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EAN : 9782226168139
1489 pages
Éditeur : Albin Michel (31/10/2007)

Note moyenne : 4.21/5 (sur 112 notes)
Résumé :
Écrivain engagé, pacifiste, poète et humaniste, figure majeure de la littérature française du XX' siècle, Romain Rolland (1866-1944) a laissé une œuvre exigeante et ambitieuse, distinguée par le prix Nobel en 1915, et dont la pièce maîtresse demeure Jean-Christophe, roman auquel il consacra dix ans de sa vie. Passionné de musique, il y retrace le destin et la formation d'un compositeur de génie, héros romantique et " âme libre à l'image du Werther de Goethe. De l'en... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
belcantoeu
  16 décembre 2018
Ce roman d'un homme de paix lucide et généreux, publié en 17 fascicules de 1904 à 1912, lui valut le Nobel de littérature 1915, mais aurait pu tout aussi bien lui valoir le Nobel de la paix, ou de philosophie s'il avait existé. le roman est écrit à la veille de la guerre de 1914-18, qui avait déjà failli se déclencher en 1905 dans un climat de guerre imminente, comme l'auteur l'explique. Voilà le contexte.
Lors d'un bagarre, Jean-Christophe, musicien allemand réputé, tue un policier et prend le train pour s'exiler en France, ce qui nous vaut des tableaux d'ambiance fort réussis.
«La nuit couvrait les champs, trempés de pluie... Les trains que l'on croisait, de plus en plus nombreux, déchiraient l'air de leurs sifflets qui secouaient la torpeur des voyageurs assoupis. On approchait de Paris». À l'arrivée, «il y avait cette odeur fade de Paris, où se mêlent les exhalaisons des usines de banlieue et la lourde haleine de la ville... La lueur des becs de gaz tremblaient comme une bougie qui va s'éteindre».
La musique et la religion sont très présentes. Jean-Christophe ouvre une vieille Bible. «Le grand-père avait marqué au crayon, de sa grosse écriture, les dates des jours où il avait lu et relu chaque chapitre; le livre était plein de bouts de papier jauni, où le vieux avait noté ses naïves réflexions... Un siècle des deuils et des joies de la famille se dégageait de ce livre».
Adversaire de toutes les guerres, notre héros fustige aussi les querelles d'école: «Ils se lançaient à la tête les mots d'idéalisme et de matérialisme, de symbolisme et de vérisme, de subjectivisme et d'objectivisme. Christophe se disait que ce n'était pas la peine d'être venu d'Allemagne pour trouver à Paris des querelles d'Allemands... Une guerre acharnée divisait les musiciens des deux armées: celle du contrepoint et celle de l'harmonie».
C'est aussi l'époque du conflit exacerbé entre chrétiens et anticléricaux: «Ils tendaient beaucoup moins à détruire l'Église qu'à la remplacer. Et de fait, ils formaient une Église de la Libre Pensée, qui avait son catéchisme et ses cérémonies... qui avaient besoin de se réunir en troupeaux pour penser librement. Il est vrai que leur liberté de pensée consistait à interdire celle des autres, au nom de la Raison, car ils croyaient à la Raison, comme les catholiques à la Sainte-Vierge».
Comme musicien, Christophe a du succès, fréquente les milieux mondains comme «Les Jeannin (qui) étaient une de ces vieilles familles françaises qui, depuis des siècles, restaient fixés au même coin de province, et pures de tout alliage étranger». Au livre VI, le pays qu'il décrit, c'est le sien, Clamecy, dans la Nièvre, qu'on reconnait au canal avec son pont, au bord duquel se dressait la maison natale de Romain Rolland, aujourd'hui musée. C'est dans ce pays que meurt le vieil Augustin. «En vingt-quatre heures, il était parti pour l'autre monde, auquel il ne croyait guère, muni de tous les sacrements de l'Église, en bon bourgeois voltairien de province, qui se laisse faire au dernier moment pour que les femmes le laissent tranquille, et parce que cela lui est bien égal... Et puis, on ne sait jamais».
