’un père abusif transmet à sa fille. Un nouveau roman complexe qui installe l’écrivaine de 31 ans à une place qui compte. .
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (133) Voir plus Ajouter une citation
Lou grandit dans une ville côtière des Deux Sèvres, seule enfant de la deuxième union de son père. Une enfance solitaire, mais surtout marquée par l’ombre menaçante de son père Gérard, flic, ancien militaire, brisé par le décès accidentel de ses deux premiers enfants. A l’image de l’animal dont elle porte le nom, elle a pour ce pour ce père autant d’admiration que de crainte. Aimé, admiré, vénéré pour son exubérance, son aura, ses histoires incroyables. Craint, détesté, redouté pour ses accès de colère retentissants, ses mots assassins, sa violence sourde. Une violence latente et destructrice, plus psychologique que physique, insidieuse, et insoutenable car imprévisible. Une violence qu’il concentre sur elle, et sur ceux pouvant la dévier de l’attention exclusive qu’il requiert tant il a la volonté absolue dit-elle « de rester maître de mon royaume ». A l’adolescence elle fuira ce foyer toxique et se consacrera à la danse, « un sport exigeant,[…] un sport délicieux […]un sport à la violence intime et discrète ». La violence, encore et toujours. Mais comment guérir de la violence subie, comment vivre normalement après une enfance meurtrie, comment ne pas reproduire et exorciser ?
Après « sa préférée », la rentrée littéraire nous offre un autre roman sur les séquelles de l’enfance et les violences familiales. C’est encore une fille qui parle mais la comparaison s’arrête là. Là où il n’y avait qu’abjection, rejet et détestation pour le père chez Sarah Jollien Fardel, on se situe ici dans une zone plus trouble. Entre amour et haine, entre crainte et admiration, entre attirance et rejet elle est bien perdue la petite Lou. Et que dire du père, un homme au destin brisé, aimant et généreux autant que pervers et ténébreux. Un mythomane prêt à exploser à la moindre secousse à l’image de ces grenades qu’il conserve dans sa table de nuit. Avec ce roman à l’écriture grave et acérée, on est immergé dans cette complexité, cette ambigüité et il nous interroge sur la transmission de cette violence qui s’immisce malgré Lou dans ses trajectoires, ses pensées et ses actes les plus intimes. Il est intéressant aussi de voir comment elle parvient à la transcender, à la sublimer et à en sortir du positif. Passionnant enfin de voir comment elle arrive à vivre avec le poids de cet héritage familial et comment il devient le socle d’un féminisme revendiqué.
Un livre fort, un livre choc, tout en tension pour une lecture intense servie par une écriture intense et percutante. A découvrir !
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Une image me tenait captive, obstruait mon imagination.
Gérard, hurlant, son bras tendu, son poing serré, prêt à m’arranger le nez,
ou prétendant du moins être en mesure de le faire, et moi, en face, incapable
bien sûr de répondre à la violence par la violence, redoublant d’efforts pour
imaginer des stratégies alternatives, repensant au jeu de la barbichette
quand nous étions enfants, que dis-je, quand j’étais enfant, lui n’ayant
jamais cessé de l’être – étais-je alors en mesure, pour faire ciller mon père,
de l’attendrir, de l’amuser, de faire diversion ? Face à Gérard et à
l’inquiétude magnétique qu’il représentait pour moi, je déployais à 10 ans
une énergie monstrueuse pour que l’intelligence l’emporte sur la force. Face
à mon père, crier ou menacer n’était d’aucune utilité : il fallait fabriquer
d’autres armes.
Les armes de la fiction, de la fantaisie, de l’humour — et pour que le
corps fasse quelque chose de cette énergie à résister aux menaces, à résister
aussi à l’envie de tout casser, de rendre œil pour œil dent pour dent, l’arme
de la danse. La danse comme stratégie animale pour esquiver les corps
prédateurs.
M’endormant alors, mes yeux retournés sous leurs paupières, je songeais
qu’on ne répondait pas à la violence par la violence, ou plutôt qu’on ne
répondait pas à la violence par la même violence, mais par une autre, oui,
sans doute ; une violence masquée, plus sourde peut-être, non pas moins
sournoise, mais pas moins active – non pas moins radicale. Oui, comme
Virginia Woolf parlait de sa chambre, il fallait, quand on était confronté à
plus puissant, à plus cruel, à plus bestial que soi-même, il fallait se trouver
une violence à soi.
