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ISBN : 2021240126
Éditeur : Seuil (12/05/2016)

Note moyenne : 4/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Le destin de la Yougoslavie aurait-il changé, et son unité aurait-elle été préservée, si Faruk Hadzibegic avait marqué son pénalty décisif, en quarts de finale de la Coupe du monde de football contre l'Argentine de Maradona, le 30 juin 1990, à Florence ? C'est ce que le capitaine de son équipe, natif de Sarajevo, aurait tendance à penser, lui qui porte sur ses épaules l'inconsolable remords d'avoir vu son tir retenu par le gardien. Et c'est ce que tout le monde lui ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
deuxquatredeux
  03 août 2016
Après la Coupe du monde de football 1990, Gary Lineker avait donné la définition suivante du football : "Le football est un jeu où 22 personnes courent, jouent avec un ballon et où un arbitre fait une quantité d'erreurs, et à la fin l'Allemagne gagne toujours ». À cette définition, il faudrait ajouter « et dont les écrivains Italiens parlent très bien ». Entre autres Alesandro Barricco dans Les barbares. Essai sur la mutation ou Une certaine vision du monde. Cinquante livres que j'ai lus et aimés, Erri de Luca et Roberto Saviano respectivement sur Giovanni Rivera et Roberto Baggio dans le cadre de l'exposition « Football de légende, une histoire européenne », et Gigi Riva dans Le dernier pénalty. Histoire de football et de guerre.
Le dernier pénalty dont il est question ici est le pénalty que Faruk Hadzibegic, Bosniaque de Sarajevo, a raté lors de la Coupe du monde de football 1990 - la même coupe du monde à l'issue de laquelle Lineker fait sa déclaration - en quart de finale face à l'équipe d'Argentine. Des pénaltys ratés fameux dans l'histoire de football et de la Coupe du monde de football, ce n'est pas ce qui manque comme Gigi Riva le rappelle : il y a eut ceux de Platini et Zico en 1986, de Baggio en 1994, de Trezeguet en 2006, … Mais celui d'Hadzibegic est particulier : au moment de la Coupe du monde de 1990, ce pénalty est juste un pénalty raté, mais, après coup, il va devenir le dernier pénalty de la Yougoslavie. En effet, quelques mois plus tard, les guerres de Yougoslavie vont éclater et la Yougoslavie lentement mais sûrement se désagréger avec l'issue que l'on connaît.
Et si Faruk Hadzibegic n'avait pas raté ce pénalty ? Comme il le signale, « huit fois sur dix, quand (il) rencontre un Yougoslave », Hadzibegic essuie une remarque du type « Si vous n'aviez pas manqué ce pénalty… » ou « Mon père me répète toujours qu'à cause de votre pénalty… » Après la Coupe du monde, le sélectionneur de l'époque, Ivica Osim, dira : « Je me demande ce qui serait arrivé si nous avions battu l'Argentine. Peut-être suis-je trop optimiste, mais dans mes rêves secrets je me demande ce qui serait arrivé si nous avions joué la demi-finale ou la finale. je veux dire : ce qui serait arrivé dans le pays. Peut-être que nous n'aurions pa eu la guerre, si nous avions gagné la Coupe du monde. Peut-être pas, mais je ne peux pas m'empêcher de l'imaginer. Et donc, quand je suis allongé dans mon lit et que je ne dors pas, je me dis que les choses auraient pu s'arranger, si nous avions gagné la Coupe du monde. »
Gigi Riva ne se lance pas dans une enquête de type « What if? ». Même en cas de victoire, il y aurait bien peu de chance que le résultat d'un match de football puisse « (inverser) le cours d'une histoire de guerre déjà écrite » - pas plus que, quelques mois plus tard, la victoire de l'équipe de Yougoslavie de basket-ball à la Coupe du monde 1990 n'aura d'impact sur le sort de la Yougoslavie. Pour autant, Gigi Riva, fin connaisseur des guerres des Balkans pour les avoir couvert en tant que grand reporter, ne laisse aucun doute sur l'issue de l'éclatement de la guerre. Ce que raconte Gigi Riva aux lecteurs, ce sont les liens entre le football et la guerre - le sous-titre du livre est ainsi Histoire de football et de guerre. Déjà, le football emprunte au champ lexical de la guerre - on tire des « missiles", on fait le "siège du camp adverse » au football et à la guerre, et un attaquant au football est parfois qualifié de « canonnier »*. Ensuite, « Dans les Balkans, dire que le sport est comme la guerre pas une métaphore. La guerre est la continuation du sport par d'autres moyens ».
Gigi Riva montre comment l'équipe de football de Yougoslavie va être traversée par les conflits entre les Slovènes, les Serbes, les Croates, les Monténégrins et les Macédoniens de l'équipe, poussant le sélectionneur à composer son équipe selon l'origine des joueurs plutot que leurs talents et qualités sportives, comment ceux-ci ne s'entendront pas entre eux pour des raisons « ethniques » ou refuseront de jouer en fonction des tensions entre les différentes républiques de la Yougoslavie, comment le match du 13 mai 1990 entre le Dianmo Zagreb et l'Etoile Rouge de Belgrade a dégénéré entre les supporters/miliciens des deux équipes, les Bad Blue Boys et les Delije (les Braves) du tristement célèbre Arkan,… Gigi Riva raconte aussi la vie de Faruk Hadzibegic : sa vie de footballeur en exil - il fera partie des premiers joueurs à être autorisés à aller jouer à l'étranger (en France et en Espagne) - qui modifie sa perception de la guerre en devenir par rapport à sa famille restée en Yougoslavie et des joueurs de l'équipe nationale restés au pays, son rapport différent à l'éclatement de la Yougoslavie par rapport aux joueurs plus jeunes de la sélection, sa décision de dissoudre l'équipe nationale après sa qualification pour l'Euro 1992.