À la veille de la guerre, l'auteur fustige le nationalisme prussien. «Nous autres; ce n'est pas de pureté qu'il s'agit, c'est d'universalité... Nous sommes citoyens de la Ville-Univers». Non seulement Romain Rolland est un pacifiste, un européen convaincu, mais il n'oublie pas le reste du monde, et écrit dans un autre ouvrage, «Quinze ans de combat, 1919-1944», recueil de nombreux textes, notamment contre le fascisme, «Je ne peux envisager d'esprit qui se restreigne à l'Europe».
Il se fait des amis et des amies, ce qui nous vaut des pages émouvantes: Rousssin, les Stevens, d'origine belge, Olivier Jeannin, le littérateur, Sidonie, fille du peuple et Grazia mariée, à l'autre bout de l'échelle sociale, puis veuve et libre, mais plus vieille, Anne Braun, amours impossibles avec une femme mariée qui le conduit au remords dans le Jura suisse. D'abord, «Ils se dirent quelques mots gênés, puis essayèrent des paroles banales, et se turent tout à fait, craignant d'approfondir», mais après...
Pour comprendre les derniers mots du roman, il faut se rappeler la légende de Saint Christophe et l'étymologie du mot Christophe (celui qui «porte le Christ», Christ enfant): Jean-Christophe vieillissant a vu tout le monde mourir autour de lui. Il dit à un enfant «Nous voici arrivés ! Comme tu étais lourd ! Enfant, qui donc es-tu ? Et l'enfant dit Je suis le jour qui va naître». C'est la dernière ligne.
Un superbe roman d'un homme généreux, qui nous instruit sur cette époque, et dont je ne puis donner qu'un bref aperçu. Et n'oubliez pas la plus belle citation de toutes, prémonitoire, à propos du slogan "La France aux Français" : «Notre génie ne s'affirme pas en niant ou en détruisant les autres mais en les absorbant. Laissez venir à nous et le Nord trouble et le Midi bavard… - Et l'Orient vénéneux? - Et l'Orient vénéneux, nous l'absorberons comme le reste; nous en avons absorbé bien d'autres… La Gaule a bon estomac. En vingt siècles, elle a digéré plus d'une civilisation… Ils viennent nous enseigner que notre France est dans Rameau - ou dans Racine… comme si Beethoven, Mozart et Gluck ne venaient pas s'asseoir à notre foyer… comme s'ils n'étaient pas devenus de notre famille»!
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araucaria
  21 juillet 2012
4 tomes, donc beaucoup de pages à lire pour découvrir la vie de Jean-Christophe, musicien de génie... Des formules et un style vieilli parfois, il faut dire que le livre a été écrit au tout début du 20 ème siècle. J'ai surtout été émue par le premier tome qui conte l'enfance du musicien. Dans les trois autres tomes, on retrouve parfois des longueurs.
Lien : http://araucaria.20six.fr/
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JeanRene43
  30 novembre 2019
Jean-Christophe est presque une bible de par son volume, près de 1500 pages pour l'édition Albin Michel 2007, par sa profondeur ; tous les aspects de la littérature y sont traités, l'art et la culture, la psychologie, la sociologie, la géopolitique et bien d'autres domaines, par son caractère intemporel ; son enseignement reste vrai maintenant et sans doute pour toujours et peut aussi servir tous les peuples. L'intention de l'auteur est de ressaisir la conscience morale des classes sociales favorisées. Je le cite par sa préface : "Le devoir que j'avais assumé, en Jean- Christophe, était, à une époque de décomposition morale et sociale en France, de réveiller le feu de l'âme qui dormait sous les cendres. Et, pour cela, d'abord, balayer les cendres et l'ordure amassées... Je voulais les grouper (les âmes), à l'appel et autour d'un héros qui se fit leur chef. Et pour que ce chef fût, il me fallait le créer.... J'appelle héros, seuls, ceux qui furent grands de coeur. Élargissons ce mot ! Le coeur n'est pas seulement la raison de la sensibilité ; j'entends par là le vaste royaume de la vie intérieure. Le héros qui en dispose et s'appuie sur ces forces élémentaires est de taille à tenir tête à un monde d'ennemis. Le modèle de Beethoven s'est naturellement offert à moi..."

