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ISBN : 2351780477
Éditeur : Gallmeister (02/09/2011)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 49 notes)
Résumé :
Une serveuse de tacos qui joue les apprenties chimistes à Seattle, une parfumeuse déchue de la Nouvelle-Orléans qui prépare son come-back, et un excentrique « nez » des hautes sphères de l’industrie parisienne s’interrogent : qui donc leur envoie ces mystérieuses betteraves sans laisser de traces ni le moindre message ? La clé du mystère se trouve peut-être au cœur de l’épopée d’Alobar, roi du VIIIe siècle, qui, fuyant la mort, se retrouve en compagnie d’une jeune I... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Bouldegom
  04 mai 2015
Alobar, roi qui régna au VIIème siècle est, avec sa concubine Kudra, en quête d'immortalité. Kudra, originaire d'Inde, est spécialiste des essences. le Dieu Pan, ami d'Alobar est mourant.
Alobar veut emmener son ami Pan se refaire une santé en Amérique mais pour voyager sans se faire remarquer, et bien qu'il soit invisible, Pan a besoin de masquer son odeur pestilentielle par un parfum puissant que kudra s'évertue à créer.
A Seattle, de nos jours, Priscilla, serveuse dans un restaurant par nécessité, est aussi chimiste. Sitôt chez elle, elle reprend ses recherches sur la mise au point d'un parfum unique, qui la ferait sortir de sa situation précaire.
A Paris, la famille LeFever, parfumeurs depuis plusieurs générations, et très bien placée sur le marché, cherche à mettre au point le parfum idéal.
A La Nouvelle-Orléans, madame Devalier et son assistante V'lu cherchent à redorer leur blason de parfumeuses en créant un parfum hors du commun.
Vous l'avez compris, le point commun de tous ces personnages est donc le parfum ; mais ils en ont un autre : la betterave ! Si Alobar et Kudra en consomment en veux-tu en voilà, les autres les reçoivent par un mystérieux livreur, qui posées devant sa porte, qui jetées par la fenêtre…Mais quelle est donc l'explication ?
Tom Robbins vous la donnera, sur un ton joyeux et délirant, un style loufoque et jubilatoire, et un langage haut en couleurs !
Attention ! La lecture de ce livre peut entraîner dans votre esprit l'explosion d'un feu d'artifice, accompagnée d'une persistante odeur de jasmin…
Merci à Kalimera pour ce très bon conseil de lecture !
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chocobogirl
  28 novembre 2011
Tom Robbins qui m'avait régalé avec son roman Une bien étrange attraction est à nouveau mis à l'honneur chez Gallmeister.
Cette fois-ci, le lecteur va plonger dans les délices du parfum et d'un élixir de jouvence qui traversera plusieurs siècles.
Priscilla, serveuse à Seattle, consacre ses nuits à faire des expériences chimiques pour trouver la recette du Taco parfait.
A la Nouvelle-Orléans, Mme Devalier et son assistante V'lu travaille dans leur petite parfumerie en perte de vitesse pour confectionner le parfum ultime qui leur fera remonter la pente.
Enfin, à Paris, l'excentrique Marcel Fever, nez de la société du même nom qu'il dirige avec son cousin Claude peaufine le futur best-seller de la maison.
Rien ne les relie excepté le fait que, tous les jours, une betterave leur est livré mystérieusement.
L'origine de ces betteraves est à chercher dans l'autre histoire que Robbins nous sert en parallèle : Alobar, roi de Bohème du 8ème siècle refuse de se soumettre à la tradition qui commande de tuer leur dirigeant aux premiers signes de vieillissement (impuissance, cheveu gris). Ce dernier s'échappe grâce à un subterfuge et prend la route à travers l'Europe et le monde mais aussi à travers les siècles. C'est que notre homme vivra 900 ans et que sa quête éperdue d'immortalité se réalisera à force de conviction et de rencontres. Les moines Bandaloop l'initieront à leurs secrets et la belle indienne Kudra le régénérera à force d'amour et de sensualité. le dieu Pan sera aussi de la partie et son fumet de bouc, un ingrédient fort peu goutu de cette aventure au goût de betterave. Il faut dire aussi qu'avec tout ce christianisme tapageur, notre dieu-bouc n'est plus honoré et perd peu à peu de son pouvoir.
