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Francis Guèvremont (Traducteur)
EAN : 9782373056341
Aux forges de Vulcain (06/05/2022)
3.88/5   17 notes
Résumé :
Vern est enceinte de sept mois et décide de s'échapper de la secte où elle a été élevée. Cachée dans une forêt, elle donne naissance à des jumeaux, et prévoit de les élever loin de l’influence du monde extérieur.
Mais, même dans la forêt, Vern reste une proie. Forcée de se battre contre la communauté qui refuse son départ, elle montre une brutalité terrifiante, résultat de changements inexplicables et étranges que son corps traverse.
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
JustAWord
  15 mai 2022
Acclamée dès son premier roman, l'excellent L'incivilité des fantômes, Rivers Solomon avait enfoncé le clou un an plus tard avec Les Abysses.
Comme toujours en France, ce sont les éditions des Forges Vulcain qui nous offrent aujourd'hui son troisième ouvrage avec l'ambitieux Sorrowland, pavé de plus de 500 pages où Solomon convoque une fois de plus ses fantômes et les fait remonter du plus profond des abysses humains.
Coup de génie ou déception ?
Dans la forêt
Une jeune femme court dans la forêt. On ne sait ni où elle se trouve ni ce qu'elle fuit, mais Vern doit bientôt marquer le pas pour mettre au monde son premier enfant. Hurlant est né. Viendra ensuite Farouche… puis les loups… et le Démon qui la poursuit. Vern recommence immédiatement à fuir dans la nuit, elle fuit une communauté où elle a vécu une grande partie de sa vie : le domaine de Caïn. Femme du gourou Sherman, Vern a décidé de ne pas se laisser maintenir en servitude, elle a décidé de désobéir et de se révolter toujours.
On apprend rapidement que le domaine de Caïn est une communauté noire séparatiste qui rejette toute influence du monde blanc extérieur. Caïn est un nouveau paradis pour les Noirs et leurs enfants. du moins, il est censé l'être.
Sous son vernis racial, la secte n'en reste pas moins une secte. Ses membres sont ligotés la nuit pour d'obscures raisons, on pratique le mariage forcé et le gourou a bien entendu les pleins pouvoirs. N'oublions pas non plus certaines tortures et autres joyeusetés afin de punir vices et péchés à l'encontre de certains adeptes forcément pervertit par les Blancs. Vern, elle, n'est pas comme les autres. Et pas seulement parce qu'elle est une femme intersexe noire et albinos, non. Mais parce que Vern ne veut plus subir, elle ne veut plus être dominée par qui que ce soit. Elle souhaite mettre au monde des enfants véritablement libres, loin des contraintes et des châtiments.
Malheureusement, après quelques années passées dans la forêt, Vern doit se rendre à l'évidence, elle doit retrouver le monde extérieur pour mettre de la distance entre elle et le culte de Caïn…et tenter de trouver des réponses aux terribles changements corporels qui l'affligent !
Elle fait alors la connaissance d'une autochtone, Gogo, qui va à la fois l'aider à survivre mais également à accepter qui elle est vraiment.
Rivers Solomon parle dans son introduction d' « États-Unis imaginaires » mais, soyons clairs d'emblée, Sorrowland se déroule bel et bien dans notre monde réel, à quelques complots près. de ce fait, Sorrowland est certainement le roman le plus ancré dans le réel comparativement à ses éminents prédécesseurs. Solomon retrouve son penchant science-fictif de L'incivilité des fantômes et le mixe avec le fantastique des Abysses.
Le résultat est pour le moins surprenant et tout à fait passionnant dans son premier tiers, porté par la plume incisive et revendicatrice de son autrice. Mais dès la seconde partie et l'irruption de Vern dans le monde extérieur, les choses se gâtent…
Overdose intersectionnelle
Si vous avez suivi la carrière de Rivers Solomon jusque là, vous savez à quel point ses romans sont engagés et puissants.
C'est naturellement le cas de ce Sorrowland.
Malheureusement, Solomon se laisse déborder et, à force, loupe la plupart des thématiques qu'elle tente de défendre. En effet, le roman parle bien évidemment de la cause Noire et de liberté sexuelle, notamment confrontée à l'homophobie presque traditionnelle du domaine de Caïn.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là et l'autrice tente de parler dans le même temps d'acceptation de son propre corps, de « coming of age », de colonisation, des peuples autochtones, de parentalité, d'altérité, de révolte, de misogynie et de patriarcat, d'abus sexuels et même de la question du VIH…
C'est l'overdose !