Il est étonnant que ce héros soit à deux reprises un meurtrier qui s'échappe pour ne pas avoir à faire face à la justice. Mais il fallait bien que l'auteur oblige son héros, allemand de naissance, à s'installer à Paris puis en Suisse. Romain Rolland en excellent sociologue et ethnologue nous décrit les qualités et les défauts de ces peuples marqués par les courants religieux mais aussi tout ce qui les unit. Il pense en véritable père de l'Union européenne que les français et les allemands sont presques des frères sinon des cousins et qu'une bonne entente entre eux est un gage de paix et de développement, entraînant. Il perçoit les signes d'animosité qui seront les germes de la première guerre mondiale et pour l'antisémitisme de la seconde.
Pas de méprise ! Le mot race est utilisé des dizaines de fois dans l'ouvrage, évidemment sans le sens qu'on lui donne aujourd'hui après Auschwitz. Il est surtout utilisé pour introduire une différence culturelle ou de caractère pas en hommes et sous-hommes.
Que de souffrances Romain Rolland inflige à son Jean-Christophe pour en faire un compositeur de musique de génie, une musique qui exprime tous les registres de l'âme humaine !
Cette oeuvre serait étudiée par nos jeunes dans les lycées mais elle peut être lue et relue comme on ne se lasse pas de visiter le Musée du Louvre, et chaque fois avec de nouvelles découvertes et un plaisir renouvelé. Jean-Christophe est un monument de notre littérature !
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aouatef79
  16 juin 2015
Etant moi-même mélomane et jouant d' un instrument de musique ,j 'ai beaucoup apprécié cette oeuvre " dédiée " à la belle musique .L' auteur ,Romain Rolland ,
étant lui-même un grand artiste musicien, sait de quoi il parle .IL maîtrise très bien son sujet musical .IL nous montre, le chemin difficile par lequel doit passer son
héros , Jean-Christophe pour maîtriser son art et de là accéder à la notorierité ,et la célébrité. L auteur exprime ,aussi ,ses idées d 'homme engagé pacifiste et son rejet de la guerre .L 'auteur est tellement pacifiste que le héros de son livre ,Jean- Christiphe est d 'origine allemande Je me permets et dis ; Salut l 'artiste !
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Aela
  07 juin 2011
Avec ce livre Romain Rolland inaugure au début du XXème siècle le "roman-fleuve", ce mot est de lui. C'est un roman gigantesque, une sorte de symphonie, un roman musical. L'ensemble compte dix volumes.. (je n'ai pas tout lu..) L'auteur nous conte la vie pleine d'embûches mais débordante d'énergie, d'un musicien allemand .. Jean-Christophe Krafft, présenté dès l'âge de sept ans comme un prodige. Il devient rapidement musicien officiel d'une cour princière et nous suivons les étapes de son ascension et de son expérience humaine.
Le personnage principal est donc une sorte de "Beethoven" transposé au début du XXème siècle. Des pages très riches et très sensibles sur l'enfance, l'adolescence, l'amour et l'amitié. C'est un hymne à l'amour fraternel et à la générosité. le style a un peu vieilli mais le récit est toujours captivant..
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Citations et extraits (76) Voir plus Ajouter une citation
stcyr04stcyr04   23 septembre 2012
Toute race, tout art a son hypocrisie. Le monde se nourrit d’un peu de vérité et de beaucoup de mensonge. L’esprit humain est débile; il s’accommode mal de la vérité pure; il faut que sa religion, sa morale, sa politique, ses poètes, ses artistes, la lui présentent enveloppée de mensonges. Ces mensonges s’accommodent à l’esprit de chaque race; ils varient de l’un à l’autre : ce sont eux qui rendent si difficile aux peuples de se comprendre, et qui leur rendent si facile de se mépriser mutuellement. La vérité est la même chez tous; mais chaque peuple a son mensonge, qu’il nomme son idéalisme; tout être l’y respire, de sa naissance à sa mort : c’est devenu pour lui une condition de vie; il n’y a que quelques génies qui peuvent s’en dégager, à la suite de crises héroïques, où ils se trouvent seuls, dans le libre univers de leur pensée.
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sagesse66sagesse66   12 mai 2020
Tout est musique pour un cœur musicien...
