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ISBN : 2253904821
Éditeur : Le Livre de Poche (04/02/2015)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 110 notes)
Résumé :
Ce livre retrace l'histoire intense de John Riccobono alias Jon Roberts. Né dans la famille Gambino affiliée à la Mafia new-yorkaise, Jon a sept ans quand il est témoin d'un meurtre commis par son père et doit apprendre la loi du silence. Suivant la voie qu'on lui a tracée, il fait ses armes comme "soldat" du clan Gambino puis s'engage dans les marines et donne libre cours à sa sauvagerie naturelle au Vietnam. On le retrouve à vingt-deux ans à New York, où il superv... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
Franckync
  30 avril 2018
Titre : American Desperado
Auteurs : Jon roberts et Evan Wright
Editeur : 13 E note éditions
Année : 2015
Résumé : American Desperado est l'autobiographie de Jon Roberts, rédigée avec la collaboration d'Evan Wright, romancier et grand reporter. Jon a 7 ans lorsqu'il assiste à son premier assassinat. Son père, homme de main de la famille Gambino, tire dans la tête d'un automobiliste refusant de lui laisser le passage…Plus tard le jeune homme suivra la voie de son paternel jusqu'à son enrôlement forcé dans l'armée américaine où sa sauvagerie et son manque de considération pour la vie humaine feront des merveilles. Jon est un monstre et un psychopathe, sur son chemin les cadavres s'accumulent, son intelligence et ses méthodes expéditives vont bientôt faire de lui l'un des plus grands trafiquants de drogue américains et le principal passeur de stupéfiant de Pablo Escobar.
Mon humble avis : La fascination exercée par les mauvais garçons est un phénomène universel et partagé par beaucoup. Au cinéma ou en littérature les histoires de meurtres, les destins funestes de voyous, les épopées sur le grand banditisme sont légions et rencontrent des succès retentissants. le petit écran ne déroge pas à la règle, les séries tels que Narcos, Breaking Bad ou Peaky Blinders monopolisent l'attention et je ne serai pas étonné qu'un jour prochain l'existence de Jon Roberts soit portée à l'écran. Car il faut bien l'avouer, la vie de ce gangster est hors-norme et même si certains passages sont à la limite du supportable (Au Vietnam Jon fut spécialisé dans la torture et l'écorchement vif de ses ennemis, plus tard son garde du corps, d'un naturel distrait, oubliait fréquemment des cadavres dans son coffre) il faut bien avouer que son détachement, son attirance assumée pour le mal en font un personnage pour le moins particulier (je n'ose pas écrire passionnant…). Dans American Desperado point de grandes phrases ni de recherche stylistique, nous sommes ici dans le brut, dans l'hémoglobine, dans le sexe cru, dans les règlements de compte sanglants, dans la baston à coups de battes de Base-Ball, dans le meurtre le plus sordide. Certains seront écoeurés d'autres adoreront, je fais partie de cette deuxième catégorie et j'ai dévoré les 700 pages de ce pavé en un week-end. Si Roberts est un tueur et un homme terrifiant que dire des personnages qui ont évolué à ses côtés ? Tous plus barrés les uns que les autres, obsessifs, malades mentaux, l'auteur dresse une série de personnages hauts en couleurs, des hommes et des femmes infréquentables, obsédés par le crime et l'argent. Dans ce microcosme point de salut, les protagonistes (dont beaucoup de célébrités) apparaissent, disparaissent, se font trucider au rythme des déplacement de Jon. Mythomane avéré ? Psychopathe ? Génie du crime ? Tout est vrai chez Jon Roberts, tout est excessif, tout est à la marge, tout est plus fou, tout est plus fort. Bienvenue en enfer, l'enfer de la solitude, du meurtre, l'enfer d'un homme sans remords, sans aucune empathie ni pitié. Si American Desperado est un bouquin glaçant, il s'agit également d'un témoignage extrêmement précis sur les agissements de la mafia et les méthodes des contrebandiers. Affilié au cartel de Medellin (Ochoa, Escobar pour les connaisseurs) Roberts qui bénéficia même de l'appui de l'Etat américain quand il s'agissait d'alimenter les contras nicaraguayens en armes de guerre (encore une histoire de dingue) sera l'un des pivots du trafic de drogue aux USA. Tour à tour homme de main, mafieux, tenancier de clubs à New-York, trafiquant de drogue, la vie de cet homme fut folle, sauvage et toute entière dédiée au crime. Non dénuée d'un humour grinçant et noir, cette oeuvre est pour le moins marquante et à l'image de son auteur : cruelle et déjantée. Comme le répète à l'envie Roberts, ce livre est la preuve implacable que parfois le crime paie. Immoral et irritant vous dis-je.