En voulant parler d'autant de choses dans une intrigue aussi fine et bancale, Solomon étouffe une bonne partie de ce dont elle veut parler. Ainsi, le sous-texte sur le passif colonial des États-Unis et la souffrance des autochtones à travers le personnage de Gogo passe très mal. Cette dernière semble davantage là pour faire office de faire valoir aux revendications de Vern que pour parler des véritables malheurs qui accablent son peuple. Il en résulte un propos superficiel et maladroit, pour ne pas dire opportuniste, et qui sonne totalement faux et creux après la lecture d'un grand roman comme Les Femmes de North End de Katherena Vermette. Il en sera de même d'ailleurs pour les rapports entretenus par Vern et ses deux enfants, Hurlant et Farouche, qui sont souvent sacrifiés sur l'autel d'une histoire complotiste mal amenée. Après 250 pages plutôt réussies, Rivers Solomon révèle que la transformation mycélienne de son héroïne ne doit rien au hasard mais cette révélation qui arrive comme un cheveu sur la soupe ne repose très longtemps sur rien d'autres que la parole de Gogo. Mal exploitée et mal mise en place, cette idée avait pourtant énormément de choses pour plaire, notamment dans ce qu'elle permet d'établir comme lien entre les ancêtres de Vern et elle-même, et cette écho tendu entre le monde humain et le monde végétal.
Tout se passe comme si Solomon n'arrivait pas à cadrer ses idées et que le tout bouillonnait tant et si bien que le récit lui-même finissait par s'y brûler.
Une déception au regard de ce premier tiers aussi envoûtant que fascinant et qui promettait beaucoup plus au lecteur, dans une atmosphère quasi-horrifique capable de réutiliser à merveille des mythes sinistres comme celui des Docteurs de la Nuit.
Accepter qui l'on est
Si l'on arrive cependant à passer outre un récit souvent trop facile qui se repose beaucoup trop sur des ressorts fantastiques peu crédibles pour asseoir son complotisme science-fictif, Sorrowland offre encore pas mal de belles choses de la part de son autrice. À commencer par le personnage de Vern elle-même, magnifique figure de jeune fille qui ne sait plus qui elle est.
Au cours de l'histoire, Solomon charge le poids du fait religieux et la culpabilité qui s'implante inconsciemment en Vern. C'est le chemin de l'acceptation de sa propre sexualité et, au-delà, de sa propre identité qui s'avère la plus grande réussite de ce roman et qui permet aussi de redorer le blason terni de Gogo qui, cette fois, trouve une véritable existence dans cet amour libérateur.
De même, Sorrowland incite à se méfier des faux-prophètes et montre de façon intelligente que la manipulation de causes nobles peut finir dans l'extrémisme et le fanatisme le plus total. Que parfois, sous les oripeaux du nouveau monde se cache le retour dans les ténèbres du passé.
Le passé occupe toujours une très large place dans le récit de Solomon.
La figure du fantôme, omniprésente chez la britannique, s'incarne même ici littéralement par les « hallucinations » de Vern. Des hallucinations qui blessent mais qui épaulent aussi, qui soignent et qui effraient. En un sens, c'est aussi le message sur le poids du passé qui sauve Sorrowland. Si l'expérience mycélienne semble tirée par les cheveux, elle permet de mettre en lumière les atrocités commises sur des femmes noires par le passé, faisant écho elles-mêmes aux autres expérimentations médicales abominables de l'Histoire récente de l'humanité. le corps, motif récurrent pour ne pas dire primordial chez Solomon, est un enjeu central. C'est son bouleversement ou sa profanation qui transfigure l'être, en bien ou en mal. C'est aussi lui qui, souvent, devient un enjeu politique et religieux. Dommage que Rivers Solomon ne s'applique pas mieux dans ces thématiques et qu'elle préfère s'investir à fond dans une intrigue bancale et trop superficielle.
Sorrowland avait le potentiel d'être tellement plus s'il choisissait d'en faire moins (et mieux). Affaibli par un cheminement narratif bancal et souvent grossier, le roman de Rivers Solomon peine à trouver ses marques et se noie dans ses multiples revendications intersectionnelles qui, à force de s'empiler les unes sur les autres, finissent par s'étouffer mutuellement. Reste le talent de l'autrice pour les personnages marquants et meurtris, mais cela est-il suffisant ?
Lien : https://justaword.fr/sorrowl..
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Charybde2
  16 juillet 2022
Un thriller fantastique endiablé pour un troisième roman de résistances mythologiques foisonnantes et convergentes.

Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2022/07/16/note-de-lecture-sorrowland-rivers-solomon/
Pas de note de lecture pour ce « Sorrowland », troisième roman de Rivers Solomon, publié en 2021 et traduit en français en 2022, toujours par Francis Guévremont et toujours chez Aux Forges de Vulcain : l'article que je lui consacre est à lire dans le Monde des Livres daté du vendredi 15 juillet 2022, ici. Si je n'ai pas résisté au plaisir de reproduire ci-dessus la citation illustrant l'article dans le quotidien du soir, et d'en proposer quelques autres ci-dessous, le reste des commentaires sur cette page de blog sont donc plutôt à considérer comme des notes de bas de page vis-à-vis de l'article principal, incluant éventuellement quelques bribes (n'ayant pas été utilisées telles quelles) de mon entretien à Paris avec Rivers Solomon il y a quelques semaines.
L'un des traits saillants de ces 500 pages, qui empruntent cette fois davantage les codes de l'horreur gothique et du thriller d'espionnage (en un cocktail particulièrement réjouissant, la composante thriller proposant un mix redoutable de classique Robert Ludlum – les super-héros solitaires ne sont pas toujours où l'on croit – et de minutieuse fiction documentaire à la Dana Spiotta – lisez « Eat the Document ») plutôt que ceux de la science-fiction interstellaire ou de la fantasy mythologique, est leur foisonnement thématique, appuyé dans certains chapitres, beaucoup plus discret dans d'autres. Si l'on ose un glissement stylistique (mais oui !) du côté de ce que les universitaires anglo-saxons appellent, pour le meilleur et pour le pire, la « French Theory », particulièrement familière à Rivers Solomon, avec son master de Stanford en études comparatives raciales et ethniques, « L'incivilité des fantômes » et davantage encore « Les abysses », regardent vers Jacques Derrida et ses flèches métaphoriques acérées, là où « Sorrowland » lorgne beaucoup plus manifestement vers les rhizomes de Gilles Deleuze et Félix Guattari (et pas uniquement par la présence officielle dans le texte, le moment venu, de mycélium).
La notion même de « sensitivity reader » demeure controversée aujourd'hui, tout particulièrement en France, alors qu'il semble plutôt normal et logique de s'assurer d'un minimum de respect et de vérisimilitude lors du traitement de sujets sensibles du point de vue des personnes directement concernées – sans préjuger naturellement des choix artistiques qui seront faits, en toute connaissance de cause, par les autrices et les auteurs in fine. On pourra noter ainsi que si Rivers Solomon réalise à l'occasion des consultations pour des collègues sur les sujets d'afro-américanisme et de troubles du spectre de l'autisme, pour lesquels sa légitimité semble indéniable, il ne lui a pas fallu un instant d'hésitation pour s'assurer à son tour d'une lecture sensible extérieure sur les questions amérindiennes et de troubles de la vision liés à l'albinisme, qui jouent un rôle essentiel dans « Sorrowland ».
D'une manière qui ne faisait pas jusqu'ici partie de son ADN observé, Rivers Solomon est aussi capable d'une belle dose d'humour (même s'il s'agit souvent d'humour noir), jouant soit des étrangetés de point de vue que lui permet son personnage principal, soit d'une forme d'anachronisme de tonalité que ne renieraient peut-être pas les Wu Ming (avec lesquels se partage de facto ici une certaine conception du lien combattant entre le politique et le littéraire) de « L'Oeil de Carafa » ou la Marie-Fleur Albecker de « Et j'abattrai l'arrogance des tyrans ».
Comme dans les deux romans précédents, l'enjeu principal ici, au service duquel les moyens littéraires, aussi malléables que possible, doivent se mobiliser, est bien l'élaboration de contre-narrations au sens de John Keene, comme l'illustrent ailleurs un Colson Whitehead et un George Saunders (que je cite logiquement, après échange avec Rivers Solomon – qui apprécie tout particulièrement l'auteur de « Grandeur et décadence d'un parc d'attractions » -, dans l'article du Monde des Livres cité en introduction de cette « note »), ou encore une Nalo Hopkinson (également l'une des autrices favorites de Rivers Solomon, et dont on ne peut que regretter à nouveau qu'elle soit aussi peu traduite en France) et, bien entendu, une Octavia Butler, dont la stature de pionnière d'un afro-futurisme résolument littéraire ne cesse désormais de s'affirmer.
On notera également que par rapport aux deux romans précédents, « Sorrowland » marque certainement un point d'inflexion dans le nombre d'ambiguïtés dialectiques proposées à la sagacité de la lectrice ou du lecteur, du couple réassurance /endormissement (ou pire) de la religion (surtout dans sa déclinaison nord-américaine évoluant si souvent à la limite de la secte) à celui émancipation individuelle / lutte collective (si joliment incarné ici au sein du duo formé par l'Afro-Américaine Vern et l'Amérindienne Gogo), en passant par l'opposition ville-civilisation / forêt-sauvagerie qui, tout en jouant autour des figures mythiques de l'esclave en fuite et de l'enfant sauvage, force la question-clé : « qu'est-ce qu'être sauvage de nos jours ? », pour ne citer que quelques-unes des mécaniques de réflexion par opposition mises ici en oeuvre par Rivers Solomon.
Assumant pleinement ses visées et ses ambitions politiques dans un contexte marqué par l'urgence à laquelle est désormais confronté « Black Lives Matter », parmi d'autres mouvements de défense des minorités bafouées ou menacées, « Sorrowland », tout en gardant les aspects joueurs et efficaces que lui permet le recours habile à l'arsenal des « mauvais genres », marque une nouvelle étape décisive dans le développement littéraire de Rivers Solomon, pour notre plus grand plaisir complice – et notre soutien un peu plus qu'implicite à tous ces éveils et travaux mémoriels si nécessaires.