Tout ce qui vibre, et s’agite, et palpite, les jours d’été ensoleillés, les nuits où le vent siffle, la lumière qui coule, le scintillement des astres, les orages, les chants d’oiseaux, les bourdonnements d’insectes, les frémissements des arbres, les voix aimées ou détestées, les bruits familiers du foyer, de la porte qui grince, du sang qui gonfle les artères dans le silence de la nuit, – tout ce qui est, est musique : il ne s’agit que de l’entendre.
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stcyr04stcyr04   04 octobre 2012
Telle est l’infirmité de la nature humaine! Soyez bon, pitoyable, intelligent, ayez souffert mille morts : vous ne sentirez pas la douleur de votre ami qui a mal aux dents. Si la maladie se prolonge, on est tenté de trouver que le malade exagère ses plaintes. Combien plus, lorsque le mal est invisible, au fond de l’âme! Celui qui n’est pas en cause trouve irritant que l’autre se fasse tant de bile pour un sentiment qui ne lui importe guère. Et enfin, l’on se dit , pour mettre sa conscience en repos :
“Qu’y puis-je? Toutes les raisons ne servent de rien.”
Toutes les raisons, cela est vrai. On ne peut faire du bien qu’en aimant celui qui souffre, en aimant bêtement, sans chercher à le convaincre, sans chercher à la guérir, en l’aimant et en le plaignant. L’amour est le seul baume aux blessures de l’amour. Mais l’amour n’est pas inépuisable, même chez ceux qui aiment le mieux; ils n’en n’ont qu’une provision limitée. Quand les amis ont dit ou écrit une fois tout ce qu’ils ont pu trouver de paroles d’affection, quand à leurs propres yeux ils ont fait leur devoir, ils se retirent prudemment, ils font le vide autour d’un patient, ainsi que d’un coupable. Et comme ils ne sont pas dans une honte secrète de l’aimer aussi peu, ils l’aident de moins en moins; il cherchent à se faire oublier, à oublier eux-mêmes. Et si le malheur importun s’obstine, si un écho indiscret pénètre jusqu’à leur retraite, ils en viennent à juger sévèrement cet homme sans courage, qui supporte mal l’épreuve. Soyez sûrs que s’il succombe, il se trouvera au fond de leur pitié sincère cette sentence dédaigneuse:
“Le pauvre diable! J’avais de lui une meilleur opinion.”
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stcyr04stcyr04   23 septembre 2012
C’est profaner le nom de devoir, que l’appliquer à tout, aux plus niaises corvées, aux actes indifférents avec une rigueur raide et rogue, qui finit par assombrir et empoisonner la vie. Le devoir est exceptionnel : il faut le réserver pour les moments de réel sacrifice, et ne pas couvrir de ce nom sa propre mauvaise humeur et le désir qu’on a d’être désagréable aux autres. Il n’y a pas de raison, parce qu’on à la sottise ou la disgrâce d’être triste, pour vouloir que tous le soient, et pour imposer à tous sont régime d’infirme. La première des vertus c’est la joie. Il faut que la vertu ait la mine heureuse, libre, sans contrainte. Que celui qui fait le bien se fasse plaisir à lui-même! Mais ce prétendu devoir perpétuel, cette tyrannie de maitre d’école, ce ton criard, ces discussions oiseuses, cette ergotage aigre et puéril, ce bruit, ce manque de grâce, cette vie dépouillée de charme, de toute politesse, de tout silence, ce pessimisme mesquin, qui ne laisse rien perdre de ce qui peut rendre l’existence plus pauvre qu’elle n’est, cette inintelligence orgueilleuse, qui trouve plus facile de mépriser les autres que de les comprendre, toute cette morale bourgeoise, sans grandeur, sans bonheur, sans beauté, sont odieux et malfaisants : ils font paraitre le vice plus humain que la vertu.
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lavinia02lavinia02   02 octobre 2012
La vie de la majorité des hommes repose sur des croyances religieuses, ou morales, ou sociales, ou purement pratiques - (croyance à leur métier, à leur travail, à l'utilité de leur rôle dans la vie) - auxquelles ils ne croient pas au fond. Mais ils ne ne veulent pas le savoir : car ils ont besoin, pour vivre, de ce semblant de foi, de ce culte officiel, dont chacun est le prêtre.