J'achète ? : Si tu es fan de la série Narcos, si tu considères que le cinéma de Scorcese est immense, si tu vénères Mario Puzo et son parrain et si tu as le coeur bien accroché alors ce livre t'es destiné. Un livre monumental dans son genre.
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Aaliz
  18 août 2014
« Toute ma vie, j'ai choisi le camp du mal. Personne n'aurait pu me convaincre de faire autrement. Je n'en aurais rien eu à foutre que Dieu apparaisse sur l'autoroute en me disant : « Hé, Jon, c'est moi, Dieu. Laisse tomber le camp du mal, toutes ces conneries, et je prendrai soin de toi. » Pas de danger que ça arrive, j'ai toujours été trop fidèle à Satan. […] Après avoir bossé pour lui toute ma vie, je pense être l'un de ses meilleurs représentants. »
C'est en 1948 au sein d'une famille liée à la mafia que naît Jon Riccobono alias Jon Roberts alias Cocaïne Cowboy. Jon grandit dans le milieu, accompagnant, très tôt déjà, son père mafioso, dans ses tournées. A 7 ans, une scène le marquera pour toujours et déterminera sa vision du monde et sa propre personnalité :
« Je pense que ce meurtre m'a transformé. Dorénavant, mes réactions ne seraient plus celles d'un type normal. […] Mon père avait fait de moi un soldat […] m'avait donné une autre leçon en abattant cet homme devant moi : il m'avait montré que l'impunité, ça existe. Ce n'est pas ce qu'on nous enseigne à l'école. Il n'est pas allé en prison, Dieu ne l'a pas puni en lui emportant une jambe ou en lui collant un cancer ; son geste n'a rien changé au cours des choses. Morale de cette histoire : tout est permis à condition de ne pas se faire coincer. Peut-être la meilleure leçon que j'aie jamais reçue ! »
Adolescent, Jon se lance dans le braquage. Les bagarres de rue, la violence, ne lui font pas peur, au contraire ! N'écoutant que lui-même, Jon finit par déraper et se faire arrêter. Il échappe à la prison en s'engageant pour la guerre du Viêt-Nam. Là où d'autres sont devenus fous devant les atrocités commises, Jon ne ressent rien et reste totalement indifférent. Torturer ne lui procure pas forcément de plaisir mais ne lui cause aucun scrupule non plus. A son retour, il réintègre bien vite le milieu et la « famille » en se chargeant de la gestion d'un ensemble de clubs-discothèques. Il reprend son activité favorite et braque les étudiants petit-bourgeois accros à la drogue.
Impliqué dans une sale affaire d'enlèvement, il doit « disparaître » et s'installe à Miami. Il y intègre les cercles cubains puis colombiens, s'adonnant au trafic de cocaïne et il devient alors un des pivots du cartel de Medellin côtoyant les grands noms du crime organisé américain : Don Ochoa, Meyer Lansky, Pablo Escobar etc…
Evan Wright, journaliste, entreprend de recueillir les souvenirs d'un des plus célèbres criminels que les USA aient connus : Jon Roberts. American Desperado est le résultat de cette enquête et retrace la vie du Cocaïne Cowboy. Plongée abyssale dans les milieux mafieux et du trafic de drogue, l'ouvrage se présente à la fois comme une autobiographie à la première personne et comme un documentaire. La parole alterne entre le témoignage de Jon, ceux de ces anciens acolytes, de sa famille et les interventions de Evan Wright qui profite de ces encarts pour préciser, expliquer certains points mais aussi revenir sur certaines affirmations de Jon remises en cause par des témoignages divergents ou par l'absence de preuves.
