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ISBN : 2370550406
Éditeur : Le Tripode (12/02/2015)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 8 notes)
Résumé :
Après d’âpres combats, les frères Cyclopus ont fait triompher la révolution dans leur pays. Mais ils sont sous la menace de l’État voisin, qui rêve de faire main basse sur les ressources du territoire ravagé. Le général dom Franquin, accompagné de sa femme, de sa fille Chou-Baby, de sa maîtresse Filasse, du colonel Saint-Eustache et d’une bande d’hommes de main aux ordres du tueur N’a-qu’un-OEil, est envoyé sur place afin d’engager l’entourloupe. L’affaire semble ré... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
loudarsan
  17 février 2015
La semaine dernière, j'ai eu la chance de pouvoir dévorer en avant-première les formidables Aventures du général Francoquin au pays des Cyclopus de Yak Rivais aux éditions du Tripode, sorti jeudi 12 février en librairie. Je me suis immergée enchantée dans cette épopée cocasse et intelligente, occultée lors de sa première parution il y a 50 ans par le succès des oeuvres pour la jeunesse de Yak Rivais, que j'avais découvertes enfant. La magie opère toujours, et dès les premières pages, je me suis souvenue avec délice de ma découverte du mémorable Les Sorcières sont N.R.V. dont l'humour et les jeux de mots ont certainement contribué, entre autres lectures, à me faire considérer le français et l'écriture comme un jeu et un plaisir.
A peine embarqué, on s'accroche, on rit, on s'esclaffe ! Dès les trente premières pages, les Aventures du général Francoquin décoiffent. le lecteur époustouflé y apprend pour commencer que le pays voisin est tombé au main des révolutionnaires et qu'un certain général Franquin y est envoyé en mission par un Empereur qui veut faire main basse sur les ressources du dit pays. le même lecteur découvre la maîtresse du général et l'amant de sa femme, puis la préceptrice se fait trousser le jupon par un mercenaire borgne, le jésuite est envoyé dans la porcherie, le carrosse et son convoi sont accostés par des tueurs à gages eux-mêmes poursuivis, et les indiens font leur apparition. Ouf ! Encore 560 pages ! Quel tournis, que de souffle, quelles aventures !
Yak Rivais nous entraîne avec drôlerie et vivacité dans une succession de péripéties et de retournements de situation qui rappellent à la fois le théâtre, les romans picaresques et la bande dessinée, sur fond de western et de révolution anarchiste. Cela s'encanaille bougrement au pays des Cyclopus, ça jambe en l'air et ça ribaude autant que ça diatribe et ça palabre ! Une ribambelle de truands y défile aussi vite que les pages se tournent et que les intrigues rebondissent : tueurs à gages égrillards et philosophes, généraux grivois et bourgeoises collet monté, ecclésiastiques tartuffiés et banquiers véreux, révolutionnaires romantiques, prostituées à la langue bien pendue, comédiens ambulants, indiens, poètes... « C'est plein d'invention, approuve Mistress, ingénieux, charmant, drôle, rapide comme un conte, comme une bande dessinée, oui, et l'on n'a pas le temps de s'ennuyer car le récit anecdotique rebondit, fourmille et se renouvelle constamment. Permettez-moi de vous féliciter. » Lecteurs, à vos dictionnaires ! Ici les bordées d'insultes relèguent Haddock au rang des amateurs, et le moindre trublion féru de duel au pistolet et de jolies filles mêle allègrement l'oralité la plus truculente et le champ lexical le plus soutenu. Voici un livre dans lequel on rencontre épithalames, lamellibranches, psychagogues et géotrupes, galipettes verbales et figures de styles...
« − Pourquoi veux-tu le tromper ?
− Ma revanche, dit Filasse. (Puis, minaudant:) Tu ne me déplais pas...
− C'est une litote ? s'enquiert pédantesquement Double-Mouche.