Parfum, betterave, dieu, immortalité, religion : voilà un cocktail improbable que Tom Robbins réussit avec brio à entrelacer ! Ne cherchez pas ici un récit réaliste, l'auteur part comme à son habitude dans des élucubrations loufoques qui cachent malgré tout une intense réflexion.
Le roman se construit autour de chapitres alternés qui nous conduisent soit auprès d'Alobar, soit auprès de nos 3 parfumeurs. le lien n'est évidemment absolument pas évident et ne se fera jour qu'au terme d'une lente narration qui balade son lecteur sur les traces du roi immortel. On le suit et on découvre à travers ses yeux de néophyte différentes civilisations, différentes conditions auquel notre homme s'adapte toujours sans soucis.
Toujours obligé de fuir pour différentes raisons ou circonstances, dont le fait que son visage ne vieillit pas, il croise sur sa route différentes religions : les hindouistes qui exigent d'une veuve qu'elle s'immole par le feu sur le cadavre de son mari, les moines bandaloop (bouddhistes ?) qui voit le secret de la longévité dans la méditation et l'ascèse, les païens qui honorent le roi de la galette pour mieux en lui offrant tout ce qu'il souhaite pour mieux le tuer 7 jours plus tard et les chrétiens enfin qui crient à la magie noire et aux sorcières dès que quelque chose leur échappe et qui tuent le dieu Pan à petit feu par leur rigorisme et leur individualisme.
Il sera donc question ici de vie, de mort, d'amour et de plaisir de vivre. Alobar, lui, a fait clairement le choix de la vie, s'épanchant régulièrement dans des activités à haute teneur sexuelle, un bel hommage au lubrique Pan dont il essaye de sauvegarder l'image et la force (l'odeur de bouc en rut, elle, est toujours là !).
On retrouve la prose mystique de notre auteur qui s'amuse de ses personnages et leur met dans la bouche bon nombre de théories plus ou moins fumeuses sur l'immortalité mais qu'importe le flacon pourvu qu'on est l'ivresse ! Mais le flacon est ici de qualité. L'écriture est toujours aussi pleine d'absurdités et l'auteur sait parler avec beaucoup de sérieux de choses totalement décalées.
Le roi de la métaphore impossible (le "Houdini de la métaphore" tout de même !) est toujours en forme et, même si je regrette que ma lecture ait été un poil moins jouissive que son roman précédemment édité, je ne me lasse pas de l'humour et de l'inventivité dont il fait preuve.
Un parfum de Jitterbug est donc là encore un roman jubilatoire qui ne lassera pas de surprendre son lecteur qui cherchera toujours le rapport entre parfum et Jitterbug !
Que les amateurs de betterave se rallient !
Lien : http://legrenierdechoco.over..
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Sharon
  08 mai 2015
Beaucoup de romans dressent des portraits de leurs personnages, des lieux qui sont traversés, mais en est-il beaucoup qui fassent appel à des sensations olfactives en tant que fil rouge de leur oeuvre ? Je ne le crois pas. Et s'il s'agissait uniquement d'un roman du parfum… L'ensemble est bien plus complexe et si de grands « nez », une ancienne parfumeuse à sont à la recherche d'odeurs agréables, sensuelles, enivrantes, pour créer le « jus » parfait, nous croiserons aussi des effluves assez nauséabondes au cours de notre périple.Et des betteraves plus qu'il ne nous en faut pour composer une magnifique salade. Ou plus si affinités.
En effet, ce roman nous fait voyager non seulement dans l'espace, mais aussi dans le temps. Bienvenue à Seattle, à La Nouvelle-Orléans, à Paris, villes qui servent de fil rouge à l'intrigue par le biais des personnages qui y vivent mais aussi des parfums qui s'y respirent, des parfums qui s'y créent. Bienvenue aussi dans le passé, puisque c'est à un véritable voyage dans le temps sur près d'un millénaire que nous invite Alobar et Kubra.
Je vous l'avoue, il m'a fallu cent pages pour véritablement accrocher à l'intrigue, le temps que les différentes lignes narratives se mettent en place, le temps aussi que le personnage d'Alobar se construise, ou plutôt se détruise pour mieux se caractériser. D'ailleurs, peut-il vraiment se caractériser, lui dont l'occupation principale est de vivre ? Un seul mot, un vaste sujet, de nombreuses conséquences. de nombreux développements aussi puisqu'il sera question de religions, de philosophie, mais aussi d'amour et de plaisir. Appel à l'hédonisme ? Pas seulement. Être heureux, épanoui, ne semble pas si difficile que cela à la lecture du roman, que ce soit pour Alobar ou pour d'autres personnages plus contemporains. Mais le bonheur, même simple, dérange.