Le ton est celui d'un homme extrêmement sûr de lui, qui ne regrette absolument rien et ne cherche nullement le pardon ou la rédemption. Si on peut être amener à le haïr profondément dans les premières pages, on finit par lui trouver un côté attachant. Sa loyauté, sa fidélité à ceux qui ne l'ont jamais trahi, sa capacité à comprendre les revirements de quelques-uns de ses amis et sa réticence à s'en prendre à eux lorsqu'on le lui demande éclairent un peu ce sombre tableau. Il n'en reste pas moins que Jon est un homme violent, parfaitement lucide sur ce qu'il est et ce qu'il fait et très intelligent. Tout au long de son parcours, il a su s'entourer des plus compétents à l'instar d'un Mickey Munday génie du bricolage capable de vous transformer un vieux rafiot en navire furtif de la dernière génération. C'est grâce à ce don pour dénicher les « talents » et à son efficacité que Jon a pu monter rapidement les échelons passant de la simple distribution à la gestion du transport de la cocaïne. Son témoignage permet de découvrir toutes les facettes du trafic de drogue jusque dans les détails explicitant les façons d'opérer, les techniques utilisées, les moyens matériels employés.
On est abasourdi devant l'incroyable organisation et les rouages si bien huilés de cette grande machine criminelle. Les combines pour déjouer la surveillance des autorités permettent à Jon d'avoir longtemps le dessus dans ce que l'on appelle alors « la guerre contre la drogue » des années 70-80. La police, la douane, les garde-côtes, DEA, FBI se font mener en bateau pendant que la CIA travaille à ses intérêts en n'hésitant pas à recruter au sein même du milieu. Jon lui-même devra accepter une mission. D'autres retourneront définitivement leur veste et finiront leur carrière aux services-secrets.
Si on sait que le point de vue de Jon est obligatoirement subjectif et partial, qu'il peut avoir exagéré ou édulcoré certains faits, il nous permet de constater que la réalité atteint voire dépasse la fiction. Sa période ado a des relents d' Orange Mécanique. Son parcours, un mix du Parrain, des Affranchis et de Scarface. Il ne nous épargne rien et nous parle de la même façon autant des scènes glauques et violentes que des anecdotes et péripéties les plus ubuesques. Il n'épargne personne non plus, célébrités, fonctionnaires de police, politiciens, juges, avocats, procureurs. La corruption permet de tout absoudre. Mieux encore, la guerre contre la drogue a permis aux trafiquants du cartel de Medellin de prendre de l'ampleur !
« Ce qui était drôle, c'est que plus la Concurrence arrêtait les trafiquants, mieux c'était pour nous : elle les éliminait du marché.[…] La guerre menée contre la drogue a aidé le cartel de Medellin à contrôler quatre-vingts pour cent du marché américain de la cocaïne. En 1985, il n'y avait plus que nous. […] Merci le gouvernement ! »
American Desperado est une lecture étonnante, intense, instructive. le Mal inspire beaucoup cinéastes et écrivains. On ne sait pas toujours où s'arrête la fiction. Dans le cas de Jon, il ne s'agit pas de fiction bien que la forme de son témoignage tienne plus du thriller que de la confession. Cette immersion dans la peau et l'âme d'un grand criminel effraie mais passionne.