− C'est un salaud, répond Filasse. »
Les dialogues sont piquants, et les les réparties fusent. Yak Rivais réveille la langue française, la secoue, savoure le plaisir des mots, exploite toutes les possibilités de l'oral qu'il retranscrit savamment dans un langage explosif, coloré, joyeux, réinventé, savoureux, à la syntaxe libérée, au français émancipé et vivant à tel point qu'il deviendrait presque le personnage principal du récit. Quelles réjouissances ! le roman est aussi champ d'expérience, dans lequel se glissent entre deux escarmouches, un « divertissement didaquatique » nommé « sourcellerie » – sorte de bande dessinée orale –, des exercices lipogrammatiques, ou encore une « expérience typographique » et une histoire vivante en calligramme... Yak Rivais se libère totalement des conventions, et l'on sent l'influence de Queneau (présent dans l'épigraphe, et qui a publié le premier ce livre chez Gallimard en 1967), de l'OuLiPo bien sûr et aussi du théâtre de l'absurde de la Comédie du langage de Jean Tardieu.
Cette liberté de langage libère la pensée, Francoquin au pays des Cyclopus est autant roman politique que roman d'aventures ou roman d'amour. Véritable satire, il nous renvoie avec humour à notre troïka, incarnée par les affreux Messieurs : l'Empereur, le Baron K et Gueule-de-Rat, qui empilent les couvre-chefs de politiciens et propriétaires de mines ou chemins de fer. Face à eux, un triumvirat révolutionnaire, composé des redoutables mais néanmoins délicieux Cyclopus Hyn, Catt-bis et Fédor Yahspoutine, dirige l'Armée Populaire de Libération. Lesquelles, des batifolages libertins ou des réflexions anarchistes et intellectuelles sont prétextes aux autres ? Entre deux ébats s'immiscent des réflexions intelligentes qui ne se prennent pas au sérieux. La littérature, la gratuité de l'humour, l'utilité des loi, et surtout la liberté primordiale et omniprésente sont questionnées à tour de rôle par les hommes main de Francoquin ou par l'innocente Chou-baby. Yak Rivais étrille chacun et à tout va, sans oublier les écrivains, les libraires et les éditeurs châtrés qui ne publient que ce qui leur ressemble. « J'ai le nez sensible, rétorque acidement Ralph. Votre société c'est de la m... Vos curés, vos flics, vos avocats, vos militaires, vos banquiers, vos pédagogues, vos journalistes, vos moralistes, vos politiciens, vos femmes enceintes, vos rationalistes, vos bonnes soeurs, vos écrivains glossotomiés, vos commis voyageurs, et tous vos incarnés de l'ânerie béate, et la cabale dévote, je les fourre dans un grand sac et je vous déclare : c'est de la m... ! ».
Cet anarchisme joyeux et déluré fait vraiment du bien, et tant d'éclats de rire dans un seul livre régalent au plus haut point. Il ne faut pas hésiter à se procurer sans tarder ce roman formidable ! En plus il est beau ! Et la galerie de portraits des personnages dessinés par Yak Rivais se cache à l'intérieur ! Sa tranche jaune égayera vos étagères, et l'éclatante typographie manuelle rouge vif vous accrochera le regard jusqu'à ce que vous ayez épuisé ses 600 pages. Cette superbe maquette est réalisée par la toute jeune Juliette Maroni qui a 24 ans, et je dois avouer que je suis épatée. Impressionnée, je le suis aussi par le travail éditorial du Tripode, qui n'a de cesse de nous fait découvrir ou redécouvrir des auteurs talentueux, comme Edgar Hilsenrath, Goliarda Sapienza, Jacques Abeille et ses magnifiques Jardin Statuaires illustrés par Schuiten ou encore Juan José Saer dont vous pouvez lire ici une chronique détaillée du roman Glose. C'est au Tripode aussi que nous devons la découverte de L'homme qui savait la langue des serpents d'Andrus Kivirähk (Prix de l'Imaginaire 2014 du roman étranger), un conte merveilleux. le Tripode, inspiré par Francis Ponge, à l'ambition de « concevoir des bombes à retardement, et non des mitraillettes », et c'est réussi.
