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Critiques sur Montserrat (29)
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Nastasia-B
  01 octobre 2014
Si cette pièce vous laisse froids, mes pauvres amis croyez-moi, c'est que vous êtes déjà morts ! Ça claque comme une détonation, ça siffle à vos oreilles mieux qu'un tir de mortier et ça fait mouche six fois sur quatre. Emmanuel Roblès a sorti le grand jeu et nous autres, il ne nous reste plus qu'à lui tirer notre chapeau criblé de mitraille.

En relisant l'autre jour ma vieille critique de Montserrat, je ne m'en trouvais pas satisfaite. J'ai donc relu la pièce (pour la troisième fois, à plus de dix ans d'intervalle à chaque fois) pour voir si elle me ferait toujours le même effet qu'en mes jeunes années.

Car mon premier contact avec cette pièce ne date pas d'hier. Rendez-vous compte, j'étais jeune alors, lycéenne je crois bien, c'est tout dire. J'étais encore une toute petite gamine impressionnable qui faisait un pas de côté quand elle voyait une goutte de sang. Et bang ! j'en avais pris plein les mirettes avec cette pièce. Un double soufflet bien posé, aller-retour : rien vu venir, tombée sur les fesses.

Lorsqu'un peu moins jeune, forte de quelques expériences littéraires supplémentaires et d'avoir un tout petit peu vécu je me suis re-colletée à Montserrat, l'effet produit fut le même (en mieux) : à terre, inanimée.

Et maintenant que me voici beaucoup moins jeune, avec des plis qui se forment un peu partout, une mémoire qui n'est plus ce qu'elle était et un tour de taille qui a des ambitions de grandeur, me voilà toujours aussi abasourdie (avec la surprise en moins tout de même) par ce somptueux joyau d'écriture.

Quelle force dans votre écriture Monsieur Roblès ! vous m'impressionnez. Alors d'accord, la force c'est bien, c'est beau, c'est séduisant mais ce que j'aime surtout, plus que tout, plus que l'impact brut du texte, c'est cette intelligence, cette luminescence qui émane de vous Monsieur Roblès. Chapeau bas Monsieur Roblès, très, très bas.

Comment dire haut et fort, sans dire, tout en disant ? Pas facile comme schéma de départ non ?
Que veut-il dire haut et fort ? Non au joug, à l'enclume, au carcan, à la barbarie que faisaient peser les états coloniaux sur leurs colonies.

Que veut-il dire sans dire ? Critiquer la politique de la France sans parler jamais de la France.

Que veut-il dire tout de même ? Les massacres, la répression, la violence n'aboutissent jamais à rien, quand un phénomène est enclenché, il finira par l'emporter, quoi qu'on fasse pour s'y opposer.

Nous sommes au lendemain de la seconde guerre mondiale. La France a été traumatisée par la guerre et par ses bourreaux, mais elle ne cesse pas néanmoins de se comporter elle-même en bourreau dans ses colonies, Indochine, Algérie, etc.

Emmanuel Roblès est algérien. Il ne peut pas ne pas ressentir en ses chairs la meurtrissure des massacres organisés par des Français à Sétif, Guelma et Kherrata en 1945. Il ne peut pas ne pas ressentir dans les colonies françaises d'alors une forte aspiration, une incoercible velléité à l'indépendance. Mais comment le dire ?

Et c'est là que le trait de génie de l'auteur est le plus saillant. Il arrive à dénicher des entrailles de l'histoire un cas analogue, en tous points similaire à la situation qu'il vit : la guerre d'indépendance sud-américaine face à l'Espagne au début du XIXeme siècle et au lendemain du traumatisme pour l'Espagne de la déferlante de Napoléon sur son sol. Tout y est rigoureusement transposable point par point ; du grand art.

Quelque part dans l'actuelle Colombie ou le Venezuela, au XIXème siècle, région encore sous le joug de la couronne d'Espagne mais animée par les revendications d'indépendance de Miranda. Les Espagnols croient tenir le bon bout en ayant éliminé ce dernier. Mais son principal lieutenant, Bolivar, a repris les affrontements sous forme de guérilla.