Un parfum de Jitterburg est un roman foisonnant, drôle et profond. Une belle découverte.
Lien : https://deslivresetsharon.wo..
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kalimera
  16 février 2015
Le dieu Pan pue.
Il pue la boue fraîche, l'amour vache, le désir, la laine mouillée, la chèvre en chaleur, le sabot mal entretenu, l'orgie débridée, les sécrétions vaginales, le sperme, le bois brûlé et l'herbe fraîche.
C'est une puanteur merveilleuse qui l'accompagne, qui fait s'affoler les femmes et les...troupeaux,.Elle le précède depuis la nuit des temps, celle ou les hommes ont rêvé les dieux, dont le Grand Pan lui-même..
Mais Pan file un mauvais coton.
Il devient invisible, les philosophes grecs (ces pisse-froid) lui renie sa place au sein de la nature, le Christianisme lui porte un coup fatal en détournant ses adeptes de la première heure et Descartes finit le travail : Pan est oublié des hommes.
Invisible il est, mais sa puanteur l'accompagne toujours et un couple extraordinaire va passer sa vie et même un peu plus à lui inventer un parfum.
Un parfum qui masquera ses effluves le temps d'une traversée de l'atlantique afin de lui permettre, peut-être
de retrouver sa place dans ce nouveau monde ou la nature est encore vierge (il aime) et sauvage (il adore ).
Le parfum qui empêchera tout le navire de basculer dans l'orgie générale va se révéler parfait et c'est son histoire que l'on suit à travers les âges et les continents.
Ce roman sent le jasmin le plus pur, relevé d'une pointe de citron, accompagné d'un fond d'extrait de légume ( dont je ne parlerais pas, puisqu'il sert de fil rouge à notre histoire).
Il sent la nature, la joie de vivre, l'amour physique, l'encens, les épices, la révolution, la liberté de penser et le swing.
Ouvrez les narines et respirez moi ça à fond !
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VALENTYNE
  08 décembre 2019
Genre : Loufoque mais érudit à la fois .
De temps en temps, quand j'ai envie de vraiment rire et me détendre, je lis Tom Robbins (ou Douglas Coupland qui me fait le même effet ).
L'histoire : A Seattle, Priscilla, une serveuse rentre chez elle après son boulot. Au milieu de la nuit on lui livre une betterave sur son paillasson.
La Nouvelle-Orléans, une vieille femme et son employée noire tiennent une parfumerie un peu décrépie : un inconnu balance une betterave dans le lit de V'lu (l'employée).
Paris, deux cousins dirigent une entreprise fabricant du parfum et reçoivent une betterave au courrier.
Xème siècle après JC, Alobar est roi. Il doit être exécuté car il a un cheveu blanc (tout roi montrant un signe de vieillissement est exécuté dans la semaine afin de protéger le royaume d'un affaiblissement). Il est sauvé par un stratagème mais doit fuir…
Voici pour le décor : l'histoire démarre sur les chapeaux de roues avec 4 histoires en parallèle…
On se doute rapidement que les 3 fils narratifs contemporains (1985) vont se rejoindre mais qu'en est-il du quatrième qui se passe avant le moyen âge ? Alobar va t-il fabriquer une machine à faire défiler le temps ?
La deuxième partie se passe un peu Inde puis dans une lamaserie au Tibet, puis le rythme s'accélère et on retrouve tout ce beau monde au Carnaval de la Nouvelle Orléans (quel déguisement pour nos trois héros ! ), en passant par la cour du roi Louis XIV. L'auteur me laisse pour la troisième fois sur les rotules (c'est fatigant le jitterbug…) mais ravie de l'inventivité de son discours
Priscilla restera mon personnage préféré, avec aussi le sage Alobar et son amie Kudra..