Lien : https://lesfeuillesvolantes...
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zazy
  10 juillet 2015
Comment parler d'un tel livre sans l'amoindrir, sans l'affadir ?
J'ai eu entre mes mains une épopée burlesque, cocasse, ubuesque. Chaque page sa découverte langagière, chaque page son éclat de rire… Ce roman est un roman d'amour-aventures-politique. Oui chers amis, c'est comme à la Samaritaine (Paix à son âme !) on y trouve de tout et du bon, du superbe.
La trame est simple : le Général Franquin est mandé par son père, sous les ordres de l'empereur d'aller au pays des Cyclopus mettre un peu d'ordre, enfin, leur ordre bien entendu, et faire cesser les petites guéguerres-révolutionnantes et, aussi, faire main-basse sur les ressources. Il part donc avec femme et maîtresse (Filasse de son surnom), accompagné d'hommes de main et, bien sûr, de félons. Tout devrait se dérouler selon les bons plans des « décideurs » ? Oui, mais voilà… les ennemis, les frères Cyclopus Cyclopus Hyn, Catt-bis et Fédor Yahspoutine, Cyclopus Hyn, Catt-bis et Fédor Yahspoutine et l'Armée Populaire de Libération ne sont peut-être pas les ennemis sanguinaires que les autres pensent.
De ce postulat tout simple, Yak Rivais réussit le tour de force d'avoir au minimum une trouvaille, une pépite à chaque page. Tous les personnages, toutes les situations sont prétextes à des réflexions quelques fois philosophiquement sérieuses mais qui ne se prennent, surtout pas, au sérieux.
Ça fornique à tout va, maîtresses, amants, même le jésuite est de la partie (c'est le cas de l'écrire !). Mais non ce n'est pas un livre licencieux. Yak Rivais fait crépiter les mots, les émancipent, joue avec et nous offre un feu d'artifice extraordinaire où les réparties fusent sans parcimonie, mais avec originalité et talent. Vocabulaire revisité, emploi hilarant du subjonctif et du passé simple, jeux de mots, approximation rigolote. Vous savez comme le marde d'Ubu.
Bref, un livre à lire. Satire avant tout, Yak Rivais se moque, avec beaucoup de plaisir, de l'armée, de l'église, des gouvernants et ce, sans aucune vergogne. Un livre salutaire.

Lien : http://zazymut.over-blog.com..
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esamy
  08 avril 2015
Vaudeville, théâtre, satire, mélodrame, ce livre est un peu l'alpha et l'oméga de la littérature française ! OK, je m'emballe. Mais le regret d'être déjà arrivé au bout des 600 pages est énorme.
Les coups de pieds dans la politique sont nombreux, et les parallèles entre la politique intérieure et internationale d'aujourd'hui avec les aventures du général Francoquin n'ont visiblement pas pris une ride en 50 ans.
Les scènes sont souvent crues et les dialogues outranciers, mais ça en devient un vrai style littéraire. Agrémenté scènes de western-spaghetti, ce livre prend même des allures de BD, à laquelle la belle édition brochée rend justice, avec les dessins de l'auteur dans la couverture.
Je ne connaissais Yak Rivais que pour ses histoires pour enfants, qui déjà sortaient du lot, maintenant je le connais pour avoir écrit un des derniers romans qui m'ait mis une vraie baffe.
Marde et mirde !
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nathalie_MarketMarcel
  15 octobre 2015
Cette lecture m'a énormément plu. L'histoire est complexe (je me suis souvent perdue entre les différents tueurs et chefs révolutionnaires) et alterne les points de vue. C'est un grand roman d'aventures, ressemblant volontiers à un western, à une fable politique sur la construction d'un pays, à une grosse blague et à un hymne à l'amitié et à l'amour triomphant.