Bref, si vous souhaitez tout savoir sur comment bien frapper un type avec une batte de baseball ou avec un flingue, comment se débarrasser proprement d'un cadavre, comment éviter la prison si vous vous faites pincer, comment utiliser l'aviation militaire et les propriétés gouvernementales pour faire passer de la drogue sur le sol américain, comment contourner les contrôles des douaniers et des gardes-côtes et tout simplement comment vous faire un max de blé au nez et à la barbe des autorités, alors vous savez ce qu'il vous reste à lire.
Bienvenue en enfer !

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encoredunoir
  26 décembre 2013
Drôle d'objet que cet American desperado, format semi-poche mais gonflé aux anabolisants (700 pages bien tassées), témoignage d'un acteur majeur du trafic de cocaïne à Miami dans les années 70-80, Jon Roberts, recueilli par un journaliste habitué de l'underground, j'ai nommé Evan Wright.
Un livre étonnant donc, de par les anecdotes échevelées qu'il nous donne à découvrir (imaginez un garde du corps catcheur appelé La Chose, dopé aux stéroïdes pour chevaux et qui se taillade seul le visage avec des lames de rasoir pour le spectacle, faisant littéralement avaler un flingue à un type avant de le lancer par terre histoire de voir s'il rebondit), et par le parcours hors du commun de Roberts, fils d'un mafioso proche de Lucky Luciano, soldat de la famille Gambino à New York avant de devoir s'exiler à Miami où il devient en quelques années le délégué local du cartel de Medellín.
Un témoignage intéressant aussi de prime abord du fait de l'apparente admission par Roberts de sa propre méchanceté tout en gardant conscience de la différence entre le bien et le mal ; à la différence, se rend-il d'ailleurs compte, de la société dans laquelle on vit aujourd'hui. Ainsi American desperado s'ouvre-t-il par une scène édifiante racontée par Evan Wright. Durant une pause lors d'un match de basket, le speaker annonce au public « Mesdames et messieurs, Jon Roberts de Miami, l'authentique cocaine cowboy, est parmi nous ce soir ! ». Les voisins de Roberts dans les gradins se mettent alors à la prendre photo tandis que son image est retransmise sur les écrans géants. Cette gloire ambivalente qui fait que Roberts est devenu une icône de la culture rap, un homme courtisé par le cinéma inspire au principal intéressé la réflexion suivante : « À l'époque où je suis né, l'Amérique était un pays propre où quelqu'un dans mon genre n'aurait pas été applaudi. C'est comme la musique que mon fils écoute, de la merde gangsta pondue par des mecs qui ne savent même pas s'exprimer correctement. Si c'est ce que les gens apprécient de nos jours, pas étonnant qu'ils m'applaudissent. »
Toute l'ambiguïté de ce livre pourrait tenir dans cette déclaration. Car, après tout, Jon Roberts a activement participé à faire de ce monde qu'il méprise ostensiblement ce qu'il est. Il ne s'en défend d'ailleurs nullement mais cela ne l'empêche pas, sous couvert de livrer un témoignage froid, d'en tirer malgré tout une certaine gloire. Par ailleurs, s'il affirme parler sans ambages, Jon Roberts tend avant tout à raconter les crimes des autres dès lors que le sang est versé. Pour le seul meurtre dans lequel il se dit directement impliqué, il n'admet rien d'autre que d'avoir aidé à fuir celui qui a commis l'assassinat. de fait, on peut légitimement penser que la crainte de poursuites a nettement bridé le témoignage de Roberts en dehors des faits – le trafic à très grosse échelle de cocaïne – pour lesquels il avait déjà purgé sa peine au moment de livrer ces entretiens à Wright. L'autre côté ambigu tient dans cette propension de Roberts à se dire mauvais par nature tout en présentant les hommes qui l'ont entouré comme des crétins ultraviolents face auxquels il se serait imposé grâce à son intelligence avant de clôturer son témoignage par une sirupeuse déclaration à sa femme et son fils qui auraient fini par lui faire découvrir la vraie valeur de l'amour.