Au final il me reste de ce livre un parfum de jasmin, citron, pollen de betteraves ainsi que d'embruns, de sperme et de bouc : une explosion de senteurs et après les « cafards n'ont pas de roi » une autre théorie sur les causes de l'extinction des dinosaures …
En conclusion : Loufoque mais pas que … une réflexion sur les relations humaines, un saupoudrage de religion (traité en mode excentrique), le rapport à la mort…et la jeunesse
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critiques presse (1)
Lexpress   14 octobre 2011
Un roman drôle et profond, rythmé comme un jitterbug, cette danse jazz saccadée, dont il n'est d'ailleurs quasiment pas question dans ces 456 pages (parfaitement traduites, soit dit en passant).
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
VALENTYNEVALENTYNE   12 février 2020
La plus haute fonction de l’amour est de faire de la personne aimée un être unique et irremplaçable.
La différence entre l’amour et la logique, c’est qu’aux yeux de la personne qui aime, un crapaud peut être un prince, tandis que dans l’analyse d’un logicien, cette personne devrait prouver que le crapaud est un prince, une entreprise vouée à ternir l’éclat de plus d’une passion.
La logique impose des limites à l’amour, ce qui explique pourquoi Descartes ne s’est jamais marié. Descartes, l’architecte de l’âge de la Raison, quitte Paris, ville de l’Amour, en 1628 pour « fuir ses distractions ». Il s’installe en Hollande où, entouré de disciples et entretenu par des mécènes, il consacre études et écrits aux mathématiques et à la logique. Vers la fin de l’année 1649, il est invité à se rendre à Stockholm pour enseigner la philosophie et la reine Christine. Descartes accepte immédiatement. Peut-être parce que la paie est bonne. Il a bien fallu qu’il y ait une raison.
La reine Christine suivait ses leçons couchée. Fréquemment, elle était nue. Mais ce n’est pas le pire, tant s’en faut. Comme toutes les autres cours d’Europe, au XVIIe siècle, la cour de Suède était infestée de puces. Christine avait demandé à ses artisans de lui fabriquer un canon miniature en or et en argent. Étendue sur ses coussins, elle tirait avec son petit canon sur les puces qui lui couraient sur le corps. C’était pour cette raison qu’elle restait nue. On dit qu’elle était plutôt bonne au tir.
Le spectacle quotidien de Sa Majesté s’amusant ainsi, tandis que lui Descartes, dans son haut-de-chausses hollandais noir, s’évertuait à lui expliquer la perfection sous-jacente d’une indubitable sphère de l’Etre, était plus que son penchant rationnel ne pouvait supporter. Rapidement, il devient nerveux est pâle. Le 11 février 1650, quelques mois seulement après son arrivée à Stockholm, Descartes tomba raide mort à l’âge de cinquante-quatre ans. Christine, elle, vécut encore trente-neuf ans, ce qui lui permit de dégommer un bon nombre de puces supplémentaires.
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VALENTYNEVALENTYNE   02 février 2020
On dit que février le mois le plus court, mais vous savez, « on » pourrait se tromper.
Si on compare les pages du calendrier les unes aux autres, il paraît être effectivement le plus court. Étalé entre janvier et mars comme du saindoux sur du pain, il n’arrive pas tout à fait jusqu’à la croûte de chaque tranche. Avec ses caoutchoucs aux pieds (et jamais vous ne surprendrez février en chaussettes), il a une bonne tête de moins que décembre, bien que les années bissextiles, quand il nous fait une poussée de croissance, il arrive au nez d’avril.
Si raccourci qu’il puisse paraître par rapport à ses cousins, février dans l’impression qu’il dure plus longtemps qu’eux.
C’est la plus méchante lune de tout l’hiver, d’autant plus cruelle qu’il lui arrive de se faire passer pour le printemps, parfois pendant des heures d’affilée, pour finalement arracher son masque avec un rire sadique en crachant des stalactites de glace au visage de tous les naïfs, une conduite qui vieillit rapidement.
Février est sans merci et il est ennuyeux. Le défilé des chiffres en rouge sur le calendrier donne un résultat égal à zéro : anniversaires d’hommes politiques, journée spéciale réservée aux rongeurs, qu’est-ce que ces célébrations ? La seule bulle dans le champagne éventé de février, c’est le jour de la Saint-Valentin. Et ce n’est pas par hasard que nos ancêtres ont épinglé le jour de la Saint-Valentin sur la chemise de février : assurément, celui ou celle qui a de la chance d’avoir quelqu’un qui l’aime en ce mois frigide et nerveux a de bonnes raisons de vouloir fêter ça.