Mais il est acculé ce Bolivar, mais il est blessé Bolivar, malade, cerné de près par les troupes espagnoles qui ont refermé la souricière. Il va tomber Bolivar, c'est sûr, mais…
mais Montserrat, officier espagnol écoeuré par la barbarie des siens à l'égard des autochtones, Montserrat, devenu partisan des indépendantistes de Simon Bolivar, Montserrat a joué le rôle de la taupe…

Izquierdo, son supérieur, est fou de rage ; échouer si près du but, quand il pensait tenir Bolivar au collet. Mais Izquierdo sait ; il a appris qui l'a trahi et va mettre tout en oeuvre, au besoin un chantage machiavélique, pour faire avouer Montserrat, lui faire cracher le morceau d'où se planque Bolivar. Izquierdo, le plus formidable " méchant " que j'ai jamais lu, Izquierdo, l'adversaire de Montserrat est magistral de cynisme et de cruauté.

Montserrat, tiraillé entre sa conscience morale et la réalité crue tiendra-t-il bon ? Il y a un proverbe qui dit : « choisir, c'est renoncer ». À quoi Montserrat va-t-il donc renoncer ? Un huis-clos incroyable, un chantage odieux mais sublime, une oeuvre tellement forte qu'il ne vous reste plus d'autre choix que de la lire. C'est court et quand vous avez plongé le nez dedans vous n'en sortez plus, vous êtes coincés, jusqu'à la dernière tirade, vos yeux vous happent. du coup l'histoire est pliée en quelques heures (quelques minutes si vous êtes rapides !) et vous en garderez un souvenir à vie durant.

On peut lire beaucoup de messages dans cette pièce coup de poing, au premier rang desquels, une dénonciation des exactions des colonisateurs envers les colonisés comme je l'ai dit plus haut. Mais, il semble également évident que l'auteur cherche à nous interpeller, du plus haut et du plus fort de son art, sur le génocide des juifs perpétrés par le régime nazi. Jugez plutôt à l'aide de l'extrait suivant (Acte III, Scène 8) :

« IZQUIERDO : Deux millions ? (Un temps.) Non... Pas extraordinaire ! Je t'assure que je me sens capable d'exterminer tes deux millions de Vénézuéliens. Ce serait question de temps et de patience. Il faudrait qu'on me fournisse une longueur de corde suffisante pour économiser les balles. Sans quoi, je ne vois pas où serait la difficulté... Non. Je ne vois vraiment pas... Et je te signale ces cabanes de bois, faciles à construire, dans lesquelles on peut griller jusqu'à cent cinquante condamnés à la fois !
MONTSERRAT : Canaille !
IZQUIERDO : Mais pourquoi ? Quand l'église a voulu extirper l'hérésie en Espagne, elle a fait mourir autant d'hérétiques que cela lui a paru nécessaire... Et tu sais qu'elle a réussi.
MONTSERRAT : Elle a tué les hérétiques. Pas l'hérésie. »

Cette pièce, vous l'aurez compris, est un brillant manifeste contre la barbarie universelle, de tous temps et en tous lieux. S'il a souhaité déplacer l'action loin (dans l'espace et le temps) c'est à mon avis aussi pour cela. Sa harangue semble claire : peu nous importe qu'il soit en Arménie, au Cambodge, il y a deux jours, il y a mille ans ; un génocide reste un génocide et nous devons bien fourrer ça dans la tête de nos enfants. Il n'y a pas de petits génocides ou de génocides acceptables ou de génocides moins horribles que d'autres.

Bref, plus jamais ça, à aucun prix, que ce soit sous nos fenêtres ou à l'autre bout de la vie, nous ne pouvons rester résignés. Mille mercis Monsieur Roblès pour cette pièce dont j'ai encore le bleu dans la mâchoire après plus de deux décennies. Je n'ai pas l'impression d'être particulièrement objective aujourd'hui, tant mieux, ou tant pis, d'ailleurs ce n'est que mon avis après tout, c'est-à-dire très peu de chose.
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Ziliz
  16 janvier 2018
Dans cette intrigue, Bolivar, le chef des révolutionnaires vénézuéliens, est en fuite grâce à la complicité de Montserrat, un officier espagnol. Celui-ci, désormais considéré comme un traître, risque d'être exécuté s'il ne dévoile pas la cachette de Bolivar. Comment le faire parler ? Le lieutenant Izquierdo imagine un stratagème aussi ingénieux que monstrueux.