Lien : https://charybde2.wordpress...
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SChaptal
  19 avril 2022
Une forêt quelque part dans le Sud des États-Unis, une personne albino court seule et accouche d'un enfant noir, Hurlant, puis d'un autre aussi blanc qu'elle, Farouche. le tout au milieu de loups et poursuivie par un démon. Dès les premières pages de Sorrowland, Rivers Solomon donne le ton : fantastique, horrifique, gothique, mais également bourré d'action, de scènes drôlissimes, de poésie et parfois de féerie. Avec son troisième roman, Rivers Solomon nous raconte l'histoire de Vern, analphabète ayant vécu toute sa vie sous l'emprise d'un culte séparatiste, ayant subi de multiples manipulations, tortures et horreurs comme tous les autres occupants du Domaine de Caïn et qui, mariée trop jeune a préféré s'enfuir à 15 ans pour y vivre dans les bois avec ses petits.
Au fil des mois, son corps changeant ne lui permet plus de rester loin de la civilisation et le démon veut la ramener au Domaine. Dans leur fuite, Vern et ses enfants vont comprendre peu à peu ce qui se cachait derrière l'apparente rigueur religieuse du domaine. Et du fantastique gothique, le roman bascule dans une science-fiction à la X-Files. En effet, avec Sorrowland, Rivers Solomon écrit une fois de plus un livre oscillant entre les genres, mais qui touche son lectorat droit au coeur et le prend aux tripes. Même s'il est relativement court (moins de 300 pages), vous ne le lirez pas d'une traite tellement ce texte est riche de sensations, d'informations et de sentiments.
Comme dans L'Incivilité des fantômes, Rivers Solomon à travers ses personnages interroge le genre, l'orientation sexuelle et la religion. Comme dans Les Abysses, le texte explore l'histoire des Noirs aux États-Unis, le racisme à leur encontre et certaines de leurs légendes (comme les docteurs de la nuit). Mais ce livre aborde également les différents mouvements de lutte qu'ils ont menés ainsi que la lutte des Premières Nations pour préserver leurs terres, et conserver leurs langues et leurs héritages. le tout dans un monde très proche du nôtre, mais où certaines divergences se sont produites au cours du 20e siècle même si elles ne sont jamais clairement signalées. Pour autant, ce roman n'est pas un pensum militant. C'est avant tout un roman où la fuite et la quête de Vern laissent peu à peu place à de l'action et à un final dignes de Neon Genesis Evangelion. À la frontière entre le Tour d'écrou d'Henry James, Charlie de Stephen King et Ring Shout de P. Djèlí Clark, Sorrowland vous marquera longtemps. Et avec ce troisième roman, Rivers Solomon confirme que son talent va crescendo.
Lien : https://www.outrelivres.fr/s..
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kikenbook
  04 juin 2022
Je ne connaissais pas Rivers Solomon, mais sa présence dans le catalogue des Forges de Vulcain avait de quoi titiller ma curiosité, et trouver « Sorrowland » sur un présentoir de la librairie Aux Mots à la Bouche finissait de me convaincre à entrer dans l'histoire de Vern.
L'ouverture nous plonge directement dans l'ambiance : Vern, une jeune femme noire, accouche de jumeaux : Hurlant et Farouche. L'évènement serait banal si Vern n'était pas une adolescente et si elle n'était pas au beau milieu d'une forêt américaine. Une fois ses deux petits mis au monde, elle reprend sa fuite : Vern est traquée, elle vient de s'échapper d'une communauté, le Pays de Caïn, dans laquelle elle a grandi et est devenue, bien malgré elle, la femme du gourou Sherman. La promesse du Pays de Caïn à l'époque de sa création pouvait être séduisante pour une population noire confrontée au racisme et à la ségrégation : créer un havre de paix pour les Noirs et leurs enfants, loin de toute influence des Blancs. Mais quand communautaire se met à rimer avec sectaire, quelques-unes déchantent et c'est le cas de Vern qui n'entend pas continuer à subir les sévices qu'on lui inflige et qui prépare son évasion à l'instar de sa meilleure amie qui, elle, a réussi à s'enfuir. La voilà donc en forêt, chargée de deux bébés, fuyant des membres de la communauté désireux de la récupérer et lui faire passer son envie de quitter le groupe.
