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ISBN : 2020220989
Éditeur : Seuil (30/09/1992)

Note moyenne : 3.42/5 (sur 66 notes)
Résumé :
C'est à Port-Soudan que j'appris la mort de A. Les hasards de la poste dans ces pays firent que la nouvelle m'en parvint assez longtemps après que mon ami eut cessé de vivre. Un fonctionnaire déguenillé, défiguré par la lèpre, porteur d'un gros revolver noir dont l'étui était noué à la ceinture par une lanière de fouet en buffle tressé, me remit la lettre vers la fin du jour. Son visage sans lèvres, aux oreilles en crêtes de coq, était un perpétuel ricanement. On eû... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
mariecesttout
  25 mars 2014
"C'est à Port-Soudan que j'appris la mort de A. .. Un fonctionnaire déguenillé , défiguré par la lèpre, porteur d'un gros revolver noir dont l'étui était noué à la ceinture par une lanière de fouet en buffle tressé, me remit la lettre vers la fin du jour. Son visage sans lèvres, aux oreilles en crête de coq , était un perpétuel ricanement. On eût dit son corps sculpté dans le bois sardonique d'une danse macabre. Comme presque tous ceux qui survivaient dans la ville, son office principal était d'ailleurs le racket et l'assassinat. Comment s'était-il procuré le pli, je l'ignore. Peut-être l'avait-il volé à la Mort elle-même."
C'est le tout début de ce texte déchirant. Ils étaient deux amis, et A. s'est suicidé. Ils étaient deux amis, et l'auteur végète,écrasé d'ennui, au fin fond de l'Afrique. Deux amis qui avaient cru à des autres possible, et que la réalité a rejoints comme elle rejoint tout le monde. Sauf que les concessions , l'acceptation , le «  vivre avec » ne leur était pas permis. Les rêves et les idéaux trahis, certains ne s'en sont jamais remis.
En partant enquêter sur la mort de A., le narrateur sait bien que c'est sur une double disparition qu'il enquête, et que c'est finalement aussi sur lui , mais aussi sur leur jeunesse commune , sur leur double identité, qu'il va se pencher. Douloureusement .
"Nous n'avions jamais très bien su , et ce fut apparemment notre faute, dans quel monde nous étions…".Et, rentré à Port Soudan, il va écrire , pour lui, pour eux,à deux. Pour nous:
" de l'espoir que nous avions eu d'aller vers le monde des dieux en engendrant dans la beauté, il ne subsistera que ce pauvre témoignage."
C'est un très beau texte, qui saisit dès les premières lignes par sa force désespérée et qui témoigne de la valeur du geste littéraire, faire revivre par les mots.
"Je me souviens de A. , je lis et relis ce que Conrad écrit de Lord Jim, un des livres qui ne me quitte pas ici, qui m'accompagnent depuis des années, corné, jauni, annoté de réflexions que plus d'une fois, je dois le reconnaître, m'a inspiré l'ivresse , à la reliure cassée, aux pages maculées de moustiques écrasés et de chiures de cafards, tachées d'alcool, de sueur et, je le crains bien, de larmes, mais qui constitue un de mes derniers liens avec le monde où il existe, pour peu de temps encore, des livres: c'est à dire de la douleur transcrite en lettres sur du papier et non, comme ici, directement gravée dans la chair: " Tout ce que Stein lui-même trouvait à m'en dire, c'est que c'était un romanesque. Et moi, tout ce que je savais, c'est qu'il était l'un de nous. de quoi se mêlait-il ,en étant romanesque? Si je vous parle autant de mes sentiments instinctifs et de mes réflexions brumeuses, c'est qu'il ne me reste plus grand chose à dire de lui. Il existait pour moi et somme toute, c'est par moi seulement qu'il existe pour vous. "
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genieblanc
  10 juillet 2009
Ce court roman est d'une grande intensité. Il a pour thèmes centraux l'amour trahi et la perte actuelle des idéologies. le narrateur, capitaine de port à Port-Soudan, apprenant le suicide de A., son ami de jeunesse devenu écrivain, décide de rentrer en France pour tenter de comprendre le geste de son ami.
Il constate rapidement que c'est la trahison amoureuse qui a motivé son acte. Mais il veut aller plus loin dans le ressenti de son ami. II ne dispose que de quelques vagues témoignages. La richesse du roman, remarquablement bien écrit, réside dans la profondeur de ces hypothèses qu'il échafaude quant à la personnalité et aux actes de la femme tant aimée par A. Il aura donc fallu aux deux amis cesser de croire en quelqu'un après avoir cessé de croire à quelque chose.
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kfk1
  04 février 2016
Un texte court mais dense. l'ambiance est posée d entrée grâce au style littéraire d Olivier Rolin. le ton est grave, pesant, présent et passé se confondent dans cette étrange enquête, entre port Soudan et la France. Il faut s immerger dans la prose de l auteur, plonger dans ses phrases longues et particulières qui, outre les sujets traités, font de l auteur un conteur magnifique.
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clement_M
  31 janvier 2017
Roman sur la perte d'un ami et de certaines valeurs dans la France des années 1990. Ce roman est dense. Les phrases ont des structures complexes et la lecture est rendue d'autant plus difficile par la ponctuation (notamment l'usage des deux points). L'écriture est très imagée, la moindre description se perd en qualificatifs et comparaisons peu éclairants. Cette écriture trop appuyée pour moi m'a contraint à abandonner le livre au milieu.
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oiseaulire
  27 février 2016
Un des plus splendide livre que j'ai jamais lu.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
coco4649coco4649   23 janvier 2018
2