Les hommes en guerre blessent, torturent, violent, massacrent d'autres humains, pillent et détruisent leurs biens. Pourquoi ?
Ont-il perdu tout sens moral ?
N'en ont-ils jamais eu pour basculer ainsi du côté des bourreaux ? L'expérience montre que non.
Comment les barrières cèdent-elles, alors, et si facilement pour certains ? Par respect de la discipline, par sens du devoir, pour obéir à une noble cause ?
Les tortionnaires ont-ils une vengeance à assouvir ? Des comptes à régler avec leur honneur blessé ?
Et pour ceux qui ont choisi de s'engager, la fin justifie-t-elle les moyens ?

Pour apporter des éléments de réponse à ces questions, Emmanuel Roblès a utilisé comme décor la guerre civile du Venezuela. Tandis qu'au début du XIXe siècle, les Espagnols occupaient les trois quarts du pays, un mouvement indépendantiste est apparu, inspiré par les révolutions américaines, françaises et haïtiennes.
Ce choix de l'auteur est judicieux :
- la religion sert de justification aux massacres, alors que là encore, il s'agit avant tout de conquérir/garder des territoires
- les représentants du dieu invoqué jouent avec les mots pour avoir la conscience tranquille
- les Espagnols, conquérants/tortionnaires ici, sont en même temps victimes de l'invasion française en Espagne (troupes de Napoléon)...

Cette pièce interroge habilement sur la guerre, la morale, la vengeance, la trahison, le prix d'une vie rapporté au destin d'un peuple...
Ce texte court et très fort rappelle 'La mort est mon métier' (R. Merle), 'La controverse de Valladolid' (JC Carrière), et fait évidemment écho à d'autres barbaries plus proches de nous dans le temps et l'espace...
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sylvaine
  18 avril 2017
Créée en avril 1948, Montserrat d'Emmanuel Roblès est sans aucun doute l'un des plus purs joyaux du théâtre de langue française. Intemporel, incontournable quelques heures vous suffiront pour lire ce chef d'oeuvre . Un pays d'Amérique latine, Vénézuela ou Colombie , le début du XIXème , la domination sanglante des espagnols sur un pays colonisé ,la révolte menée par Simon Bolivar , le décor est planté. Bolivar est sur le point d'être fait prisonnier mais s'est compter sans l'intervention de Montserrat , officier espagnol , qui le prévient de son arrestation imminente. Montserrat révolté, écoeuré par les exactions de ses supérieurs n'a pas hésité . Izquierdo, premier lieutenant , le confond et pour l'obliger à dévoiler la cachette de Bolivar il fait arrêter six otages qui seront exécutés si Montserrat ne parle pas ...
Quand j'ai refermé ce livre je suis restée sonnée par la violence des propos , par la puissance évocatrice des situations , par le fait que tout cela a existé, existe encore et peut demain être toujours d'actualité... D'autres vous parleront bien mieux que moi de ce chef d'oeuvre je vous invite d'ailleurs à aller découvrir la critique de NastasiaB ,critique qui m'a incitée à me plonger dans cette pièce de théâtre à nulle autre pareille .
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cmpf
  11 octobre 2014
J'ai lu récemment la critique de Nastasia-B sur cette oeuvre. A ma visite suivante à la librairie, je l'ai achetée et la voilà lue. Tout d'abord merci à Nastasia-B de m'avoir fait découvrir cette pièce de théâtre dont j'ignorais l'existence et vers laquelle je ne serais sans doute pas allée si je l'avais connue. Et je serais passée à côté de quelque chose de grand.
Je ne sais comment en faire la critique. Je l'ai lue sans savoir vraiment ce que j'allais y trouver. Et je ne le regrette pas. C'est pourquoi je ne vais pas révéler le contenu. le contexte vous le connaissez déjà, une oeuvre sur la barbarie, qu'Emmanuel Roblès a choisi de situer au 19ème en Amérique du Sud chez les Espagnols persécuteurs des Indiens, eux qui subissent dans leur pays la présence des troupes de Napoléon.
Vous n'y trouverez pas des scènes complaisantes de torture physique, juste le rappel de faits. Mais une réflexion sur l'innocence, sur l'espoir, sur ce qu'il est juste de faire quand on a un pouvoir sur la vie d'autrui, sur ce thème tellement difficile « et si la mort d'un seul enfant pouvait sauver le monde ? ».
Oui, je crois qu'il est dommage de ne pas la lire. Cela prend si peu de temps. Ah évidemment pour en ressortir tout le sens, ce sera peut-être un peu plus long. Qui a été le plus impitoyable ?
Mon édition en poche comprend en épilogue une réflexion de Georges-Albert Astre professeur agrégé de lettres à l'université de Paris-Nanterre.
Je relierai dans plusieurs années Montserrat car je crois que je le lirai autrement.
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Pixie-Flore
  17 octobre 2013
Ce livre a pour sujet la guerre civile qui sévit au Venezuela au XIXe siècle et plus précisément le cas de conscience que subit un officier espagnol du nom de Montserrat.