À cette réserve près qu’il « teinte les bourgeons et fait gonfler les feuilles à l’intérieur », février est aussi inutile que le deuxième r qu’il est le seul mois à avoir dans son nom. Il se comporte comme un obstacle, un coin de neige fondue, de boue et d’ennui tenant à distance à la fois le progrès et le contentement.
James Joyce est né en février, comme Charles Dickens et Victor Hugo, ce qui montre à quel point les écrivains ne sont pas très bons en matière de commencement – mais ils sont encore pire quand il s’agit de savoir où s’arrêter.
Si février a la couleur du saindoux sur le pain de seigle, son arôme et celui d’un pantalon de laine mouillé. Quant au son, c’est une mélodie abstraite jouée sur un violon qui grince, la plainte mesquine d’une mégère qui souffre de claustrophobie. Ô, février, tu n’es pas grand-chose, mais tu n’es pas long ! Si tu faisais deux fois cette fastidieuse longueur, peu nombreux sont ceux d’entre nous qui vivraient assez longtemps pour saluer le joli mois de mai.
Limité à sa durée habituelle, février parvint tout de même à faire des ravages chez Priscilia comme à la Nouvelle-Orléans. Le 2 février, jour de la Marmotte, une vague de froid parachutée donna aux bananiers une couleur de chaussures de séminariste, et nuit après nuit, le Mississippi exhalait un air du Yukon. Les petits garçons qui faisaient des claquettes pour quelques pièces dans Bourbon Street durent rivaliser avec leurs propres claquements de dents. Mis à part les claquettes et les claquements, le Carré était tellement calme et silencieux qu’il aurait pu se trouver à Salt Lake City. Même les abeilles se mirent à l’abri du gel. Où, personne n’aurait pu dire.
Quant au givre sur la citrouille personnelle de Priscilla, il n’était ni épais ni de nature à flétrir mais, typique de février, il mit du temps à fondre.
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VALENTYNEVALENTYNE   27 novembre 2019
CALENDRIER DES EVÈNEMENTS

Lundi 26 novembre après-midi : Priscilla Leister Partido se rendit dans le quartier Ballard de Seattle, où, malgré ses coups de poings, ses coups de pieds et ses hurlements qui exaspérèrent les cœurs affaiblis de tous les Norvégiens âgés du voisinage, Ricky Sinatra refusa de la laisser entrer dans son duplex.
Lundi 26 novembre, début de soirée : Priscilla s’adressa à la police qui l’informa qu’ils ne pouvaient rien faire sans mandat. Le juge qui était de permanence refusa de signer un mandat de perquisition ordonnant aux autorités de rechercher une vieille bouteille de parfum dont la propriétaire ne pouvait prouver qu’elle lui appartenait bien, bouteille qui, selon les déclarations de la plaignante elle-même, ne contenait que quelques gouttes de parfum, et qui avait été dissimulée, avant sa prétendue disparition, dans une boîte de Kotex.
Lundi 26 novembre au soir : Priscilla résista à l’envie d’appeler Wiggs Dannyboy, craignant qu’il mette en doute son histoire.
Mardi 27 novembre dans la matinée : Priscilla alla voir un avocat. Celui-ci téléphona à Ricki, qui l’assura qu’elle n’avait aucune bouteille de parfum, qu’elle n’en portait jamais, qu’elle n’était pas au courant de l’existence de l’antique bouteille en question (n’ayant, au cours de ses nombreuses visites dans l’appartement de la cliente, ni vu, ni entendu parler d’une telle bouteille), et qui invita l’avocat à venir en personne fouiller son duplex, sa voiture et son casier au Ballard Athletic club. L’avocat fut convaincu que Ricki disait vrai.
Mardi 27 novembre, début de soirée : Ricki, la barmaid, et Priscilla, la serveuse, se lancèrent des noms d’oiseaux dans le salon-bar du El Papa Muerta, la serveuse qualifiant la barmaid de « gouine voleuse et revancharde », et la barmaid traitant la serveuse de « menteuse, infidèle, traînée maladroite ». Des collègues durent les séparer et elles furent réprimandées par la direction.