Vern reste plusieurs années en forêt, mais le danger trop proche et l'impression grandissante que son corps, comme habité par un élément étranger, est en train de se transformer en lui infligeant des souffrances terribles, la poussent à sortir du bois et rechercher la protection de la civilisation. Sorrowland est un récit de passages, de transitions, de transformations. Et c'est dans la douleur que la jeune fille qu'elle était, contrainte, soumise, devra accoucher de la femme qu'elle veut être, libre. C'est en partie l'Amour et la Nature qui joueront le rôle de sage-femme en l'aidant à assumer ses différences et son passé. Un passé aussi tourmenté que l'histoire américaine et le fonctionnement de la secte qui l'ont vu grandir, et des différences qui auraient pu faire d'elle un monstre, que ce soit par la métamorphose qu'elle subit ou par ses amours lesbiennes rejetées avec brutalité, mais qui finalement se révèle des forces une fois assumées.
« Sorrowland » est une mine de thèmes abordés – Rivers Solomon en fait elle-même une liste sommaire en note d'ouverture – et la majorité d'entre eux pourraient sembler lourds, noirs. le racisme, l'homophobie, la violence, ça ne vend pas du rêve et ça ne remplit pas de paillettes nos petits yeux de lecteurs ! Et pourtant, il y a dans la destinée de Vern une force intérieure, un combat qui force le respect, l'admiration et permet d'allumer quelques lueurs d'espoir agrémentées de touches d'humour toujours bienvenues. La plume de l'autrice est à l'image de l'héroïne, puissante, violente, tendre, dure et riche. Incontestablement bien écrit et traduit par Francis Guèvremont, le roman de Rivers Solomon est pour moi une incitation très forte à aller découvrir ses deux précédents romans.
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LaurenceORSINI
  23 mai 2022
Bonjour les amis, c'est la sortie événement, SORROWLAND de RIVERS SOLOMON, une autrice américaine non binaire, traduite aux Editions Aux forges de Vulcain
La quatrième de couverture
Vern est enceinte et décide de s'échapper de la secte où elle a été élevée. Cachée dans une forêt, elle donne naissance à des jumeaux et décide de les élever loin de l'influence du monde extérieur. Mais, même dans une forêt, Vern reste une proie. Forcée à survivre en pleine nature, elle montre une brutalité terrifiante, résultat de changements étranges et inexplicables que son corps traverse.
Pour comprendre sa métamorphose et protéger sa famille, Vern doit affronter le passé et l'avenir. Trouver la vérité signifiera découvrir les secrets de la secte qu'elle a fui, mais aussi l'histoire violente de ces États-Unis qui l'ont produite
MON AVIS
Sorrowland est de ces récits dont il est difficile de parler sans émotions tant il vous prend par les tripes.
Si les mots me semblent aujourd'hui peser si lourd, c'est parce que JE SUIS VERN ! Tout comme elle, j'ai grandi prisonnière, tout comme elle, j'ai dû m'enfuir pour tenter d' échapper à ma famille, à mes bourreaux, à l'image de Vern, j'ai tenté de protéger mes enfants de l influence néfaste du monde extérieur. Et tout comme Vern j'ai une orientation sexuelle toute personnelle **NB je suis assexuelle). Pour finir je suis moi aussi issue d'une minorité puisque je suis eurasienne.
Sorrowland réécrit l'histoire de ces États-Unis, à travers le prisme d'une héroïne albinos, Vern, ,que s'approprie Rivers Solomon en cassant tous les codes des récits du genre. D'une plume vive, mordante, le lecteur entre dans une histoire entre illusions, folie, et fantômes résolument gothique, sombre horrifique faite de fantasmes et de bestialité. D'emblée l'intertextualité avec de grands classiques résonne telle une évidence comme avec L'Homme Invisible de HG Wells. Pourtant, Rivers Solomon s'émancipe de tous ces classiques pour élever sa propre voix, celle d'une libération, d'une nature restituée, d'une acceptation de son corps dans sa sensualité et dans toute son individualité, dans sa sexualité, de ces différences qui peuvent devenir magiques en chacun de nous pour peu qu'on leur restitue leur place.