Le dernier pénalty.Histoire de football et de guerre est une formidable histoire de football et de guerre par un bon connaisseur des deux domaines - parfait homonyme d'un grand buteur italien des années 1960 et 1970, Gigi Riva a été lui-même un footballeur correct et il a couvert la guerre des Balkans dans les années 1990**. Certes, le dernier pénalty parle de football mais ne s'adresse pas aux seuls amateurs de football : c'est aussi et surtout un grand livre sur l'histoire de l'ex-Yougoslavie et de l'Europe, de l'éclosion des récentes guerres de Yougoslavie, les dernières guerres européennes, et des liens entre le football et la guerre.
* Le surnom de l'équipe anglaise d'Arsenal est d'ailleurs les Gunners et un canon figure sur le blason de l'équipe.
** Il a écrit un J'accuse l'ONU avec Zlatko Dizdarevic.
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critiques presse (1)
LeFigaro   03 juin 2016
Le livre de Gigi Riva retrace de manière aussi magistrale que limpide l'histoire de la Yougoslavie à travers le ballon rond.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   26 juin 2016
Michel Platini et Zico, lors d'un passionnant France-Brésil du Mondial 1986, ont manqué un pénalty. Roberto Biaggo a balancé les espoirs de l'Italie par-dessus la barre transversale dans la finale américaine de 1994. David Trezeguet, après le coup de tête de Zidane à Materazzi, a trahi la France à Berlin en 2006. Diego Armando Maradona a failli des onze mètres dans le même matche que Faruk. Leo et Messi et Cristiano Ronaldo ont provoqué, contre Chelsea et le Bayern Munich, l'élimination de la finale de la Coupe des clubs champions de Barcelone et du Real Madrid. Leurs erreurs restent confinées dans le cercle, il est vrai assez large, des supporters, elles donnent lieu à des récriminations de bar, à la rancœur d'avoir raté une fête. Celle d'Hadzibegic est devenue la malédiction des Balkans, le symbole d'une chute annoncée. Dans les Balkans, dire que le sport est comme la guerre n'est pas une métaphore. La guerre est la continuation du sport par d'autres moyens.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   26 juin 2016
Il est resté amoureux de son sport, même si on ne peut pas dire que le foot soit un sport innocent. Il ne l'est pas dans son contexte, ni au-dessus ni en dessous, il ne l'est pas même dans sa pratique, sur le gazon des stades : le terrain est bien trop parasité. Par le business bien sûr. Par la corruption. Par la politique souvent, comme avant et après Florence. Surtout "pendant" Florence. Innocent, le football l'est quand il s'obstine à rester lui-même dans le regard d'un enfant sur le ballon qui roule, dans le plaisir profond d'une course réussie, d'un coup de tête, d'une frappe croisée, d'une parade dans la lucarne. La parade dans la lucarne... Gravée dans sa rétine, revenant dans ses cauchemars, Faruk l'a revue des milliers de fois en vingt-cinq ans. Quand il la chasse, ce sont les autres qui la lui rappellent. Comme aujourd’hui où il a pris un vol pour Belgrade et a programmé une grande tournée avant d’atterrir dansa sa ville de Sarajevo.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   26 juin 2016
Il y a toujours dans notre existence un épisode qui nous poursuit malgré nous. S'il s'agit d'une fatalité nous pouvons l'accepter avec résignation, avec cette bienveillance envers nous-mêmes qui nous exempte de toute responsabilité. Si nous l'avons provoqué, le remords est une sorte de torture qui nous ramène continuellement, par le souvenir, à l’instant précis où tout a basculé, quand il était encore possible de dévier le cours des événements. S'il fut le fruit d'une erreur involontaire de notre part, l'affaire se complique car alors nous nous retrouvons dans cet entre-deux où l'on n'a rien à expier, mais où l'on doit accepter de se confronter à ses limites.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   26 juin 2016
Il a pris l'habitude, Faruk, "huit fois sur dix, quand je rencontre un Yougoslave, ça se passe comme ça". Le pénalty n'appartient plus au seul espace du foot, il est devenue un mythe, passage crucial, légende. Plus le temps s'écoule, plus la bienveillance prévaut sur le reproche. Le héros qui tombe reste un héros. Hector n'est pas moins valeureux qu'Achille, sa fragilité le rend même plus sympathique. Il ne pouvait en être autrement sur une terre où l'on aime à célébrer les défaites glorieuses : c'est la consolation des perdants.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   02 juillet 2016
Stojkovic et Prosinecki, qui parlent la même langue aussi avec leurs pieds, font une série de une-deux sur quarante mètres en variant les angles d'attaque et à la dernière passe le second frappe à côté, de peu.
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