Vers minuit, mardi/mercredi 27/28 novembre : Priscilla trouva un billet sous sa porte, l’invitant pour le dîner de Thanksgiving donné à la fondation Qui rira le dernier en l’honneur du célèbre parfumeur français Marcel LeFever et du Docteur Wolfgang Morgenstern. Le billet, tapé à la machine, était très formel, mais il portait en signature un gribouillage des plus excentriques, ressemblant à des traces qu’auraient laissées la queue boueuse d’un buffle d’Asie : « Grosses bises, Wiggs. »
Mercredi 28 novembre, début de soirée : À la suite d’un second échange animé au El Papa Muerta, au cours duquel la serveuse Priscilla exigea plusieurs fois que la barmaid Ricki lui rende une bouteille de parfum dérobée, la serveuse Priscilla fut renvoyée. Elle fut raccompagnée à la sortie et informée qu’elle devait rendre sa robe style marin dans les vingt-quatre heures sous peine de poursuites. La serveuse Priscilla proposa d’enlever l’uniforme sur-le-champ, mais le directeur, en dépit d’une certaine titillation lubrique, insista pour que la robe soit nettoyée d’abord, étant donné qu’elle était généreusement mouchetée de salsa suprema. « C’est du ketchup, vous le savez parfaitement », lui répondit Priscilla.
Mercredi 28 novembre au soir : Priscilla fit un arrêt au Bar & Grill chez Ernie Steele où elle entreprit de s’enivrer suffisamment pour oublier où elle avait garé son vélo (qu’elle abandonna ensuite), mais pas au point de céder au désir brûlant d’appeler le Dr Dannyboy.
Vers minuit, mercredi/jeudi 28/ 29 novembre : Priscilla rentra chez elle à pied (et en chancelant) et trouva un nouveau message, qui l’informait cette fois qu’en arrivant à New York Marcel LeFever avait appris le décès de son oncle, Luc, le patron des parfums LeFever, et était rentré de toute urgence à Paris. Le dîner de Thanksgiving était annulé. Wiggs ajoutait qu’il espérait néanmoins voir Priscilla bientôt. Le message était accompagné d’une betterave. La betterave était accompagnée d’un arôme paillard. Priscilla lança la betterave de toutes ses forces à l’autre bout du couloir. Elle heurta la porte d’un innocent locataire, interrompant probablement un monologue de Johnny Carson.
Jeudi 29 novembre au matin : Priscilla s’affala sur le canapé, s’affalant par la même occasion dans une congère de neige noirâtre ; s’enfonçant dans la paisible vie nocturne d’une ville de laine, une Venise souterraine inondée d’encre où l’on parlait un langage de bulles, et où les malheurs comme des meubles dans un entrepôt, sont recouverts d’épais couvre-lits bleus.
Jeudi 29 novembre dans l’après-midi : le groupement funèbre d’une centaine de millions de sacrifices pour Thanksgiving ne parvint pas à la réveiller.
Vendredi 30 novembre au matin : toujours endormie.
Vendredi 30 novembre dans l’après-midi : même chose.
Vendredi 30 novembre au soir : Priscilla fut ramenée à la surface par des coups frappés à sa porte. Elle se leva, s’étira et alla ouvrir à Wiggs Dannyboy. Elle accueillit d’un baiser. L’intérieur de sa bouche était aussi blanc que celui d’un serpent des marécages. Cela ne le gêna pas, apparemment ; au contraire, de sa langue vive et fraîche il caressa celle de Priscilla, chargée et plutôt léthargique. Lui enlevant son collant, il la prit à même le sol, alors qu’elle était encore vêtue de sa robe style marin. Revigorée maintenant par quarante heures de sommeil et un orgasme a lui ébranler la colonne vertébrale, elle avait du mal à croire à la sensation de bien-être qui l’envahissait. Elle était étendue dans les bras de Wiggs ronronnant comme une Rolls-Royce qui vient d’apprendre que, finalement, elle ne sera pas vendue à un Arabe.
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chocobogirlchocobogirl   28 novembre 2011
La betterave est le plus profond de tous les légumes. Le radis, convenons-en, est plus fiévreux, mais le feu du radis est un feu froid, ce n'est pas le feu de la passion, c'est celui du mécontentement. Les tomates ne manquent pas de vigueur ; toutefois, il court en elles une veine de frivolité. Les betteraves, elles, sont terriblement sérieuses.
Les peuples slaves doivent leurs caractéristiques physiques aux pommes de terre, leur inquiétude sourde aux radis, et leur sérieux aux betteraves.