La dimension fantastique, science fiction offre une échappatoire résolument optimiste, moderne, empreinte d'espoir.
À travers ce roman puissant autant que magistral, Rivers Solomon délivre un message neuf, qui se veut délivré du regard de la société actuelle, du regard des autres, et où les enfants sont toujours les victimes des désordres de leurs origines. Elle évoque sans équivoque notre responsabilité en tant que parents à éduquer nos enfants.
Chez Rivers Solomon, loin d'être kafkaïenne, la métamorphose s'avère un passage nécessaire dans l'affirmation de soi, pour se libérer des liens du passé en retournant à sa vraie nature et pour en affranchir les générations futures.
Sorrowland c'est la métaphore de la liberté universelle comme un cri de vie inextinguible.
Merci pour cette leçon de vie , pour cette humanité
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critiques presse (2)
LeMonde   19 juillet 2022
Certains textes sortent tout armés de l’esprit et du cœur de leur auteur. D’autres ne prennent leur forme définitive qu’après une confrontation avec un environnement changeant le temps de leur élaboration. Sorrowland, le troisième roman de Rivers ­Solomon, appartient sans conteste à cette deuxième catégorie.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Elbakin.net   29 avril 2022
L’ouvrage se conclut sur une fin ouverte et, au bout du compte, non dénuée d’un certain espoir. De quoi laisser les lecteurs poursuivre leur route en compagnie de leurs réflexions, au-delà de ses dernières lignes puissamment évocatrices. Car comme la plupart des bons romans, on repense à ce livre encore plusieurs jours avoir l’avoir refermé…
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
JustAWordJustAWord   07 mai 2022
Pourquoi est-ce que les Blancs disaient toujours aux Noirs que ça suffisait, avec l'esclavage, qui était aboli depuis cent-cinquante ans, alors qu'eux-mêmes ne s'étaient toujours pas remis de la mort de Jésus, qui avait pourtant eu lieu 1830 ans avant l'Émancipation ?
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Charybde2Charybde2   16 juillet 2022
En dépit de tout, Vern lisait.
Chaque fois, la femme apparaissait, mais Vern, langue coupée ou non, ânonnait les mots. La femme – la maîtresse quelconque d’une ancienne plantation – riait à perdre haleine, des mèches de ses cheveux couleur de paille s’échappant de son bonnet, et ses yeux gris bleu ressemblaient à des ecchymoses au-dessus de son petit nez rond, tandis que Vern s’efforçait de contrôler sa langue sanguinolente.
Elle lut, jour après jour, les aventures du petit garçon vêtu de rouge dans la neige, comme si elle mettait la femme au défi de se moquer de sa prononciation imparfaite. Puis les semaines passèrent et Vern lut un autre livre, et un autre, encouragée par la cruauté de la femme – des livres aux pages cartonnées, des livres d’images.
Si la maîtresse d’esclaves n’avait pas été là, à se moquer de Vern avec ses énormes cisailles et son maigre cou qui ondulait quand elle avalait, Vern n’aurait sans doute pas fait des progrès aussi rapides. L’esprit de contradiction avait toujours été la plus pure et la plus puissante source de motivation.
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Charybde2Charybde2   16 juillet 2022
Des cris visqueux bouillonnaient dans la gorge de l’enfant, mais se dissipaient sur le lit de la peau de Vern. Il commençait à comprendre cette réalité : la chair de cette personne était un refuge. Il savait qu’il fallait à tout prix rechercher la chaleur qu’elle dégageait, et se rapprocher de la source de l’odeur de lait.