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Videos de Romain Rolland (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Romain Rolland
« Un soir, dans sa chambre, les larmes le prirent ; il se jeta désespérément à genoux devant son lit, il pria. Qui priait-il ? Qui pouvait-il prier ! Il ne croyait pas en Dieu, il croyait qu'il n'y avait point de Dieu. Mais il fallait prier, il fallait se prier. Il n'y a que les médiocres qui ne prient jamais. Ils ne savent pas la nécessité où sont les âmes fortes de faire retraite dans leur sanctuaire. Au sortir des humiliations de la journée, Christophe sentit, dans le silence bourdonnant de son c?ur, la présence de son Être éternel.» Romain Rolland, Jean-Christophe.
La prière consiste à tourner son esprit vers Dieu. Serait-elle donc réservée aux croyants ? Ou en existe-t-il une version non religieuse ? Sans doute, en tout cas, le besoin de prier existe même chez les non-croyants. Lorsqu?on est bouleversé par l?inquiétude ou par la gratitude, lorsqu?on est confronté à l?indicible et l?illimité ; à chaque fois que nous nous trouvons face à des phénomènes qui nous dépassent, nous essayons de partager leur mystère par la prière, qu?elle soit adressée à un Dieu que nous connaissons ; à un autre, plus incertain, que nous espérons ; ou encore à des équivalents laïques : destinée, providence, principes qui régissent l?univers?
Quels liens la prière a-t-elle avec la vie intérieure ? À première vue, elle est tournée non pas vers l?intérieur, mais vers le supérieur. Pourtant, toutes les traditions religieuses rappellent que Dieu réside dans le c?ur même de l?être humain?
Dans la prière, il y a un double mouvement : celui de la prise de conscience, de la réflexion, de la tension ; puis celui de l?abandon, du lâcher-prise. La prière, même laïque, est un acte de foi, une confiance sans certitude. Nous offrons nos espérances, nos craintes, nos remerciements, sans avoir la preuve que nous sommes entendus, et encore moins qu?une réponse viendra. C?est enfantin et magnifique. D?où la subtile observation de Claude Nougaro dans sa chanson Plume d?Ange : « La foi est plus belle que Dieu ».
Je n?ai évidemment aucune leçon à donner sur l?art de bien prier, ce n?est pas mon domaine ! Juste une expérience personnelle d?humain, de psychiatre et de méditant?
Chacun sait qu?on prie mieux dans un corps stable, en général immobile, agenouillé ou assis. Mais il y a une autre stabilité importante, celle de notre attention : on ne peut pas prier avec l?esprit dispersé. D?où l?importance de poser son attention, en se focalisant sur son souffle, ou sur la répétition d?un mot ou d?une phrase brève : les Orientaux parlent alors de mantra, les chrétiens de prière monologique (du grec monos-logos : une seule parole). C?est sans doute pour cela que la philosophe Simone Weil écrit : « L?attention absolument pure est prière ».
Pour ne pas être qu?un rituel, que l?on accomplirait l?esprit absent, la prière suppose aussi d?avoir établi un lien sincère et attentif à soi-même. D?où son importance pour la vie intérieure des humains, depuis toujours.
Car les moments de prière sont des espaces où l?on est à l?écoute de sa vie intérieure, mais sous une lumière particulière : celle de Dieu, ou celle des grandes forces qui régissent ce Monde. Ce sont des introspections tournées vers le Ciel ! Et donc baignées par les sentiments d?humilité et d?appartenance. de gratitude aussi : nous sommes dépositaires de qualités qui nous dépassent, que nous n?avons ni mérité ni demandé : la vie, la conscience, l?intelligence? Comment ne pas être bouleversé par cela ? Et comment ne pas avoir envie de prier pour remercier ? Même si l?on ne sait pas très bien à qui adresser tous ces mercis, on peut tout de même prendre le temps de les exprimer intérieurement. Maintenant, par exemple?
À demain, et ne perdez jamais le lien? avec vous-même.
Par Christophe André, en partenariat avec France Culture
Plus d'info : https://www.editions-iconoclaste.fr/livres/la-vie-interieure/
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