La betterave, légume mélancolique par excellence, est le plus disposé à souffrir. Essayez donc de faire couler du sang en pressant un navet...
La betterave, c'est l'assassin qui retourne sur les lieux de son crime. La betterave, c'est ce qui arrive lorsque la cerise finit avec la carotte. La betterave, c'est l'ancienne ancêtre de la lune d'automne, barbue, enterrée, presque fossilisée, les voiles vert foncé du bateau lunaire échoué, cousues de veines où coule un plasma primitif ; la ficelle du cerf-volant qui reliait autrefois la Lune à la Terre ; barbe boueuse, désormais, forant désespérément le sol à la recherche de rubis.
La betterave était le légume préféré de Raspoutine. Ça se voyait dans ses yeux.
En Europe, on cultive beaucoup une grosse betterave appelée betterave fourragère. Peut-être que c'est cette betterave fourragère que l'on voit chez Raspoutine. A n'en pas douter, il y a de la betterave fourragère dans la musique de Wagner, même si c'est le nom d'un autre compositeur qui commence par B-e-t-, pardon, B-e-e-t...
Bien sûr, il y a des betteraves blanches, desquelles suinte du jus sucré et non du sang, mais celle qui nous intéresse, c'est la betterave rouge ; la variété qui s'empourpre et enfle comme une hémorroïde, une hémorroïde contre laquelle il n'existe aucun remède.
(En fait, il y a bien un remède : demandez à un potier de vous faire un anus en céramique - et quand vous ne serez pas assis dessus, vous pourrez toujours l'utiliser comme bol pour déguster votre bortsch.)
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VALENTYNEVALENTYNE   07 décembre 2019
Kudra aimait ses bébés. Un jour, après une douzaine d’années de mariage, elle se mit à aimer son mari aussi. Cela se passa le matin suivant la célébration de Mahashivaratri – la Grande Nuit de Shiva -quand, affaibli par le jeûne et la langue déliée par une sorte de gueule de bois spirituelle, Navin révéla à Kudra qu’il adorait les chevaux et que, pendant sa jeunesse, il avait caressé l’impossible espoir de voir un miracle l’élever au-dessus des Vaisya, la caste des marchands, et gagner la caste supérieure des Kshatriya, celle des guerriers, pour pouvoir monter à cheval. Confier cette aspiration ridicule lui faisait honte, mais Kudra fut touchée d’apprendre que son mari, tout comme elle, gardait enfermé au plus profond de lui-même un désir blasphématoire. Cela faisait d’eux des partenaires dans un sens nouveau, plus intime, et chaque fois qu’elle pensait au secret de son mari, elle tendait la main par-dessus le récipient à corde et le caressait tendrement. Elle ne lui fit pas part de son propre rêve caché, parce qu’elle ne savait pas comment l’exprimer. Tout ce qu’elle savait, c’était que ce rêve la tourmentait, qu’il sentait bon et qu’il était toujours là.
Environ un mois après l’aveu de Navin, une colonne de guerriers s’arrêta à la boutique pour commander des brides d’apparat personnalisées tressées avec des clochettes et des glands pour leurs destriers. Kudra attira leur chef à l’écart et, usant de son charme, le persuada de proposer à Navin de monter son cheval.
– Oh, non, non, je ne pourrais jamais, s’écria Navin.
– Allez, l’exhorta Kudra. Saisis ta chance. Simplement l’aller-retour d’ici au temple.
L’officier, dont le regard était attiré par les hanches pleines de Kudra, aida Navin à monter et donna à l’imposant cheval une claque qui le fait partir au galop. Navin, terrifié, se pencha trop loin en avant et fit un plongeon dans un amas de rochers. Son crâne se fendit comme un bol de lait, répondant au grand jour, en même tant que son sang et sa cervelle, son ambition interdite.

Pendant quelques jours, Kudra envisagea sérieusement de rejoindre le corps de Navin sur le bucher funéraire. Non pas parce qu’elle se sentait responsable de sa mort – la culpabilité est une émotion névrotique que le christianisme devait exploiter au mieux de ses intérêts économiques et politiques ; l’hindouisme était plus sain à cet égard –, mais parce que, confrontée au veuvage, elle se rendit compte que l’affreuse description que sa mère lui en avait faite était, et ce n’était rien de le dire, minimisée.
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