C’était dommage : il avait les bons réflexes, mais cela ne suffirait pas à lui sauver la vie. De terribles dangers rôdaient dans cette forêt, même si Vern avait réussi à s’y créer un véritable refuge au cours des derniers mois. Un étranger lui avait déclaré la guerre, et ses menaces se faisaient sans cesse plus explicites : une biche étripée et le fœtus de son faon mort posé sur le sol ; un raton laveur écorché et cloué au tronc d’un arbre, son corps revêtu d’une grenouillère ; et partout, partout, des lapins pendus à des branches, le cou enserré par un nœud coulant, les pattes recouvertes de chaussons de nourrissons. Le démon grimait toujours ses victimes de façon à faire allusion à la maternité et s’efforçait de coller à son thème avec l’entêtement d’un enfant de cinq ans qui préparait sa fête d’anniversaire.
Une autre fille aurait sans doute écouté ces avertissements et quitté la forêt, mais Vern préférait la violence ouverte de ces menaces à la sourde malveillance qu’elle avait connue hors des bois. Se faire prévenir qu’un malheur allait arriver lui semblait un luxe agréable. Elle n’aurait peut-être pas été la seule à fuir le domaine, si là-bas aussi il y avait eu un démon qui envoyait des messages à l’aide d’animaux massacrés.
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Charybde2Charybde2   16 juillet 2022
Elle l’imaginait, planté tout près de leur arbre, en train de déclamer un long sermon sur les hormones, les antibiotiques et les aliments génétiquement modifiés qu’on mangeait à l’extérieur du domaine et qui stimulaient les tendances lesbiennes contre nature. Il se lamenterait sur les hamburgers qu’il lui avait laissé manger quand ils faisaient des sorties en ville et lui annoncerait qu’elle devrait se nourrir exclusivement d’aliments crus pendant toute une année pour se purifier, comme la sœur Jay, dont le seul péché, apparemment, était d’avoir une voix trop grave. Jay était, comme aimaient le dire les Caïniens, de nature hommasse : grosse, large, affable, mais d’une affabilité assez peu féminine. Ce n’est pas la forme que devrait avoir un corps de femme, avait dit Sherman dans un de ses sermons. Certes, il fallait avouer qu’il n’avait pas été jusqu’à montrer une photo de sœur Jay. Regardez les images de nos ancêtres africains, nos frères, nos soeurs, ils étaient minces, agiles et d’apparence saine. C’étaient des chasseurs, qui régnaient sur leur territoire avec grâce et beauté. C’est la nourriture de l’homme blanc qui nous a endommagés, qui a déformé et perverti nos corps. La maladie, l’obésité, le prétendu autisme, la dépression, l’homosexualité, les hommes qu’ils croient qu’ils sont des femmes et les femmes qui croient qu’elles sont des hommes.
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JustAWordJustAWord   13 mai 2022
Quelle autre réaction peut-on avoir quand un autre nous fait douter de nous ? L'hostilité et l'agressivité sont nos seuls recours !
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Videos de Solomon Rivers (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Solomon Rivers
« C'est un roman qui ne laisse pas indifférent. C'est un texte passionnant, aux dimensions sociologiques très troublantes. Et c'est une pièce de plus dans une oeuvre qui fera date en ce début de XXIème siècle, j'en suis persuadé, l'oeuvre de Rivers Solomon, quelqu'un de pas comme les autres – comme ce roman. » – Gorian Delpâture – RTBF
Emission du 16 juin 2022
Copyright © 2022 RTBF
Vern est enceinte de sept mois et décide de s'échapper de la secte où elle a été élevée. Cachée dans une forêt, elle donne naissance à des jumeaux, et prévoit de les élever loin de l'influence du monde extérieur. Mais, même dans la forêt, Vern reste une proie. Forcée de se battre contre la communauté qui refuse son départ, elle montre une brutalité terrifiante, résultat de changements inexplicables et étranges que son corps traverse.Pour comprendre sa métamorphose et protéger sa petite famille, Vern doit affronter le passé…
Informations Genre : Roman 512 pages Format : 14 x 20,5 cm ISBN : 978-2-373-05634-1 Date de parution : 13 Mai 2022
ActuSF annonce Sorrowland comme finaliste du Ray Bradbury Prize 2022.