Emmanuel Roblès a su décrire avec rigueur le déchirement que subit notre héros mais également le désespoir des otages, la panique qui les envahit progressivement. Poignant, ce texte témoigne brillamment de la cruauté qui a régné pendant cette sombre période de l'Histoire vénézuélienne. C'est l'une des rares pièces de théâtre qui m'a subjugué.
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Hardiviller
  27 septembre 2018
Roblès , fils d'une famille ouvrière oranaise fut l'ami d'Albert Camus ainsi que de Mouloud Feraoun , son camarade de l'école normale d'Alger . deux amis qu'il a perdu à peu de temps d'intervalle ,1960 pour Camus ( accident de voiture ) , 1962 pour Feraoun ( assassinat ) . Journaliste , écrivain de théâtre , romancier , humaniste , traducteur de Federico Garcia Lorca , Emmanuel Roblès signe avec la pièce de théâtre " Montserrat " une oeuvre puissante qui connut un grand succès international .

le huis clos théâtral situé au Vénézuéla à l'époque de la conquête espagnole rappelle fortement le thème de " La controverse de Valladolid " de jean-Claude Carrière , plus proche de nous . C'est la différence de principes et d'actions à l'égard des peuples colonisés par de puissants pouvoirs au nom mensonger du progrès , de la religion , de la démocratie etc .... Thème hélas intemporel , que toutes les époques de l'histoire ont connu ( colonialisme français , anglais , portugais et autres , guerres de religions , prétendu apport de la démocratie en Irak etc ) .

La force de cette pièce de thèâtre parce que située entre des personnages de chair et de sang , nous touche bien plus que les froides informations au sujet d'affrontements lointains médiatiquement relatés . La souffrance des opprimés est pourtant la même .

Le discours politique pratique l'art d'enjoliver les horreurs commises au nom du patriotisme ou des religions , mais si beaucoup d'entre nous n'en sont plus dupes c'est grâce , en partie , à des intellectuels de la trempe de Roblès , Camus , Remarque , Bernanos , Louis Lecoin etc ....
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Apikrus
  18 janvier 2018
En 1812, au Venezuela, les troupes espagnoles tentent de reprendre le contrôle du pays qui a déclaré son indépendance l'année précédente.
Dans sa pièce, Emmanuel Roblès mêle ces éléments historiques à des faits et personnages fictifs inspirés de la réalité.

Ici, le lieutenant Simon Bolivar (1723 -1830) vient de fuir, alors que son arrestation par les troupes espagnoles était imminente. Izquierdo, lieutenant espagnol chargé de l'opération, est persuadé que Bolivar a été averti par un soldat espagnol. Après une rapide enquête, Izquierdo tient son coupable : l'officier Monserrat. Izquierdo souhaite le punir de sa trahison, mais le plus important est de lui faire avouer où Bolivar se cache désormais. A cet effet, Izquierdo imagine une ingénieuse torture mentale destinée à faire craquer Monserrat.
C'est là l'occasion d'intéressantes et profondes réflexions sur la mort, la valeur de la vie et celle de la liberté, la nature humaine, et la religion sous plusieurs de ses aspects (en particulier quand elle sert de prétexte à la domination des uns sur les autres).
La violence est omniprésente ; le propos est sombre et sans concession sur l'être humain. Je n'ai cependant pas trouvé cette lecture pesante, probablement grâce à la distance avec les faits (géographique et historique) et à l'humour noir que j'ai perçu. De fait, Izquierdo semble s'amuser de la situation et des affres dans lesquelles il plonge ses victimes. Il est vrai qu'avec son point de vue, ses remarques, aussi perverses soient-elles, ne sont pas dénuées de piquant !