   À Port-Soudan, le crépuscule obéissait à un rituel
immuable. Un bref instant les toits, les ombrelles légères
des arbres, les rinceaux des palmes, comme portés à incan-
descence par la chaleur accumulée du jour, laissaient fuser
des flammes où dansaient les couleurs les plus violentes
d'oxydes et de sulfures. Ce paroxysme semblait rendre fous
les charognards dont les patientes orbes soudain se préci-
pitaient, se mêlaient, se heurtaient. Des grappes d'oiseaux
clabaudeurs roulaient dans le ciel, des tourbillons de plumes
ensanglantées tombaient lentement sur la ville comme un
voile de suie. Une semblable fureur jetait l'un contre l'autre
les animaux scrofuleux, infâmes hybrides de chiens et de
hyènes, qui erraient le long du rivage à la recherche de vis-
cères de poissons – et quelquefois des longs boyaux puants,
cardés sur les pierres, d'un noyé. On les voyait refermer
leurs crocs sur la gorge, sur les reins d'un adversaire qu'ils
n'abandonnaient que mort, ou paralysé : yeux blancs, révul-
sés. Et aussitôt il le dévoraient. La nuit s'écroulait d'un
coup, comme une vague énorme déferlant depuis les côtes
de l'Arabie, tout glissait soudain dans l'empire de l'obscur
où les brasiers mettaient des battements d'ailes rouges et les
lampes à kérosène des halos blancs étoilés de moustiques.

p.21-22
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mariecesttoutmariecesttout   08 mars 2014
Ce n'était pas l'opinion, qu'on sache, qui avait rétabli l'honneur du capitaine Dreyfus, ni vaille que vaille de la France en 1940. De là aussi qu'il y avait alors de la politique, de la critique, de la polémique, de la littérature: toutes choses qui sont des combats. Au lieu que mes yeux, mes oreilles qu'un exil prolongé avait rendus naïfs, n'étaient plus frappés que par des platitudes de pourcentages et de gestion- des affaires, de l'économie, de carrière, de textes, de sentiments...
..Je ne reconnaissais plus , dans ce pays où l'on prétendait désormais trancher des causes humaines par le moyen de statistiques s'engendrant l'une l'autre, où la vie et la mort , le bien et le mal, l'honneur et l'infamie se calculaient en parts de marché, la nation qu'on avait pu dire, en d'autres temps, grande, et où en tout cas l'esprit n'avait pas remis tous ses pouvoirs aux caisses enregistreuses des commerçants.
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mariecesttoutmariecesttout   06 mars 2014
Cela faisait bien des années que j'avais désappris l'hiver. L'accablant rayonnement du ciel blanc, l'étuve des nuages sous lesquels fumait la mer, parfois de grandes roues de sable crissant venues du désert de Nubie, et dont le tournoiement au dessus de la ville laissait les chairs aussi racornies que celles des momies: c'étaient là tous mes météores. Par la vitre du train qui remontait la vallée du Rhône, j'observais les tristes apprêts du froid comme un autre eût assisté à une pièce de théâtre. Entre des replis de terre noire, des flaques brillaient comme des monnaies dans les dernières lueurs du jour. Des chemins détrempés, marqués par le piétinement des bêtes, fuyaient vers des lointains hachurés de mauve et de brun. Le ciel au-dessus de ça déchiquetait des vagues grises où volaient des corbeaux. Ailleurs, on voyait des maisons aux murs tachés d'humidité, des néons tremblaient derrière des vitres embuées, des parkings moutonnaient sous des néons orange. Une pluie mêlée de neige faisait briller les trottoirs comme des tailles d'anthracite, éclatait en gerbes de perles autour des lampadaires.
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MijouetMijouet   01 octobre 2012
Je ne tardai pas à comprendre que leurs lumières, s'agissant même des grands textes que la gloire avait consacré depuis longtemps, n'étaient guère plus vives ni plus étendues. Moi le rustique, frais débarqué de mes déserts, j'avais lu plus qu' eux. Il est vrai que je lisais selon le cours que prenaient mes pensées, ou même de ma fantaisie de solitaire. Eux parcouraient ce qu'il "fallait avoir lu", c'est-à-dire ce dont s'entichait, le temps d'une semaine ou d'un mois, un demi-monde plus vaste, mais assez ténu tout de même, dont ils n'étaient qu'une partie: et les bizarreries du bel-air faisaient que ce pouvait être une fois Sénèque,et l'autre une vedette de la télévision qu'avait piqué soudain l'envie d'ajouter son nom à la liste innombrable et sans lustre des littérateurs.
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GeraldineBGeraldineB   30 août 2016
Les mouvements du monde, les guerres, les révolutions, nous les voyons à travers le prisme de nos passions, qui en sont en retour modifiées. Et s'il n'est pas de plus haut bonheur que dans la coïncidence d'un amour et d'une grande espérance humaine, il n'est probablement de pire malheur que lorsque l'abandon vient tout vous ôter, de ce qui l'instant d'avant était encore le plus charnellement proche de vous, jusqu'aux vastes horizons que la pensée croyait embrasser.
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Extérieur monde Olivier Rolin Gallimard, août 2019
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