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ISBN : 2905373431
Éditeur : Ubacs (01/03/1995)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
L'expérience de «Poésie sans passeport» constitue la phase majeure du travail d'Armand Robin : associant l'oeuvre de critique et de «non-traducteur», chaque émission est une sorte d'atelier où se met en forme un motif linguistique destiné à porter un thème, lui-même issu de l'oeuvre personnelle laissée à l'abandon. Ce qui résulte de ce bricolage naïf, malicieux et toujours intelligent, c'est une épopée lyrique, délivrée d'auteur, qui invente un genre nouveau en expl... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Erik35
  05 septembre 2017
UNE ONDE DE POÉSIES.
Armand Robin, poète, traducteur, écouteur et producteur de radio, anarchiste aussi, est un personnage complexe et énigmatique. Déraciné de sa culture bretonne natale, issu d'une langue qui ne s'écrit pas mais se dit et se chante, il consacre sa vie à comprendre les langues du monde et à transmettre leur poésie par des “non-traductions”. Dans le domaine radiophonique, Armand Robin se distingue de deux façons : en tant qu'écouteur professionnel des radios internationales et en tant que producteur d'une émission nommée Poésie sans passeport.
Cette seconde expérience d'Armand Robin avec la radio, celle qui nous intéresse ici, est de nature différente d'avec la première, liée à la guerre : il passe du côté de la production. Cependant, elle convoque à nouveau sa capacité à comprendre et à restituer des langues étrangères. Cette fois, c'est de poésie qu'il s'agit. le nom d'Armand Robin poète est suggéré au jeune réalisateur Claude Roland-Manuel par Jean Tardieu qui dirige le Club d'essai de la RTF. Leur coopération donnera naissance à Poésie sans passeport de 1951 à 1953, “dix-huit émissions sur des poèmes en dix-huit langues, traduits et présentés de manière à donner l'impression à l'auditeur – par oppositions et superpositions de la langue originale et de la traduction –, le sentiment qu'il les percevait dans leur forme primitive.”
Françoise Morvan, qui a répertorié et retranscrit dans la mesure du possible douze de ces émissions en neuf langues différentes, propose une description de l'architecture sonore employée : “(…) le réalisateur utilisait la qualité même des voix – leur gravité, leur timbre, l'alternance de voix masculines et féminines, l'accent étranger, le phrasé – il jouait de l'éloignement, de l'effacement progressif, de l'emphase ou de la rapidité, entre autre données qu'il n'est pas envisageable de transcrire.”
Les propos d'Armand Robin sur ses non-traductions radiophoniques sont précieux. Il précise, dans l'émission du 14 octobre 1951, consacrée à André Ady et à la poésie en langue hongroise : “Je dois, faute de mieux, garder le terme de traduction. En fait, à aucun moment, je n'ai eu le sentiment de traduire. Par contre, j'ai perçu maintes fois de la façon la plus forte que je me traduisais en des poèmes déjà écrits en des langues étrangères.”
Dans l'émission Poésie sans passeport du 6 novembre 1952, en langue suédoise, avec des poèmes de Gustaf Fröding, il évoque clairement la musicalité de la langue : “(…) je lisais du Fröding et j'entendais à la vérité du Bach ou du Corelli. Ou encore j'entendais du Fröding et j'écoutais Virgile, et vice-versa. J'étais à tout moment, grâce à cette harmonie d'une extrême limpidité, en la compagnie de mes meilleurs camarades. (…) rien n'était plus aisé, en vérité, que de partir avec des mots français pour me hisser avec eux sur le même haut-lieu où on ne sait plus si ce qui résonne est du suédois ou du français.”
Les langues, selon lui, sont “sans passeport, sans patrie et atemporelles”. Ses expériences de la langue sont toujours originales, et jamais évidentes : il parle d'abord la langue interdite (le breton), rendue mineure et régionalisée par la république française, puis apprend l'écriture avec la langue officielle (le français), qui ouvre la voie par la force sur une société plus vaste, et enfin se spécialise dans la “fausse parole”, celle qui ment au peuple dans toutes les langues (la langue politicienne, qui est aussi celle de la propagande radiodiffusée).
C'est donc cet oeuvre d'abord radiophonique de décomposition/recomposition, traduction/non traduction que Françoise Morvan nous permet de redécouvrir ici, de sortir de son oubli terrible. L'audacieuse, mais déroutante prestation de Robin sur les ondes de la RTF n'eut pas l'heur de déclencher, chez les auditeurs, un réel enthousiasme. Tout au contraire. Elle les excéda. Sans provoquer de scandale similaire à celui qui – quelques années plus tôt et dans le cadre du même Club d'Essai de la RTF – suivit la diffusion de « Pour en finir avec le jugement de Dieu » d'Artaud, cette expérience, sans doute excessive pour le culturellement correct de son époque, n'eut pas de suite et sombra dans l'oubli le plus parfait.
Le résultat en est épuisant - c'est à dire qu'il demande de la part du lecteur une attention de tous les instants, car si la pensée de l'auteur de "Le Temps qu'il fait" (roman magnifique, son titre probablement plus connu, dont le titre fut repris tel quel et en hommage par une petite mais excellente maison d'édition sise à Cognac) est brillante, sublime, elle n'est pas sans mettre l'auditeur/lecteur à l'épreuve de sa propre intelligence ni de sa sensibilité. On en ressort exsangue. On en revient riche comme rarement.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
Erik35Erik35   05 septembre 2017
La Bretagne, c'est un univers ou, si on veut, c'est une patrie mondiale. C'est une patrie forte et non pas dolente et plaintive, ainsi qu'a eu trop tendance à la faire apparaître la littérature française qui s'est occupée des choses de Bretagne. Cette Bretagne universelle, cette Bretagne qui n'est pas localisable, c'est pour nous le point de vue de l'âme, ce qui est encore mieux, ce qui est encore plus haut que le point de vue de l'esprit. Il est clair que ce lieu parfait de l'âme se trouve être aussi par nature le lieu parfait du génie poétique.

O sainte nef de la nuit plafonnée de velours,
0 santual an noz pallennet gant voulouz,
0 neved an noz, Haute nef de la nuit,
De stellaires lampes à tes lustres luisent
Stered ennãn da c'houleier o lugerniñ
Nuit pure, si gente en ta calme nuitée
Disourr, didrouz...
Ni bruit chutant, ni chuchotis...
Seul, là-bas, au long du lac, le silence des chutes
De grenouilles glissées en la fraîcheur de l'onde
Nemet du-hont war lez al lenn,
Lamm ur glesker efreskter an dour.

(Extrait d'un poème en breton, inséré dans sa traduction, de Maodez Glanndour, 1909-1986)
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Videos de Armand Robin (21) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Armand Robin
Armand ROBIN – L’anarchiste de la grâce (France Culture, 1989) Voici la publication du dimanche, jour dédié aux poètes contemporains : Une compilation de cinq émissiosn de radio des « Chemins de la conaissance », par Roger Dadoun, diffusée du lundi 2 octobre au vendredi 6 octobre 1989 sur France Culture. Invités : Gérard Meudal, Antoine Berman, Mireille Guillet, Alain Bourdon et Georges Monti. L’émission « Surpris par la nuit », par Frédéric Acquaviva, diffusée le 22 mars 2007 sur France Culture. Mise en ligne par Arthur Yasmine, poète vivant, dans l’unique objet de perpétuer la Poésie
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