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EAN : 9782843465826
191 pages
Éditeur : Coop Breizh (28/11/2013)

Note moyenne : 5/5 (sur 2 notes)
Résumé :
Un dolmen décoré de paires de seins, une Vénus nue au bain, une sainte Vierge offrant sa généreuse poitrine à l'enfant Jésus, une femme exhibant une croupe généreuse dans le chœur d'une chapelle... Un menhir phallique, un sexe en érection sur une stèle gauloise, un diable coquin dans une église, un acrobate exhibitionniste...
Bernard Rio revisite les dolmens et les chapelles pour dévoiler une Bretagne érotique et amoureuse.
Il donne à voir une multitu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Erik35
  04 septembre 2017
UN AN-DRO, UN KAMASOUTRA !
CUL-BÉNIT : Grenouille de bénitier, bigorne, bigot, bondieusard, cafard, cagot, calotin, dévot, rat d'église, tala, tartufe : les mots ne manquent pas, dans notre langue, pour désigner un individu se livrant à une dévotion étroite, superstitieuse et sans doute un peu hypocrite. Quant au cul bénit, il procède quasiment de l'oxymore puisqu'il associe la partie supposée la mieux cachée de la chair à l'esprit bien pensant.
Sans doute certains clichés faisant des bretons - au moins ceux de l'ancien temps - de ces admirateurs sans borne de tout ce qui peut émaner de l'église catholique, des pudibonds, des introvertis facilement impressionnables dès lors qu'il s'agit de diableries et autres manifestations malfaisantes, de grands superstitieux, en un mot, ces clichés-là ont-ils encore la vie dure. Et ne sont sans doute pas totalement erronés, pour une part de la population bretonne, mais sans doute pas tellement plus vrais que pour une immense part de cette ancienne France rurale si prompte à voir des manifestations divines ou sataniques dans le moindre fait tant merveilleux qu'inexplicable et inexpliqué.
C'est donc pour tordre le cou à ces poncifs éculés que Bernard Rio, grand connaisseur de notre patrimoine, qu'il soit religieux ou populaire, s'est penché, avec intelligence et délice sur ce que l'art religieux - supposé froid, fade et puritain - de nos antiques bretons pouvait avoir de plus coquin, décalé, païen, outrancier, profondément profane et même plus souvent qu'à son tour, obscène.
Ainsi le marcheur attentif découvrira-t-il une fontaine propice à l'amour et à la fécondité dont les démonstration se déroulaient pourtant en plein pardon, à Plouégat-Moysan. L'observateur point trop pressé pourra-t-il remarquer un oiseau sodomite enfonçant son bec dans le fondement d'un (probable) personnage de fou, cet ensemble d'un goût très particulier étant parfaitement visible au sommet d'un des piliers de la cathédrale St Corentin de Quimper. Tel autre arpenteur curieux remarquera, non sans sourire, tel homme pieux s'interrogeant d'une main, se tenant fermement un phallus en érection de l'autre, cet intrigant personnage pouvant s'admirer sur la façade de l'église Notre-Dame et St Tugen de Brasparts. Est-il besoin de mentionner toutes ces sirènes reposant jusqu'au pieds de la Vierge, quand ce ne sont pas d'antiques Vénus - celle de Quiniply étant la plus célèbre - auxquelles ces bretons supposés si cagots rendirent un culte longtemps, bien longtemps après que ceux des romains ou des gaulois aient disparus, et que le christianisme se fut imposé universellement ? Quand ce ne sont pas des rondes enfiévrées de diablotins dénudés comme en l'église St Édern de Lannédern.
L'historien ne voit pas, dans toutes ces scènes fébriles, grivoises et même graveleuses, d'un érotisme païen ou parfois même franchement sadiques avant l'heure, «le péché qu'il ne faudrait pas commettre mais des scènes pour montrer la vie telle qu'elle est, avec les rites de fertilité et de fécondité pratiqués en Bretagne». Et l'auteur de ce livre, bien plus instructif et pénétrant (sic!) qu'il peut paraître de prime abord, même s'il n'oublie pas d'être plaisant et même parfois drôle par ce qu'il évoque, de rappeler que «ce n'est pas une particularité bretonne car ces scènes sont présentes dans toute l'Europe du Sud y compris en Espagne et en Irlande pays très catholiques. Ce qui fait la spécificité bretonne c'est la multiplication de ces scènes avec l'idée que la nature est sacrée et que l'homme va adorer le côté sacré de cette nature féconde et fertile.»
Il faudra attendre ce terrible XIXème pour connaître, dans le prolongement involontaire de la Révolution Française, un tournant d'un puritanisme effroyable, durant lequel le clergé aura tout loisir pour pratiquer un tour de vis répressif inconnu jusque-là (malgré certaines périodes antérieures guère portées sur la chose), rendant toute exhalation des corps, tout érotisme absolument honteux et même franchement scandaleux.
Notre époque n'en est plus à de telles extrémités, malgré quelques signes fâcheux ici ou là de retour à un certain moralisme à l'égard des choses du corps, et c'est donc tout à loisir que Bernard Rio nous donne à découvrir ce pan méconnu de notre histoire, histoire religieuse, histoire populaire, histoire des êtres et de leurs rapports directs à la vie, aux sens, à une certaine joie de vivre, même en des époques supposées, de notre point de vue contemporain, misérables. Un régal, tant pour l'esprit que pour le regard tant l'iconographie de ce beau livre au prix pourtant abordable est complète et agréable. Une très belle réussite des éditions Coop Breizh !
PS : Pour qui voudrait se convaincre définitivement que les bretons ne furent pas les bégueules que d'aucuns se plaisent à imaginer, je ne saurais trop conseiller la lecture, en parallèle, de l'ouvrage suivant, publié par les excellentes éditions "Terre de Brume" : Le petit monde licencieux des bretons. Vous m'en direz des nouvelles !!!

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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
Erik35Erik35   04 septembre 2017
Les vertus amoureuses de la fontaine excitent l'imagination des poètes, mais horrifient les missionnaires puritains qui se voilent la face et ne veulent pas y boire. La fontaine est le miroir de la fée, y regarder reviendrait à se perdre. La fontaine au milieu des bois est l'inverse du «bassin» à l'intérieur de l'église, ces fonds baptismaux où l'innocent est plongé et ces bénitiers où le chrétien se garde des démons en se mouillant le bout des doigts.
La symbolique de l'eau est réduite à sa plus simple expression, détournée par le christianisme qui condamne l’Ève tentatrice et l'eau vive. La fée à la fontaine se métamorphose en sorcière, l'amour en luxure, l'image devient mirage. Après le siècle d'or que fut le XIIème siècle dans le domaine de la pensée et de l'art en Occident, le renversement des valeurs est perceptible dès le XIIème siècle avec notamment Jean de Meung, le continuateur du Roman de la Rose (1270) qui prend le contre-pied du licencieux Guillaume de Lorris (1235). La «matière de Bretagne» s'imprègne d'images empruntées au christianisme. Dans le roman de l'estoire dou Graal, Robert de Boron introduit le personnage de saint Blaise, qui convertit Merlin.
La fontaine va peu à peu quitter l'espace sauvage pour s'intégrer dans l'espace clos des jardins, elle cesse d'être le lieu de rencontre entre les mondes, tout au moins dans la littérature officielle car le peuple n'a jamais cessé ses dévotions. A l'incompréhension et à l'ignorance des prêtres succède la fascination des folkloristes, qui redécouvrent au XIXème siècle des rites étranges. La fontaine redevient mystérieuse.
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