C'est donc avec une certaine distance qu'il convient d'aborder American desperado, en gardant bien en tête la partialité du témoin. Il n'en demeure pas moins que, comme le témoignage d'Henry Hill recueilli par Nicholas Pileggi (Wiseguy, adapté au cinéma par Scorcese - Les affranchis, 1990) ou celui de l'agent du FBI Joe Pistone (Donnie Brasco, adapté aussi au cinéma mais par Mike Newell en 1997), il permet de découvrir l'envers du décor de ce genre d'entreprise criminelle et de s'apercevoir que l'on est parfois très proches des clichés, sauf en ce qui concerne le supposé génie du crime dont ces gangsters seraient les grands récipiendaires. Car ce qui ressort nettement du témoignage de Jon Roberts, c'est que ceux qui s'en tirent le mieux là-dedans sont moins les criminels que les juges et politiciens corrompus que l'on croise régulièrement dans cette histoire et qui n'ont même pas besoin de tirer les ficelles. Si Roberts et ses complices font preuve d'une évidente intelligence situationnelle, ils n'en demeurent pas moins des hommes aux capacités sociales et intellectuelles limitées compensées par une assurance et une violence hors du commun qui leur permettent d'atteindre des sommets avant de s'écrouler invariablement comme le montre d'ailleurs bien la chute de Roberts.
Au final American desperado, malgré un arrière-goût de déjà vu et une longueur parfois un peu rebutante , se révèle être un ouvrage intéressant, voire même prenant à certains moment, qui bénéficie d'une fort bonne mise en forme et en perspective par Evan Wright. Un livre pour les curieux, alternant les scènes les plus glaçantes et les moments plus amusants quand ils ne virent pas même au grand guignol ; la révélation d'une autre face de l'Amérique.

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Bibliozonard
  06 novembre 2013
Un livre que je vous recommande chaudement.
Non pas par goût du sang et du crime inqualifiable, mais bien pour la découverte d'une organisation hors-norme. Un système aux implications et aux ramifications plus surprenantes que le citoyen lambda ne pourrait l'imaginer. Jon Roberts nous raconte avec franchise — et parfois quelque peu embellie — son incroyable ascension dans une économie parallèle, où il atteint son apogée avec un des cartels de drogue les plus connus au monde. le cartel de Medellín. Réseau dont le célèbre Pablo Escobar, ami et associé du général Noriega, était le numéro deux. Escobar était important au point d'être la 7e fortune mondiale en 1987 avec un montant estimé à 25 milliards de dollars, selon le magazine Forbes de 1987 ! Imaginez que c'était des tonnes qui circulaient chaque mois. Son succès s'expliquait entre autres par l'usage de systèmes similaires au contre-espionnage…
Jon Roberts était un logisticien malin au point que la plupart de ceux qui bossait pour lui ne savaient pas qui il était. C'était un homme en colère constamment (dû au sentiment d'abandon de ses parents et dû au manque de reconnaissance dès son plus jeune âge). Un révolté en pleine beat génération. Un contestataire violent (un outcast = les exclus de la société) qui prend forme dans les années 60. Il devient un des rois de la fête de la libéralisation des idées avec une opportunité énorme sur le marché de la coke après son passage au Vietnam en 1967. C'est chaud comme la braise qu'il rencontre l'année 68 dans la Mafia (pour les Gambino) à NY. Trop surveillé, il se fera oublier à Miami quelques années plus tard. Là-bas, il deviendra, dans les années 70-80, l'intermédiaire de la famille colombienne Ochoa (celle qui à la main mise sur le cartel de Medellín) aux États-Unis.