Roblès a écrit de cette pièce qu'il « aurait pu situer (son) sujet dans l'Antiquité romaine, l'Espagne de Philippe II, la France de l'Occupation, etc. ».
Son propos n'est pas anodin, puisque sa pièce est parue en 1948…

Je recommande très vivement cet ouvrage, « indémodable » tant ses propos sont universels et atemporels.
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Juin
  04 juillet 2018
J 'avais déjà lu plusieurs Roblès, mais c'était le prix littéraire décerné à Blois. Je préfère depuis quelques années découvrir ces romans, plutôt que ceux du livre Inter...Mais c'est un aparté qui n'a rien à voir avec cette pièce de théâtre.
Enfin je découvre Emmanuel Roblès et je dois dire que "outch"! Quel uppercut.
Quelle cruauté dans cette pièce, c'est une histoire terrible que l'on lit dans un souffle, en s'accrochant à chaque mot avec un espoir ténu. En 1812 tout le pays subit les massacres et pillages des espagnols et Montserrat n'accepte plus cette situation. Il protège Simon bolivar, qui est en fuite.
Un homme ( traître ou humain ?) peut-il dénoncer un autre pour sauver six otages pris au hasard dans la rue.
C'est sordide, terrible, sans concession. Presque un huis clos où le bruit de la folie des hommes rythment cette histoire.
" Comme vous êtes cruels les hommes !Comme il vous est facile de tuer ! Vous ne savez pas ! Vous ne savez pas!"
(La mère)
Quel cynisme pour les uns mais aussi quel courage pour les autres. La palme revient au père Père Coronil, personnage totalement écoeurant, qui se retranche derrière un Dieu peu compatissant.
Une pièce puissante et bouleversante. Il est beaucoup question de Dieu dans cette pièce mais où est l'humanité derrière toute cette haine et ces horreurs? Je la lisais en pensant à 39/45, sans doute à cause des otages...
Un texte que je ne suis pas près d'oublier.

Merci C pour cette découverte, même si cette pièce m'a glacée. Un livre vers lequel je n'aurais jamais été de moi-même.
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lecassin
  12 décembre 2012
« Montserrat » une pièce en trois actes qui sera donnée pour la première fois le 23 avril 1948 au Théâtre Montparnasse à Paris, et, simultanément au Théâtre du Colisée à Alger ; et depuis, elle n'a jamais cessé d'être jouée dans le monde ; traduite et adaptée en plus de vingt langues.

Mais parlons du contexte historique … Nous sommes en Juillet 1812 dans un Venezuela en proie à la révolution.
Miranda, le chef des insurgés est battu et capturé, mais son lieutenant, Simon Bolivar a réussi à fuir. Forts de leur occupation des trois quarts du pays les Espagnols comptent bien mettre la main sur le fuyard, mais les recherches s'éternisent sans succès, et la répression et les exactions se multiplient.
Montserrat, un officier espagnol, prend le parti des révolutionnaires vénézuéliens, horrifié par les traitements que font subir ses compatriotes aux autochtones. Il prévient Bolivar qui échappe une fois de plus à l'occupant. Montserrat est arrêté et emprisonné, avec six otages qui seront condamnés à mourir s'il ne révèle pas ou se cache le fuyard.

Toute la pièce se déroule dans une sorte de huis-clos entre les murs épais de la capitainerie de Valencia. On découvre un Montserrat en proie à une cruelle alternative : parler et condamner la révolution…se taire et condamner six innocents…
Présentée en 1948, alors que l'Europe et le monde se relèvent à peine de la seconde guerre mondiale « Montserrat » est une pièce forte qui ne peut laisser indifférent… Même Camus le signale dans la revue « Combat », tout en notant n'être pas dupe : « … Roblès n'a abusé personne. Ce n'est pas aux Amériques que « Montserrat » se passe, mais quelque part en Mauritanie, entre les deux déserts du sable et de la mer ».

Un texte remarquable, et désormais classique, que l'on peut associer sans peine à certaines grandes pièces de Sartre.
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vincentf
  27 juin 2010
Théâtre de torture, théâtre de questions. La liberté d'un peuple vaut-elle la peine qu'on lui sacrifie six innocents pris au hasard ? Comment les hommes peuvent-ils devenir si cruels ? Quelle est la valeur de la vie ? Toujours, au bout de la lecture, l'envie de voir la pièce, de saisir d'en face la souffrance de Montserrat, d'entendre les cris d'effroi des innocents, de vomir en vrai l'ironie macabre d'Izquierdo et le fanatisme aveugle du Père Coronil... Un texte sans concession, un héros pourtant, un héros vrai, tragédie cornélienne moderne. Fait-il juste ? L'Histoire lui donne raison. Bolivar libérera l'Amérique du Sud. A quel prix ? Pièce écrite en 1948. Il n'y a rien à ajouter, juste relever la date, se rappeler, penser.
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