L'humour est essentiel. Les personnages sont dotés de surnoms qui sont autant de clins d'oeil. Les révolutionnaires se divisent entre anarchistes, utopistes et purs comme autant de stéréotypes. le Jésuite est imbuvable. Les hommes ne pensent bien souvent qu'aux filles (même si cela leur attire des ennuis) et à se battre. le ton alterne entre blagues de mauvais goût, jeux de mots plus ou moins fins et allusions érudites et favorise les dialogues et les phrases sans verbe, avec beaucoup d'efficacité. le roman rend également les défauts de prononciations des uns et des autres (entre l'un qui avale les R et l'autre qui zozote…). Un personnage emploie un mot pour l'autre (quenelles pour querelle, imbacille pour imbécile, biscotos pour bisceps) et c'est très drôle. On est à haute voix. Mais l'auteur ne cède jamais à la facilité et certaines conversations peuvent se tenir entièrement au passé simple.
Lien : http://chezmarketmarcel.blog..
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
loudarsanloudarsan   17 février 2015
− C'est dangereux, Chou-Baby, d'être libre. C'est audacieux. C'est souvent au-dessus de mes forces. La liberté passe uniquement par où vous aurez choisi qu'elle passe. S'il y a des luttes collectives, pour la liberté, il n'y a pas de libertés collectives. La liberté est un constant engagement et un constant réajustement des valeurs.
− Mais alors ? pouvons-nous concevoir qu'un jour je voie ma liberté dans une direction et plus tard dans une direction opposée ?
− C'est concevable. Encore que vous preniez des extrêmes, et que la liberté consiste aussi dans la mesure du possible à se réserver le choix du futur. Si un jour, honnêtement et dans cette quête libertaire, vous hésitez à choisir une voie nouvelle alors que tout vous y porte, rappelez-vous que rien n'est pire que la soumission.
Accorder ses pensées, ses propos, ses actes, n'est pas accorder ses pensées, ses propos, ses actes à ses pensées, propos et actes antérieurs.
− C'est effrayant ! médite Chou-Baby
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loudarsanloudarsan   06 février 2015
Ne parlez pas de votre âge, dit Filasse. Quand vous commencez à vieillir, vous n'avez plus que votre âge à la bouche comme si vous l'aviez conquis ! En réalité, vous le raccourciriez si vous pouviez ! Il n'y a pas d'âge pour être con, c'est entendu, mais les jeunes ont le bénéfice de l'incertitude, et ceux qui sont intelligents vous emmerdent
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loudarsanloudarsan   17 février 2015
J'ai le nez sensible, rétorque acidement Ralph. Votre société c'est de la m... Vos curés, vos flics, vos avocats, vos militaires, vos banquiers, vos pédagogues, vos journalistes, vos moralistes, vos politiciens, vos femmes enceintes, vos rationalistes, vos bonnes sœurs, vos écrivains glossotomiés, vos commis voyageurs, et tous vos incarnés de l'ânerie béate, et la cabale dévote, je les fourre dans un grand sac et je vous déclare : c'est de la m... !
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loudarsanloudarsan   17 février 2015
− Pourquoi veux-tu le tromper ?
− Ma revanche, dit Filasse. (Puis, minaudant:) Tu ne me déplais pas...
− C'est une litote ? s'enquiert pédantesquement Double-Mouche.
− C'est un salaud, répond Filasse.
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loudarsanloudarsan   17 février 2015
C'est plein d'invention, approuve Mistress, ingénieux, charmant, drôle, rapide comme un conte, comme une bande dessinée, oui, et l'on n'a pas le temps de s'ennuyer car le récit anecdotique rebondit, fourmille et se renouvelle constamment. Permettez-moi de vous féliciter.
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