Jon était un homme trop fier pour reconnaître avoir de la tendresse, d'après Judy sa soeur qui a vainement essayé de le recadrer. C'était un personnage impitoyable, catégorique qui s'assumait et qui se faisait un trip de tromper la justice. Selon lui, le film « Scarface » en 1983 était risible :
« Bien que crédible, la violence du film m'a fait marrer quand je l'ai vu au cinéma parce que mon approche était à l'opposé de celle d'al Pacino. Moi je recrutais des Américains discrets qui voulaient juste mettre du beurre dans leurs épinards. J'ai toujours essayé de faire mon travail en usant le moins possible de la violence. C'était vraiment ce que je voulais. » (p434)
Et on découvre pendant 700 pages comment il s'y est pris. Avec l'aide du journaliste/reporter Evan Wright. Celui-ci a offert un remarquable boulot de précision et de vérification. le rendu est si bon que le livre se lit en deux temps trois mouvements. Une vraie ode au crime organisé et à sa chute progressive…
Pour conclure, je dirais que c'est une guerre sans fin. Les criminels de toutes factions sont comme les cafards. Ils ont une très forte propension à s'adapter aux différents poisons qu'ils peuvent rencontrer. C'est pourquoi de génération en génération, ils sont toujours aussi tenaces et difficiles à éradiquer. C'est une question de moyens financiers. Et Dieu sait que le pouvoir de l'argent ouvre une infinité de portes.
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Alaindexe
  13 septembre 2015
À cinq ans, Jon voit son père tirer sur un homme. Son père était Nat Riccobono, tueur à la solde de Lucky Luciano, le patron de toutes les familles de la mafia de NY. « À neuf ans, j'étais incapable de mettre des mots sur ce qu'il m'enseignait. C'est devenu clair quand j'ai grandi : le mal est plus fort que le bien. Tuer, faire souffrir, faire peur, ça donne la maîtrise des situations et le pouvoir sur les gens. » [p. 36] En 1959, Nat Riccobono est expulsé en Sicile. Laissé à lui-même, Jon se joint à une bande de voyous du New Jersey, les Outcast, avec qui il apprend les rudiments de la vie de criminel.
À 16 ans, il se met à bosser pour son oncle Sam Riccobono, autre criminel endurci. Il est chargé de terroriser les mauvais payeurs. À la suite d'une affaire qui tourne mal, il est inculpé pour enlèvement et tentative de meurtre et envoyé en taule où il est repéré par les recruteurs de l'armée à l'affût de ce genre de type hyper violent : « Si tu t'engages, on efface ton casier judiciaire. » [p. 92] Jon se retrouve donc dans un camp de l'armée pour subir sa formation. Il est ensuite expédié au Viet-Nam dans une section de reconnaissance sous les ordres du sergent Steve Corker, réputé pour laisser un sillage de cadavres derrière lui. Son expérience dans les rues de NY ne l'avantage peut-être pas, mais « mieux que la plupart des gens, je pouvais supporter la douleur… et l'infliger. » [p. 95] En 1968, il est rapatrié aux É-U, suite à une explosion qui lui ouvre le dessus du crâne et l'oblige à avoir une plaque de métal.
Lorsqu'il est remis sur pied, il parle à Carlo Gambino de son projet de prendre le contrôle de certaines discothèques de NY. Gambino accepte mais l'oblige à s'associer à Andy Benfante, son ancien garde du corps. Ensemble, ils se mettent à écumer les club non-protégés par la mafia et partent sur une sacrée galère. Pour parvenir à les infiltrer, ils recrutent Bradley Pierce, un type naïf qui connaît tout le gratin de la ville : « J'ai fini par comprendre que Jon et Andy étaient de la mafia. Mais pour moi, l'esprit peace and love de l'époque passait avant les étiquettes et je voyais Jon comme un être humain. Je pensais qu'en allant avec amour vers les gens, quels qu'ils soient, on était forcément payé de retour. » [p. 150] Pendant que Bradley s'occupe des stars, Jon s'assure que tout roule sur des roulettes : « Si jamais quelqu'un cherchait la bagarre, des mecs à moi le traînaient dans l'arrière-salle pour le tabasser à mort, ou presque. Voilà comment je préservais l'esprit peace and love.» [p. 152] Un des passages les plus marrants est lorsqu'ils mettent du LSD dans le punch aux fruits. Ed Sullivan[1], un animateur de la télé réputé antidrogue, en vide un grand verre. le pauvre est si défoncé qu'il doit annuler son émission –The Ed Sullivan Show– plusieurs soirs d'affilée, ce qui rend furax l'oncle de Jon, fidèle téléspectateur de l'émission.