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Comment avais-je pu oublier ce ton? Ce ton plein d'une rage ancestrale, contenue depuis des générations, ce ton que mon père avait dû hériter de ses propres parents, qui leur venait aussi de leurs parents : comment avais-je pu négliger ce legs du ressentiment, cette malédiction familiale à laquelle personne ne sait comment mettre fin ? Comment avais-je pu omettre la violence en héritage, cette boule de cendre que les morts lèguent aux vivants depuis le début de la lignée des Meynier.
Cette haine envers les patrons, les jeunes et les impuissants, cette haine de soi changée en acrimonie générale, comment avais-je pu oublier cette grisaille et ne garder en tête que son revers, la provocation, l'humour, la vitalité?
Comment avais-je pu, à ce point, refouler?
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Les quelques parents endeuillés que j'ai connu ou écouté parler, le disent tous. C'est le silence de leurs proches qui, après le décès de leurs enfants, les a le plus marqués. Personne n’osait poser des questions sur cette mort, rebondir, rétorquer.
Commenter  J’apprécie          200
- Putain, les cons, les cons.
Comment avais-je pu oublier ce ton ? Ce ton plein d'une rage ancestrale, contenue depuis des générations, ce ton que mon père avait dû hériter de ses propres parents, qui leur venait aussi de leurs parents : comment avais-je pu négliger ce legs du ressentiment, cette malédiction familiale à laquelle personne ne sait comment mettre fin ? Comment avais-je pu omettre la violence en héritage, cette boule de cendre que les morts lèguent aux vivants (...) - cette haine envers les patrons, les jeunes et les impuissants, cette haine de soi changée en acrimonie générale -, comment avais-je pu oublier cette grisaille et ne garder en tête que son revers, la provocation, l'humour, la vitalité ?
(p. 208)
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Vidéo de Blandine Rinkel
À l'heure où tout s'accélère, où les canaux de diffusion de l'information se multiplient, et où beaucoup de citoyens, notamment les jeunes, boudent les médias traditionnels, la presse doit-elle réinventer sa manière de raconter le monde ? C'est la question que nous avons posée à notre invité : le journaliste et écrivain Éric Fottorino. Il a notamment travaillé 25 ans au quotidien le Monde, qu'il a dirigé de 2007 à 2011. Il a ensuite cofondé l'hebdomadaire le 1, avant de créer les trimestriels America, Zadig et Légende.
Bibliographie : - le 1, numéro de septembre 2022 (éd. Philippe Rey) https://www.librairiedialogues.fr/livre/20391342-ukraine-premiere-guerre-mondialisee-michel-goya-edgar-morin-daniel-cohen-nicole--philippe-rey
- Rochelle, d'Éric Fottorino (éd. Folio) https://www.librairiedialogues.fr/livre/14405-rochelle-eric-fottorino-folio
- Caresse de rouge, d'Éric Fottorino (éd. Folio) https://www.librairiedialogues.fr/livre/127819-caresse-de-rouge-eric-fottorino-folio
- Korsakov, d'Éric Fottorino (éd. Folio) https://www.librairiedialogues.fr/livre/31063-korsakov-eric-fottorino-folio
- Baisers de cinéma, d'Éric Fottorino (éd. Folio) https://www.librairiedialogues.fr/livre/599670-baisers-de-cinema-eric-fottorino-folio
- L'homme qui m'aimait tout bas, d'Éric Fottorino (éd. Folio) https://www.librairiedialogues.fr/livre/1251036-l-homme-qui-m-aimait-tout-bas-eric-fottorino-folio
- Mohican, d'Éric Fottorino (éd. Gallimard) https://www.librairiedialogues.fr/livre/18955673-mohican-roman-eric-fottorino-gallimard
- Vers la violence, de Blandine Rinkel (éd. Fayard) https://www.librairiedialogues.fr/livre/21199677-vers-la-violence-blandine-rinkel-fayard
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