« Les Ignyte Awards qui récompensent les oeuvres de science-fiction, de fantasy et d'horreur qui mettent en avant la diversité, reviennent pour la troisième année consécutive avec une jolie sélection. (…) Sorrowland de Rivers Solomon, publié en version originale chez MCD et à paraître en français aux Forges de Vulcain » – ActuSF

« Ce livre est puissant. Il est plus qu'un classique instantané des littératures dites « de genre ». Il impose Rivers Solomon comme une des plus brillantes plumes de la littérature contemporaine. » – Hugo – Librairie Des Livres et Nous

« Comme la plupart des bons romans, on repense à ce livre encore plusieurs jours avoir l'avoir refermé… » – Gillossen – Elbakin.net

« Rivers Solomon mène son récit de manière viscérale, envoutante et complexe, produisant un livre absolument impossible à poser avant la fin. » – Lectures LGBT+

« Rivers Solomon conteste, condamne et désapprouve, elle ne se contente pas d'interroger et c'est sans doute ce qui rebute ses détracteurs. (…) On peut peut-être aussi lire Sorrowland sans se sentir envahi par ce questionnement, mais qu'il est bon d'avoir les yeux grands ouverts ! » – Christophe Gelé – Ce que j'en dis…

« Un uppercut, une oeuvre plus viscérale encore que ses précédents textes. » – Librairie Critic

« Un roman queer et antiraciste puissant qui mêle fantastique et science-fiction qui dénonce l'histoire violente des États-Unis. » – Librairie le Monte-en-l'air

« Sorrowland nous rappelle les titres d'Octavia Butler, il est dérangeant, engagé, original et surtour terriblement efficace. » – Librairie Lilosimages

« Un livre d'une rare intensité tant par l'intrigue que par les sujets abordés : l'emprise, le libre-arbitre, l'homosexualité, le racisme. Une critique acerbe de l'histoire des Etats Unis. Subtil et âpre. Une belle pépite! » – Librairie Les Jolis Mots

« Un texte étonnant et puissant, une héroïne inoubliable dont l'épopée douloureuse m'a bien bousculé. C'est remarquablement écrit et rythmé et c'est typiquement le genre de roman qui me séduit parce qu'irréductible aux étiquettes de genre. » – Elias, Librairie le Chameau Sauvage

« Un récit dur et juste sur la transformation. Énorme coup de coeur ! » – Librairie Au Librius, à Voiron

« Sorrowland parle de résistance. Résistance à l'oppression bien sûr mais aussi de résistance à la normalité, aux cases assignées. Rivers Solomon donne l'impression de partager avec nous, au travers de ses textes un cheminement de pensée qui va au-delà de ses personnages et qui læ fait progresser dans comment iel envisage et habite le monde. » – Tigger Lilly – le Dragon Galactique

« Un roman passionnant et intéressant, une course pour la vie, pour donner un avenir à ses enfants. » – Allan – Fantastinet
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