Après avoir bourlingué dans les clubs durant 5 années et avoir été impliqué dans plusieurs affaires louches –dont le meurtre d'un flic–, l'avocat de la famille lui conseille de quitter NY. Craignant pour sa vie, il saute dans une vieille Buick avec 600 $ en poche et un .38 et roule jusqu'à Miami. Là-bas, il contacte Bobby Erra, le fils d'un mafioso aussi cinglé que lui.
Son ascension comme cocaïne cowboy est fulgurante. Il s'associe d'abord à Albert San Pedro, un Cubain dont le passe-temps est de foutre le feu aux maisons de ceux qui lui résistent et de découper ses victimes à la scie à chaîne et donner les morceaux en pâture aux alligators. Jon finit par renconter Max Mermelstein, le représentant du cartel de Medellin à Miami. Il se lance alors dans l'importation et la distribution de cocaïne. Cette partie du livre est quasi surréaliste tant les faits dépassent l'entendement. L'importation de centaines de kilos de cocaïne requiert une organisation particulièrement bien huilée et le génie déployé par Jon et ses associés pour déjouer la DEA[2] et les Garde-côtes est remarquable. Avec tous ces millions qui lui tombent du ciel vient aussi un style de vie extravagant ; mannequins, cocaïne, voitures sport, maisons luxueuses, hélicoptères, bateaux… et nombre d'anecdotes hilarantes.
Lorsqu'il se fait finalement arrêter, il est condamné à 300 ans de prison pour avoir importé 56 tonnes de cocaïne : « Selon l'acte d'accusation fédéral, Max et moi, «représentants américains» du cartel de Medellin, avions passé en contrebande pour deux milliards et demi de coke… » [p. 690] Pour alléger sa peine, Jon dénonce certains collaborateurs dont le général Noriega : « Ce pédophile m'avait fait perdre cent cinquante millions de dollars ! » [p. 691] Sa peine de prison s'allège alors de 297 ans et il n'en purge que 3, « une farce au regard de mes crimes. » [p. 691]
Le récit est mené sous forme d'entrevues –la principale étant avec Jon Roberts. L'auteur, Evan Wright, a admirablement bien rendu la langue et l'humour acéré de Jon Roberts, et on se surprend à embarquer entièrement dans le récit, surtout lors des 200 premières pages. Evan Wright réussit à nous faire ressentir l'extraordinaire sensation de liberté d'un desperado qui vole, tabasse et tue en toute impunité. le récit conserve tous les noms des criminels, policiers, juges et politiciens impliqués, ce qui ajoute au réalisme. Avec ce livre, Jon Roberts entre par la grande porte au panthéon des criminels de renom. Si vous aimez les récits de gangsters, vous ne pouvez passer à côté de ce livre.
* écrit avec Jon Roberts.
[1] Il lança notamment Elvis Presley et les Beatles.
[2] Drug Enforcement Agency.
© Alain Cliche 2014
Lien : https://alaincliche.wordpres..
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encoredunoirencoredunoir   26 décembre 2013
À l’époque où je suis né, l’Amérique était un pays propre où quelqu’un dans mon genre n’aurait pas été applaudi. C’est comme la musique que mon fils écoute, de la merde gangsta pondue par des mecs qui ne savent même pas s’exprimer correctement. Si c’est ce que les gens apprécient de nos jours, pas étonnant qu’ils m’applaudissent.
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Vidéo de Jon Roberts

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